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Russie ....
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Les États-Unis ne sont pas le seul pays producteur qui s'approvisionne aujourd'hui auprès de l'Egypte : la Chine, l'Eilréme Orient, les Indes font venir du coton d'Alexandrie. C'est que ces États se sont mis à filer et à tisser le coton, ainsi que nous le verrons dans la conclusion de ce mémoire.
Dès lors, le coton égyptien étant affecté à des emplois spéciaux, dans lesquels il est malaisé de le remplacer, ces Etats ont dû s'adresser à l'Egypte pour leur fournir une qualité de coton nécessaire à leur industrie. Ce sont également les progrès de la filature qui ont amené la Russie à augmenter ses demandes. Bien que cet Etat ait organisé la culture du coton sur une grande échelle dans ses possessions du Turkestan, l'originalité et l'emploi spécial du coton égyptien ont procuré à l'Egypte sa clientèle. Les filateurs de Suisse ont toujours prélevé une part assez importante sur les exportations du Jumel; mais l'importation de la Suisse a souvent dà être faussement appréciée, selon le port d'arrivée des chargements qui lui étaient destinés.
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Enfin , il faut remarquer la place prise par l'Allemagne dans le commerce du coton : le grand développement industriel et commercial de cet empire explique l'accroissement de ses importations; en outre, l'acquisition de l'Alsace et de ses manufactures sï prospères n'y a pas sans doute été étrangère.
Les deux tableaui suivants indiquent la quote-part pour mille revenant à chaque pays sur les exportations annuelles de coton d'Egypte, et la quotepart pour mille revenant au colon sur le commerce de ces mêmes pays avec l'Egypte, pendant les années i§o5 et 1906.
llRCI. ILiniMI. IHJUQDI. lOMII. IVnU MIS.
Voici maintenant la quote-part revenant au coton dans les importations de chaque pays :
Le nombre de consommateurs de coton égyptien s'est donc accru, depuis le début de celte culture. C'est là, comme le remarquent MM. Armînjon et B. Michel, un symptôme des plus rassurants. Plus l'ÉgypIe aura de clients différents, plus l'écoulement de son coton sera facile et plus les cours de cet article seront à l'abri des défaillances partielles qui peuvent toujours se produire sur un marché local. En outre, grâce à ces nouveaux débouchés, ^l'Egypte, écrivent MM. Arminjon et Michel, entre en relations avec des fabricants et des consoounateurs qui, jusqu'ici, connaissaient mal son coton et sont vraisemblablement disposés à trouver de nouvelles étoffes, des combinaisons de tissage inédites, propres à metb-e en valeur celte marchandise, à augmenter son utihté en multipliant ses usages n.
On risquerait de se faire une idée beaucoup trop faible des bénéfices de
la production cotonnière en Egypte, si on examinait seulement le commère^ du coton proprement dit, sans tenir compte de l'exportation des graines. En effet, depuis le milieu de ce siècle environ, la fibre n'est plus le sçul des produits du cotonnier qui soit utilisé par l'industrie et qui ait une valeur marchande : la graine, autrefois employée seulement comme semence, a maintenant une videur commerciale et une utilité industrielle. La valeur prise par la graine de coton , comme matière première utilisable par l'industrie, est un fait capital dans l'histoire de la production du coton. Son influence en Egypte a été immense; elle a augmenté les bénéfices du cultivateur, à qui le prix retiré de la vente de la fibre et du bois de cotonnier n'aurait pas permis, par suite de la baisse, de couviir les frais de la culture; elle a fait naître, à côté des industries déjà dérivées de cette culture, une nouvelle industrie qui commence à s'organiser en ^yptc; elle a créé une nouvelle source de profits pour le commerce d'exportation de ce pays. En effet, les graines de coton occupent aujourd'hui le second rang, aussitôt après le coton en laine, dans la valeur totale de ces exportations. Il convient donc d'indiquer brièvement en quoi consiste l'utilisation industrielle de la graine de colon. On a découvert que cette graine était un fruit oléagineux et que, triturée, elle donnait une huile parfaitement saine et hygiénique. La découverte de cette application est de date relativement récente, et c'est à l'occasion de l'Egypte qu'Ole eut lieu. En Egypte, comme partout ailleurs, la graine, lorsqu'elle n'était pas employée aux semailles, servait de combustible sur les lieux mêmes de production. De tS&i à t8â3, furent tentés k Marseille, sur des graines d'origine égyptienne, les premiers essais de trituration. L'une de ces tentatives eut pour auteurs MM. KauU et Vicard, l'autre fut faite par M. Drugeon, commandité par M. Litardi, receveur général à Toulon; elles eurent toutes les di'ux des résultats déplorables qui amenèrent la ruine de ces maisons. Ces tentatives ne furent pas renouvelées jusqu'en i8St, époque à laquelle M. Emile Darier se rendit en Egypte pour étudier cette question. Plusieurs lots de graines de coton furent, dès la campagne i8&i-i853, dirigés sur Marseille, et, grâce au concours que M. Darier trouva chez MM. Roullet, Gilly et Chaponnière, fabricants d'huile ù Marseille, ces importations prirent, l'année suivante, plus d'importance. De grandes dilBcultés dans l'épuration et l'emploi des huiles de coton et dans l'utilisation du tourteau,
durent élre surmonh^es par M. Darier; elles le furent en deux ou trois années d'études et de recherches, et, d^s 1 85/i , la graine de coton devint, entre l'Egypte et la France, l'objet de transactions de plus en plus considérables.
C'est là une découverte dont la portée est loin d'être limitée à l'Egypte; c'est même aux Étals-Unis que la propriété nouvelle de la graine de coton trouva son application la plus complète, ainsi que permettait de le prévoir l'immense eiteosion de ta culture du coton dans les États du Sud. Dans une communication faite h l'Institut Franklin , de Philadelphie , M. Grimshaw a bien marqué le caractère de la découverte dont nous parions, r De nos jours, disait-il, il n'y a pas d'industrie dans laquelle le produit principal puisse être pris seul en considération; il arrive fréquemment que les sousproduits, avec leur constitution et leurs usages, sont presque aussi importants; c'est le cas de l'huile de coton. Cette huile n'était autrefois qu'un sous-produit de la fabrication de la farine de graine de coton , et les graines elles-mêmes n'étaient, en remontant plus haut, que le résidu encombrant d'une importante industrie. La graine de coton a longtemps été considérée comme un rebut inutilisable; longtemps, on l'a brûlée ou jetée, mais aujourd'hui, son produit principal et ses sous-produits sont des éléments très importants de notre industrie nationale. Ce qui n'était en 1800 qu'un déchet, est devenu un engrais en 1870, un fourrage en 1880, et aujourd'hui fournil un produit alimentaire et des articles industriels importants, n H ne faut pas s'imaginer, en effet, que l'huile soit le dernier sous-produit des fruits du cotonnier. Sans parler de savons que l'on peut fabriquer avec cette huile, les graines de coton, après la trituration, forment un tourteau qui constitue un excellent fourrage pour le bétail. Les tourteaux de coton sont employés non seulement en Amérique, mais en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Danemark , en Suède et en Norvège. Ils sont exportés en petite quantité d'Egypte. C'est un des meilleurs fourrages que l'on connaisse, pour ta production du lait, de la graisse et des os. En outre, les cendres des coques sont un très bon engrais pour la canne h sucre et ta betterave; leur emploi est très répandu et peut être recommandé en Egypte. Enfin, vers 1895, bMM. Joseph Sears et Olivier Burnbam, de Chicago, se mirent en quête d'un procédé pour utiliser autrement ces coques, que l'on jetait ou qui servaient de combustible dans les usines. Après bien des
recherches, ils ont réussi à construire une machine parfaite qui fonctionne actuellement h Saint-Louis; cette machine fournit aux fabriques de papier une Bbre qui peut être classée après les meilleures fibres de lin, pour la qualité du papier qu'elle produit, n Tels sont, dans l'ordre industriel, tes bénéfices que peut tirer un peuple, sans doute plus avancé que le peuple égyptien , d'un produit autrefois considéré comme un déchet.
Depuis la découverte de l'application industrielle des graines de coton, il est fait chaque année, en Egypte, trois parts de ce produit : la première est consacrée aux semences, la seconde est consommée sur place dans les huileries locales, la troisième est exportée. Toute la graine, en effet, n'est pas exportée; les cultivateurs en conservent une quantité importante, &75.000 ardebs environ, des meilleures graines, pour ensemencer. En dehors de celte part, les graines de coton sont dès maintenant traitées dans quelques usines, en Egypte même. Il n'y a pas longtemps que l'on s'occupe, en Egypte, de la production de l'huile de coton, si l'on néglige une huilerie assez misérable qui a fonctionné h Alexandrie pendant une quinzaine d'années, en ne donnant jamais que de médiocres résultats. Aujourd'hui, une usine importante est installée à Alexandrie, avec tous les perfectionnements connus, et fait d'excellentes affaires. Trois petites usines traitent aussi la graine, dans la même ville, mais sont loin d'égaler la première. Enfin, il y a deux huileries dans l'intérieur du pays, une à Zagazig et une à Kafr-Zayat. La fabrication de l'huile de coton, dans ces usines, comporte trois opérations principales: la trituration des graines, l'épuration et la décoloration de l'huile. Les graines sont d'abord dépouillées des fibres de coton et passées sur un tamis qui retient les corps étrangers d'un assez gros volume ; un appareil nommé peigneuse achève de débarrasser les graines du coton qui peut y adhérer encore. La graine arrive alors dans un concasseur formé de cylindres tournants garnis de couteaux , qui coupent ensemble la coque et l'amande de la graine; les morceaux tombent sur un tamis que les amandes traversent, pendant que les coques sont enlevées par une loile sans fin. Broyées par des meules et réduites en une pâte que l'on chauffe pendant une demi-heure, les amandes sont soumises h la presse hydraulique. L'nhuile bruten que l'on obtient ainsi est plus ou moins rougeâtre. Les tourteaux ne sont pas utilisés comme fourrage en Egypte; on les exporte généralement en Angleterre sous forme de
Ia Cclon m ÉgypU. ■■
poudre, les résidus des coques sont quelquefois employés comme engrais dans les plantations de canne à sucre. La seconde opération , épuration de t'buile de coton , consiste k ralTiner l'huile brute. On l'introduit dans de grands bacs, munis d'agitateurs, destinés k maintenir le liquide en mouvement et chauffé par des serpentins où circule la vapeur. En ajoutant une proportion donnée de soude caustique, en faisant fonctionner l'agitateur et en soumettant l'huile brute k une température élevée, on pbtient une émulsion : l'huile liquide monte à la surface, le savon tombe au fond. Lorsqu'on a décanté l'buile raffinée, il reste, au fond du bac, un résidu noirâtre, mélange d'huile, de savon et d'impuretés, qui sert, en Egypte même, k la fabrication des savons bruns. La plupart du temps, l'huile exige deux épurations successives; cette huile, qui est vert ambre, doit ensuite être décolorée. On procède à la décoloration à l'aide de bacs semblables aux précédents. On porte l'huile k une température de &o° centigrades, on met l'agitateur en mouvement, on ajoute 3 à 5 p. o/o de terre à foulon, et lorsque les matières sont bien mélangées, on les fait passer dans un filtre-presse qui retient la matière décolorante et laisse écouler l'huile parfaitement limpide. Le rendement en graine du coton d'Egypte et le rendement en huile de la graine de coton sont variables mais peuvent être évalués approximativement. Nous avons dit que 3 1 B rotolîs de coton brut contenaient ûoh rotolis de graines, to8 de fil et 3 de déchet. L'ardeh, qui sert à mesurer les graines de coton, équivaut k 370 rotolis.. On pQut calculer que les 100 kantarsdecoton (le kantar est de too rotolis) donnent presque 76 ardebs de graines. La coque représente &o p. 0/0 environ et l'amande 60 p. 0/0 du poids total de la graine. Ces chiffres expriment le rendement en graines du coton d'Egypte. Quant au rendement des graines en huile, 100 kilogrammes de graines devraient donner 80 p. 0/0 de tourteau et 30 p. 0/0 d'huile, mais ne donnent en réalité que 18 à t8 t/a p. 0/0 d'huile brute. Le rendement en huile est très variable et dépend de la qualité de la graine qui, suivant les années, donne 1 à 1 i/a p. 0/0 de plus ou de moins. Il faut encore tenir compte du déchet qui se produit pendant l'épuration et la décoloration : par suite de ce déchet, le rendement en buile se trouve réduit à 16 ou 17 p. 0/0 . Telles sont les conditions dans lesquelles l'industrie de l'huilerie s'est installée en Egypte.
Elle est susceptible d'y prendre un plus grand développement, car l'huile de coton trouve, dans l'alimentation et dans l'industrie, des débouchés assurés. Légère, dépourvue d'acidité, neutre de goût, elle constitue une excellente huile comestible, à condition d'être convenablement épurée. Quant aux usages industriels, elle est surtout propre à la fabrication des savons, que les huileries d'Alexandrie, de Kafr-Zayat et de Zagazig ont déjà commencé à produire en petite quantité. La consommation locale des graines de coton est encore peu importante en Egypte, celle des usines de l'intérieur s'élève en chiffres ronds , à i5o.ooo ardebs par an, et celle des huileries d'Aleiandrie au double environ. Cette consommation est insignifîante par rapport à celle des États-Unis. On triture maintenant aux Etats-Unis , plus d'un million et demi de tonoes par an , le tiers environ de la récolte , ce qui représente pour les planteurs un bénéfice approximatif de 90 millions de francs. La valeur des produits fabriqués, dont aB5.ooo tonnes d'huile, est d'environ i5o millions de francs.
Voici comment s'est répartie pendant une campagne, celle de 1897- 1898, la récolle de graines de coton.
Stock à AleiaoJrie au 1" septembre 1897 85.5oo ardebs.
Total des arrivages ii Aieïaadrîe 3 . 979 . 887
Total û. 066.387
EiportaUons d'Alexandrie 3.793.017
CoDsommalion locale (Alexandrie) 967.370
ToTiL 3.989.387 3.989.387
Stock à Alexandrie au 3i 8oA( 1898 76.000
(îonsommalion des usiaesdeZagazigetdeKafr-Zayal. . 130.000
D'après les évaluations officielles, la consommation locale de l'Egypte entière s'élèverait donc, pour la campagne 1897-1898 à 387.370 ardebs de graines. Si l'on ajoute au chiffre de â.o65.387 ardebs, qui représente la somme des graines mises à la disposition des acheteurs sur le marché d'Alexandrie, tes 1 30.000 ardebs triturés dans les provinces et 5oo.ooo ardebs environ destinés aux semailles, on obtient un total de A. 690.887 ardebs. Les 387.370 ardebs consonmiiés par l'industrie égyptienne sont
bien peu de chose coraparalivement à ce lotal énorme, et l'on voit que, déduction faite des semences, l'exportation en prélève plus des trois quarts. Cesl, en eiïet, comme produit d'exportation que la graine de coton rend actuellement le plus de bénéfices à l'Egypte. Avant l'application industrielle de cette graine, elle n'était naturellement l'objet d'aucun trafic. Elle n'est désignée dans aucun tableau des exportations d'Alexandrie, sous les règnes de Méhémel-Ali et d'Abbas pacha, et pendant les premières années du règne de Saïd. Après le coton , c'est l'article riz el céréales qui atteint la plusgrandevaleur, 3.688.000 francs en i83q, 5.6a5.ooo francs en i836, 6.638.000 francs en iSBg; puis viennent les légumes secs et dattes, avec une valeur de &.o3i.ooo francs en tSSa, i.ooo.ooo de francs en i836 et gao.ooo francs en iSSg. Des graines de coton, il n'est pas fait mention. Ainsi que nous l'avons dit, c'est à partir de i85/i qu'elles commencèrent à donner lieu à des transactions. C'est pour l'Egypte une bonne fortune admirable que la valeur marchande de la graine de coton ait été révélée avant la crise de 1 863. Aux bénéfices déjà inouïs que lui fit réaliser la vente du coton en laine, pendant ta guerre de Sécession, vinrent s'ajouter les bénéfices de l'exportation des graines. Voici, d'après M. Roncbetli, les chiffres atteints par cette exportation, de 186a à 1866, ainsi que la valeur totale des exportations d'Alexandrie.