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De supérieure qu'elle était encore en i8()6, la consommalion de l'Angleterre est, aujourd'hui, devenue inférieure à celle des pays concurrents. En 1905, le continent européen à lui seul, abstraction faite des autres parties du monde, a prélevé sur la récolte américaine S.gSg.tgi balles contre 3.579.B96 à l'Angleterre; en 1906, l'écart a élé plus marqué encore : /i. 030.6^5 balles au continent européen contre 3.09&.877 à l'Angleterre. Le tableau de la page 368 rend compte des exportations de coton des Etats-Unis par pays de destination de igoS à 1906.
Connaissant l'état actuel de la culture dans toutes les parties du monde, nous pouvons maintenant jeter un coup d'œil d'ensemble sur la production cotonniiVe du globe, en classer, pour ainsi dire, les principaux facteurs par ordre d'importance. L'évaluation de la récolte mondiale de colon, en balles de 600 livres anglaises, pendant la campagne 1906- 1907, donne les résultais suivants :
ÉlatB-Unis i3.55o
Indes 3 . 90a
Égypl« t .^^i
Autres pays 1 . 963
Total ao . 698
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Ainsi, en évaluant à so millions et demi de balles la récolte annuelle du monde, on voit que tes Etats-Unis en fournissent, à eux seuls, i3 millions et demi , contre -j millions que se partagent tous les autres pays réunis. De ces 7 millions restants , les Indes fournissent près de h millions , l'Egypte un peu plus d'un million. De la récolte totale, 65 1/9 p. 0/0 reviennent aux Etals-Unis, 18 i/a aux Indes, 6 1/9 à l'Egypte, çi t/a au reste du monde.
En comparant ces chiffres à ceux d'il y a dix ans, on constate que, si le rang des différents paya producteurs est resté le même, leur part contributive à la production générale s'est sensiblement modifiée. Sur i3 millions de balles, qui représentaient approximativement la récolte du coton du monde en 1897, les Etals-Unis en produisaient, en effet, à eus seuls, g millions. Ce n'était donc que U millions qui restaient à diviser entre les autres pays. De ces fi millions, l'Inde ne fournissait alors que 1.900.000 balles, serrée de près par l'Egypte qui en produisait déjà 1.336.000. Ainsi, tout en restant écrasante, l'avance des Étals-Unis sur l'ensemble de leurs concurrents a perdu de son importance; la production globale de ces marchés secondaires s'est accrue des trois quarts en dix ans et empiète progressivement sur la part de l'union nord-amé^ ricaine. Considérée en elle-même, ta production de l'Egypte a légèrement augmenté; considérée par rapport è celle des autres pays, elle a beaucoup diminué. Sur i3 millions de balles, l'Egypte en fournissait, en 1897, t. 300. 000; sur 30 millions et demi, elle en fournit aujourd'hui i.Soo.ooo. Sa récolte représentait alors plus du tiers des â. 000.000 produits ailleurs qu'aux États-Unis; elle représente aujourd'hui à peine plus du septième des 7.000.000 auxquels s'élève la production des marchés secondaires.
Des chiffres qui précèdent, résulte ce que nous avons appelé « la valeur relative» de l'Egypte comme centre de production du coton. Comparée k ce qu'elle était il y a dix ans, cette valeur a diminué, sans cependant que le pays ûit été déchu du rang qu'il occupait : le troisième. Cette diminution est-elle appelée à s'accentuer? La part contributive de l'Egypte à l'approvisionnement du monde est-elle, au contraire, destinée à s'accrottreî
Cette question revient à se demander quel est l'avenir de la cdture du cotoD en Egypte.
I« CoUm m Égypu. •&
Cet avenir dépend de deux ordres de conditionB : les unes subordonnées h, t'Egypte, les autres indépendantes d'elle. La culture du coton est certainement susceptible de recevoir, en Egypte, un développement supérieur à celui qu'elle y possède actuellement. Lord Cromer a lenlé , dans son rapport annuel de igo6, de déterminer les proportions probables de ce développement. Nous ne saurions mieui faire que de résumer son argumentation. Les relevés agricoles du Ministère des Finances enregistrent i.o/iy.âGa feddans de terres encore en fricbe, quoique cultivables, qui, joints aui 5.339.638 feddans de terres d'ores et déjà cultivées, portent la superficie cultivable de l'Egypte entière à 6.387.100 feddans. De ce total, il convient de retrancher tout de suite environ 800.000 feddans situés au sud d'Assiout, point à partir d'où les conditions dimatériques ne sont plus aussi favorables à la culture du cotonnier. Reste donc, en cbifTres ronds, 5.600.000 feddans qui représentent la superficie dont, moyennant certains travaux d'irrigation ou d'amendement, peut disposer cette culture dans un avenir prochain. En fixant à Aop. 0/0 de cette surface la proportion des terres affectées, chaque année, au coton et à 1^ Lantars et demi le rendement moyen par feddan, on est amené ît évaluer à 1 0.000.000 de kantars la récolte annuelle de l'Egypte. Lord Cromer appuie cette conclusion de la haute autorité reconnue à Sir William Garstin : nJe ne pense point, écrit ce dernier, que le chiffre de 10.000.000 de lantars comme rendement général des récoltes futures du coton en Egypte, soit exagéré; mais il faudra plusieurs années pour y arriver, dix ou quinze ans probablement, n Ce résultat reste subordonné, bien entendu, à deux conditions essentielles: l'amendement et le colmatage des terres encore en friche sur toute l'étendue de ces 5.6000.000 feddans; l'introduction de l'irrigation pérenne dans toute la partie de la Haute-Egypte comprise entre le Caire et Assioul. A défaut de ces deux conditions, point d'extension de la surface cultivée, partant, point d'accroissement de la récolte annuelle, à moins qu'on ne prévoie une élévation du rendement au feddan.
Des travaux d'une utihté moins urgente et d'une réalisation plus problématique peuvent, dans un avenir plus éloigné, mettre de nouveaux espaces h la disposition du cotonnier et arrondir encore son domaine. Sans parler de l'exploitation des oasis qui jalonnent le désert Libyque, l'assèchement des grands lacs situés en bordure du Delta augmenterait
de 800.000 feddans la superficie cultivable de la Basse-Egypte et d'environ i.Soo.ooo kantars sa production annuelle de coton.
Enfin, au delà dea limites de l'Egypte proprement dite, le Soudan ouvre aux conjectures, plutôt qu'aux prévisions, un champ plus vaste encore. Ici, les pronostics prennent, en effet, le caractère de véritables hypothèses et personne ne s'est encore risqué à traduire en chiffres des chances aussi incertaines et des échéances à aussi long terme.
Les plus optimistes se sont bornés à signaler les perspectives illimitées que l'exploitalion du Soudan ouvrirait, d'après eux, à la culture du cotonnier. Rarement, croyons-nous, cette opinion ne s'est fait jour avec plus de netteté que dans la conférence faite, l'hiver dernier, au Caire, par Sir W. Willcocks. n Lorsqu'on suit le Nil , de la Méditerranée aux lacs équatoriaux, dit cet ingénieur, on est frappé d'un fait : c'est que le développement du pays et la culture du colon ne sont qu'une seule et même chose. On est saisi de voir combien le bassin du Nil se prête à la croissance du cotonnier. Le coton est réellement partout chez lui (every where at home). •» Et Sir W. Willcocks énumère les localités où il a constaté l'existence du cotonnier, enire Kbarlouro et le lac Victoria. C'est en vue de permettre l'exploitation sur une grande échelle de cette culture, aujourd'hui restreinte par le défaut d'eau à de toutes petites proportions, qu'il préconise l'exécution des grands travaux dont nous avons exposé le programme, en traitant des irrigations.
La réalisation de ce programme, ou d'un autre, est donc la première condition à laquelle est subordonné te développement intensif de la culture du coton au Soudan. Or, en admettant que la mise au point de ces travaux soit définitive, ce dont on peut douter, il resterait à trouver de l'argent pour en solder les dépenses, qui seront très élevées. Le problème financier résolu, beaucoup de temps sera nécessaire pour mener à bien une entreprise qui est, par excellence, une oeuvre de longue haleine. Enfin, ces travaux exécutés et le Soudan pourvu d'eau en abondance, d'autres circonstances pourront entraver l'extension de la culture cten grand».
Pour n'en citer que deux , la rareté de la main-d'œuvre et l'insuGSsance des moyens de transport constitueront des difficultés malaisées à aplanir. Il faut compter aussi avec les appréhensions et les inquiétudes croissantes que le développement économique du Soudan fait naître en Egypte. Les
Egyptiens, c|ui font seuls les frais de ce développement, considèrent que chaque piastre versée au budget soudanais est un prélèvement arbitraire sur leurs propres ressources; que chaque goutte d'eau détournée au profit du Soudan est indûment soustraite à la fourniture d'eau de leurs (erres, et s'ils n'estiment pas encore que chaque balle de coton exportée du Soudan est une concurrence fAcbeuse à leur propre récolle, c'est uniquement parce que cette exportation est encore insignifiante; mais qu'elle devienne plus importante, justifiées ou non, les protestations ne manqueront pas de s'élever en Egypte.
Quoi qu'il en soit des chances d'avenir, le présent est encore modeste. a Les perspectives de la culture du coton égyptien au Soudan n'apparaissent pas comme très brillantes dans l'avenir immédiat», écrivait, en 1 907, le directeur du service agricole, M. Bonus. La surface cultivée en coton en 1906 était en diminution de a.t to feddans sur celle de l'année précédente (91.788 contre 33.898). Dans les provinces de Halfa, de Dongola et du Nil Bleu, les expériences n'avaient pas donné de résultats bien satisfaisants. A Berber, les indigènes refusaient de cultiver le coton, en raison de la cherté de la graine et des ravages exercés par les sauterelles. A Zeidab, 17 feddans avaient été détruits par ces insectes, sur les terrains du Syndical des Plantations expérimentales. Dans les provinces de Kordofan, Mongalla et Babr-el-Gbaial, aucune tentative n'avait encore été faite. La culture se présentait sous de meilleurs auspices dans les provinces de Kbartoum, de la mer Rouge et de Kassala. D'après le rapport de Sir Eldoa Gorst pour 1907, les résultats de cette année auraient été plus encourageants : le colon égyptien semblerait, dans l'ensemble, gagner du terrain et les prix de vente réalisés auraient été exceptionnellement avantageux.
En résumé, avec ou sans le Soudan, la culture du coton dispose encore, dans la vallée du Nil, d'une n marge» dont il dépend du gouvernement d'élargir ou de resserrer l'étendue, selon le degré d'activité avec lequel il poussera les travaux à entreprendre. Mais, même sans accroissement de la surface cultivable, l'^ypte peut voir sa production augmenter par suite d'une élévation du rendement par feddan; on doit convenir qu'elle n'en prend pas le chemin. Nous avons insisté ailleurs sur l'abaissement continu du rendement , depuis une dizaine d'années. Les Commissaires des Domaines
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de l'État ont consacré à cette question, dans leur rapport de 1908, d'intéressants développements. Après avoir constaté que, pour la période triennale 190&-1906, le rendement a élé inférieur de 93 p. 0/0 à ce qu'il avait été pendant la période 1895-1897 {U kaot. 96 contre 5 kant. 80), ils examinent une à une toutes les causes auxquelles peut être attribué cet inquiétant abaissement : la qualité des terres nouvellement mises en culture, les ravages exercés par le ver de la feuille et le ver de la gousse, l'affaiblissement général des terres, la loi en vertu de laquelle toute plante qui n'est pas d'origine fraocbement indigène finit par s'abAtardir, ta distribution de l'eau.
Tout en convenant que certaines de ces causes ont pu contribuer à produire le mal dont souffre la culture, ils observent qu'aucune ne suffit, cependant, à l'expliquer et sont amenés a conclure comme nous l'avons fait nous-méme : «On en arrive h se demander si les modifications apportées depuis quelques années au régime du Nil et des canaux, modifications qui ont permis, il est vrai, d'augmenter considérablement les superficies cultivées en coton, n'ont pas eu sur l'humidité du sous-sol un contre-coup défavorable aux cultures de cotonniers «. Si cette bypothèse est enacte, et elle parait bien l'être, le remède résulterait de la nature même du mal : il consisterait, soit dans l'élargissement et Tapprofondissement des canaux, soit dans l'amélioration du drainage npour lequel on a, d'ailleurs, moins fait jusqu'A présent que pour l'irrigation».
L'avenir de la culture du coton en Egypte dépend, pour une large part, du relèvement du rendement. Car si ce rendement continue à décliner, c'est tout au plus si l'augmentation progressive de la superficie cultivée compensera les effets de cette décroissance, et l'on verra, comme on l'a vu depuis plusieurs années, la production générale rester slationnaire, en dépit de l'extension continuelle de la surface cultivée. 11 est donc d'une importance capitale pour l'Egypte que, grâce à une enquête approfondie et à l'exécution des travaux qui seront jugés nécessaires, l'on puisse enrayer celte marcbe rétrograde et ramener peu à peu le rendement au niveau qu'il atteignait il y a dix ans. C'est là un espoir qui n'a rien de chimérique et dont la réalisation est, en tout cas, pour l'Egypte, d'un intérêt infiniment plus urgent que l'extension de la culture à des milliers de nouveaux feddans.
Par l'un ou l'autre de ces deux moyens, accroissement de la surface
cultivée ou relèvement du rendement, voire même grâce aux deux à la fois, la production cotonnière de l'Egypte est donc susceptible de s'élever audessus du chiffre qu'elle atteint actuellement. Reste k savoir dans quelle mesure le marché est susceptible de l'absorber. C'est là le second ordre de conditions auquel nous faisions allusion tout à l'heure. Peu importerait, en effet, que l'Egypte pûl produire, dans quinze ans, lo millions de kantars, si elle ne devait pas en trouver l'écoulement. On est trop porté, lorsqu'on cherche à déterminer l'avenir de ta culture du coton , à ne pas regarder au delà des frontières du pays. A cité de la capacité de production de l'^yple, il faut encore tenir compte de la capacité de consommation du monde.
Cette seconde question renfeime infiniment plus d'inconnues encore que la première, et c'est seulement à la lueur du passé qu'on peut percer une partie de l'ombre dont s'enveloppe l'avenir. De la revue à laquelle nous nous sommes livrés sur toute la surface du globe, se dégagent quelques faits saillants. Le premier est le développement continu et extrêmement rapide de la production cotonnière du monde. Il y a dix ans, une récolte de 1 3 millions et demi de balles était considérée comme exceptionnellement abondante; aujourd'hui, c'est so millions et demi de balles qui sont, annuellement, jetées sur te marché. Les progrès de ta consommation répondent-ils à ceux de la production î
La consommation industrielle de colon brut était, en i86o-iS6t, de &. 339. 000 balles par an; elle atteignait, en t88o-i88i, 7.31&.000 halles; elle s'est élevée, en 1906-1907, à i5, 748.000 balles. On peut, grAce aux tableaux suivants, suivre, campagne par campagne, les étapes de celte progression pendant les vingt dernières années.
CONSOMMATION 1ND08TRIELLE DD COTON DANS LE MONDE. (£11 miUitrt de ballet de 5oo Iwm anghiite*.)
BAISOHS.
GRANDB-
BRETACHE.
COBTIHEHT D'EUROPE.