‹ La production du coton en EgypteChapitre 57 sur 76 · i.i93.58ï.8oo · texte numérisé non relu

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Ces chiflres suffisent à prouver que ta consommation mondiale de cotonnades a été, jusqu'à présent, caractérisée par un progrès aussi constant que rapide. Une étude plus approfondie des statistiques montrerait que la clientèle de cet article a été sans cesse s'élargissant.

Mais si le nombre des clients s'est accru, celui des fabricants a également augmenté. Des pays qui ne prenaient, il y a moins de trente ans, qu'une part insignifiante à ce commerce, sont entrés en ligne et disputent aux autres les marchés extérieurs. Les Etats-Unis, les Indes, le Japon se sont mis à fabriquer et à exporter des cotonnades. Entre ces nouveaux venus et leurs devanciers s'est engagée une active concurrence. nA l'heure actuelle, écrit M. Lecomte, deux concurrents se disputent, au point de vue industriel , le marché cotonnier du monde : d'une part l'Europe , d'autre part les États-Unis. Dans cet assaut colossal entre l'ancien et le nouveau monde, celui-ci tient une supériorité incontestable de sa situation de grand producteur de colon; mais il la tient aussi, ne l'oublions pas, du fait de sa grande production de charbon, n

Dans une lutte de ce genre, l'équilibre entre la consommation et la production ne peut résister aux efforts simultanés des deux concurrents pour maintenir leur rang et défendre leur position que si de nouveaux

débouchés s'ouvrent à l'induslrie. Il s'en est ouvert beaucoup , pas autant cependant qu'on avait cru pouvoir l'escompter de ce côté-ci de i'AUantique. Les vastes territoires récemment ouverts à la colonisation ont bien fourni un débouché aux produits de l'industrie cotonnière, mais on a peutêtre un peu trop escompté la demande avant d'avoir fait naître les besoins. «On a PU le tort, écrit M. Lecomte, de n'envisager qu'un seul côlé de la question et on a oublié la condition nécessaire de tout commerce; c'est que l'acheteur doit pouvoir payer la marchandise qui lui est livrée, n Aussi le marché colonial n'a-t-il pas donné tout ce qu'on attendait de lui.

Dans ces conditions , il était inévitable que l'offre en vint à dépasser la demande. C'est ce qui s'est produit dans le courant de l'année dernière. Sous l'influence de causes financières qui se sont fait sentir un peu partout, en Amérique aussi bien qu'en Europe et en Eitréme Orient, un ralentissement général s'est produit dans les demandes de cotonnades. Il s'en est suivi un encombrement de produits manufacturés dans les filatures qui, à leur tour, ont réduit leurs achats de matière première. A l'heure actuelle se manifeste dans l'industrie une tendance à restreindre la production; cette tendance s'est fait jour au dernier congrès cotonnier qui s'est tenu à Paris et où la proposition a été émise de diminuer les heures de travail dans les usines.

La prodigieuse fortune du coton au cours de ce siècle, le succès qui a, dans le passé, couronné les efforts des cultivateurs et des industriels permettent d'espérer qu'on ne se trouve en présence que d'une crise passagère et déjà en voie de solution. Elle a été provoquée par la concurrence de l'ancien et du nouveau continent, par une conliance peut-être excessive dans la capacité de consommation du monde, par la tendance de l'industrie à acheter plus qu'elle ne consomme, à fabriquer plus qu'elle ne vend, par la crainte de manquer de matière première. Restreinte aux proportions que nous croyons être les siennes, cette crise ne suffit pas à prouver qu'il y ait surproduction de coton brut dans le monde. Mais, ce qui parait probable, c'est que la production ne saurait continuer à s'accroître dans les proportions oiï elle s'est accrue au cours des dix dernières années. S'il en était ainsi, le malaise qui est né, en somme, du développement intensif de la production, tant agricole qu'industrielle, ne pourrait que se généraliser et augmenter d'acuité.

Si I'bh songe que l'Egypte n'est pas une contrée indépendante des autres régions colonnières du g^obe, que le développement de sa production n'est qu'une phase, une fraction du développement de la production universelle, on conviendra que de la solution de ces différents problèmes dépend, dans une large mesure, l'avenir de la culture du coton en Egypte. Le simple bon sens répugne k admettre que la production de l'^ypte puisse, en quelques années, augmenter d'un quart ou d'un tiers, pendant que la production générale resterait stationnaire ou ne s'accroîtrait que beaucoup plus lentement. Il ne s'ensuit pas, d'ailleurs, que les progrès de la production égyptienne soient menacés de ralentissement : ayant été, au cours des dix dernières années, sensiblement moins rapides que ceux de la production générale, ils n'ont qu'à se maintenir dans les mêmes proportions, pour être en harmonie avec les progrès probables de ta récolte mondiale.

Ces probabilités ne s'appliquent naturellement qu'à un avenir très limité. Dans un avenir plus éloigné, les chances sont, au contraire, en faveur d'un accroissement plus rapide de la production égyptienne. Après le développement intensif de la récolle du colon dans le monde, les faits tes plus saillants de l'évolution que nous avons suivie sont l'augmentation de la consommation dans les pays producteurs et la concurrence industrielle de l'ancien et du nouveau continent. Or, ces deux circonstances sont éminemment favorables à l'avenir du coton en Egypte. L'une et l'autre, en effet, contribuent à faire aux (ilateurs de tous les pays exclusivement industriels, un devoir de ne laisser tarir aucune des sources de leur approvisionnement.

Une application quelque peu immodérée de ce principe a bien pu compromettre momentanément l'équilibre et obliger la production k ralentir, pour quelque temps, ses progrès, mais ce mal était nécessaire et mieux valait, somme toute, en passer par U que d'être pris au dépourvu. Une fois ces conséquences effacées et l'équilibre rétabli, l'industrie se retrouvera sous le coup de la même menace et, à un mal identique, il faudra le même remède. Toute la difficulté consistera à l'appliquer avec mesure. Mais, en fin de compte, le marcbé égyptien ne peut manquer de profiter de l'extension de l'industrie aux pays producteurs et de la concurrence entre l'Europe et l'Amérique.

Des garanties spéciales lui viennent, enfin, des qualités particulières è son coton. Bien que ces qualités n'assurent pas, selon nous, au colon

d'Egypte une indépendance aussi grande qu'on se l'imagine dans ce pays, elles lui confèrent évidemment un avantage précieui. Grâce aux emplois particuliers auxquels elles le rendent apte, tout pays où s'introduit l'industrie textile est appelé à devenir un client de l'Egypte. Mais le maintien de cet avantage dépend du maintien de ces qualités. Aussi, est-ce pour les Egyptiens une question vitale de ne pas laisser péricliter la qualité de leur coton. Tout végétal qui n'est pas d'origine franchement indigène n'a déjà qu'une tendance trop marquée à s'abâtardir sous le ciel d'Egypte, pour que les cultivateurs ne donnent pas tous leurs soins à la qualité des produits de leurs plants. Ils semblent bien ne pas s'en être assez préoccupés et la Société khédiviale d'agriculture a cru devoir, par une note fort judicieuse, appeler récemment leur attention sur ce point. «Les agriculteurs, dit ce document, se sont préoccupés, durant ces dernières années, d'augmenter la quantité de leur récolle de coton , mais ils n'ont pas apporté le même soin à en améliorer la qualité. Il est admis que la production du coton égyptien i^est que peu importante par rapport à celle d'autres pays, tels que les Etats-Unis, l'Inde, etc., et que ce qui fait la haute valeur de la récolle, c'est précisément la qualité du coton égyptien qui le fait préférer par les fabriques aux cotons d'autres provenances. Si notre coton venait à perdre cette qualité supérieure, il cesserait d'être préféré et même d'être nécessaire à certaines fabriques, de telle sorte que les agriculteurs d'Egypte subiraient des pertes d'autant plus graves et irréparables qu'ils ne pourraient pas remplacer la culture cotonnière par une autre également avantageuse.» D'après la Société d'agriculture, l'abaissement de la qualité du coton égyptien proviendrait du mélange de ses graines avec celles d'autres variétés , notamment du coton indien. Le remède consisterait donc dans une sélection plus attentive des semences et, s'il y a lieu, dans l'arrachage des jeunes plants de coton indien , au moment oti ils poussent. Ces plants sont , paratt-il , reconnaissables à certains caractères qu'indique la note de la Société d'agriculture. U est à souhaiter que les cultivateurs se conforment à ces sages conseils, car de leur vigilance dépend la valeur même de leurs produits, c'est-à-dire une des conditions essentielles du développement futur de la culture.

Conditions intérieures et conditions extérieures nous paraissent donc appelées à agir dans un sens également favorable à l'avenir du coton en

le, mais dans une mesure et k des degrés diffërenU. Les premières nous semblent ouvrir à cette culture un champ dont ii dépend de l'activité publique et privée de reculer les limites à l'infini. Les secondes tendent k soumettre la production égyptienne à des lois qui lui sout communes avec la production universelle et, par suite, à en maintenir les progrès dans des bornes plus étroites et des proportions plus modestes.

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