III. — TABLEAU ENERGETIQUE DE L'ECHANGE
Avant de terminer notre étude de l'échange, il nous reste à envisager comment l'échange répartit entre tous les individus les énergies que la production met à la disposition de la société. Les hommes échangent ces énergies, de façon à augmenter l’utilité en leur possession, c’est-à-dire le rendement en énergies humaines. Une fois terminé ce brassage d'énergies, comment va se présenter à nos sue le tableau de léchange ? |
Les physiocrates, qui avaient. compris, partiellement le, ‘aractère véritable de la.production et qui,avaient considéré comme seule productive la classe des agriculteurs, avaient dressé un tableau bien connu sous le nom de tableau économique ; celui-ci leur servait à mettre en rehkef l’importance primordiale de la production agricole, L’énergétique leur donne complètement raison sur ce point, en montrant que les énergies alimentaires sont indispensables. pour, créer l’énergie humaine, mais, à la suite de la science, elle a attribué à l’industrie un rôle productif non moins capital. Nous avons indiqué, en son temps, comment les énergies étrangères, autres que les énergies ali; mentaires, nous permettaient d'économiser l’énergie. humaine et comment tout le progrès et tout le confort visaient, en somme, à réaliser cette économie d’une facon plus complète. Par ailleurs, nous avons analysé le contenu énergétique des services et nous avons dit que ceux-ci avaient pour résultat d'économiser à leur tour des énergies humaines, qui seraient utilisées, par la suite, pour, des tâches plus productives.
Ce bref exposé nous dicte le plan d’un tableau, que nous pourrons dresser à l’instar de celui des physiocrates.
Ce sera le tableau énergétique de l’échange.
La société se compose de trois classes : la classe agricole, la classe industrielle et la classe des auxiliaires. Nous avons déjà précisé le sens des mots que nous employons ici ; nous y revenons pour éviter toute ambiguïté. La classe agricole comprend ceux qui mettent en œuvre la terre, pour en tirer des produits alimentaires, directement (cultivateurs) ou indirectement (éleveurs). Nous savons que ces produits, qui nous. sont, indispensables, contiennent des énergies, assimilables par nos.tissus, dont le principe est l'énergie solaire, L'agriculture produit encore des matières premières. végétales, que nous utilisons en raison de leurs énergies de forme.
Peu.nous importe que les agriculteurs soient propriétaires du. sol ou simplement feriniers. Ce qui les caractérise, c’est le fait que leur travail a pour résultat la production
ne
d'énérgies d’origine végétale où animale, dont ils disposent pour l’échange. Ceci exclut les ouvriers agricoles, qui ne disposent que de leurs salaires, et les propriétaires non exploitants, qui reçoivent des fermages.
Sont considérés par nous comme industriels, tous ceux qui rendent disponibles ou utilisables, grâce à leur travail, des énergies étrangères autres que les énérgies alimentairés, et qui disposent de ces énergies pour l'échange. Ce sont eux également qui produisent les matières preiniéres d’origine minérale, On trouve, parmi eux, les exploitants d'une forêt, d’une mine, d’une chute d’eau, les éntrepreneurs de transport, les producteurs d'électricité, de produits chimiques, etc. Les industriels nous fournissent les énergies calorifiques lumineusés, mécaniques, chimiques dont nous avons besoin, ainsi que les énergies de forme ou de volume des diversés matières.
Entrent dans la classe des auxiliaires tous ceux qui, par leur travail, nous permettent d'économiser notre propre énergie, soit qu’ils nous fournissent des outils (vêtements, maisons, outils proprement dits), soit qu’ils effectuent à notre place un travail, qui nous coûterait une dépense d'énergie excessive. On peut les diviser en deux ‘catégories : les fabricants, mettant en œuvre les énergies produites par les deux premières classes ainsi que les matieres premières d’origine végétale ou minérale, et les collaborateurs, ces derniers comprenant tous ceux dont les services nous sont utiles, depuis le portefaix ou le domestique jusqu’au professeur, au savant'et au prêtre.
On nous excusera d'employer certains mots'‘dans un sens un peu différent de leur sens habituel, maïs cela nous est nécessaire, pour parfaire la tentative ‘de synthèse et de simplification que nous avons entreprise.
Disons maintenant ce qui se passe entre ces trois grou-
pes.
. Les agriculteurs d’une part, les industriels de l’autre, produisant au-delà de leurs besoins, échangent entre eux les énergies produites en excédent. Ils pratiquent également
l'échange de ces énergies contre les services de la troisième classe.
Par ce processus, les énergies agricoles et industrielles qui sont indispensables à la vie, sont mises à la disposition de l’ensemble de la population, bien qu’une partie de celle-ci ne les produise pas. Cette dernière portion de la société acquiert la disposition des énergies qui lui font défaut, en collaborant à leur production d’une facon détournée ; son rôle consiste, en effet, à procurer aux producteurs l’économie de certaines quantités d'énergie humaine ; celles-ci peuvent être alors consacrées à la production qui est accrue d’autant.
Le tableau énergétique peut donc se représenter sous la forme d’un cycle fermé.
: Croquis IV
Nous n’ignorons pas qu’un tel schéma simplifie à l’excès. C'est ainsi qu’à l’intérieur de chaque groupe, des échanges ont lieu et que certains échanges se font d’un groupe à
l'autre, par l'intermédiaire du troisième. Bien mieux, un même individu peut faire partie des trois groupes. Mais, si l’on veut, par un effort d’abstraction, se représentér l’ensemble des mouvements de l'échange, on est obligé de convenir, qu’en définitive, la société vit d'énergies alimentaires et d'énergies naturelles, dont la répartition est harmonieusement réalisée grâce aux liaisons établies entre ces trois groupes.
Une vue aussi simple de l'échange ne prétend pas. épuiser tous les aspects sous lesquels on peut considérer celuici. En particulier, elle ne prétend pas se substituer aux conceptions classiques de l’économie appliquée, qui voit dans l’échange trois marchés emboîtés Pun dans Pautre ; celui des services, celui des produits et celui de la capitalisation.
Nous «vons voulu donner une vue générale de l’échange, sans chercher à déterminer toutes les modalités que la société emploie pour atteindre le but final d'équilibre auquel elle tend et aussi sans toucher aux problèmes de Ia répartition.