‹ La Production et l'Échange au Point de vue énergétiqueChapitre 123 sur 145 · II. —— INTERMEDIAIRES 1° LE COMMERÇANT · texte numérisé non relu

II. —— INTERMEDIAIRES 1° LE COMMERÇANT

Toutes les considérations qui précèdent portent sur un échange pratiqué par des individus, pour qui les énergies échangées ont une utilité. Or, il y a des circonstances nombreuses où cela n’est pas: réalisé. C’est le cas, par exemple, du gros producteur, qui produit bien au-delà de ses besoins, et c’est celui de l'intermédiaire qui achète ce dont il n’a que faire, dans l'espoir de le revendre. Quelle signification donner en l’occurence à des coefficients de production ou de rendement ? Il semble, à première vue, que l’on ne peut introduire ici aucune considération énergétique. Or, le cas que nous traitons est le plus fréquent, car, à notre époque, chacun se spécialise, de plus en plus, dans une production qui excède ses besoins. Il en résulte que notre théorie paraît être en défaut et manquer de généralité.

Nous pensons qu'il n’en est rien et qu’il est facile de donner des explications de ces anomalies. ;

Commençons par le commerçant.

Nous allons essayer d'éclairer cette question, en partant de ce point de vue que le commerçant est, auprès des producteurs, le représentant des consommateurs et viceversa.

Quand le commercant achète, il sait à quel prix il compte revendre. Donc, la valeur qu'il attribue au produit est, en somme, une résultante des valeurs d'usage individuelles des consommateurs. Le prix qu'il paie est celui que ces derniers paieront. Il ne le majorera, à la revente, que du prix du service qu’il rend. Pour mieux comprendre le rôle qu'il joue au point de. vue énergétique, examinons les phases bien connues par lesquelles passe, ce que l’on pourrait appeler l’évolution de l'intermédiaire.

D'abord courtier, il rapproche les parties, et quand cellesci sont en présence, il les laisse discuter et déterminer

l'équilibre devant donner lieu à l'échange, qu’elles veulént faire des énergies dont elles disposent. Uné fois l'échange réalisé, chacune des parties paie au courtier son service, suivant la formule connüe d'échange d’un oùtil (la monnaïe) contre un service.

À un échelon au-dessus nous trouvons le commissionnaire. Celui-ci prend la place des parties. C’est lui qui achète pour son commettant, mais suivant les directives de celui-ci. 11 n’introduit rien dans l’échange qui lui soït personnel. Il tient le personnage de celui qu’il représente et l’équilibre de l’échange s'établit, comme si les deux parties étaient en présence. Ici aussi, le service rendu aux parties est payé à l’intermédiaire sous forme de cominission.

En continuant dans la voie où nous avancons, nous ren- Controns le commerçant. Celui-ci achèté comme 1é commissionnaire, mais il n’a plus de commettant, qui l’aît man: daté et à qui il cèdérait ce qu’il a achété. Il achèté pour lui-même, en vue de la revente. En face du producteur, il est un consommateur ; mais comment détérminér ses Ca-ractéristiques ?

A cela nous répondons que le commerçant, mêmé dans ce cas, a des commettants. S’il n’y a pas mandat effectif et réel, il y a un mandat tacite et virtuel. Le commer- çant a reçu des démandes. I! a sondé sa clientèle et il rappôrte de son enquêté uné vision très nette des désirs de célle-ci, au point de vus quantité, et de ses sacrifices possiblés, au point de vue valeur. Il va pouvoir se forger ainsi là personnalité d’un consommateur moyen pour lequel il opèréra, et son acte de commerce pourra se ramener à l'achat à la commission dont il a été question plus haut.

Comme, dans ce cas, le commerçant emprunte une per- sonnalité qui est parfaitement définie, les limites qu'il sé fixe au sujet des prix qu’il peut accepter dans son débat avec le producteur, sont nettement tracées. Combien de fois n’entend-on pas dire par l’un d’eux : « A ce prix, je » né pourrai pas revendre et trouver un bénéfice », ce dernier étant le prix du service qu’il rend.

Ceique nous venons d'exposer, n’a rien d’original et est simplement l’adaptation à la théorie énergétique de notions classiques. Nous avons cru devoir nous y arrêter un instant, pour être fidèles à la mission que nous nous sommes donnée de ne laisser dans l'ombre aucune difficulté.

On voit, par suite, que le commerçant joue en quelque sorte le rôle d’un être collectif et qu’à ce titre il tiendra sans difficulté la place d’une des parties, dans les inégalités et dans les formules d'équilibre que nous avons établiés.

Me 2° L'ENTREPRENEUR

En face du commerçant on trouve les délégués de certains producteurs, chef du bureau de ventes d’un kartell, gérant d’une coopérative de production, qui jouent un rôle analogue et sont les porte-paroles, eux aussi, d’un être collectif. À travers eux ce sont leurs commettants qui participent à l’échange.

Peut-on attribuer à l’entrepreneur la même personna: lité fictive d’un être collectif ? A première vue la réponse paraît devoir être affirmative, car l'entrepreneur représente l’entreprise, réunion de producteurs divers, souvent très nombreux. Mais, si l’on y regarde de près, on ne peut soutenir cette opinion. L’entrepreneur n’a pas de commettants réels ou virtuels. Il est lui-même un producteur autonome. Il acquiert ce qui lui est indispensable pour produire : outillages, matières premières, main-d'œuvre, par le moyen d'échanges, dans lesquels il est toujours une partie et c’est avec une part de sa production qu'il rémunère constructeurs, fournisseurs, ouvriers. Le fait que cela a lieu par l'intermédiaire de la monnaie ne change rien à la chose. Son rôle, à l'égard de tous ceux qui l’aident dans sa production, est le même que celui d’un producteur individuel. Ce qui le distingue de celui-ci, c’est que ses collaborateurs sont nombreux el qu'il met en œuvre des ressources beaucoup plus importantes : mais lorsqu'il procède à la vente

de ses produits, il ne représente que lui-même ; on né saurait voir en lui un être collectif.

On peut faire ici une objection analogue à celle que nous avons examinée à propos du commerçant. Quelle utilité peut attribuer à sa production un gros producteur ? Et s’il ne lui en reconnaît aucune, est-ce qu'un élément de échange ne fait pas défaut ? A cela nous répondrons que l'utilité n’a aucune influence sur l'échange, comme nous l'avons montré, quand l'utilité est constante. Or, il est bien certain que lorsque l'utilité n’a plus qu’une valeur infinitésimale, presque nulle, on peut la considérer comme constante et elle n’influe plus alors sur l’équilibre de l'échange. Nous n'avons pas fait la même réponse en ce qui concerne le commercant et nous avons cherché une autre explication, car on ne peut concevoir un commerçant achetant ce qui n’a de lutilité pour personne. Au contraire, nous savons par expérience que les cas sont nombreux, où des hommes produisent ce qui n’a pour eux aucune espèce d'utilité.

Les quelques remarques que nous venons de faire sur l'échange collectif, nous ont permis de préciser un point * qui n’est pas toujours mis en lumière.

L’échange collectif comprend aussi bien les échanges faits par des individus au sein d’une collectivité que ceux qui sont l’œuvre d’êtres collectifs.

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