I. — THEORIE PSYCHOLOGIQUE
Nous avons déjà fait connaître, en passant, quelques-uns des points de vue auxquels se place l'Ecole psychologique, pour interpréter l’échange et la valeur.
Nous avons attiré l’attention sur ce fait, qu’elle considère plus Paspect interne des phénomènes que leur aspect extérieur, et nous avons eu l’occasion de dire qu’elle substitne le terme désir au terme plaisir. D’ailleurs, elle donne à ce terme une extension qui tend à Jui faire englober toutes les manifestations de l’activité psychique de l’homme. L'acte d'échange est, pour elle, le résultat de comparaisons simultanées, établies par chaque coéchangiste dans sa propre conscience.
I] compare un désir à un autre désir et, en dernier ressort, implicitement à tous les désirs (1).
Nous ne reviendrons pas sur lPanalyse que nous avons déjà donnée de l'utilité, telle que la conçoit l’énergétique. Nous avons montré, au cours de la première partie, cominent nous croyions pouvoir concilier notre conception avec celle qu’en donne l'Economie psychologique. Nous pensons qu’en exprimant l'utilité par lénergie humaine procurée ou économisée, nous donnons d'elle une exph-
(1) Nous nous sommes ‘inspiré, pour lexposé de la doctrine psychologique qui forme le sujet du présent paragraphe, de l'ouvrage de M. Roce-AGussoL: « La psychologie économique chez les Anglo-Américains », ouvrage déjà cité,
ation qui n’exclut en rien les vues subtiles de Ia psychologie, et tous les enchaînements complexes qu’elle décèle dans notre activité. Dans lPétude que nous avons essaye de faire des besoins de l’homme, nous n’avons pas esquivé la difficulté et nous avons cherché à montrer comment l'énergie s'aperçoit ou, tout au moins, se devine, à la racine des activités de l’ordre le plus élevé. Si l’on nous accorde que toute action tend vers l’énergie, nous n’aurons aucune peine à reconnaître que cette tendance emprunte, pour arriver à son but, les voies les plus diverses et les désirs les plus complexes. Cette complexité sera fonction de lindividu, de l’époque, d2 l’éducation, de la culture ; la nature pourra recourir à des moyens détournés ; mais le but à atteindre sera toujours le même. Il s'agira toujours de réaliser, individuellement et socialement, le maximum d'énergie humaine, le maximum d'utilité. Quand FEconomie psychologique déclare que, pour elle, Futilité, au lieu d’être rétrospective, est prospective, c’est-à-dire tournée vers les services futurs espérés, quand elle ajoute que seul existe le désir effectif, capable d’exercer une pression utile sur l’énergie humaine et, de là, sur le monde extérieur, nous retrouvons des idées qui nous sont familières. Elles sont inhérentes aux développements que nous avons consacrés déjà à l'utilité. C’est du besoin en énergie, de l’énergétisme attendu que nous faisons dépendre l'utilité et la valeur.
Nous ne nous étendrons pas sur cette question dont nous avons montré plus haut les aspects originaux. et nous retiendrons seulement qu’elle ne peut pas être considérée comme une pierre d’achoppement entre l’énergétique et la psychologie, car l’énergétique n'exclut pas la psychologie.
Il en est de même en ce qui concerne la loi de décroissance. Nous n’avons eu aucune peine à constater et à admettre le rendement décroissant de la machine humaine. Ce rendement décroissant en énergie traduit exactement la loi psychologique de la satiété, d’après laquelle la satisfaction affaiblit l'énergie du désir, |
Nous constaterons, en particulier, que linterprétation énergétique des courbes d'utilité décroissante dans lesquelles on a matérialisé la conception psychologique de la décroissance se fait avec la plus grande facilité.
Croquis V
Nous donnons ici le croquis d’une de ces courbes, bien qu’il eut été mieux à sa place dans le paragraphe consacré à l'Economie mathématique, mais il va nous permettre de préciser certaines notions.
Pour nous, les énergies étrangères se portent sur OQ et leur rendement en énergie humaine sur OR. L’aire OBBB représente l’utilité effective en énergie humaine U, due à la quantité O B d’énergie ‘consommée. Quant au coeffi-
[ cient de rendement TR — u, il est représenté par la gran-
deur On’, telle que OÙ — u. Nous avons déjà fait remar-
JB:
quer que cette utilité moyenne u est différente de FPutilité finale r. Elle est la hauteur du rectangle construit sur OB,
tél que aire O B'nn° — aire O B 6$,. Le rectangle O B3f conétruit avec OB et r comme dimensions, représente la valeur utilité.
Comme nous l'avons dit, u est une fonction. On pourrait en construire la courbe, ce serait la courbe du coefficient de rendement, et u y jouerait le même rôle que lutilité finale r dans la courbe de l'utilité décroissante. On pourrait même en déduire d’une facon plus précise que nous ne l’avons fait les rapports existant entre u et r.
Nous atteignons ici un point par lequel notre théorie se différencie de la psychologie. Tandis que celle-ci raisonne sur l'utilité finale, nous avons été amené à bâtir tous nos raisonnements sur l’utilité moyenne.
Nous n’essaierons pas ici d'exposer une notion aussi çourante que celle de l'utilité finale à laquelle d’ailleurs nous avons déjà fait allusion plusieurs fois. Qu'il nous suffise de rappeler que celle-ci représente l’utilité de la dernière unité possédée. C’est la grandeur B$ du graphique cidessus.
L’Economie psychologique professe que l’échange est dominé par la considération de cette dernière utilité. Pour elle, l'échange s’arrêtera, quand les utilités finales des deux matières échangées seront égales pour une des parties, c’est-à-dire quand la dernière unité de la matière cédée aura même utilité que la dernière unité de la matière reçue. À partir de ce moment l'individu, qui a donné d’une main et reçu de l’autre, n’a plus de raison de continuer, sinon il donnerait plus qu'il ne r2cevrait. Il semble que l'intéressé, devenu semblable à un mécanisme au point mort, n’a pas plus que lui possibilité de bouger. Mais est-il bien vrai que l’échange ait toujours le caractère fluent qu’on lui attribue ainsi ? N’est-il vraiment pas autre chose qu'un problème de vases communicants dans lesquels le courant d'échange s'arrête lorsque le niveau est le même de chaque côté ?
Nous avons cru devoir faire prévaloir une autre opinion ; à l'échange par équilibre statique, nous avons opposé Téchange par équilibre dynamique. Nous avons voulu in-
troduire.dans l'échange ce caractère de lutte, dont.la psychologie.ne semble pas tenir compte. A l'indifférence de coéchangistes insensibles, tels que ceux qu’elle imagine, nous.avons substitué l’agressivité des chalands, qui discutent leur prix dans une atmosphère de bataille, comme on les.voit encore dans certains marchés. Nous pensons que nous.nous rapprochons ainsi davantage de la réalité, ou, en tous cas, d’un certain aspect de la réalité. D'ailleurs, il était normal, il était naturel que nous ayons recours à une solution de force pour dénouer l’échange. On a dit que dans l'utilité finale, il y a plus. de psychologie que d'Economie politique. L’énergétique devait inciter tout naturellement à mettre dans cette dernière de la mécanique, et peut-être avec excès.
Pour légitimer notre emploi de l’ütilité moyenne, nous faisons remarquer à nouveau que l’utilité finale n’avait aucune signification, au cours de cette partie de notre étude de l'échange basée sur l'hypothèse de lutilité constante. Ici, l’on peut nous demander, il est vrai, si cette hypothèse correspond à la réalité. Pour notre part, nous lé pensons. Nous croyons, d’ailleurs, que l'expérience nous donne raison.
Il y a des échanges au cours:desquels les quantités offertes augmentent, sans.que le prix varie. Ils correspondent à des-situations, peut-être particulières, mais courantes. L'homme qui achète son blé.pour l’année ou celui qui s’approvisionne-en charbon:pour l’hiver n’attribue pas moins de. valeur à la dernière unité de la. denrée ou de la matière qu'il achète. Avant que la décroissance se manifeste, il semble qu’il y.a un-palier sur lequel règne l'utilité constante. Dans un. pareil cas, le raisonnement, nous l'avons vu, nous a permis-d’aboutir à des formules simples et expressives,.qui méritent qu’on. les examine.
C’est ainsi que nos inégalités fondamentales ne semblent pas pouvoir être critiquées. Elles paraissent correspondre à la réalité et la psychologie ne. peut y faire d’objections. Ecrire que l'énergie: cédée, par l’un: doit être inférieure à l'énergie qu’il a produite, grâce à l'énergie reçue, et qu’elle