‹ La Production et l'Échange au Point de vue énergétiqueChapitre 127 sur 145 · MOIS · texte numérisé non relu

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doit être supérieure à celle que l’autre aurait pu créer, n'est pas autre chose que l’expression d’une vérité de bon sens.

D'ailleurs, la psychologie économique n’ignore pas la notion du risque. Elle sait que notre activité est orientée vers un but qui la dépasse. Aussi admet-elle que toute action humaine, impliquant un risque, a nécessairement pour mobile la perspective d’un gain plus considérable que la mise, d’un accroissement d'énergie et non d’une simple transmission d’énergie. Voilà, exprimée d’une façon parfaite, la condition même dont nous avons fait la base de nos inégalités.

La signification de valeurs d'usage; donnée aux deux masses d'énergie entre lesquelles est enserré le prix, ne semble pas non plus pouvoir être combattue. Nous avons transporté, en somme, dans le domaine de l’énergie, l’équation du bilan industriel. Il est constant, en effet, qu’un producteur ne peut vendre au-dessous de son prix de revient. Quant à l’acheteur, il ne peut donner en échange plus que le bénéfice qu’il attend. Ici, nous trouvons la valeur coût de production, qui est celle du vendeur, et la valeur coût de reproduction, qui est eelle de l'acheteur. Or, l'Economie psychologique n’ignore pas le coût. Bien au contraire, elle en fait une base de la valeur. Le coût ressenti crée la valeur. Il y à dans le coût, tel qu’elle l'explique, deux concepts, l’idée d'efficacité qui est d'ordre mécanique et l’idée de sacrifice qui est d'ordre psychologique. On a pu voir que nos valeurs d'usage répondent à ces deux concepts. Le coût est bien pour nous « la réalisation possible dont > l'abandon a été consenti. >» En effet, la valeur d'usage de a, pour le producteur Primus, représente l'énergie de la nature de b qu'il aurait produite, s’il avait consacré à cette production l'énergie humaine dépensée à produire a : et la valeur d'usage de a, pour Secundus, représente l’énergie de la nature de b, produite grâce à l'énergie humaine rendue disponible et qui, sans l'échange, aurait servi à produire a. Les valeurs d'utilisation et de restitution, les va-

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leurs de comparaison peuvent recevoir une interprétation analogue.

Bien entendu, FEconomie psychologique n’a pas du coût une idée aussi précise, aussi tranchée que la nôtre. Nous l'avons déjà constaté, et nous l’affirmerons encore tout à lheure, cette école se meut sur un plan supérieur à celui de l’énergétique. L'équilibre qu’elle recherche s’établit non entre des énergies, mais entre des désirs. Toutefois, il est frappant, à notre avis, qu’elle étudie, pour définir la valeur, ces mêmes coûts que nous avons vu apparaître dans nos formules ; qu’elle le fasse pour certains sous des appellations identiques et qu’elle en donne une explication qui s'apparente à la nôtre.

Si nos inégalités ne semblent pas critiquables, nous pensons, par contre, que notre application des lois de l’équilibre à l'échange peut soulever des objections. Nous avons essayé d’y répondré plus haut, mais sans prétendre avoir apporté des réfutations éclatantes. Nous n’essaierons donc pas de justifier à nouveau l’emploi de formules spéciales, en vue de rendre sensible l’équilibre dynamique que nous voulions exprimer. Nous atlirerons seulement l'attention sur les principaux résultats, auxquels ces formules nous ont conduit :

Le prix absolu, moyenne géométrique entre les valeurs d'usage, c’est-à-dire entre-les prétentions maxima et minima des parties ; la valeur d'échange, rapport du gain à la perte, égale pour les deux parties ; — le prix relatif, moyenne géométrique des prix limites ; les prix, fonctions des coefficients de production des parties ou de leurs coefficients de rendement ; tout cela ne paraît pas inconciliable avec la psychologie.

Sans doute, la clarté de ces résultats a disparu, quand nous avons introduit la décroissance de l’utilité et pourtant les formules obtenues, quoique complexes, ont montré leur parenté avec les premières et nous avons pu indiquer comment on passait des unes aux autres.

Nous discuterons tout à l'heure leur valeur quand nous les comparerons à celles de l’économie mathématique.

En attendant, nous prolongerons notre incursion dans la psychologie économique et nous mettrons en vue les points particuliers sur lesquels les deux doctrines semblent se rapprocher.

L’école psychologique proclame que tous les jugements dé valeur sont subjectifs. Nous avons manifesté plus haut, nous:même, l’opinion que les répulsions, dont nous avons composé la trame de l’échange, s’exercent sur des énergies virtuelles imaginées ou évaluées et non ressenties. A côté du caractère subjectif des jugements de valeur, cette école signale leur caractère dynamique. Loin d’exprimer des rapports entre quantités, ils expriment l’adaptation d’un certain milieu moral à un milieu physique. Certes, cette idée: peut paraître en contradiction avec la conception de la valeur résultant d’une comparaison de quantités d’énergie. I} en serait ainsi, si nous établissions entre ces quantités: seulément: des rapports, mais nous allons plus loin. Entre elles nous laissons s’exercer des actions et des réactions, qui conduisent à l’équilibre: Or, ces interactions, nous l’avons dit, ne: prennent un aspect concret que sur lé papier: En réalité, elles se déroulent dans la conscience du sujet et, ainsi, nous faisons passer au premier plan, nous aussi, le milieu moral, auquel se réfère la psychologie.

Nous savons que celle-ci voit dans le principe de la substitution une notion qui vient compléter la loi de décroissance, Il consiste dans un effort de précision, de coordination : c’est le regroupement de la richesse dans le sens du désir le plus fort. Il implique direction des forces dans le sens'de:la fin la plus impérieuse. Un certain nombre de fins étant réalisables par un seul et même moyen, ce moyen est dirigé vers la fin la plus désirée, oubien un moyen plus apte est substitué à un autre, pour la réalisation d’une même fin, La substitution joue un double rôle de frein et de:soutien :de-la- valeur.

Nous:avons déjà fait allusion à ce principe, dans la première partie, et nous avons montré que l’énergétique pouvait lui faire une place. Si l'utilité acquise à la suite d'un échangediminue, quand celui-ci se prolonge, il nous paraît

tout naturel que l'intéressé abandonne cet échange et cherche à en conclure un autre plus avantageux. Après s’être assuré sa provision de combustible pour l'hiver, le producteur de blé se tournera vers le tailleur d’habits ou vers celui qui lui procurera de la force de transport, car il pourra, grâce à eux, utiliser encore de notables proportions d'énergie humaine, alors que l'augmentation de sa provision de combustible se révèlerait inopérante. Il y a là une

tendance trop naturelle pour qu’il soit nécessaire d’y insister.

IT est vrai que la psychologie économique peut nous reprocher de nous confiner toujours dans ce domaine des besoins physiques, dont elle s’est évadée, la vie économique apparaissant, ainsi que le dit CLARK, comme dominée par des forces psychiques, beaucoup plus que par des forces physiologiques. « Plus la nature d’un désir s'élève, > moins il est assujetti à la loi de décroissance, mais plus » t'offre une matière inépuisable à la substitution, plus » il devient exact de considérer l’ensemble des désirs d'une > organisation psychique comme les moyens d'une fin su- » périeure, plus la spontanéité et le libre choix acquiérent >» sur eux un arbitrage souverain ». Ceci semble affirmer avec force l’opposition qui existe entre l’énergétique et l’école psychologique. Nous avons déjà dit combien nous pouvions difficilement imaginer des désirs sans frein et sans soutien, sans lien possible avec le réel. Malgré cela, nous n’avons pas rejeté toute possibilité d'expliquer et d’interpréter les substitutions des désirs les uns aux autres et, dans lé paragraphe consacré à la substitution des besoins, nous avons indiqué que la substitution de ceux que nous avons appelé transcendants, s'explique et se justifié du point de vue énergétique. Dans cet ordre d'idées, il y a une conciliation possible entre les deux doctrines.

L'école psychologique n’a pas du travail et du jeu une autre idée que l’énergétique. Elle considère le travail comme un placement d'énergie et le jeu comme une dépense d’énergie superflue, un exercice de l’activité en vue de son perfectionnement. Ce sont là les termes mêmes dont nous

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nous sommes servi dans la première partie. Enfin, si nous nous penchons sur la notion de richesse, idée qui résume tous les concepts fondamentaux d’une théorie économique,

nous constatons que la psychologie la voit sous un angle voisin de celui de l’énergétique. Elle pense que la notion

de finalité humaine unifie l’idée de richesse et FISHER affirme que l’activité intellectuelle, puis musculaire, les instru-

ments matériels, forment comme une série continue d’énersies mises au service de la vie intérieure. La richesse tend à être considérée non comme une chose, mais comme une série de résultats. L'ensemble des ressources économiques apparaît comme exprimant les rapports de deux termes, d’une part la richesse extérieure, le milieu ; de l’autre, l'énergie humaine. De cette prééminence accordée à l’énergie humaine découlent, à titre de conséquences, des notions qui s’apparentent de plus en plus à celles de l’énergétique. Tous les biens, dit la psychologie, sont à la fois le produit de forces naturelles et l'expression d’un effort vivant. Elle attribue, certes, au revenu une nature essentiellement psychique et cela paraîtrait l’éloigner de l’énergétique, mais elle conclut cependant comme elle, quand elle en déduit que les biens de consommation sont les plus productifs ou quand elle affirme que, grâce à la généralisation de l'idée de capital, la production économique est immatérialisée et se ramène à une création ou à une augmentation d'utilité efficace. Insistant sur l’idée de production, elle considère qu’un élément important de celle-ci est l'invention, c’est-àdire l'impulsion transmise, qui est créatrice de richesse et que la consommation est non moins importante, car elle est l'adaptation de la richesse aux désirs. Nous retrouvons ainsi, tout en avançant, des analogies et des concordances. Certes, nous ne cherchons pas à annexer l’'Economie psychologique à l’énergétique. Nous savons que certaines des analogies que nous relevons, sont beaucoup plus verbales que réelles. L’atmosphère qui baigne les deux théories n’est pas la même. L'une est plus pure, plus subtile, plus éthérée ; elle se situe dans les parties élevées de. l'esprit humain ; l’autre est plus lourde et plus terre à

terre. L’une est plus abstraite et plus plastique, tandis qué l’autre cotoie le concret et lui emprunte une partie de sa rigidité, mais elles se compénètrent cependant. Nous venons de nous en rendre compte. Il ne s’agissait pas, bien entendu, de faire gagner quoi que ce soit à la théorie psycholo-

: Sique qui se suffit à elle-même, mais, au contraire, de per- : mettre à une théorie énergétique de faire naître une pré-

somption en sa faveur, grâce à ce voisinage.

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