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BESOINS DE DÉPENSE

Les besoins, dont nous avons parlé jusqu'ici, se caractérisent par le fait que leur satisfaction accroît ou maintient le capital énergétique de l'individu. Ceux dont nous allons parler maintenant présentent ce caractère paradoxal que leur satisfaction implique une perte d'énergie. Sans doute, les précédents nécessitent une perte d'énergie, avant que leur satisfaction soit atteinte. L’homme travaille pour acquérir des aliments ou se procurer du confort, mais dans

sine

tous les cas l'énergie conquise ou économisée est bien supérieure à l’énergie perdue. C’est, d’ailleurs, grâce à cette propriété bien connue de l’être vivant que celui-ci peut persister et s’accroître.

WINIARSKI considère ces besoins comme des besoins d’affamés. Nous passons maintenant à des besoins de pléthoriques.

Il y a des cas, en effet, où l’homme a besoin de dépenser. C’est ainsi que, plongé dans une atmosphère qui est à une température supérieure à celle de son corps, l’homme, tout comme l’animal d’ailleurs, est incommodé tant par la chaleur qu’il reçoit que par celle qu’il ne peut émettre. Il en est de même quand la chaleur produite par lui augmente au cours du travail. La lutte contre la chaleur consiste à favoriser la déperdition de chaleur, tout au contraire de ce qui se passe dans la lutte contre le froid. L’animal contribue à cette lutte par trois réflexes : le réflexe cutané vaso dilatateur qui permet, par l’abondante circulation dans la peau, de rayonner beaucoup de chaleur, quand la température centrale est supérieure à la température extérieure ; le réflexe sudoripare, qui refroidit la peau par l’évaporation de la sueur ; le réflexe respiratoire, qui accroît la déshydratation par voie pulmonaire et joue le même rôle que le précédent chez les animaux qui ne suent pas. Ces réflexes reculent les limites de la lutte contre la chaleur. L'homme y ajoute d’autres moyens : création de courants d’air, aménagement d’enceintes à basse température, bains froids. Ainsi l’homme se livre à une activité bien déterminée, pour favoriser une déperdition d’énergie qu’en d’autres temps il combat délibérément. Comment accorder à cette activité une valeur énergétique ? La notion d’énergétisme indirect nous fournit de nouveau la clé du problème. En effet, si l'organisme a pour rôle de transformer de l’énergie, encore faut-il qu’il soit toujours à même de jouer son rôle. Pour cela, il existe des limites de sa température interne au delà desquelles son fonctionnement est compromis. De même que, dans une machine à

vapeur, la pression ne doit pas dépasser la résistance de la chaudière, de même notre température centrale ne doit pas atteindre un niveau où les cellules vivantes pÉrIRA en par exemple par coagulation de leur albumine. I’acte qui assure la régulation de température est donc avantageux 4 l’ensemble, de même que le rôle de la soupape de süreté d’une machine est d’une importance capitale pour le fonctionnement de celle-ci. Cet acte a donc une influence certaine sur la production future de l'organisme en énergie. A ce titre, il est indirectement énergétique, tout comme l’est l'absorption d’eau ou de vitamines qui pourtant, nous le savons, n’apporie pas d’énergie.

Parmi les besoins qui ont un caractère analogue à celuilà, nous trouvons le jeu. Que le jeu soit un besoin, il suffit, pour s’en convaincre, d'observer les jeunes animaux et les enfants. Le jeu s’analyse comme une mise en œuvre de certains groupes de muscles, auxquels l'exercice est nécessaire, sans réalisation d’un travail. Cela se produit pour deux raisons. Dans certains cas, cet exercice est nécessaire au développement des éléments constitutifs de l'organisme. C’est le cas des enfants dont le développement nécessite un exercice modéré. Un travail prématuré serait excessif et risquerait de les ruiner. Le jeu, activité désintéressée et n'ayant qu'elle même pour objet, remplit le but cherché, puisqu'il cesse dès que la fatigue apparaît. Une fois que l’homme a atteint son développement, le jeu lui est encore nécessaire. Il s’agit alors, soit de maintenir en condition les organes et les muscles que la vie habituelle ne fait pas fonctionner suffisamment, soit de fournir un exutoire a un excès d'activité inemployé. Ainsi, nous nous trouvons encore en présence d’un besoin qui postule, non une acquisition, mais une dépense d'énergie. Toutefois, on peut faire, dans le cas qui nous occupe, un raisonnement analogue à celui dont la lutte contre la chaleur nous a donné l’occasion. Cette dépense d'activité ne peut pas être considérée comme un gaspillage. On doit lui reconnaître un caractère d'énergétisme indirect, du fait qu'elle a pour résultat de maintenir en meilleure condition la machine,

, soit en assurant la conservation de l’intégrité de ses organes, soit en la débarrassant d’un excès d’énergie, dont la présence pourrait être nuisible, ce qui est le cas d’une accumulation excessive de graisse. Bien entendu, sous la dénomination de jeu on peut faire entrer des activités bien spéciales, telles que le sport ou la danse.

Nous réservons pour une étude ultérieure les divertissements purement spectaculaires qui relèvent de l’activité psychique, et non de l’activité organique.

RUSKIN avait eu une vue particulièrement nette de cette question (1). « Selon lui, les hommes ne travaillent pas > uniquement pour satisfaire leurs besoins par les pro- » duits de leur travail, mais aussi pour exercer leurs facul- » tés. La nature de l’homme exige, non seulement qu'il > consomme, mais aussi Qu'il dépense son énergie. Ne pas » dépenser son énergie est aussi nuisible à l'homme que » de ne pas nourrir son corps et son âme. Le travail accom- » pli pour la satisfaction des besoins essentiels et le tra- » vail destiné à permettre à l'homme d'exercer ses facultés

» sont inséparables, car ils sont intimement liés et ne sont

» que les manifestations vitales d'une seule et même » dme. »

Le besoin sexuel est à classer également parmi les besoins de dépense. Nous avons vu plus haut comment WINIARSKI, en faisant de la procréation l’extension de la digestion, a repris une parole bien connue de Claude BERNARD. C’est là un concept que ne reniera aucun physiologiste. La reproduction étant liée à un excès d’énergie est bien un besoin de dépense. Sans doute pourrait-on objecter qrelle n’a pas de conséquence énergétique pour l'individu et que l’on ne voit pas quel gain énergétique indirect il peut en retirer. Cependant, on pourrait mettre en évidence, à ce sujet, le rôle énergétique que joue la génération sur le plan social, puisque la procréation va faire surgir des êtres nouveaux, dont l’activité énergétique s’ajoutera à celle des pa-

(1) ToTomranz. — Histoire des doctrines économiques et sociales, Paris 1932, page 1686.

MINES rents. Peut-être trouvera-t-on que le rapport ainsi évoqué est bien lointain ? Aussi, nous nous contenterons de dire, pour nous en tenir à l'individu, que toutes les fonctions sont en équilibre et, qu’à c2 titre, la satisfaction du besoin sexuel retentit sur l’ensemble du fonctionnement de lorganisme. En somme, la satisfaction de la sexualité est indirectement énergétique, au même titre que le jeu. Cette vue est d’ailleurs sérieusement renforcée, si l’on se reporte à toutes les anomalies que FREUD a démontré être la conséquence du refoulement du sens génital. Si des maladies organiques ou mentales sont la conséquence de troubles ou de défauts de fonctionnement de ce sens, cela démontre bien que son fonctionnement normal, par l’équilibre qu’il entretient, favorise la productivité énergétique de l’individu. Il est donc, par suite, lui aussi, indirectement énergétique, et la dépense qu’il provoque est compensée au delà par l’accroissement de l’assimilation qui en résulte.

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