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Nous avons évité, au cours de l’exposé qui précède, de faire allusion au plaisir, à la sensation agréable qu’éprouve l'homme, quand un de ses besoins trouve sa satisfaction. En effet le plaisir, que l’on a considéré comme un but, puisqu'il a constitué le fondement d’une morale et d’une théorie économique, n’est qu’un moyen. Il est le signe que le besoin en cause est satisfait. C’est en somme un avertisseur. Que certains tendent à rechercher cette sensation agréable, cela n’est pas en discussion. Tandis que l’homme bien équilibré voit le désir se taire après qu’il a été assouvi, chez d’autres il continue à manifester son aiguillon et tend à faire renouveler un acte dont l'effet énergétique a été épuisé. Nous pensons que certaines aberrations de ce genre doivent avoir pour cause, le plus souvent, des vices de conformation ou des anomalies organiques. Tout se passe comme si le désir reparaissait parce que le rôle énergétique de l’aliment, s’il s’agit d’alcoo!, par exemple, n’est pas rempli. Ainsi, le besoin subsisterait et l'absorption répétée d’alcool n’arriverait pas à l’assouvir. En tous cas, que l’anomalie ainsi supposée soit originaire ou acquise, ce qui se passe dans tous les cas de toxicomanie semble donner raison à cette hypothèse. L’accoutumance au poison semble bien indiquer que celui-ci ne joue plus le rôle qu’il devrait jouer. Il faut que les doses soient augmentées pour que l’effet qu’on en attend soit ressenti.
Certaines aberrations seraient donc des exceptions qui confirment Ja règle. La répétition de l’acte recherché serait la preuve que le besoin qu’il devait satisfaire n’a pas été assouvi par suite d’une circonstance particulière à l’individu, de même que la faim existe toujours chez un boulimique qui n’assimile pas les aliments qu’il ingère. Il suffit d’une anomalie dans le fonctionnement d’une glande du système génital, pour que des hormones déversées dans l'organisme en quantité exagérée créent une tendance à l’érotomanie, tout comme une insuffisance glandulaire peut créer l’impuissance et la disparition du besoin sexuel.
Cette explication peut être vraie pour certaines aberrations ; elle ne peut pas l’être pour toutes ; et nous devons
nous demander si la plupart n’ont pas une origine psychique plutôt qu’organique. SE
En effet, une observation s'impose. L’animal soumis à l'instinct ne connaît pas ou rarement les aberrations. Chez lui, il y a un accord absolu entre la sensibilité et le besoin. L'animal ne mange ni ne boit au delà de sa faim. Cette constatation amène à conclure que les aberrations, qui sont spéciales à l’homme, sont d’origine psychique.
Par la sollicitation psychique, dit M. EbME Tassy (1), le besoin organique de la soif devient tendance à boire, non plus pour satisfaire seulement ce besoin, mais pour obtenir la satisfaction consécutive à Pabsorption de certains liquides.
Cette tendance est psychique et correspond à l’attente d’une excitation générale agréable.
Voici une constatation qui nous donne la solution du problème. | :
Boire procure du plaisir, parce que notre organisation est telle que nos gains en énergie ne sont portés au maximum que par la présence dans notr2 organisme d’une certaine quantité de liquide. Ce plaisir devrait donc disparaître, quand nous avons absorbé la quantité de liquide voulue ; mais ici intervient l'extrême complication de notre Organisme qui est telle que le plaisir procuré à un organe rejaillit sur l’activité d’un autre, l’éveille ou l’exalte. Nous continuerons donc à boire, sans assimiler le liquide et pour ressentir seulement le plaisir que cela nous procure. Mais, parce que tout plaisir particulier a un retentissement général, c’est cette excitation générale, favorable à l’accroissement de notre activité totale qui est énergétique, bien que l'acte qui l’a produite ne le soit pas.
Il se produit ici un phénomène dans le genre de celui que nous constaterons tout à l’heure, en parlant des besoins
transcendants dont la satisfaction est indirectement énergétique.
(1): Tassy. = Op. cit. page 9.