‹ La Production et l'Échange au Point de vue énergétiqueChapitre 43 sur 145 · III. —— VARIATIONS DES BESOINS · texte numérisé non relu

III. —— VARIATIONS DES BESOINS

1° EXPANSIBIFITÉ DES BESOINS

Au cours de l'étude qui précède, nous avons mis en lumière le caractère aberrant de certains besoins. D’autre part, il y a un fait bien connu, c’est la facilité que nous avons d'agrandir le cercle de nos besoins.

Faut-il établir entre les deux faits une relation, et conclure que tous les besoins artificiels ou acquis sont des besoins sans autre base qu’une anomalie physiologique ou: mentale ?

On aurait tort dé tomber dans une telle généralisation. Sans doute, bien des besoins artificiels n'existent que par suite d’une impuissance constitutionnelle à satisfaire des besoins normaux, mais ce n’est pas toujours le cas. L’ouvrier, qui s'élève sur l'échelle sociale et qui acquiert des goûts plus raffinés, le bourgeois enrichi, qui double son confort d’un véritable luxe, ne sont pas des êtres anormaux. Ils obéissent à un instinct que l'exposé qui précède nous Permettra de mieux comprendre. Les besoins satisfaits, avons-nous dit, s’analysent en dernier ressort par un gain ou une économie d'énergie. Quelle est la condition nécessaire pour que nous fassions l'effort voulu en vue de les! satisfaire ? C’est tout simplement que le gain soit supérieur

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à la perte. La perte, c’est la dépense d'énergie que nous impose la satisfaction du besoin, le gain, c’est l’énergie que nous gagnerons du fait que le besoin est satisfait. Dans tous les cas où le besoin est organique, la balance est facile à établir ; mais comment faire quand le gain est un accroissement de tension intellectuelle, comme celui que procure l’art ou un certain luxe ? Cette tension ne peut ni se chiffrer, ni même s’apprécier. C’est ici qu'il faut faire intervenir la notion de la productivité du travail, dont nous aurons à parler plus longuement plus tard. Si le besoin nouveau nous permet un gain ou une économie d'énergie intellectuelle, et si celle-ci à une productivité en énergie considérable, nous aurons intérêt à dépenser une certaine partie de cette dernière pour satisfaire le besoin, qui nous vaudra un si grand gain. Un homme d’affaires a intérêt à se déplacer en voiture automobile, si le temps ainsi éConomisé est ailleurs fructueusement employé. Tout au contraire, un homme inutile et improductif, dont le temps n’a aucune valeur, ne verra pas d'intérêt à effectuer une dépense, pour bénéficier d’un moyen de transport rapide.

Ainsi l’on peut dire que les besoins s’accroissent à mesure que la productivité augmente, non seulement pour la raison simpliste qu’à ce moment on peut mieux se proeurer leur satisfaction, mais bien parce que leur satisfaction entraîne un gain supplémentaire, supérieur à ce qu'ils coûtent.

Cela montre l’erreur de ceux qui croient que la production peut augmenter, si l’on crée des besoins nouveaux. Ils renversent les termes du problème. C’est ainsi qu’en Amérique, on croit devoir donner le goût de l’automobile à des individus dont la productivité ne s’est pas accrue. Dans ces conditions, la dépense que représente pour eux ce moyen de transport est supérieure au bénéfice qu’ils en retirent, et l’on ne peut s'étonner qu’ils finissent par ne plus verser les mensualités du prix d'achat.

Il suffit de considérer les besoins sous l’angle énergétique, comme nous l’avons fait, pour comprendre que l’aug-

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