‹ La Production et l'Échange au Point de vue énergétiqueChapitre 48 sur 145 · PER · texte numérisé non relu

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est bien profond qui sépare son point de vue de celui de l’énergétique.

Il suffit, en effet, de lire les critiques qu’il adresse à l’hédonisme;, pour imaginer comment sera combattue notre conception de l'utilité. C’est qu’en effet, l’hédonisme a vu, lui aussi, qu'il y avait dans lutilité un substratum concret, susceptible d’une interprétation objective. Au cours de son analyse de l’hédonisme, M. ROCHE AGussoL écrit : (1) « Il existe, en réalité, un classement numérique entre les > diverses fins ;‘une fin est rejelée, parce qu'elle renferme » un moindre excédent de plaisir net. » ; et, plus loin : « Deux plaisirs peuvent être directement mesurés, com- » parés, parce que l’un et l'autre se décomposent en unités >» de même espèce. Chacun d'eux est d'autant plus intense > qu'il en contient un plus grand nombre ; l'unité de mesu- » re est constituée par le minimum sensible, l'atome psy-. » chique. » Il ÿ aurait peu à changer à ce qui précède pour transformer cette réduction des mobiles à l’unité hédonistique en une réduction à l’unité énergétique. Là où l’hédonisme dit plaisir, nous disons énergie, mais, dans les deux cas, il s’agit d’une interprétation objective de l'utilité. Or, cette interprétation objective est repoussée par l'Economie psychologique. Voici les termes dont se sert M. ROCHE AGUssor. (2) : | < On\a pu reprocher à la formule de l'intensité de cumu- » ler les inconvénients d’une interprétation objective et » ceux d'une interprétation subjective : rien de plus va- » riable, de plus décevant que le minimum sensible, aussi » peu apte, en réalité, à mesurer les quantités psychiques > que les quantités physiques, rien de plus rare et de plus » incertain que le sentiment de l'égalité psychique. C’est » tout Juste par leurs éléments les plus mouvants, les plus » InCOMMunicables que l'on essaie d'objectiver les faits

> psychiques, de les extérioriser Par rapport aux activités » individuelles. »

() RocHE-AGussor. —— Op. cit. page 76.

(2) RocHE-AGussor. = Id., page 77.

LS gS

« En passant par l'hédonisme la notion économique s’est rapprochée de la réalité concrète, mais ne l'a encore atteinte qw à travers un concept trop étroit ; après avoir été surévaluée dans son caractère moral, l'activité économique risquait de se trouver sous-évaluée, rattachée 4 une région limitée de fins, prises dans le dgmaine du psychisme relativement inférieur. En réalité, l'hédonisme économique, comme l’hédonisme moral, ne se défend qu’en élargissant ses concepts au point d'en effacer presque complètement les contours caractéristiques ; les nécessités de la discussion l'amènent à se dépasser, el c'est peut-être par là qu'il fournit contre lui-même l'argument le plus décisif. Peu à peu le terme plaïsir est devenu synonyme de fin désirée. Même indéfiniment . élargi dans. son extension, le concept de plaisir gardait une compréhension trop étroite, impliquait subordination, finalité empreinte du dehors, subie et non inspirée, automatisme sensualiste, hédonistique, aussi peu compatibles avec la notion d'activité spontanée que l’automatisme moral de l’ancienne hypothèse optimiste.

» L’effort économique ne suit nécessairement, ni l'intérêt social, ni le plaisir individuel, mais les traverse, les atteint ou les néglige au gré de toute la diversité des tendances qui le meuvent. L'ancien axiome hédonistique abdique dans la formule suivante : tout homme va dans le sens de ses désirs, formule volontairement indéfinie dans son contenu objectif, mais précise, exacte dans son contenu psychique, indiquant la direction de l’activité, son principe moteur qui est interne et non externe. »

Arrivé à ce point de son exposé, l’auteur paraît plus

loin que jamais de nos idées, car on voit très bien comment il pourrait, sans aucune peine, adapter ce qui précède.

une critique de la théorie énergétique. Cette subordina-

tion, cette finalité empreinte du dehors, cet automatisme sensualiste qu’il reproche à la théorie hédonistique, on peut, à bon droit, les reprocher à la conception que l’énergétisme se fait de l'utilité. Faut-il donc én prendre son parti et perdre tout espoir de concilier cette notion avec

a psychologie économique ? Ce serait priver l'Economie énergétique d’un appui de valeur et la laisser sous le coup de suspicions préjudiciables à ses progrès.

La continuation de l’exposé de M. RocHE AGussoz va nous montrer qu’au fond, la psychologie économique ne donne pas, à l’énergétisme un démenti aussi définitif qu’on pourrait l’imaginer. Ce qu’elle rejette dans l’hédonisme, c'est l’assimilation, la confusion constante d’un moyen et d'une fin. L'auteur marque avec force que le plaisir n’est pas un but, mais un résultat subordonné, lié au déploiement de l’activité, non recherché pour lui-même, « mais » rencontré comme un témoignage d'adaptation de l’éner- » gie à sa fin. >» Voici une expression qu’on pourrait rencontrer sous la plume d’un énergétiste. Elle se rapproche de celle que nous avons employée plus haut en assimilant le plaisir à un avertisseur, faisant connaître à l’homme par l’intermédiaire de sa sensibilité qu'est atteint le but cherché, l’accroissement de potentiel énergétique. Le passage suivant marque d’ailleurs un autre accord entre la psychologie économique et lexplication énergétique que nous avons essayé de donner des besoins transcendants.

« L'activité va quelquefois contre le plaisir, ou, plus » exactement, dédaigne le plaisir banal, prévu, passif, pour » se créer à elle-même une forme de plaisir moins accessi. » ble... C’est surtout dans le psychisme rudimentaire pro- > che de la vie organique que le plaisir et la douleur appa- > raissent comme des éléments accusés, existant pour eux- » mêmes ayant une signification propre, parce que l’acti- > vité encore asservie à l'organisme se meut dans une voie > peu interversible. Les premiers économistes avaient de » préférence envisagé ces formes primitives du désir, à » peine distinctes des besoins, dominés par eux, ayant » leur carrière inscrite dans l'organisme, s'absorbant très

» vite en lui, échappant ainsi largement aux variations » d'époque et de milieu.

> Plus l’ob Jectif d’une activité s'élève, plus cette activité ?:a une tendance à vivre

» A LU > d'elle-même, à se renouveler, à > se créer une voie Originale, en trouvant dans chaque

aan

» adaptation un plaisir qui émane d'elle-même. La valeur » économique suit le désir. Autant la subjectivité, l'hété- > rogénéité des plaisirs déconcerte toute tentative d'unifi- » cation, autant les désirs se groupent et se laissent classer » selon leur énergie respective. Un objet est donc utile, >» au sens économique du mot, lorsqu'il apparait comme » l'instrument de réalisation d'une fin désirée, d'autant » plus utile que le désir actuel est plus vif et qu'il en est » l'instrument plus efficace et plus nécessaire. »

À tout cela l’énergétique ne peut qu’acquiescer. Ce qui la différencie de l’école dont nous reproduisons la doctrine, c’est qu’elle assigne une cause à ce désir imprécis êt sans soutien, qu'invoquent les psychologues pour définir l'utilité. Ceux-ci se contentent de ce concept, « précisé dans » sa signification psychique, volontairement indéterminé » dans son contenu objectif. >» L’énergétique fait un pas de plus et à la racine du désir elle place la poursuite proche ou lointaine de l’énergie. Elle est persuadée que l'être humain est ainsi agencé que son activité la plus élevée et la plus désintéressée le conduit toujours vers le but que lui a assigné la nature, comme à tous les êtres vivants, de prospérer, « de croître et de multiplier >», pour reprendre la parole de la Genèse. Que l’homme s’illusionne, que son activité intellectuelle et les mille complications de sa vie intérieure lui dissimulent le but, c’est incontestable, mais l’agitation de l’homme n’est pas sans but, elle ne peut pas être sans but, sans quoi l'humanité aurait depuis longtemps disparu. Certes, l'hypothèse énergétique n’est qu’une . hypothèse. On peut lui demander plus de démonstrations et plus de preuves. Or, si les preuves sont faciles à donner pour les besoins d’un échelon peu élevé, elles deviennent de plus en plus difficiles lorsqu'on s’élève sur l’échelle de l’activité et qu’on envisage les fonctions les plus éminentes de l’âme humaine. Malgré ces difficultés, nous avons cru devoir donner les arguments qui, à notre avis, militent en faveur de l’unité du facteur de notre activité et, par voie de conséquence, nous sommes arrivé à cette constatation que l’on peut, avec des apparences de raison, donner com-

Ne

æ u me fondement à l’utilité, l'énergie humaine gagnée ou économisée ou l'accroissement de productivité de celle-ci.

Nous allons considérer cette notion comme acquise, et .l’utiliser pour éclairer, par la suite, les problèmes de la production et de l’échange.

Auparavant, nous donnerons une dernière précision, en définissant les biens économiques suivant les principes de l’énergétique. |

En Economie politique, on donne le nom de biens à tout ce qui est utile”; l’énergétique considèrera donc comme biens tout ce qui est capable de procurer à l’homme de l'énergie physiologique, d'économiser celle-ci ou d’accroître sa productivité.

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