V: — VUE GENERALE DE LA PRODUCTION
Nous voici arrivé en un point de notre argumentation ou nous pouvons essayer de nous arrêter, pour prendre une vue d'ensemble de la production que nous venons d'analyser.
Pour un homme moderne, le mot production évoque des masses de denrées où de matériaux s’'entassant dans
les halls des usines, dans les entrepôts du commerce ou sur les quais des ports, des machines tournant sans arrêt, des ateliers bruissant d’activité et des transports sillonnant la route, le rail ou la mer.
Produire, c’est accroître les richesses, combler l’homme de tout ce qui peut calmer non seulement ses besoins mais ses désirs, et l’on entrevoit par la pensée les magasins splendides et débordants, les bureaux trépidants et les Bourses fiévreuses. |
Sans doute, la production c’est tout cela, mais c’est aussi et surtout autre chose.
Si l’on a suivi notre analyse, il est facile de définir ce qui se cache sous ces apparences.
Des hommes, disposant pour quelques heures d’une certaine quantité d’énergie interne, doivent, sous peine de mort, la reconstituer, et cela tous les jours, indéfiniment. Or, cette énergie n’existe assimilable que dans certaines plantes ou dans la chair de certains animaux.
Ils sont donc obligés d'aller à la recherche de ces plantes ou de chasser ces animaux ; mais, à ce travail, ils s’épuisent. C’est alors qu’ils concoivent l’idée de cultiver les plantes, afin d’accroître leur rendement, et d’élever des animaux.
Mais, d'autre part, ils sentent que l’énergie qu’ils ingèrent a une tendance à les fuir, à certaines heures et à certaines époques. Pour s'opposer à cette perte, ces hommes ont imaginé le vêtement protecteur et la maison qui offre une atmosphère à température égale.
Le repos, au cours duquel ils réparent leurs forces, sera d'autant plus complet qu’il évitera à leurs muscles et a leur cerveau le moindre effort. C’est pourquoi ils auront des lits, des tapis, des tentures.
La vie journalière, avec ses tâches toujours les mêmes qui se renouvellent implacablement, use une partie de leur énergie. Des meubles, dés ustensil®s de plus, en plus perfectionnés, viendront réduire cette perte.
Par ailleurs, Ia vie moderne développe exagérément certaines facultés. Il v a des organes, des fonctions, qui doi-
vent s'exercer pour ainsi dire à vide, afin de rétablir un équilibre compromis. Ainsi l’homme recherchera le Jeu, le divertissement, l’art.
Pour développer soh intelligence qui est laninatiee du progrès, il devra se livrer à un jeu intellectuel, en apparence inutile et stérile, mais cet exercice, nous le savons, scra énergétique plus tard.
Mis en garde contre les instincts, à peine refoulés qu'il porte en lui, il les ligotera par la morale pour éviter que leur brusque intrusion dans sa vie n2 vienne bouleverser l'organisation artificielle, grâce à laquelle, associé à ses semblables, il a acquis les moyens d’accroître son capital énergétique.
* Enfin, exposé à des défaillances provoquées par lexercice même de sa raison, il cherchera dans la religion, un point d’appui contre ses désespoirs et ses faiblesses. |
Tout cela, c’est la vie, c’est la société, c’est aussi la production. Nous pouvons la schématiser comme il suit.
Parmi les hommes, les uns arrachent à la nature des énergies alimentaires.
Les autres captent des énergies naturelles.
D’autres, utilisant ces énergies, au moyen de machines et d'outils, fabriquent tous les objets matériels destinés à procurer une économie d'énergie humaine.
Enfin, toute une classe d'individus emploie son activité à venir en aide à ses semblables. Des services en nombre infini et d’une variété inépuisable, rendus à chacun de nous par des gens que la plupart du temps nous ignorons, nous permettent d'économiser notre énergie et de la con-
sacrer à la production, pour laquelle nous sommes le mieux faits.
Voici, déjà fort simplifié, un tableau de la Production qui met en relief la signification énergétique de celle-ci. Si nous aimons la concision, nous pourrons simplifier encore davantage la vue qu’il nous donne de la société. Elle nous
“apparaîtra alors comme composée de trois classes d'individus :
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Agriculteurs,
Industriels,
Auxiliaires, ayant chacune comme objet une catégorie d'énergie de lui-est spéciale :
Energie alimentaire ;
Energie naturelle ;
Energie humaine.
Voilà le schéma auquel aboutit l'étude qu'avec l’aide de l’'énergétique nous avons faite de la production. Ce schéma rappelle involontairement le tableau économique des Physiocrates.
Celui-ci, on s’en souvient, comprenait aussi trois classes :
La classe productive, La classe des propriétaires, La classe stérile.
Il ne nous appartient pas de recommencer la critique du tableau économique, mais on doit reconnaître que l’énersétique, en démontrant la productivité de l'industrie et des services, permet de déterminer avec autrement de précision les classes qui concourent à la production. Les relations qu’elles ont entre elles sont du domaine de l'échange et nous en parlerons plus tard. Pour le moment nous nous contentons d’attirer l’attention sur cette répartition des producteurs en trois classes, qui est la conséquence de notre analyse.
Nous pourrions arrêter là notre étude théorique de Ja production, mais nous devons nous occuper, avant de clore ce chapitre, de ce qui peut sembler une omission. Nous n'avons pas compté parmi les facteurs de la production le Capital. Or, il n’est pas un traité d'Economie Politique qui ne le mentionne comme tel.
Si nous avons omis d’en faire cas, c’est parce que nous n’avions pas besoin de cette notion, pour analyser la production. En effet, la notion de Capital n’introduit rien de nouveau dañs notre tableau.
Le Capital n’est autre chose que l’ensemble des ressour.ces que possède l’homme, quand il s’attaque à une production : aliments pour subsister, énergies à employer, bâtiments, outillage, possibilité qu’il a de s’assurer des services, et qui se présente sous forme d’argent liquide, etc... Tout cela peut s’analyser en termes d’énergie. Leur préexistence à l’œuvre de la production implique simplement que la production est une chaîne. L'homme, au fur et à mesure qu'il a accru sa production d'énergies, a pu disposer d'une plus grande quantité d'énergie comme amorce de la production à venir. On l’a dit souvent ; Robinson Crusoé, jeté sur son île déserte, même sans les outils qu’il a pu sauver, apportait avec lui un capital : l’énergie physique encore disponible dans ses muscles, et surtout son acquis intellectuel, seul bien qu’il n’avait pu perdre au cours du naufrage. Cela devait lui permettre de partir à la conquête des énergies éparses autour de lui et d'accroître, petit à petit, la masse de celles dont il pourrait disposer.
Etant donné qu’un homme jeté nu sur une île déserte, peut produire, on est bien obligé de reconnaître que la notion de Capital n’est pas indispensable pour analyser la production. Toutefois, la capitalisation est un fait qu’on ne peut négliger, mais l'étude de sa signification sort du cadre de ce travail.
Toutes les considérations qui précèdent se sont tenues volontairement hors du champ des applications et de la pratique. Notre désir de faire une théorie de la production en est la cause. Mais nous estimons que nous ne pouvons terminer cette étude de la production, faite d’un point de vue énergétique, sans examiner l’aide que la conception
Pendant des siècles, l’homme a vécu sans rien connaître des secrets de son Propre organisme : à partir du jour où celui-ci a été connu dans tous ses détails, la médecine a
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imposé. Il est donc naturel qu’au cours de cette période les théories et les méthodes concernant la production se soient inspirées de ce concept ou, tout au moins, en aient tenu compte dans une certaine mesure. Nous allons esquisser, dans le prochain chapitre, l’histoire de la pénétration de Pidée énergétique dans la Production.
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