‹ La Production et l'Échange au Point de vue énergétiqueChapitre 54 sur 145 · IV..— LES SERVICES · texte numérisé non relu

IV..— LES SERVICES

Outils et machines ont un rôle bien délimité :. fournir de lPénergie de mouvement ou transformer une énergie en une autre. Or, il y a des tâches que Pinstrument matériel ne peut pas faire, des suppléances qu’il ne peut assumer. L'homme obligé de surveiller un jeune enfant, de soigner un malade ou de plaider un procès, ne peut recourir à l’outillage qui lui est d’un si grand secours dans sa lutte contre la nature. Et, cependant, s’il veut assumer ces tâches, il usera là une énergie qui, employée ailleurs, pourrait être plus productive et peut-être même gaspillera-t-il ainsi inutilement son énergie, pour remplir un office auquel il n'est pas préparé. C’est de cette constatation qu'est née, chez l’homme, la pensée de demander à ses semblables des services.

La notion de service est trop connue et trop répandue pour qu’il soit nécessaire d’insister sur ce qu’elle représente. BASrIar l’a dit en termes définitifs : Rendre service à quelqu'un, c’est lui épargner une peine. Mais, à l’époque de BAsTIAT, l’énergétique n’existait-pas et l’économiste, qui se trouvait en présence d’une dépense d'énergie humaine, ne constatait. que le sentiment subjectif de peine et d'effort que cette dépense entraîne. L’énergétique a les moyens de préciser cette définition. Pour elle, rendre service à quelqu’un, c’est lui épargner une dépense d'énergie.

Envisageons, en effet, les relations de la vie sociale ; celles-ci sont basées sur des services réciproques que se rendent les individus. Que voyons-nous ? Des hommes faïsant, pour d’autres, des travaux qui auraient exigé des bénéficiaires des dépenses d’énergie considérables, et souvent irréalisables. Comment pourrions-nous nous soigner sans le sccours du médecin, ou défendre nos intérêts sans ‘notre avocat ? Que l’on imagine les dépenses énergétiques que représenterait pour nous l’étude de la Médecine ou .du Droit, alors qu’une tâche urgente nous sollicite par ail-

leurs. Le médecin et l’homme de loi nous permettent d’économiser ces énergies, qu’il faudrait dépenser pour acquérir leur science et leur expérience. Le commerçant, à qui nous devons de trouver à notre porte les denrées qu’il est allé réunir dans la campagne, nous procure aussi des économies d'énergie, de même l’agriculteur qui a cultivé et récolté ces denrées, de même le transporteur qui nous permet de nous déplacer sans fatigue, de même le domestique qui nous évite de gaspiller nos énergies à des occupations nécessaires, mais futiles au regard de nos aptitudes.

Les servicés ne consistent pas d’ailleurs seulement en actes physiques, directement utilitaires, faits par autrui.

Nous avons vu plus haut que l’homme a des besoins d'ordre intellectuel, esthétique, moral et religieux. Ces besoins requièrent, pour être satisfaits, des services du même ordre. Le livre du maître, le tableau du peintre ou la mélodie du musicien, aussi bien que l’enseignement du prêtre ou le culte qu’il célèbre, nous sont utiles tout autant que les services du commerçant ou du notaire. Ce sont des services qu'ils nous rendent eux aussi et ces services seront productifs, nous avons éssayé de le démontrer plus haut.

Aiünsi, la plupart des services peuvent, tout comme les outils, s’analyser en économiseurs d'énergie. Certains, parmi les plus relevés, sont des restaurateurs de l'énergie inhibée ; tandis que d’autres sont de véritables excitateurs d'énergie par leur influence sur la productivité énergétique de l’intelligence.

Page 1