ECHANGE DE LA MONNAIE CONTRE DES ENERGIES ‘OU. UN OUTIL
(Théorie de la monnaie-outil)
Ayant posé en principe que, dans l’échange, seules interviennent les énergies, nous venons de montrer brièvement comment des échanges divers peuvent être interprétés, de façon à faire apparaître l’énergie comme seul élément de l’échange.
Il nous reste à montrer comment cette explication est valable dans le cas où un des termes de l’échange est la monnaie.
C’est en assimilant la monnaie à un instrument, outil ou machine, que nous y parviendrons. Mais comment concrétiser cette assimilation ? A première vue, on ne peut demander à la monnaie les mêmes services qu’à un outil. Comment expliquer que la monnaie économise de l’énergie, alors que cela se comprend parfaitement, pour une hache par exemple ? Nous répondons simplement que la monnaie représente tout ce qu’on pourra acheter avec elle. C’est un bon.
Donner à un viticulteur cent francs, c’est lui donner en puissance une part des charrues, des engrais, des services. nécessaires à la production de son vin.
En retour, il donne un hectolitre de vin. On est donc bien dans la situation, déjà envisagée, de l'échange d’un outil contre une partie des énergies qu'il aide à produire.
Bien entendu, la quantité totale du vin cédé dépendra de bien des éléments. Productivité du propriétaire, dans laquelle entrent la productivité du terroir, celle du climat. productivité, qui serait celle de l’acheteur ; énergies dépensées par celui-ci pour se procurer la monnaie...
Mais, quelle que soit la multitude des éléments, nous pourrons les ramener, en dernière analyse, à ceux que nous avons déjà décelés en examinant l'échange d’un outil contre des énergies.
Ainsi, nous aboutissons à une conception, qui renverse toutes les situations. Ceux que l’on a coutume d’appeler acheteurs, ceux qui offrent des deniers, sont, en réalité, des vendeurs. Ils vendent un outil, qui a la propriété d’être un outil d'utilité générale, ou qui, si l’on préfère, résume tous les outils.
Pour acquérir cet outil, on dépense de l'énergie. Quand on le possède, tout se passe comme si on l'avait fabriqué, et on le cède à ceux qui en ont besoin, en demandant en retour une partie des énergies qu’il contribuera à produire. Qu'on le cède contre des énergies directement utilisables ou contre des outils ou des services ayant eux-mêmes une productivité indirecte, la situation, quoique compliquée, ne change pas. Enfin, suivant que cet outil est abondant ou rare, l'échange est influencé, comme nous le verrons, quand nous traiterons de l’échange collectif, mais, quoiqu'il en soit, cet outil, d’une nature spéciale, va de l’un à l’autre, et, quand il a disparu, tout se passe comme s’il y avait eu simple troc. |
Cette théorie de la monnaie outil ou Part a été formulée par les énergétistes. C’est ainsi qu'OsrwaLp dit en propres termes (1) en parlant de l’argent : « Mais, en >» outre, il économise de l'énergie, car, grâce à lui, on peut > se procurer à des moments déterminés et en des endroits » déterminés, des valeurs qui sont particulièrement pré- » -cieuses en ces moments et en ces endroïts ; tandis que, » si l'argent n'existait pas, on serait obligé de faire des » approvisionnements et des transports laborieux. Possé- » der -de l'argent équivaut donc à pouvoir économiser de » l'énergie ; par là, l'argent a le caractère d'un instrument » ou d'une machine. » SoLvay, de son côté, appelle la
monnaie un « outil de transaction ». Enfin, les traités
d'Economie Politique donnent de la monnaie une notion qui s'apparente à celle-là, en la classant dans la catégorie des biens instrumentaux, c’est-à-dire (2) « ceux qui servent
(1) Osrwazp. — Les fondements énergétiques de la science de la civilisation, page 134.
(2) Resoup. — Op. cit. page 30.
> à produire d'autres biens en fournissant des matières » premières ou en aidant à les transformer. »
On peut rapprocher cette notion de la monnaie instrument de la théorie mathématique de l’ophélimité de la monnaie qu'a donnée M. Divisia (1). Certes, la conception mathématique est tellement abstraite, qu’il semble difficile de lui trouver un point commun avec la notion concrète que nous venons de développer. Pourtant, si l’on veut aller au fond des choses, on verra qu’un rapprochement est possible. M. Drvisia démontre que la monnaie n’a pas d’ophélimité, ou, mieux, d'utilité déterminée a priori, comme en ont les marchandises ou les services. Par contre, il établit qu’elle possède une ophélimité a posteriori, celle-ci étant fonction du revenu nominal du porteur et du niveau général des prix.
Tout se passe, une fois l'échange terminé, comme si la monnaie avait eue une utilité ; celle-ci est représentée en somme par son pouvoir d'achat.
Cette notion rejoint la nôtre, puisque nous faisons intervenir la productivité en énergies de cet outil qu’est pour nous la monnaie pour déterminer sa valeur, et que cette capacité de procurer des énergies n'est, en somme, pas autre chose que son pouvoir d'achat.
Par un rapide coup d'œil jeté sur les principaux types d'échange que l’on rencontre, nous venons de constater que nos inégalités fondamentales ont une certaine généralité.
Partout et toujours nous retrouvons les mêmes termes, les mêmes coefficients et les mêmes variables. Ces inégalités se présentent donc à nous avec des caractères qui permettent de les considérer comme se modelant vraiment sur la réalité.
Toutefois, jusqu'à maintenant, elles semblent jouer uniquement un rôle négatif. Exprimant simplement les limi-
tes entre lesquelles sont enfermées les quantités d'énergie qui font l’objet de l'échange, elles ne paraissent pas aptes a —
() Divista. — Op. cit, page 416,
Gain en énergie alimentaire procuré par
a nous donner une idée positive de la valeur et des prix.
Un examen plus approfondi nous permettra, peut-être, de modifier cette opinion.
Auparavant, nous devons attirer l'attention sur ce que ces inégalités rendent compte de ce fait, parfois contesté, que les deux échangistes gagnent à l'échange.
Considérons, en effet, Primus dans le premier cas d'échange considéré : Livré à lui-même, Primus aurait dû consacrer (3, énergies à se procurer b ; grâce à l’échange, il obtient le même résultat en dépensant seulement Ca, <LUv,, De même Secundus acquiert a en dépendant seulement Co, es Ca, ; Chacun possède ce qu’il désire et a dépensé moins d’énergie. Lette
La considération de ces mêmès dépenses énergétiques comparées entrera en jeu, quand nous serons amené plus tard à définir la valeur d'échange.