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OBJECTION DES VALEURS VIRTUELLES

À tout l’appareil mécanique et mathématique que nous venons de mettre en branle, on peut faire une objection capitale à laquelle nous avons déjà fait allusion.

Comment, en effet, peut-on imaginer que des quantités d'énergies virtuelles, c’est-à-dire non actualisées, puissent exercer les unes sur les autres, même par l'intermédiaire des utilités, des actions soumises aux lois de la mécanique ?

Ce que nous avons appelé valeurs d'usage, et qui correspond effectivement à ce qu'on se représente sous ce nom, est une évaluation des énergies qui pourraient être produites dans certaines circonstances.

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La valeur, coût de production, mesure les énergies qu’un travail déjà dépensé aurait pu produire, s’il avait été appliqué à un autre objet.

La valeur, coût de reproduction, mesure les énergies qu’une énergie encore potentielle permettra de produire et qui n'existent elles-mêmes qu’à l’état-virtuel.

Enfin, le prix mesure la quantité d’énergie à prélever sur les précédentes, pour l’échanger contre cette énergie potentielle dont la cession est proposée. ”

Aiïnsi, dans le cas que nous avons envisagé en débutant, il y a en présence les énergies alimentaires du blé, qui ne s’actualiseront que si le blé est consommé, et les énergies industrielles du bois, qui ne s’actualiseront que si le bois est coupé, puis brûlé.

Il est bien évident qu'aucune action réelle n’est possible d’un de ces éléments sur l’autre, pas plus qu'entre leurs utilités qui sont, elles aussi, en puissance ; mais il est un fait également certain que, si ces actions n’ont pas lieu, tout semble se passer comme si elles avaient lieu. Peut-on l’expliquer ? Nous croyons qu’en raisonnant sur les propriétés caractéristiques de l'esprit humain, on peut, sinon expliquer cela, du moins sentir qu’une explication n’est pas impossible.

Tout en notre intelligence est représentation. C’est donc de ce côté qu’il faut chercher la solution.

L'homme se représente certainement l'efficience énergétique du blé ou du bois, c’est-à-dire leur utilité. Il est : difficile de dire en quoi consiste cette représentation. Nous pensons qu’il s’agit d’une représentation inconsciente, d’un phénomène qui se passe sur un plan échappant à notre moi. Il y a une sensation intérieure, qui ne s ’épanouit pas en images mais en inclination. En tout état de cause, celleci traduit par les moyens ordinaires de notre activité la pression énergétique que développe cette représentation.

La mémoire organique joue certainement un rôle dans ce phénomène. Or, la mémoire n’est que la trace de l’expérience et celle-ci est certainement à la base des estimations que fait inconsciemment l'individu. Sans doute celui-

ci peut se tromper ; mais, à la longue, ses erreurs se corri- Seront au contact de la réalité. .

Quand un sauteur franchit un obstacle, il ne résoud pas auparavant un problème de mécanique et, pourtant, le Saut qu'il fait, est la solution d’un tel problème. Ce n’est pas parce qu’il n’a pas évalué en kilogrammètres le travail effectué que celui-ci n’existe pas. Si ses muscles ont réalisé l'effort voulu, c’est grâce aux leçons de l’expérience et à une mémoire spéciale lui permettant de sentir quel est l'effort qui correspond à une hauteur déterminée.

C’est parce qu’il a fait des essais infructueux qu’il arrive à sauter. C’est parce que l'individu s’est trompé dans des échanges qu’il arrive à ne plus faire d’estimations erronées. Au surplus, on peut remarquer que, suivant la profession, les occupations, les circonstances, ceux qui sont capables de réaliser dans certaines conditions de bons échanges, se déclarent incompétents ou font des erreurs grossières, quand il s’agit d'objets qui ne leur sont pas familiers. L’enfant ne fait pas de différence entre le diamant et le verre.

Le sauteur peut prendre trop d’élan et sauter trop haut ; cela ne veut pas dire qu’un saut n’est pas la solution d’un problème de mécanique. De même un individu peut surestimer les énergies qu’il recoit ou celles qu’il donne, il n’en est pas moins vrai que l’équilibre s'établit entre les estimations des deux coéchangistes suivant des règles qui, elles, sont invariables.

Le sauteur qui dose des énergies n’en a pourtant pas le sentiment ; il n’a que le sentiment de FPeffort. De même l’échangiste n’a pas conscience du troc d'énergies qu'il pratique, mais il a le sens de la valeur, qui extériorise une appréciation subconsciente de la quantité-et de la qualité des énergies échangées.

Tels sont les arguments par lesquels on peut tenter de répondre à lobjection qui nous occupe.

Ils ne sont peut-être pas d’une clarté bent Ent convaincante, mais ils montrent que le problème n’est pas insoluble. Nous savons tous que deux hommes qui préparent

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