La professeur Ficheclaque
— Décidément, j'ai assez travaillé ce soir ; il est huit heures passées. Oa peut bien se reposer quand on a fait des fleurs toute la journée... Est-ce que tu ne vas pas quitter ton ouvrage, toi, Augelle ?
— Pas encore. Je voudrais finir cette broderie pour ma jolie dame de la rue d'Antin. . .
— Ah 1 la comtesse de Valgrave. Mais tu as tout le temps, rien ne te presse, tu m'as dit toi-même que cette dame ne t'avait pas demandé ces beaux mouchoirs pour une époque fixe.
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— Je le sais bien, mais j'ai du plaisir à faire cet ouvrage.
— Ils seront superbes, ces mouchoirs; on doit te payer cela très-cher !
— On ! ce n'est pas pour cela que j'y mets tant de soin ; mais je suis bien aise de contenter cette jeune dame, elle est si aimable, si gentille, pas tière du tout... Elle me fait asseoir près d'elle, et cause souvent avec moi comme si j'étais une de ses amies...
— Ce n'est pas alors comme cette grosse commerçante pour qui j'ai fait une garniture de bal et une coiffure tout en boutons de roses... Elle n'est jamais contente de ce que je lui apporte!... Voilà six fois qu'elle me fait retoucher à sa coiffure : cela ne lui va jamais bien, cela ne la rajeunit pas assez, à ce qu'elle dit, et elle s'en prend à mes ileurs ; moi, je lui ai répondu bien franchement l'autre jour : « Madame, je me suis chargée de vous faire des Heurs, mais je ne me suis pas engagée à vous rajeunir ! Je le suis pas sorcière 1... * Oh ! si tu avais vu comme îlle était en colère 1
— Tu perdras sa pratique 1
— Je m'en moque. Grâce au ciel, nous n'attendons pas après notre travail pour vivre, ootre père nous a fait apprendre à chacune un état paiee que c'est une ressource en cas de malheur, et il a bien fait. D'abord.
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si je ne faisais rien, moi, je m'ennuierais beaucoup, et je serais capable de faire des sottises...
— Ah ! Léonie, tu te calomnies I
— Non, non... Oh! je me connais, vois-tu... Il faut toujours que je fasse quelque chose. Ainsi, je quitte mon ouvrage maintenant, mais je vais prendre des cartes et me faire une réussite, pour savoir si je me marierai bientôt.
— Tu n'as pas besoin de cartes pour savoir cela, puisque cela dépend de ta volonté ; mon père ne t'at-il pas dit : « Léonie, quand tu voudras te marier, ta dot est toute prête, je te donne quinze mille francs, comme à ta sœur. Choisis un mari à ton goût, pourvu qu'il ait un état, ou au moins une bonne place, et je te donne mon consentement... » Tu vois donc bien qu'il ne te reste plus qu'à choisir.
— Oui, c'est très-facile à dire, cela ! Mais d'abord, quinze mille francs de dot, ce n'est pas grand'chose!... On ne peut pas se flatter de trouver la fleur des pois pour quinze mille francs!... Les maris sont fort chers. D'un autre côté, si j'avais une grosse dot, je dirais : « On ne m'épouse que pour mon argent... on ne m'aime peut-être pas du tout... » et je ne serais pas tranquille...
— Tu aurais raison. Moi, je trouve que mon père, qui a passé toute sa vi* à travailler pour nous élever,
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qui travaille même encore , puisqu'il tient les livres dans une maison de commerce, fait déjà beaucoup en nous donnant à chacune quinze mille francs !
— Mais je ne te dis pas le contraire!... Mon père est rangé, économe, il ne va jamais au café, ne dépense pas un sou pour ses plaisirs. Son seul bonheur est de faire le soir sa partie de trente-et-un avec quelques amis; on met trois sous au jeu, on ne se raine pas.
— Tu voudrais trouver un mari rangé comme notre père?
— Non ; je voudrais un peu plus de variété dans mon existence. D'abord, j'aime beaucoup le spectacle, je voudrais y aller souvent; c'est pour cela que je travaille : j'amasse pour grossir ma dot, afin que mon mari puisse me mener au spectacle. Ah ! tiens, vois-tu, Angelle, je serais déjà mariée si tu l'avais \udiu!
— Si je l'avais voulu! Et comment donc ai -je pu mettre obstacle à ton mariage ?
— Parce que tu es mon aînée... Tu as vingt-et-un ans ; moi, je n'en ai que dix-huit, et je trouve trèsridicule de me marier avant toi. Marie-toi, ma sœur, cela me ferait tant de plaisir !
— Ma chère amie, je ne vois pas en quoi ma résolution peut en rien influencer la tienne ; le mariage
est une chose sérieuse... bien sérieuse; on doit réfléchir longtemps avant de se lier avec quelqu'un auquel on donne son existence, son avenir, sa liberté. Combien de jeunes filles se, repentent d'avoir trop légèrement contracté une union, dans laquelle elles n'ont vu d'abord que la toilette de mariée, le bal et le plaisir d'être appelées madame?... titre que l'on paye bien cher quelquefois!... Ainsi, crois-moi, Léonie, n'attends pas pour te marier que je le sois, cela pourrait te mener trop loin !
Mademoiselle Léonie, qui est une brune à la mine éveillée, au regard vif et malin, et dont la bouche petite et bien garnie laisse souvent échapper un sourire légèrement moqueur, fait un petit mouvement d'épaules, et va chercher sur des tablettes un jeu de cartes qu'elle pose sur une table, devant laquelle elle s'assied, tout en disant :
— Très-bien, ma sœur, cela suffit, on ne t'attendra pas... Ah! tu ne craindrais pas autant le mariage si quelqu'un... si une certaine personne se décidait à se déclarer... Mais probablement cette personne-là a sur le mariage les mêmes idées que toi !...
Angelle rougit, son front s'assombrit, et l'expression de ses yeux devient tout à coup d'une tristesse profonde. Angelle était une belle blonde, au teint à peine rosé, aux yeux bleus doux et langoureux; bien
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qu'elle eût trois ans de plus que sa sœur, elle paraissait à peine aussi âgée. Sa taille fine était au-dessus de la moyenne, tous ses mouvements étaient gracieux, et le son de sa voix s'harmonisait parfaitement avec tous ses avantages extérieurs. Léonie pouvait plaire davantage à ceux qui aiment les physionomies espiègles et piquantes ; mais Angelle devait faire connaître un sentiment plus profond, plus tendre ; l'une devait faire naître le désir, l'autre inspirer l'amour.
Au total, M. Picardin était donc le père de deux demoiselles fort jolies, et qui, à leurs avantages extérieurs, joignaient des talents et des qualités : avec tout cela, et quinze mille francs de dot, on peut fort bien trouver des maris. Combien de jeunes filles deviennent dames qui n'en possèdent pas autant !
M. Picardin était fier de ses filles, et il en avait le droit. A propos de ce monsieur, nous ne l'avons \ as encore fait connaître ; mais sa biographie sera courte : que voulez-vous que l'on vous dise d'un homme qui a passé sa vie à aligner des chiffres, à faire des additions ? Sa fille, mademoiselle Léonie, vous a déjà appris que c'était un homme rangé, économe, n'allant punit passer son temps au café. M. Picardin était un pai fait honnête homme, n'ayant jamais fait de dettes tt ayant horreur de tout ce qui annonçait du désordre ou de l'imprévoyance. Veuf depuis quinze ans, il avait
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convenablement élevé ses deux filles ; mais si Tune d'elles avait voulu épouser un de ces jeunes gens qui ne possèdent qu'une jolie figure et des espérances, il aurait tout aussitôt mis le jeune homme à la porte. Après cela, fort bon homme, ayant juste assez d'esprit pour s'amuser aune féerie, et mettant toute la finesse qu'il possédait à bien jouer au trente-et-un.
Nous avons vu la blonde Angelle prendre tout à coup un air triste et rêveur en écoutant les dernières paroles de sa sœur. Après un moment de silence, pendant lequel elle a paru se recueillir, elle répond à Léonie :
— J'espérais, ma sœur, que vous ne reviendriez pas sans cesse sur un sujet... qui m'est pénible... mais, en vérité, il semble que ce soit pour vous un plaisir de me faire de la peine... ou de supposer des choses qui peuvent m'être désagréables. C'est bien mal, car je n'ai jamais rien fait, moi, qui pût vous affliger ou simplement vous contrarier... Je croyais être aimée de vous, mais je vois bien que je me suis trompée !
En achevant ces mots, Angelle avait des larmes dans les yeux. Aussitôt, repoussant la table, jetant les cartes de côté, Léonie court à sa sœur, lui prend la tête et l'embrasse à plusieurs reprises en s'écriant :
— Qu'est-ce que tu dis ! je ne t'aime pas, moi!...
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je ne t'aime pas ! . .. Ah ! tu ne crois pas cela, n'est-ce pas, ma sœur! ...Oh! je t'en prie, dis-moi que tu ne crois pas cela!... Je suis bien folle, bien étourdie... mais vouloir te faire de la peine... est-ce que ce serait jamais dans ma pensée !... Au contraire, c'est parce que je voudrais te voir heureuse que je pense... que je dis... Mon Dieu! pourquoi tant de mystère!... Entre sœurs, est-ce que l'on doit avoir des secrets l'une pour l'autre? Je croyais que tu aimais le professeur... je croyais cela, parce que... il y a six ans... j'étais encore bien jeune, mais j'ai de la mémoire, et je faisais déjà attention à tout ce qu'on disait, à tout ce qui se passait autour de moi... Oh! je suis curieuse! je ne m'en cache pas!... c'est plus fort que moi ! Je voudrais entendre tout ce qui se dit, et lorsque je suis dans ma chambre, et qu'un peu loin de moi deux personnes se parlent tout bas... je suis sur les épines... je grille, je brûle de savoir ce qu'elles se disent. C'est très-vilain, n'est-ce pas? Mais j'ai beau faire, je ne puis pas me corriger... Alors je me rappelle qu'autrefois, quand M. Ficheclaque... ah! l'horrible nom, Ficheclaque i rar exemple, voilà un nom que je ne voudrais pas porter...
— Mais ce monsieur s'appelle aussi Ludger, et ce nom-là n'a rien de désagréable.
— Oui, j'en conviens, Ludger, c'est doux, c'est
gentil... mais Ficheclaque... C'est qu'il est d'origine allemande, le professeur, n'est-ce pas ?
— Oui, ses parents étaient Allemands, mais lui est né en France.
— Je disais donc que... il y a six ou sept ans... tu étais déjà grande, toi, et M. Ludger... oui, il vaut mieux dire Ludger que Ficheclaque... eh bien! le professeur venait très-souvent chez nous; il t'appelait sa petite femme... tu l'appelais ton petit mari...
— C'était pour plaisanter...
— Plaisanter !... tu avais quinze ans... lui... oh! il est beaucoup plus âgé que toi... il avait près de trente ans; on ne doit pas plaisanter à cet âge-là... il te faisait la cour très-sérieusement...
— Tu as cru cela... Il avait, comme il a toujours, beaucoup d'amitié pour moi... pour nous... mais ce n'était pas de l'amour...
— Ça y ressemblait, cependant!... et il paraît que mon père pensait comme moi, car il dit à ce pauvre Ludger... qui était très-pauvre alors... Il ne trouvait pas d'élèves et portait une malheureuse redingote verte qui ressemblait à ces vieux tapis de billard qui ont été raccommodés souvent...
— Où donc as-tu vu des tapis de billard, toi, Léonie ? Est-ce que tu entres dans les cafés ?
— Non, mais en passant devant les cafés, je re-
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garde dans l'intérieur, et puis c'est Jolichose qui me rapporte tout cela... Bref, mon père dit au professeur : « Mon cher ami, vous n'avez pas le sou, pas d'emploi, pas de rentes... Ne vous flattez pas d'être jamais le mari de ma petite Angelle ; pour prendre une femme, il faut être certain de pouvoir la nourrir, et même de la bien nourrir... et c'est à peine si vous gagnez de quoi vous vêtir... Que serait-ce donc s'il vous arrivait des enfants ! b Voilà ce que mon père dit alors à ce pauvre M. Ludger... Ficheclaque...
— Oh! je m'en souviens bien. .. Et Ludger s'en alla bien triste... bien affligé, en disant à mon père qu'il ne viendrait plus que rarement, qu'il sentait bien qu'il avait raison, et qu'il serait désolé de nuire par sa présence à l'établissement de sa fille aînée... et il fut près de trois mois sans revenir à la maison î
— Oui, mais quand il y revint, ce n'était plus le même homme... Il était mis avec élégance, et cela lui donnait un tout autre air ; rien qu'à le regarder, on voyait qu'il avait de l'argent plein ses poches, cai il y a une différence bien grande dans les manières d'un homme à son aise et celles d'un pauvre diable qui ne sait pas où trouver à dîner!... Enfin, M. Ludger semblait avoir fait fortune ; et en effet il dit à mon père qu'il avait fait un héritage sur lequel il était loin de compter, et que, depuis, la fortune lui avait cons-
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tamment souri... il avait des élèves plus qu'il n'en voulait!... Le monde est si injuste!... On le repoussait quand il se présentait avec son paletot vert râpé ; mais depuis qu'il était bien mis, c'était à qui prendrait de ses leçons, et plus il se faisait payer cher, plus on voulait de lui pour professeur...
— Oh ! mais, il est bien savant aussi !...
— C'est possible!... je ne dis pas le contraire... quoique M. Bourlet prétende qu'il lui fera des questions auxquelles il ne pourra pas répondre...
— M. Bourlet est un sot, un envieux, un méchant... le mérite des autres le fait souffrir!... lia toujours détesté M. Ludger...
— Oh ! il y a aussi une autre raison : c'est que M. Bourlet est amoureux de toi, et qu'il voit bien que le professeur occupe seul ta pensée...
— Ma sœur...
— Voyons, ne te fâche pas... Tu ne me nieras pas, à moi, que tu l'aimes? Il est cependant bien plus âgé que toi !...
— Il a trente-six ans... j'en ai vingt-et-un passés... il me semble que je ne suis pas trop jeune pour lui !
— Non, mais c'est lui qui serait trop vieux pour toi... Enfin, il te convient ainsi... très-bien... et puis, d'ailleurs, à quoi sert qu'il te convienne ou non? Depuis que ce monsieur a hérité, depuis qu'il a une
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foule d'élèves, qu'il est riche enfin, ce monsieur ne parle pas de t'épouser... il ne t'appelle plus sa petite femme. . . et au lieu de demander ta main à notre père, qui certainement ne la lui refuserait plus maintenant, il ne lui souffle pas un mot de son amour pour toi. Dans les commencements, notre père disait : « Il trouve Angelle encore trop jeune pour devenir sa femme. » Mais le temps se passe... les années se sont écoulées. Tu as vingt-et-un ans passés, et ce monsieur ne demande pas ta main... mais c'est affreux, cela, car il est cause que tu as refusé plusieurs bons partis... entre autres, M. Bourlet, le courtier marron... qui n'est pas mal, qui a de la fortune...
— Je ne puis pas souffrir ce monsieur... Puisque tu le trouves bien, pourquoi ne l'épouses-tu pas? car, à présent, il te fait la cour, à toi !
— Ah! oui, par ricochet, parce que tu n'as pas voulu de lui ! Merci, je ne veux pas qu'on me prenne par ricochet. J'aimerais encore mieux Jolichose... ce pauvre Jolichose, c'est dommage qu'il soit si bête !... il est gentil garçon, il polke très-bien, et, moi, je suis folle de la danse! Si je l'épousais, je voudrais qu'il me fit polker toute la journée... mais il ne sait pas valser... et j'adore la valse... voilà qui lui fait du tort!... Du reste, Jolichose ne peut pas encore se marier... son père doit lui laisser son magasin de cou-
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fection... mais ce ne sera pas encore demain, et Jolichose n'a que vingt-deux ans. Mais ce n'est pas de Jolichose qu'il s'agit, c'est du professeur. Voyons, Angelle, sois franche avec moi. Et avec qui le serastu, si ce n'est avec ta sœur ? Avoue que la conduite de M. Ludger te rend malheureuse... qu'elle te fait souffrir. Oh ! tu as de la patience, toi. . . mais, moi, à ta place, je lui aurais déjà dit : « Eh bien, monsieur, vous ne m'aimez donc plus? vous ne voulez donc plus m'épouser ? Quand j'avais quinze ans, et que vous étiez pauvre, vous me répétiez sans cesse que vous seriez bien heureux de me prendre un jour pour votre femme... aujourd'hui, j'ai vingt-et-un ans, vous êtes riche, vous avez une position assurée, et vous ne me demandez pas à mon père... qu'est-ce que cela veut dire ? »
— Non, Léonie, non, je ne dirai pas tout cela à M. Ludger, car il me semble que je n'ai pas besoin de l'interroger pour connaître sa réponse ; s'il ne demande pas à m'épouser, c'est qu'il ne m'aime plus 1 c'est bien évident ; et je ne veux pas le forcer à me dire cela... ce serait le mettre dans une position désagréable pour lui et pour moi.
— Il ne t'aime plus, dis-tu?... il ne t'aime plus!... Mais alors pourquoi vient-il presque tous les soirs passer avec nous les moments qu'il a de libres? pour-
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quoi cherche-t-il à se placer toujours près de toi?... Pourquoi te regarde-t-il sans cesse? pourquoi, lorsque tu parles, t'écoute-t-il comme s'il entendait chanter des anges?... Mais comment donc se conduit-on près d'une femme que l'on aime... si tout cela n'annonce pas de l'amour!. . .
Les yeux d'Angelle se raniment, une expression de bonheur y brille pendant les dernières paroles de sa sœur, et, lorsque celle-ci a cessé de parler, elle s'écrie :
— Vraiment, Léonie, tu as remarqué tout cela?... Tu trouves qu'il a l'air de m'aimer encore?
— Assurément, et je ne suis pas seule à penser cela! M. Bourlet disait l'autre soir à demi-voix : «Ce M, Ficheclaque regarde mademoiselle Angelle comme s'il voulait n'en faire qu'une bouchée!... c'en est inconvenant! »
— Eh bien! oui, moi aussi, quelquefois, j'ai cru qu»' Ludger m'aimait encore... Quand il attache ses grands yeux bleus sur les miens... ah 1 si tu savais comme tlo sont expressifs!...
— Eh bien! alors, on saisit ce moment-là... on lui dit : c Pourquoi me regardez-vous ainsi?... pourquoi cherchez-vous à me faire croire que vous m'aimez 9 ou si vous m*aimei en effet, pourquoi ne pa:l( z-vous pas à mon père?... Vous savez très-bien
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que maintenant il ne vous refuserait pas ma main... » Voilà ce qu'il faut dire... ça le forcera à s'expliquer. Oh î si j'étais à ta place , comme je parlerais!...
— Non, Léonie, je ne veux jamais lui dire cela!
— Alors, il n'y a pas de raison pour que cela finisse!... et, dans vingt ans, vous serez aussi avancés qu'aujourd'hui; ça promet;