UARIAGE DE LÉ0NIE
Depuis que Ludger donnait des leçons au fils de la comtesse de Valgrave, il avait été remercier Angelle de lui avoir procuré ce nouvel élève, qui lui donnait bien peu d'occupation et lui était payé fort cher, bien que lui n'eût demandé qu'une rétribution moleste; mais Valentine, heureuse de trouver pour son fils un homme doux, complaisant et qui avait su s'en faire aimer, avait exigé qu'il reçût les émoluments qu'ellemême avait fixés.
Angelle avait reçu avec froideur les remercîments du professeur; leur dernier tête-à-tête semblait avoir mis tin à cette douce intimité qui auparavant existait entre eux. Toujours triste et silencieuse, la charmante fille ne cherchait plus à causer avec Ludger;
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elle semblait au contraire en éviter avec soin les occasions, et si, quelquefois, obligée de lui répondre, elle se laissait aller à lui parler avec la même familiarité, la même amabilité qu'autrefois, bientôt elle s'arrêtait, reprenait son air froid, composé, et l'expression de son visage redevenait sévère.
Ludger remarquait tout cela, il en devinait la cause, et, présumant que sa présence était maintenant désagréable à Angelle, il ne venait plus que rarement chez M. Picardin. Mais, ce qu'il avait remarqué aussi, ce qui frappait tous les yeux, c'était le changement qui s'opérait chez cette jeune et belle fille, si fraîche, si rose, si pleine de vivacité, de santé quelque temps auparavant, et qui maintenant, pâle, triste, amaigrie, ne semblait plus être que l'ombre d'elle-même.
Léonie éprouvait un vif chagrin de voir l'état de tristesse, de dépérissement de sa sœur. Un matin, elle lui dit :
— Tu veux donc passer ta vie à te faire de la peine... à souffrir?
- Je ne souffre pas, ma sœur.
— Oh! ne me dis pas cela... tu me prends donc
pour une imbécile!... Tu changes, tu maigris, tu
pâlis... c'est bien visible; et il n'y a pas d'eiïec sans
cause.
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— Ce n'est pas ma faute si ma santé n'est plus aussi bonne.
— Oh! ta santé ne dépérit que par suite de ton chagrin! Quand le cœur est malade, il faut bien que tout le reste s'en ressente, puisque c'est lui qui marque notre existence. Voyons, Angelle, il ne s'agit pas de feindre, de dissimuler entre nous... il t'a donc dit qu'il ne t'aimait plus 7
— Il m'a dit qu'il ne serait jamais mon mari 1...
— C'est la même chose; car, s'il t'aimait toujours, à présent qu'on veut bien qu'il t'épouse, il s'empresserait de te prendre pour femme... 0 ces monstres d'hommes! Mais qui aurait cru cela de Ludger?... avec un air si bon, si doux, si timide même!... Se faire adorer d'une jeune fille, et puis n'en plus vouloir quand on sait qu'elle vous aime. Mais enfin, s'il ne t'aime plus, pourquoi soupirer quand il est près de toi, pourquoi te faire des yeux blancs. . . et regarder le plafond? C'est donc une comédie qu'il joue?... Je lui en demanderai la raison, moi.
— Oh! non, Léonie, non, il ne faut rien lui demander.
— Mais, toi, il ne faut plus l'aimer, ce monsieur qui te dédaigne. Voyons, ma sœur, tu ne peux donc r^is cesser de penser à lui?
>• Non... je ne peux pas !
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— Que c'est drôle, qu'il y ait comme ça des hommes que Ton aime malgré soi et à qui l'on pense toujours en voulant les oublier I Alors, tu ne te marieras donc jamais?
— Non, Léonie, jamais!... Mais cela ne doit pas t'empêcher de te marier, toi, et cela me fera bien plaisir de te voir heureuse !
— Il est certain que si j'attends toujours après toi, et que tu ne te maries jamais, ça me mènera un peu loin. M. Bourlet me faisait la cour de dépit d'être rebuté par toi ; mais depuis que je lui ai dit qu'il avait une perruque, oh ! c'est fini, il ne me regarde plus. Je n'aurais jamais voulu de cet homme-là pour mari, il est méchant, sournois... Moi, je veux un mari bon enfant, et qui fasse toutes mes volontés !
— Et Jolichose?
— Ah! ce petit Gloud de Jolichose?... il est bien bête. . . il est vrai que chez un mari on assure que c'est une qualité ! Mais il est bien jeune et n'a pas encore une position.
— Il t'aime, j'en suis sûre.
— 0 ma sœur, est-ce qu'on peut être sûre de quelque chose avec ces messieurs!... Tu vois bien par toi-même que ceux qui ont l'air le plus sage, le plus sincère sont aussi trompeurs que les autres.
Le lendemain de cette conversation, dans le milieu
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de la journée, Jolichose accourait chez les deux sœurs, tout essoufflé, tout transporté, en s'écriant :
— Mesdemoiselles, je l'ai... il est à moi... c'est finir.. Papa me l'a cédé... ouf!... Je suis si content que j'en ai perdu la respiration!... Mademoiselle Léonie... entendez-vous? je l'ai.
— Si c'est l'air aussi bête qu'à l'ordinaire, oui, je vous assure que vous l'avez toujours !
— Oli! il s'agit bien de bêtise... c'est du sérieux, cette fois; vous ne comprenez pas que j'en suis possesseur?
— Mais de quoi, enfin, de quoi? Voilà une heure que vous nous dites que vous l'avez, sans nous expliquer ce que c'est.
— Gomment! je ne vous l'ai pas dit?... C'est la joie... ça me bouleverse... j'aurais bien gagé que je vous l'avais dit !... Vous êtes sûre que je ne vous l'ai pas dit?
— Est-il impatientant , cet être-là ! Monsieur Jolichose, vous me portez sur les nerfs !
— Mademoiselle, j'aimerais mieux vous porter dans mes bras.
— Parlerez-vous enfin ?
— Mademoiselle... m'y voilà... j'ai le fonds de papa. . . voilà le grand mot lâché !...
— Vous avez le fonds de monsieur votre père Y
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— Oui, et un fameux fonds de confection, je puis le dire... qui va très-fort, confection d'enfants... Je vais confectionner des enfants pour mon compte!... C'est gentil, à vingt-deux ans !...
— Et par quel hasard votro père vous cède-t-il déjà son fonds... lui, qui vous trouvait trop jeune, trop étourdi?... Qui a pu le déterminer à agir ainsi ?
— Mademoiselle, c'est une salade de homard qui en est cause.
— Une salade de homard?
— Oui, mademoiselle, une mayonnaise de homard.
— Comprends-tu quelque chose à ce qu'il dit , An gel 1 h ?
— Mademoiselle, vous allez comprendre : il y a huit jours, mon père a mangé de cette mayonnaise... il l'aime passionnément, il en a mangé beaucoup ; il paraîtrait même qu'il a mangé trop. Le homard est très-lourd. Bref, il a eu une indigestion ; depuis ce temps, il est toujours indisposé... il ne peut plus manger... ça ne passe pas... ou ça passe ma), si bien que le médecin lui a dit : « Vous avez une gastrite. Si vous ne vous soignez pas, vous êtes flambé ; il faut cesser tout travail, cela fatigue. Prenez du repos et du lait, c'est le seul moyen de vous guérir. » Vous sentez bien que cela a fait réfléchir mon père. Il aime l'argent; mais, avant tout, il tient à la vie. ..et sur-
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tout à une vie dans laquelle on puisse manger. Voilà pourquoi il se retire des affaires et me cède son magasin de confection. Est-ce heureux, ça?... Certainement je suis fâché que mon père soit malade ; mais, c'est égal, je suis bien content qu'il ait trop mangé de homard.
— Allons, monsieur Jolichose, c'est très-bien..,, je comprends maintenant votre joie. Et c'est là tout ce que vous aviez à me dire?
— Oh! non, mademoiselle, ça n'est pas tout, car, en me cédant son fonds, papa m'a dit : ce II faut que tu te maries tout de suite, parce qu'il te faut une femme à la tête de ta maison... c'est indispensable. Tâche d'en trouver une qui aime le commerce et qui ait une jolie dot comptant... Ta mettras l'argent dans ton commerce, ta femme dans ton comptoir, et ça pourra marcher. » Il a même ajouté : « Ta es en position de trouver des demoiselles en quantité... tu dois trouver des dots de trente mille francs et même au-dessus; dépêche-toi de faire ton choix, ta demande, et marie-toi bien vite. » Alors, mademoiselle, voilà pourquoi je suis venu toujours courant.
Ici, Jolichose s'arrête, rougit, soupire et baisse les yeux. Léonie sourit, le regarde avec malice et s'écrie :
— Eh bien ! après î
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— Comment ! après ? Est-ce que vous ne comprenez pas, mademoiselle? Je viens vous demander en mariage.
— Mais, moi, Jolichose, vous savez bien que je n'ai pas en dot trente mille francs et au-dessus?... J'en ai quinze mille, pas davantage.
— Oui, mademoiselle, je le sais, vous avez quinze mille francs en argent; mais, ensuite, vous en valez bien quinze mille par vous-même : ça fait trente mille*
Léonie regarde sa sœur en murmurant
— C'est gentil, ce qu'il dit là, n'est-ce pas, Angelle ? Il a des moments où l'amour lui donne presque de l'esprit.
— Oh ! oui, mademoiselle, oui, quand je pense à vous, je suis rempli d'idées spirituelles; et, quand je serai votre mari, vous verrez que j'en serai farci.
— Prenez garde, Jolichose, vous allez tout de suite vous faire du tort ; mais.... si je voulais bien devenir votre femme, qui vous dit que votre père consentirait à ce que vous prissiez pour sa bru une personne qui n'a que quinze mille francs de dot ?
— Il faudra bien qu'il consente. D'abord, je lui dirai que je n'en ai pas trouvé d'autre !
— Et s'il vous en trouvait une autre, lui?
— C'est différent. Je lui dirais alors que je n'en veux pas d'autre que vous.
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— Écoutez, monsieur Jolichose, dit Angelle, il y aura un moyen bien simple de contenter monsieur votre père et de lever toutes les difficultés : mon père veut me donner à moi quinze mille francs comme à ma sœur, il nous a dit déjà plusieurs fois que nos dots étaient toutes prêtes. Eh bien î comme, moi, je ne veux jamais me marier, je le prierai de donner surle-champ à Léonie, outre sa dot, celle qu'il me destinait; comme cela, vous aurez vos trente mille francs.
— Par exemple 1 s'écrie Léonie, te prendre ta dot! je voudrais bien voir cela! Monsieur Jolichose, si vous acceptiez ce que ma sœur propose, je vous déclare que je ne serais jamais votre femme et que je ne vous reverrais de ma vie!
— Mais, mademoiselle, je ne l'accepte pas!... Ce n'est pas moi qui ai eu cette idée-là... Dépouiller votre sœur... fi donc ! Elle dit aujourd'hui qu'elle ne se mariera jamais... mais est-ce que l'on peut savoir ce qu'on fera plus tard?... D'ailleurs, mademoiselle Léonie, je vous répète que je vous veux telle que vous êtes; que je me fiche de votre dot, de vos quinze mille francs, et que vous n'auriez que quinze sous que je vous épouserais tout de même !... Oui, mademoiselle, vous et quinze sous, ça suffit à mon bonheur.
Léonie tend sa main au jeune homme :
— A la bonne heure 1 c'est bien, ce que vous dites
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là... Tenez, Jolichose, voilà ma main... je veux bien être votre femme, et je suis sûre d'avance que mon père approuvera mon choix,
Jolichose prend la main qu'on lui tend, mais au lieu de la baiser, il essuie ses yeux avec, parce que l'excès de sa joie le fait pleurer. Puis, il saute dans la chambre, renverse plusieurs chaises, et manque encore de marcher sur le chat, tout en criant :
— Me voilà marié! et j'ai le fonds de papa, une femme et une confection d'enfants... Suis-je heureux!...
Léonie est obligée de le faire se tenir tranquille, en lui disant :
— Taisez-vous donc, Jolichose ! parce que nous allons nous marier, ce n'est pas une raison pour briser tous les meubles ici et écraser mon chat.
— Mademoiselle, c'est la joie, c'est le ravissement? Faudra-t-il que je vous demande à votre papa?
— Mais assurément, et il serait même beaucoup plus convenable que monsieur votre père vînt avec vous faire la demande de ma main.
— Mademoiselle, il viendra dès ce soir, s'il peut s'absenter de son cabinet d'aisance, parce que, depuis qu'il a sa gastrite, il y passe presque tout son temps... mais s'il ne vient pas ce soir, ce sera demain... Oh!
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quel plaisir... mademoiselle Léonie ! nous ferons une noce, n'est-ce pas, et nous danserons ?
— Je l'espère bien ; ne pas danser le jour de ses noces, cela porterait malheur !
— En ce cas, mademoiselle, nous ne ferons que çaî... Ahl vous pouvez d'avance faire la liste des personnes que vous voulez inviter pour ce beau jour-là... Vous n'inviterez pas M. Bourlet, n'est-ce pas?... il ne me plaît pas du tout, celui-là; et puis il demanderait peut-être à mon père pourquoi les homards deviennent rouges quand ils sont cuits, et, vous concevez, papa qui a maintenant les homards en aversion, pourrait prendre ça pour une personnalité.
— Soyez tranquille, je n'ai jamais eu envie d'inviter M. Bourlet.
— Mais, par exemple, le professeur, maître Ficheclaque, ahl celui-là, je l'aime bien; il ne se moque jamais de moi ; vous l'inviterez, n'est-ce pas?
— Oh! nous verrons... non... il me semble que ce n'est pas la peine... n'est-ce pas, Angelle, tu aimes mieux que M. Ludger ne vienne pas?
*- Moi, je n'ai pas dit cela... Mais, au contraire, il faut l'inviter.
— Ah! que tu es singulière!... Alors, c'est toi qui t'en chargeras... Au reste, nous avons encore le temps
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— Oh! non, mademoiselle Léonie, je suis pressé, moi, je voudrais me marier tout de suite... Je tâcherai d'amener papa ce soir, pendant un intermède, et on fixera le jour. Au revoir, ma future, ma fiancée !... Je retourne au magasin... Voulez-vous me permettre de vous embrasser, n'importe z'où ?
— Par exemple!... mais nulle part. Quand vous serez mon mari, à la bonne heure, et encore il faudra que je sois contente de vous!... Vous entendez? je vous préviens que je veux être la maîtresse, d'abord!
— Vous serez la maîtresse, vous serez le maître, vous serez tout dans la maison; moi, je ferai le ménage, je ferai ce que vous voudrez.
— Nous aurons une bonne, monsieur; moi, je tiendrai la caisse, le comptoir, et, vous, vous aurez affaire au public... En attendant, retournez parler à votre père et amenez-le ce soir.
— Oui, mademoiselle ; s'il ne peut pas venir, je le porterai l
Et Jolichose s'en va en courant, en sautant et en bouleversant les chaises sur son chemin. Léonie va embrasser sa sœur en lui disant :
— Trouves-tu que j'aie bien fait de l'accepter pour mari ?
— Oui, car c'est un bon garçon, et il a l'air de t'aimer de toute son âme.
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— Et cela ne te fâche pas que je me marie avant toi ?
— Me fâcher?... Ah! j'en suis bien contente, au contraire, car je me regardais toujours comme un obstacle à ton bonheur. D'ailleurs, je te l'ai dit, je te le répète, je ne me marierai jamais...
— Ma bonne amie, Jolichose a eu raison de dire que Ton ne pouvait savoir ce que Ton ferait plus tard. Et tu veux qu'il vienne à ma noce, cet homme qui cause ta peine... pour qui tu te condamnes au célibat!... Je ne te conçois pas! Est-ce comme cela que tu l'oublieras?...
— Ah! Léonie, je ne l'oublierai d'aucune façon... et j'aime encore mieux souffrir et le voir.
— N'en parlons plus. Je vais reporter mes fleurs et m'occuper déjà des emplettes pour ma noce... car j'ai besoin de mille choses... Ma noce! ah! que c'est drôle!... je ne peux pas eucore me faire à l'idée que c'est moi qui serai la mariée.
Léonie est sortie. Lorsqu'elle est seule, Angelle laisse couler ses larmes, qu'elle a comprimées longtemps, mais que maintenant elle ne cherche plus à retenir. Elle n'est pas jalouse de l'union de sa sœur, elle en est satisfaite au contraire ; mais elle ne peut s'empêcher de se dire que jamais elle ne goûtera le même bonheur.
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Tout à coup la porte s'ouvre, car en sortant Léonie avait laissé la clef en dehors ; et Ludger paraît devant Angelle, qui n'a pas eu le temps de cacher ses larmes. Le professeur demeure immobile devant le tableau de la douleur de cette jeune fille. Il n'ose avancer, et balbutie :
— Pardon... excusez-moi, mademoiselle... je n'aurais pas dû entrer ainsi... c'est M. Jolichose que je viens de rencontrer , et qui m'a dit : a Allez donc chez M. Picardin, mademoiselle Angelle a quelque chose à vous dire.,. » Mais si j'avais su!... Mon Dieu ! vous pleurez?...
— Oh! que cela ne vous empêche pas d'entrer, monsieur. Oui... je pleure... et devant vous je n'ai aucune raison pour cacher mes larmes.
— Angelle!... Angelle!... pourquoi pleurez-vous? s'écrie Ludger qui ne peut plus résister à ce qu'il éprouve, et court se précipiter aux genoux de la jeune fille.
— Pourquoi je pleure! il me le demande... lui, l'auteur de tous mes chagrins... lui, par qui je suis si malheureuse!... Mais vous ne voyez donc pas que la souffrance me mine... qu'elle me tue!... Oui, je suis assez lâche, assez folle pour vous aimer encore... pour vous le dire quand je devrais vous fuir, vous détester!... Mais, grâce au ciel, cette souffrance m'en-
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traînera bientôt dans la tombe... alors, vous ne me verrez plus pleurer !
— Angelle... par grâce... par pitié... vous me désespérez !... Ah ! si vous cessiez de vivre, que ferais-je encore dans le monde, moi, qui ne pense qu'à vous... moi, qui vous adore!...
— Il ose encore me dire qu'il m'aime, quand il ne veut pas de moi pour sa femme !
— Oui. je vous aime... oui, je n'ai jamais aimé que vous !...
— Écoutez, Ludger, si vous voulez que je vous croie, il faut me dire pourquoi vous ne voulez pas être mon mari, il faut m'apprendre quel est cet obstacle qui s'élève entre nous... Alors... eh bienl alors, je verrai si je peux vous croire!... Alors il me semble que je serai moins malheureuse.
— Vous le voulez, Angelle, vous voulez connaître ce secret terrible?... Ah! vous allez me mépriser... me trouver bien coupable l...
— Non, non, mais parlez... Ah 1 dites-moi tout... je le veux!...
— J'avais juré de garder le silence, mais il m'est impossible de résister à vos prières. Vous allez tout savoir !