‹ La "Profession de foi du vicaire savoyard"Chapitre 111 sur 176 · Les grandes religions européennes · texte numérisé non relu

Les grandes religions européennes

Nous avons trois principales religions en Europe ^ L'une admet une seule révélation, l'autre en admet deux, l'autre en admet trois. Chacune déleste, maudit les deux autres, les accuse d'aveuglement, d'endurcissement, d'opiniâtreté, de mensonge. Quel homme impartial osera juger entr'elles, s'il n'a premièrement bien pesé leurs preuves, bien écouté leurs raisons? Celle qui n'admet qu'une révélation est la plus ancienne, & paroit la plus sûre ^; celle qui en admet trois | est la plus moderne, <& l163] paroît la plus conséquente ' : celle qui en admet deux& rejette la troisième

' L ne critique rapide des deux grandes religions monothéistes non chrétiennes était de tradition parmi les apologistes; cf. Grotius, \'érité de la Religion, V : « Réfutation du Judaïsme >, VI : «Réfutation du .Mahométisme » [79], 268-3/3; Clarke, Existence de Dieu, II, 11 [i25], III, 29-31 : « Que la Religion chrétienne est la seule des Religions qui sont aujourd'hui dans le monde qui puisse se vanter avec quelque apparence de raison de posséder cette révélation divine, — De la Religion de Mahomet, — De la Religion judaïque d'aujourd'hui »; Pluche, Spectacle de la Nature [^'i^^, VIII, Première Partie, 268-312 : « Examen historique des Religions qui se disent révélées»; La Chambre, Suite de la Troisième Partie [149], III; etc. — Comparez Fréret, Lettre de Thrasybule [189], 94 : « Laquelle de ces différentes traditions égyptiennes préférerai-je aux autres? Toutes allèguent des révélations expresses en leur faveur, toutes citent des livres dans lesquels elles prétendent qu'elles sont écrites, chacune prétend jouir du même privilège, à l'exclusion des autres. Mais, comme aucune ne peut prouver le" droit qu'elle s'attribue, je suis obligé d'en revenir à la raison dont on voulait m'em pêcher de me servir ».

' Première manifestation de cette curieuse svmpathie de Rousseau pour le judaïsme, dont on verra quelques pages plus lom, p. 167 et note 1, des témoignages significatifs.

* La plus conséquente, parce que, si l'on admet la possibilité d'une seconde révélation, il est plus conséquent d'admettre au -si la troisième.

qui ' les admet toutes paroit la plus conséquente. Celle qui en admet deux et ^ noa pas la troisième [peut 'bienj être la meilleure mais elle] a certainement '■'le piémier préjugé contre elle. L'inconséquence saute * aux \eux.

B i° 181 '" [Dans les trois révélations les livres sacrés sont écrits en des lanf^ues

inconnues aux peuples qui les suivent. Les Juifs n'entendent plus l'Hébreu, les chrétiens n'entendent ni l'Hébreu, ni le grec, les Turcs ■' ni les persans n'entendent point l'Arabe, et les Arabes modernes eux-mêmes (° n'entendent) plus la langue de Mahomet. Ne voilà-t-il pas une manière bien simple d'instruire les hommes i'' de leur parler toujours (dans) une langue qu'ils n'entendent point]. On traduit ces livres, dira-t-on, belle réponse! Qui me repondra que ces livres sont fidellement traduits, (et) qu'il est même possible qu'ils le soient. Et quand Dieu fait tant que de parler aux hommes, pourquoi faut-il qu'il ait besoin d'interprète?

Je ne concevrai jamais que ce [^ que] tout homme est obligé de savoir soit enfermé dans des livres et que celui qui n'est à portée ni de ces livres ni des gens qui les ont lus soit puni d'une ignorance involontaire. Toujours des livres ! Quelle manie. Parce que l'Europe est pleine de livres, les Européens les regardent comme indispensables, sans songer que [sur] les trois quarts de la terre on n'en a jamais vu. Tous les livres (» ne sont-)ils pas (l'ouvrage) des hommes? Comment donc l'homme en auroit-il besoin pour connoitre ses devoirs [et] quels moyens i" auroit-il de les connoitre avant que ces livres fussent faits? (Et maintenant que leurs contradictions et leur multitude lui laissent l'embarras du choix gue îera-t-il pour (être sur de bien

' B. en admet trois (par oit) est la plus moderne et paroit.

- B. rejette la troisième.

■' B. tous les préjugés contre.

■' B. « aux ».

'- M. et.

'■ [ne parlent].

' M. < de leur parler... n'entendent point >.

" (qu'on).

" [n'ont]-ils pas [été écrits par].

'" M. avoit-il.

peut bien èire la meilleure, mais elle a certainement tous les préjugés contr'elle : l'inconséquence - saute aux yeux.

Dans les trois révélations, les Livres sacrés sont écrits en des langues inconnues aux peuples qui les suivent. Les Juifs nentendent plus l'Hébreu, les Chrétiens nentendent ni l'Hébreu ni le Grec, les Turcs ni les Persans n'entendent point l'Arabe, & les Arabes modernes, euxmêmes, ne parlent plus la langue de .Mahomet. Xe voilà-t-il pas une manière bien simple d'instruire les hommes, de leur parler toujours une langue qu'ils n'entendent point? On traduit ces livres, dira-t-on ; belle réponse ! Qui m'assurera que ces livres sont fidellement traduits, qu'il est • même possible qu'ils le soient ^, & quand Dieu fait tant que de | parler [164] aux hommes, pourquoi faut-il qu'il ait besoin d'interprète?

Je ne concevrai jamais que ce que tout homme est obligé de savoir soit enfermé dans des livres, & que celui qui n'est à portée ni de ces livres, ni des gens qui les entendent, soit puni d'une ignorance involontaire. Toujours des livres! Quelle manie ^i Parce que l'Europe est pleine de livres, les Européens les regardent comme indispensables, sans songer que sur les trois quarts de la terre on n'en a jamais vu. Tous les livres n'ont-ils pas été écrits par des hommes? Comment donc l'homme en auroit-il besoin pour connoitre ses devoirs, & quels moyens avoit-il de les

' L'inconséquence d'admettre deux révélations et de rejeter la troisième.

' La Hontan avait déjà insisté sur cette incertitude des traductions, cf. Dialogues [io5], 6-7 [c'est un sauvage qui parle à un Européen : « L'invention de l'écriture n'a été trouvée, à ce que tu me dis un jour, que depuis trois mille ans, l'imprimerie depuis quatre ou cinq siècles ; comment donc s'assurer de tant d'événements divers

pendant plusieurs siècles? Si nous voyons de nos propres yeus des faussetés

imprimées et des choses différentes de ce qu'elles sont sur le papier [dans les livres écrits par les Jésuites sur son pays[. — comment veux-tu que je croie la sincérité de ces Bibles, écrites depuis tant de siècles, traduites de plusieurs langues par des ignorants, qui n'en auront pas conçu le véritable sens, ou par des menteurs, qui auront changé, augmenté ou diminué les paroles qui s'y trouvent aujourd'hui » ?

' Voici encore, dans ce défilé des vieilles objections vulgarisées par les déistes, une réflexion vraiment personnelle, et qui rejoint, pour l'accent, celle que j'ai déjà soulignée, p. 141 : « Que d'hommes entre Dieu et moi»! C'est au fond le même besoin d'indépendance absolue qui a dicté les deux cris; les livres sont, eux aussi, des

choisir ?)). ' Ou il apprendra ses devoirs de lui-même ou il est dispensé de les savoir].

F, f° 171 '■° f [Nos catholiques font grand bruit de l'autorité de l'Eglise

mais « que » (^ gagnez-vous) à cela s'il ^ faut f* tout] autant de travail et de preuves pour établir (^Dautorité ('■ de vôtre église) qu'C à nous) pour établir (** la vérité de nos sentimens). ^ La décision de l'Eglise n'est point une preuve que l'Eglise ait droit de décider. 1" Ainsi nous voila rejettes dans les mêmes discussions].

Connoissez-vous beaucoup de chrétiens qui aient pris la peine d'examiner "avec soin ce que ('-les Juifs) allegue(nt) contre le (" Christianisme). Si quelques uns en ont vu quelque chose c'est dans les livres des chrétiens. '* Belle manière de s'instruire ('^ des sentimens) de (""'nos) adversaires. "Mais comment faire. (18 On ne '" laisseroit pas imprimer) parmi nous des livres où l'on

' M. < Ou il apprendra... de les savoir >. '■* « gagnent » [ils].

■' [(leur)]. — B. leur.

•* B. (tout) un aussi grand appareil de preuves. '- [cette].

'• B. (même).

■ [aux autres sectes]. " [directement leur doctrine].

'■' B. L'Eglise décide que l'Eglise a droit.

'" B. Ne voilà-t-il pas une autorité bien prouvée ? Sortez de là, vous rentrez dans toutes nos discussions.

" B. [avec soin].

'- [le Judaïsme].

'■' [(leur doctrine) « eu.x »].

" B. (Belle) [Bonne].

'■' [des raisons].

"' [leurs].

" [Et]. — B. Mais.

" [Si (nous) quelqu'un osoit publier parmi]. " [(laissoit)].

1 Rousseau a songé un instant à reporter ce paragraphe quelques pages en arrière : cf., la note précédente.

connoître avant que ces livres fussent faits? Ou il apprendra ces devoirs de lui-même, ou il est dispensé de les savoir.

Nos Catholiques font grand bruit de l'autorité de l'Église; mais que ga-'gnent-iis à cela, s'il leur faut un aussi grand appareil de preuves pour [165] établir cette autorité, qu'aux autres sectes pour établir directement leur doctrine?-' L'Église décide que l'Église a droit de décider. Ne voilà-t-il pas une autorité bien prouvée? Sortez de-là, vous rentrez dans toutes nos discussions '.

Connoissez-vous beaucoup de Chrétiens qui aient pris la peine d'e.xaminer avec soin ce que le Judaïsme allègue contr'eux ? Si quelquesinstruments de servitude : « Que de livres entre Dieu et moi » ! semble-t-il dire ici. En outre, ce mouvement de mauvaise humeur contre les livres est bien dans Tesprit général de son svstème, et rattache la Profession à l'idéal des deux Discours, de la Lettre à D'.Membert, et du reste de VÈmiie : cf. la maxime du III' Livre, II, i55 : « Je hais les livres ». On verra, quelques pages plus loin, p. 175, Rousseau paraître un instant oublier ces principes, et revendiquer lui-même, pour les « sciences humaines », le droit d'exister. Notons que, dans la Réponse à M. Borde, il avait formellement excepté de son anathème contre les livres ceux qui contenaient la Révélation, I, 63 . « Enfin, pour quelque homme que ce soit, il n'y a de livres nécessaires que ceux de la Religion, les seuls que je n'ai jamais condamnés ». Et ici même, après avoir protesté contre « la manie des livres », et surtout des livres qui se disent sacrés, le Vicaire fera une exception pour l'Évangile, ce « livre à la fois si sublime et si simple » : cf., plus loin. p. 17g.

■ Cf. la seconde des Lettres de la Montagne, 111, i36 : « Qu'on me prouve aujourd'hui qu'en matière de foi je suis obligé de me soumettre aux décisions de quelqu'un, dès demain je me fais catholique ». — Celte petite parenthèse sur la théorie de 1' « autorité » dans le catholicisme — qui a d'abord été une note marginale de F — interrompt le mouvement général de la discussion. Rousseau s'en est d'ailleurs, rendu compte, puisqu'il a longtemps hésité sur la place à lui attribuer (Cf., dans B, les signes de renvoi, qu'il a plus tard eftacési, et que dans l'un des manuscrits (H) il a transporté ces quelques lignes en tète du débat sur les « trois principales religions de l'Europe ». — C'est vraisemblablement une riposte à Dom Calmet. En lisant la Dissertation sur les vrais et les faux miracles Ji8], I, 660, il put remarquer que Calmet se tirait du « diallèle » précisément par « l'autorité de l'Eglise » : « On répond qu'ici le principe sur lequel est fondé tout ce que nous disons, est que Dieu, étant la vérité même, ne peut nous induire en erreur, ni autoriser l'imposture et le mensonge par son approbation et par une suite de vrais miracles; qu'ayant promis l'infaillibilité à son Église, il ne peut manquer à sa promesse. Voilà le principe de notre raisonnement: principe incontestable et renfermé dans l'idée même que nous avons tous de la Divinité, comme d'un être infiniment parfait. Lors donc que, dans le doute de la vérité d'un miracle, ou dans le concours de deux faiseurs de miracles, je renvoie à l'examen de la doctrine ou à l'autorité de l'Église, je ne le fais qu'en conséquence du principe infaillible que l'on ne peut contester, qui est que Dieu ne

(1 prouveroit ou croiroit prouver) que Jésus Christ n'est pas ^ le

Messie (^ on * puniroit) !'[* auteur], * l'imprimeur, le libraire,

(nous crierions aux pieux blasphèmes). Cette "• police (^ peut

être fort pieuse mais elle me paroit ïort peu raisonnable) il (^ est

' [(voudroit) affirmeroit]. — B. (affirmeroit où l'on s'efforceroit de prouver que Jésus Christ n'est pas le Messie) [favoriseroit ouvertement le Judaisme] nous.

- [(Dieu)].

' [nous punirions].

* (croiroit).

'^ (éditeur).

" B. < l'imprimeur > l'Editeur.

' \{mot inachevé et illisible pieuse)].

" [est (surtout) [fort aisée] (et outre? fort) comode [car]]. — B. est (sure) comode et sûre pour avoir toujours raison. Il y a plaisir.

" [y a plaisir à].

uns en ont vu quelque chose, c'est dans les livres des Chrétiens. Bonne manière de s'instruire des raisons de leurs adversaires ! Mais comment faire? Si quelqu'un osoit publier parmi nous des livres où l'on favoriseroit ouvertement le Judaïsme, nous punirions l'Auteur, l'Éditeur, le

peut tromper, et que la décision de son Église est la décision de son Saini-Esprit. L'Église tire donc sa force de la parole de Jésus-Christ, Les miracles et la doctrine sont appuvés sur le même fondement. Ce n'est point là une pétition de principes; c'est un enchaînement de preuves et de principes, qui répondent l'un à l'autre, et qui se prêtent mutuellement de la force et de la lumière ». Sans doute, c'est seulement dans B, comme on l'a vu, que se trouve mentionnée la Disserlation de Calmet, et qu'apparaît pour la première fois le développement sur le rapport des miracles avec la doctrine. Mais, dans F déjà, Rousseau semble avoir lu les ouvrages de Calmet, comnle le montre la réflexion sur les vampires. Au reste, ce paragraphe sur l'autorité de l'Église, ayant été ajouté en marge de F, a pu être à peu près contemporain de la rédaction de B. Je crois donc probable que c'est la lecture de Calmet qui l'a suggéré. — Il est, d'ailleurs, possible que Morellet y ait aussi contribué. On verra plus loin, note 1 de la p. 176, que Rousseau, en rédigeant un paragraphe de B, utilisait l'article Foi que .Morellet avait écrit pour \' Encyclopédie. Or, dans ce même article, Morellet e.<posait les difiérents systèmes des théologiens catholiques sur l'autorité de l'Église, et montrait que certains d'entre eux aboutissaient à ce sophisme, que signale aussi Rousseau, de prouver l'autorité de l'Église par cette autorité même 224]. 10 a-b : « La dilfîculté en ceci vient de l'embarras qu'on éprouve à placer dans un ordre naturel et raisonnable deux motifs qui. dans la doctrine catholique, doivent entrer tous deux dans l'analyse de la foi. Ces deux motifs sont l'autorité de l'Écriture et celle de l'Église (la tradition peut être ici confondue avec l'autorité de l'Église, qui seule en

est dépositaire, et qui parle pour elle) Je crois tel dogme, parce qu'il est révélé. Je

crois qu'il est révélé, parce que la société religieuse, dans laquelle je vis, m'enseigne qu'il est révélé. Je crois à son enseignement, parce qu'elle est infaillible, parce qu'elle est l'Église de Jésus-Christ, et que l'Église de Jésus-Christ est infaillible. Je crois qu'elle est l'Église de Jésus-Christ, parce que les chefs, les pasteurs de cette Église ont succédé à ceux que Jésus-Christ même avait établis; et je crois que l'Église de Jésus-Christ est infaillible, parce que cette infaillibilité lui est promise et clairement contenue dans les Écritures proto-canoniques que tous les chrétiens reçoivent, et qui sont la parole de Dieu, soit dans une infinité d'endroits particuliers, soit dans toute l'histoire de l'établissement de la religion que racontent ces mêmes livres divins et inspirés. Je crois que les Écritures sont la parole de Dieu, sont divines et inspirées, parce que cette vérité est essentiellement liée avec cette autre, la religion chrétienne est émanée de Dieu. Je crois enfin que la religion chrétienne est émanée de Dieu, par tous les motifs de crédibilité qui me le persuadent. Cette méthode parait si simple et SI naturelle, qu'on pourra s'étonner de voir qu'elle n'est pas embrassée par tous les théologiens. Cependant un grand nombre d'entre eux, dans leurs disputes avec les protestants, ont été jetés dans une route diti'érente par le désir d'élever à un plus haut degré, s'il était possible, l'autorité de l'Église. Ils ont prétendu que le fidèle ne croyait la vérité et l'inspiration du corps même des Écritures des livres proto-canoniques, que par le motif de l'autorité infaillible de l'Église qui les adopte : d'où ils ont été obligés, dans l'ordre du raisonnement et dans l'analyse de la foi, tantôt à prouver l'autorité de l'Église par la révélation, en même temps qu'ils établissaient l'autorité de la révélation sur celle de l'Église, en quoi ils faisaient un cercle vicieu.x bien sensible, et que les protestants n'ont pas manqué de leur reprocher ;

372 REDACTIONS MANUSCRITES

bien aisé de) «■ ' réfuter » des gens (à) qui (^ l'on ne permet pas de parler *). f

Ceux d'entre ^ nous qui sont à portée de converser avec des Juifs ne sont guéres plus avancés. (* Les Juifs) se sentent à notre discrétion, la ■' barbare tirannie qu'on exerce '' sur eux les rend 'craintifs, ils savent «combien peu "nous coûtent les injustices,

B, F 182 ™ [* 10 Voici un fait C notoire) qui ('^ pourra servir de preuve), i' Dans le

i6« siècle les théologiens ("de Cologne) ayant condanné au feu tous les lisTcs des Juifs sans distinction. L'illustre et savant Reuchlhin consulté C'^la dessus s')attira de terribles (affaires) qui faillirent "'le perdre pour avoir osé opiner qu'on pouvoit conserver ceux de ces livres qui ne faisoient rien contre le christianisme et "qui traitioient de matières indifférentes '«. (Jugez comment (''^on s'instruit) [bien] des autres religions dans celle[s] ou l'on se conduit sur de « tels » [-" principes] ■")].

' [(briller en réfutant)].

- [n'osent (rien dire) parler]. — B. « qui n'osent » (rien direl parler [(qu'on empêche de parler)].

' I. (eux) nous qui.

* [(Ils)... « Les malheureux »].

* M. < barbare >.

^ B. envers. — M. contre.

' CTSLinùf (sic).

^ (en).

" B. l'injustice et la cruauté coûtent à la charité chrétienne, qu'oseront-iis. '" (Tous les livres des... Chacun... On sait les terribles affaires que s'attira... Le pauvre... L'illustre et savant Reuchlin [« consulté » à l'occasion de la suppression des livres des Juifs] pour avoir osé dire... distinguer entre les livres des Juifs). — I. Entre mille faits (en voici) connus en voici un qui. " [connu]. — M. < connu > qui.

'- [n'a pas besoin de commentaire].

'■' (Au commencement).

'* [catholiques].

'^ « sur » [cette affaire s'en].

"' M. (barré au crayon : à) le perdre. " M. < qui >.

" M. à la Religion.

'" [s'instruire].

-" (points DE vriE ?) -' (Veri mot inachevé).

t L'astérisque, comme la note qu'il amorce, manque dans F.

Libraire ^ *. Cette police est | commode & sûre pour avoir toujours [166] raison. Il v a plaisir à réfuter des gens qui n'osent parler.

Ceu.x d'entre nous qui sont à portée de converser avec des Juifs ne sont guère plus avancés. Les malheureux se sentent à notre discrétion ; la

* Entre mille faits connus, en voici un qui n'a pas besoin de commentaire. Dans le seizième siècle, les Théologiens catholiques ayant condamné au feu tous I les livres des Juifs, sans distinction-, l'illustre & savant Reuchlin consulté [166] sur cette affaire, s'en attira de terribles, qui faillirent le perdre, pour avoir seulement été d'avis qu'on pouvoit conserver ceux de ces livres qui ne faisoient rien contre le Christianisme, & qui trailoient de matières indifférentes à la religion '.

tantôt il n'établir le dogme capital de l'infaillible autorité de l'ICglise, que sur des motifs de crédibilité indépendants de la révélation, dans la crainte de tomber dans le sophisme qu'on leur reprochait : et tantôt enfin à prouver l'autorité de l'Église par l'autorité même de l'Église, ce qui est absolument insoutenable ».

' Cependant, si l'on ne peut citer, dans la librairie française du XVIH' siècle, des apologies « ouvertes », et surtout sincères, du judaïsme, il faut noter que la propagande déiste se dissimulait alors volontiers derrière de pseudo-sympathies judaïques. L'exemple le plus typique est fourni par les Lettres Juives, où le marquis d'.Argens démontre complaisamment que les plus intelligents des Parisiens sont des Juifs sans le savoir, et que le Judaïsme bien compris n'est qu'un déisme fort raisonnable: cf. IV' Lettre 'i5o'. 1, 40-41 : « Tout ce qu'on appelle ici [à Paris] esprit fort, gens de bel air, femme du monde, n'exercent la Religion nazaréenne que dans l'extérieur: au fond du cœur, il en est très peu qui en soient persuadés. Ils se contentent de croire un Dieu: plusieurs pensent que l'âme est immortelle; beaucoup d'autres, ainsi que les Saducéens, soutiennent qu'elle est sujette à la mort. Je regarde ces derniers comme des gens dans l'erreur; quant aux premiers, je ne sais si nous pouvons leur refuser le titre de Juifs. Ils croient un Dieu qui a créé l'Univers, qui récompense les bons et punit les méchants. Que croyons-nous davantage ? N'est-ce pas là toute notre religion, excepté quelques cérémonies que nos docteurs et nos prêtres nous ont ordonnées i"

Mais les cérémonies ne sont pas indispensablement nécessaires Si tu réfléchis à ce

que je te dis, tu ne pourras refuser de connaître ce nombre de Parisiens, dont je te parle, pour des Enfants d'Israël »; XXIX' Lettre, I. 3i2 : « Si un Israélite, dépouillant sa religion de l'extérieur, vient à la lui montrer toute nue [à un philosophe chinois], qu'il lui expose qu'il croit un Dieu, Esprit immense, éternel, et souverainement puissant, qui de rien a tout fait, qui soutient tout par sa volonté, qui punit le mauvais et récompense le bon; le philosophe alors, charmé de ces idées, étonné de la vérité dont il se sent frappé, reconnaît que le Juif croit et suit ce que la raison la plus épurée démontre évidemment »: dans la XXIV" Lettre. IV, i5, l'éloge enthousiaste de la religion juive : « Plus je considère ma religion, mon cher Isaac, plus je la trouve admirable et magnifique. L'n seul Dieu, créateur du ciel et de la terre ». etc. Cf. encore les textes cités dans les deux notes suivantes.

' Il est malaisé de savoir à qui Rousseau a emprunté ce fait. On ne le trouve ni dans Deslandes. Histoire critique de la philosophie [148], ni dans Saint-.\ubin, ni dans Bayle, oii l'on serait tenté de le chercher tout d'abord. Diderot raconte sommairement la mésaventure de Reuchlin dans l'article Pythagore de ['Encyclopédie [58], XVI, 532-533: mais l'article n'avait pas encore paru en 1762. A moins donc que Rousseau n'ait appris ces détails dans une conversation avec Diderot, je ne vois que deux

1 qu'oseront ils dire sans - nous faire crier au blasphème. (Pour peu qu') 5 ils (* soient) riches (Mis auront toujours) tort. (D'ailleurs) les plus sa\ans les plus éclairés sont "les plus circonspects, 'ils se sentent opprimés, ils se taisent. Vous ferez parler quelques [' misérables fripiers, (" quel guES malheureux "^ brocanteurs, etc.) [qui 1' céderont peut être pour vous flatter . \'ous triompherez de leur ignorance |ou de leur lâcheté] ('-les) docteurs Iriront en '-^ secret de vôtre ineptie '* maisj ne vous diront rien. ('^ Je doute) que] dans les lieux où ils se ("= croyenti plus en sûreté l'on (" ait) aussi bon marché d'eux. En Sorbonne il est clair comme le jour que les prédictions du Messie se raportent à Jésus Christ chez les Rabbins d'Amsterdam il (n')est ('* pas moins) clair qu'elles n'\- ont ('■' pas le moindre) raport. Je ne croirai jamais avoir bien entendu les raisons des Juifs qu'ils n'aient un état libre, des écoles, des universités ou ils puissent parler -" sans -' crainte; alors seulement nous pourrons savoir ce qu'ils --ont à dire.

' (pour (qu'eux) qu'ils).

- B. s'exposer à nous faire. — M. nous faire.

^ B. l'avidité nous donne du zèle ei ils sont trop riches.

** [sont trop].

' [pour n'avoir pas toujours'. — B. pour In'Javoir (jamais raison) [pas toujours tort].

" B. précisément.

' B. vous convertirez quelque misérable, pavé pour calomnier la secte; vous ferez parler. — M. pour calomnier sa secte: vous ferez parler.

« B. vils.

■' quels malheureux brocanteurs ^.sic^

'" (m ARCHANDS).

" B. (cédèrent! [céderont; pour vous Hâter.

'-' [leurs.] — B. tandis que leurs Docteurs [sou]riront.

" B. silence.

" B. < mais ne vous diront rien >. Mais crovez-vous que dans des.

'■' [Aurez ?-vous].

'" [croiroient]. — B. seniiroient en sûreté.

" [eut].

'" [tout aussi].

" [nul]. — ■ B. pas le moindre rapport.

^^ B. et disputer.

-' M. risque. — I. (crainte, sans sauf conduit) [risque].

-- M. auront.

tirannie [^) qu'on exerce envers eux les rend craintifs; ils savent combien peu l'injustice & la cruauté coûtent à la charité chrétienne : qu'oseront-ils dire sans s'exposer à nous faire crier au blasphème? L'avidité nous donne du zèle, & ils sont trop riches pour n'avoir pas tort. Les plus savans, les plus éclairés sont toujours les plus circonspects. Vous convertirez quelque misérable payé pour calomnier sa secte; vous fe-|rez [167] parler quelques vils frippiers, qui céderont pour vous flatter; vous triompherez de leur ignorance ou de leur lâcheté, tandis que leurs Docteurs souriront en silence de votre ineptie. .Mais croyez-vous que dans les lieux où ils se sentiroient en sûreté l'on eût aussi bon marché d'eux ? En Sorbone (*>), il est clair comme le jour que les prédictions du Messie se rapportent à Jesus-Christ. Chez les Rabbins d'Amsterdam, il est tout aussi clair qu'elles n'y ont pas le moindre rapport. Je ne croirai jamais avoir bien entendu les raisons des Juifs, qu'ils n'aient un Etat libre, des écoles, des universités, où ils puissent parler & disputer sans risque. Alors, seulement, nous pourrons savoir ce qu'ils ont à dire '.

t> » C, D : tyrannie.

( b ) C, D : Sorbonne.

ouvrages OÙ il aurait pu se renseigner; VHistoria critica philosophiœ de Jacob Brucker, que Diderot utilisait sans vergogne pour ses articles sur l'histoire de la philosophie, et qu'il avait peut-être recommandée à son ami : cf., dans la IIP Période. I, II, 4 [164], IV, Pars I. 366; et plus vraisemblablement V Histoire des Juifs de Basnage, oti toute l'aft'aire Reuchlin est racontée par deux fois, et très copieusement, III, vi, 17 et m, XXX, 12 [108], II, 721-722 et V, 2039-2061. Le récit de Basnage est tout-à-fait dans l'esprit de Rousseau; cf. sa conclusion, p. 2060 : « Le bon sens voulait qu'on raisonnât ainsi [comme l'avait fait Reuchlin] et qu'on étendit ce raisonnement à tous les livres qui étaient imprimés et publiés. Cependant on fit un crime à Reuchlin de parler ainsi, et les théologiens commencèrent à persécuter l'auteur de ce sentiment. Il suffisait de savoir alors un peu de grec pour être suspect, et d'entendre l'hébreu pour être convaincu d'hérésie ». ' J'ai déjà noté plus haut. p. 162, note 2. la sympathie secrète qui se laisse deviner chez Rousseau pour le judaïsme. Lefranc de Pompignan l'avait remarquée. Philosophie des incrédules [246], I, 348 : « A l'égard des Juifs, le Citoyen de Genève paraît, on ne sait pourquoi, avoir une prédilection singulière pour leur religion ». Il est certain que 1' « étonnant spectacle » des destinées juives avait plus d'une fois retenu la pensée de Rousseau. Dans un de ses cahiers de brouillons [6]. 8-g, je trouve sur la vitalité du peuple juif deux pages très curieuses, qui se terminent ainsi : « Tout homme, quel qu'il soit, y doit reconnaître une merveille unique, dont les causes divines ou humaines, méritent certainement l'étude et l'admiration des sages, préférablement à tout ce que la Grèce et Rome nous offrent d'admirable en fait d'institutions politiques, et d'établissements humains». Pourtant ce sont d'autres sentiments qui doivent expliquer ici cette « prédilection » de Jean-Jacques pour le credo juda'îque. Il y entre d'abord beaucoup de cette compassion naturelle chez lui pour tous les persécutés. L'Histoire des Juifs de Basnage qu'il a probablement lue (cf. la note précédentei lui offrait le récit très objectif, sur un ton tolérant et presque sympathique, de toutes les violences subies par les Juifs modernes. Elle lui expliquait sous l'empire de quelles craintes les conciles avaient

376 REDACTIONS MANUSCRITES

jo 171 vo II ^ constantinople les Turcs disent leurs raisons mais nous

n'osons dire les nôtres. [Là] c'est nôtre tour de ramper. Si les Turcs exigent de nous pour mahomet auquel nous ne cro^■ons point, le même respect que nous exigeons ' pour Jésus Christ |des Juifs] qui n'y croyent pas davantage; les Turcs ont-ils tort avons-nous raison. Sur quel principe - raisonable et juste résoudrons-nous cette question.

' (des Juifs). — I. (des J uiks).

- B. équitable résoudrons-nous. — M. équitable au gré d'un tiers résoudrons-nous. — I. équitable [(au gré d'un tiers)] résoudrons-nous.

A Constantinople, les Turcs disent leurs raisons, mais nous n'osons dire les nôtres; là, c'est notre tour de ramper. Si les Turcs exigent de nous pour ( .Mahomet, auquel nous ne croyons point, le même respect l168] que nous exigeons pour Jesus-Christ des Juifs qui n'y croyent pas davantage; les Turcs ont-ils tort, avons-nous raison? Sur quel principe équitable i^i résoudrons-nous cette question ?

(ai C : équitable au gré d un tiers, puis Rousseau a barré cette addition ; D : équitable.

interdit aux Juifs toute dispute avec les chrétiens; elle lui mettait enfin sous les veux une « Profession de foi des Juifs » en treize articles, qui n'étaient, à bien les regarder, sauf quatre où s'affirmaient encore leurs invincibles espérances, que les articles de foi du théisme : cf. [108], V, 1665-1667. 1697, III, 1-4. Cette affinité du théisme et du judaïsme avait été sentie par bien des « philosophes ». De là ce ton de courtoisie avec lequel plusieurs parlent de la « Religion d'Israël ». On en trouvera dans l'avant-dernière note quelques preuves typiques, empruntées aux Lettres Juives. Il y en a d'autres; cf. Pensées philologiques [188], 22 : « M. de Saumaise déclara, à l'article de la mort, à un ami qui lui demanda quels étaient ses sentiments dans ce dernier moment, que. si Dieu exigeait un culte, la Religion juive était la véritable ». Cf. encore dans Marie Huber, Le Monde fou ^140]. 119-126, l'histoire de deux Juifs, qui seraient tentés de se convertir, et que le Christianisme sous sa forme actuelle rebute. Pour les attirer, le Chrétien sincère essaie de leur expliquer « que le Christianisme n'est en substance que la Religion d'Abraham et de David renouvelée par Jésus: une religion dont la droiture et l'obéissance à la conscience sont la base ; dont tous les principes se réduisent à un dévouement sincère de la créature envers le Créateur »; mais le spectacle des divisions chrétiennes les décourage : « ils conser\'ent le nom de Juifs, et cachent sous cette apparence, si méprisable aux veux des chrétiens de nom. l'intérieur d'un véritable Chrétien ou la disposition qui en fait l'essentiel » ; et l'un des personnages du dialogue, à qui l'on conte l'histoire de ces deux Juifs, en tire la moralité suivante : « Je veux faire connaissance avec eux [les Juifs Joseph et Benjamin] : et tous Juifs qu'ils sont, je n'aurai point de honte de recevoir d'eux des leçons sur ce qui fait l'essence du Christianisme ». Il ne faut pas se méprendre sur ces sympathies juives; elles ne sont, semble-t-il, qu'une forme religieuse du déisme. Il est possible que Rousseau ait été séduit par ce qu'il crovait trouver d'ancien et de primitif dans la « Religion d'Abraham»; mais l'esprit même du judaïsme ne pouvait que le choquer; et l'on a vu plus haut que l'une des pages les plus agressives de la Profession (p. 149) était précisément dirigée contre le » Dieu des combats », le Dieu « jaloux » et « vengeur ». Si « la majesté des Écritures l'étonné » c'est « surtout la sainteté de l'Evangile » qui « parle à son cœur » : cf., plus loin, la variante de M au texte de la p. 179. Aussi ne serais-je point éloigné de penser que, dans cette apologie du judaïsme, il entre surtout le désir de riposter à Voltaire. Celui-ci avait publié en 1736, au t. Vil de ses Œuvres [de l'édition Cramer], dans les Mélanges de littérature, d'histoire, et de philosophie (IV Partie, chap. LX, pp. 1-181 une vingtaine de pages intitulées : Des Juifs, qui formèrent plus lard la Première Section de l'article Juifs dans le Dictionnaire philosophique. Il y disait 'ji], XIX, 5i8 et 52i : « Il résulte de ce tableau raccourci que les Hébreux ont presque toujours été ou errants, ou brigands, ou esclaves, ou séditieux ; ils sont encore vagabonds aujourd'hui sur la terre et en horreur aux hommes, assurant

que le ciel et la terre et tous les hommes ont été créés pour eux Vous ne uouverez

en eus qu'un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition, et à la plus invincible haine pour tous les

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