Attitude finale : Tolérance et conservatisme pratique
Voilà le scepticisme involontaire où je suis resté; mais ce scepticisme ne m'est nullement pénible, parce | qu'il ne s'étend pas aux [184] points essenciels à la pratique. & que je suis bien décidé sur les principes de tous mes devoirs '. Je sers Dieu dans la simplicité de mon
' Sur les « contradictions » des textes évangéliques, cf. Meslier [240), 3o7-3i2. Dumarsais [179 '"'=]. 14-26. Fré.'fit, [189], 121. etc.
' Voltaire [242], 280 : « Si tu ne comprends, rejette ». — Rousseau précise ce qu'il entend par le « doute respectueux », dont il a parlé plus haut, p. 179. C'est exactement l'attitude de Marie Huber. A plusieurs reprises, dans la Religion essentielle [\5i], III, 148, i55, IV, 116, elle recommande «la sobriété de l'esprit ». conseille de se résoudre à « ignorer ce qui nous passe et qui par conséquent n'est pas fait pour nous », et k « nous contenter de notre ignorance »; cf. surtout I, 81-82; elle y décrit l'état d'àme d'un homme de bon sens, qui ne repousse pas l'idée d'une révélation, et qui lit l'Écriture : « Il y trouve des faits dont il admet la possibilité, mais il est révolté contre une infinité de choses qui lui paraissent puériles, absurdes, contraires au sens commun et même visiblement injustes.... Quel parti prendre avec un tel homme ? Suis-je en droit d'exiger de lui de voir ce que ses yeux ne lui montrent
point? Rien ne serait plus injuste Tout ce que je suis en droit de lui demander,
c'est de suspendre son jugement sur les choses qu'il ne connaît pas, et c'est ce qu'il ne peut me refuser»; et encore 11, 191-192, où elle montre comment son principe de la bonne foi peut être « envisagé comme l'unique base de la foi ». « Ce principe, dit-elle, nous fait acquiescer à toute vérité d'une façon proportionnée à l'évidence qu'elle a pour nous. Il nous fait suspendre nos jugements sur ce qui n'i..st développé qu'à demi. Il nous conduit à respecter ce qui nous parait divin dans son origine, quoiqu'il ne nous soit pas possible d'en pénétrer le vrai sens ».
' Rousseau tient à distinguer ce « scepticisme », qui porte seulement sur des problèmes de spéculation théologique, du « scepticisme » qui s'attaquait aux « idées du juste, de l'honnête et de tous les devoirs de l'homme », scepticisme qu'il a déclaré intolérable; cf., plus haut, pp. 25-26 : « Comment, disait-il alors, peut-on être sceptique et de bonne foi? Cet état est inquiétant et pénible». Ce «scepticisme involontaire » ne l'est pas, « parce qu'il ne s'étend pas aux points essentiels à la pratique ». — Pour le fond. cf. Marie Huber, Religion essentielle [i5ij. V, 111 : «Toute spéculation, toute discussion d'opinion k part, je me contente d'acquiescer de bonne foi et pratiquement k tout ce qui peut m'être connu pour vrai, bon et juste, réglant mes jugements et ma conduite selon cela quant au jour présent ».
4l6 RÉDACTIONS MANUSCRITES
servir Dieu, ' je les crois toutes bonnes quand on -le sert ('sincère ment). * Le culte essentiel est celui du cœur. (Je ne crois pas que jamais le) Dieu (que j'adore) ■' en rejette " l'hommage quand il est sincère sous quelque l'orme qu'il lui soit offert. Appelle dans celle que je professe au ("ministère) de l'église 'j'en remplis les fonctions qui me sont confiées avec toute l'exactitude possible et ("avec toute la îoi qui dépend de moi). '" Après un long interdit [" vous savez que j'obtins par le crédit '^ oii iM. de Meliarede] la permission de reprendre mes fonctions (de prêtre) pour m'aider à vivre. Autrefois je ('^ célebrois) la messe avec la légèreté qu'on met ('^ assés volontiers même) aux choses les plus graves quand on les fait l'Mrop souvent]. « '"Depuis» mes nouveaux principes, je la célèbre avec plus de respect et de ("recueillement). Je me pénétre de la majesté de {^^ Dieu), de sa présence, ^'■' de l'insuf-
' je les crois crois (sic). — B. (je les crois toutes) et qui peuvent avoir leurs raisons dans le climat dans le gouvernement dans le génie du peuple, ou dans quelque autre cause locale qui rend l'Lme préférable à l'autre selon les Jlieux) [tems] et les (tems) [lieux]. Je les crois toutes bonnes.
- le[s]. — B. y sert Dieu.
' [convenablement].
■* i L'essentiel).
" [point].
' [service].
" I. j'y remplis [avec toute l'exactitude possible] les soins qui me sont prescrits.
' [aussi ponctuellement quand je suis seul que quand j'ai des témoins]. — B. < aussi ponctuellement... des témoins > ma conscience me reprocheroit d'y manquer (au moindre) [volontairement en quelque] point, .^près un long.
'" (Depuis).
" (j'ai été rendu à mes fonctions dei.
'- crédit M. de Meliarede (sic).
'^ [disois].
■* [a la longue].
" (profession).
'" [(Après une longue interruption)].
" [(venera tion et de) religion].
'" [l'être suprême].
'° M. de son pouvoir infini, de l'insuffisance.
cœur-. Je ne cherche à savoir que ce qui importe à ma conduite; quant aux dogmes qui n'inlluent ni sur les actions, ni sur la morale •', & dont tant de gens se tourmentent, je ne men mets nullement en peine *. Je regarde toutes les religions particulières comme autant d'institutions salutaires qui prescrivent dans chaque pays une manière uniforme d'honorer Dieu par un culte public; & qui peuvent toutes avoir leurs raisons dans le climat, dans le gouvernement, dans le génie du peuple, ou dans quelqu'autre cause locale qui rend l'une préférable à l'autre, selon les tems & les lieux =. Je les crois toutes bonnes quand on y sert Dieu
' Murait, Lettres fanatiques [i56J, 11, i33 : « L'homme qui y est de bonne toi [dans la Religion naturelle] dans la simplicité de son cœur, fait bien de la respecter et de s'y tenir ».
' Cf. la 1"" des Lettres de la Montagne, III, 123 : « Je distingue dans la religion deux parties, outre la forme du culte qui n'est qu'un cérémonial. Ces deu.x parties sont le dogme et la morale. Je divise les dogmes encore en deux parties : savoir, celle qui, posant les principes de nos devoirs, sert de base à la morale, et celle qui, purement de foi, ne contient que des dogmes spéculatifs ».
' On trouvera le même état d'esprit, s'alliant avec une profession de foi très orthodoxe, dans un sermon du Docteur Sharp, que j'ai déjà cité, note i de la p. i5o, et que Clarke avait inséré dans son Traité de l'existence de Dieu, 11, 17 [i25], 111. 122- 123: «Vous ne trouverez dans la Religion chrétienne aucun dogme qui tende à flatter la vaine curiosité de l'homme, et à l'amuser par des spéculations subtiles
et infructueuses Ses dogmes ont une liaison intime et un rapport immédiat avec
la pratique, et ce sont les vrais principes et les fondements solides sur lesquels tout ce qu'il y a de vertu, soit humaine, soit divine, doit être naturellement appuyé et bâti ». Cf. encore Leclerc, Sentiments de quelques théologiens, III [94], 38-42 : « Il ne peut rien y avoir d'absolument nécessaire dans la Religion que les choses sans lesquelles il n'est pas possible de connaître ce bonheur [le souverain bonheur auquel nous aspirons naturellement] ou d'y parvenir; car il est visible que. cela étant l'unique but de la Religion, on a sujet d'être satisfait de la Religion, si elle nous apprend ces deux choses, et qu'on n'en doit pas demander davantage, pourvu qu'elle nous fournisse là-dessus des lumières assez claires pour les faire connaître à tout le monde. Il semble que personne ne peut contester ces vérités. Si on trouve donc dans l'Écriture tout ce qu'il faut savoir pour connaître notre véritable bonheur, pour y parvenir, on sera contraint d'avouer que la providence de
Dieu nous a laissé dans l'Écriture sainte tout ce qui est essentiel à la Religion Cela
étant ainsi, on voudrait bien que M. S'imon] montrât qu'il y a des dogmes, sans lesquels on ne peut pas parvenir au salut, qui ne soient pas compris dans le nombre de ceux dont on vient de parler. Car enfin il semble que, si l'on sait qu'il y a un bonheur éternel après la mort; si l'on sait qu'il faut se confier en Dieu et obéir à ses commandements, qui sont extrêmement clairs; si l'on sait de Dieu tout ce qu'il en faut savoir pour se confier en lui et pour lui obéir; il semble, dis-je, qu'il n'en faut pas davantage pour être sauvé, si l'on règle sa vie selon les connaissances que l'on a de Dieu et de sa volonté ».
' Cette formule est d'un lecteur de Montesquieu. « On sent, je crois, a dit Rousseau dans les Confessions, VIII, 43, qu'avoir de la religion pour un enfant, et même pour un homme, c'est suivre celle où il est né».
4l8 RÉDACTIONS MANUSCRITES
fisance de l'esprit humain ' qui - conçoit si peu ce qui se raporte à f° 173 ™ (■■'ce grand être). En songeant |1 que je lui •* présente les vœux du peuple sous une forme prescritte, je (^ m'efforce de remplir) avec ('■ attention) tous les rites. Je ('prononce) ^attentivement (les mots), " je (n'obmets '" pas) la moindre cérémonie. (['• Quand même je serois tout seul je n' [approche de la consécration '' qu'avec un saint effroi) je ('-'concentre toutes mes '^ pensées) "*pour la faire avec toutes les dispositions qu''" exige l'Eglise, je tâche d'anéantir ma raison ("sous '^'infinie '-'puissance), je me dis qui [-''es] tu pour (-^ juger du pouvoir de Dieu). Je prononce avec -'crainte et tremblement les mots (-^ redoutables) [^^ et je donne à leur effet toute la foi] qui dépend de moi. Quoiqu'il en soit de ce mistére inconcevable
' (si peu capable).
^ M. [conçoit si peu ce qui].
' [(cet être infini) lui]. — B. son auteur.
* B. porte.
^ [remplis]. — I. (remplis) [suis].
' [soin].
' [lis et recite]. — B. < lis et > récite.
" (av Ec).
" [je m'applique à n'obmettre].
'" [jamais ni le moindre mot ni].
" (Quand je suis) [(j'approche) quand j'approche du moment de la consécration].
'^ (je n'a pproche).
" [me recueille].
'* [(facultés)].
'^ B. [pour la faire].
"' M. é.xigent l'Eglise et la grandeur du sacrement. — ■ I. e.xige[nt] l'Eglise [et la grandeur du sacrement].
" [devant son auteur]. — B. devant [la suprême] intelligence.
'" [(la puissance divine)].
'^ [(et mister ieuse)].
™ es(t).
"' [mesurer la puissance Divine].
"- B. vénération les mots sacramentaux.
^' [sacramentaux].
-' (des cet instant je m'efforce et quoiqu'il en soit [j'y apporte]). —
M. < et > je donne.
convenablement : le culte essenciel est celui du coeur *. Dieu n'en | rejette [185] point l'hommai^e, quand il est sincère, sous quelque forme qu'il lui soit offert. Appelle dans celle que je professe au service de rÉi^lise, j'y remplis, avec toute l'exactitude possible, les soins qui me sont prescrits, & ma conscience me reprocheroit d'y manquer volontairement en quelque point. Après un long interd t, vous savez que j'obtins, par le crédit de M. de Mellarede '. la permission de reprendre mes fonctions pour m'aider à vivre. Autrefois je di^ois la .Messe avec la légèreté qu'on met à la longue aux choses les plus graves quand on les fait trop souvent. Depuis mes nouveaux principes, je la célèbre avec plus de vénération ^ : je me pénètre de la majesté de l'Etre suprême, de sa présence, de l'insuffisance de l'esprit humain qui conçoit si peu ce qui se rapporte à son Auteur. En songeant que je lui porte les vœux du peuple sous une forme [prescrite, je suis avec soin tous les Rites; je récite attentivement : je [186] m'applique à n'omettre jamais ni le moindre mot, ni la moindre cérémonie ; quand j'approche du moment de la consécration, je me recueille pour la faire avec toutes les dispositions qu'exige l'Église & la grandeur du sacrement i; je tâche d'anéantir ma raison devant la suprême intelligence-; je me dis, qui est-tu, pour mesurer la puissance infinie? Je prononce avec respect les mots sacramentaux, & je donne à leur eff^t toute la foi qui dépend de moi. Quoiqu'il en soit de ce mistere(^; inconcevable, je ne crains pas qu'au jour du jugement je sois puni pour l'avoir jamais profané dans mon cœur^.
I») C, D : myslere.
" Cf.. plus haut, p. i34 : « Le culte que Dieu demande est celui du cœur ».
' Le Vicaire savoyard se confond ici avec l'abbé Gaime, puisque, d'après les Confessions, VIII, 63, c'est en ellet chez le comte de Mellarede qu il avait été précepteur. Cf., plus haut. pp. 5-6, dans le Prologue de la Profession : « Des protecteurs
le pi icèrent chez un ministre pour élever son (ils Il ne resta point longtemps chez
celui-ci; en le quittant, il ne perdit point son estime ».
' Voltaire [242], 280 : « Ridicule, car tu ne crois pas à ta messe ».
• Voltaire [242], 280 : « Impertinent ».
' Après une petite crise de rationalisme, dont j'ai noté les principales manifestations, Rousseau revient à l'état d'esprit qui s'était si complaisamment montré dans la Première Partie de la Profession : défiance de la raison, respect et soumission d'esprit devant le mystère qui nous dépasse : cf., plus haut, p. 96 : « Le plus digne usage de ma raison est de s'anéantir devant toi ».
• Pour mieux comprendre la sincérité de cet étal d'esprit si paradoxal, et, en apparence, si hypocrite, on peut relire les conseils de Rousseau à l'abbé de fCarondeletJ (cf., ap. 12 B et 14, les originaux de cette correspondance); par exemple, Lettre du 6 Janvier 1764, XI, m : «Votre délicatesse sur létat ecclésiastique est sublime ou
420 REDACTIONS MANUSCRITES
je ne crains pas qu'au jour du jugement ' Dieu me punisse de l'avoir [^ jamais] profané dans mon cœur.
Honoré du ministère ^ sacré, quoi que dans le dernier rang je ne ferai ni ne dirai ^ jamais rien qui me rende indigne d'en remplir les ^ augustes devoirs. (Mon bon ami), je prêcherai toujours la \erlu aux hommes, je les exhorterai toujours à bien faire, et tant que je pourrai je leur en donnerai l'exemple. Il ne tiendra pas à moi de leur rendre la religion aimable, C^ et) d'affermir 'toujours leur foi dans les [^dogmes] vraiment utiles et que tout homme '■' raisonable '" est obligé de croire. Mais à Dieu ne plaise ("qu'ils apprennent jamais de moi) le dogme cruel de l'intolérance, que jamais je les porte à détester leur prochain fa dire à d'autres hommes vous ('^étes) dannésj, (^^que jamais je leur dise) hors de l'Eglise point de salut *j.('* Il pourroit m'en arriver) « tost ou
B i° 194 ™ * C' Il 6st « bien entendu » que) "> le devoir de suivre et d'aimer la
religion de son pa\s ne s'étend pas jusqu'aux dogmes contraires à la bonne morale tel que celui de l'intolérance (même theologique) car il est bien évident que ce dogme horrible (et ridicule) " arme les hommes les uns contre les autres et les rend tous ennemis du genre humain\ La distinction entre
' B. je sois puni pour l'avoir.
- M. [jamais] prophané.
■* [de).
' M. I rien) jamais rien.
■■' M. sublimes. — I. (augustes) [sublimes],
" [il ne tiendra pas à moi].
' B. < toujours >.
* (choses).
' B. < raisonnable >.
'» et (sic).
" [que jamais je leur prêche].
'' [serez].
" [à dire].
" [Si j'étois (plus) dans un rang plus remarquable celte reserve m'attireroil B. cette reserve pourroit m'attirer des affaires. •^ [(On)].
"^ M. < Le devoir de suivre... ennemis de Dieu >. " (en).
t L'astérisque, comme la note qu'il amorce, manque dans F.
Honoré du ministère sacré, quoique dans le dernier rang, je ne ferai, ni ne dirai jamais rien qui me rende indigne d'en remplir les sublimes devoirs. Je prêcherai toujours la vertu | aux hommes, je les exhorterai ^187] toujours à bien faire'; & tant que je pourrai, je leur en donnerai l'exemple. 11 ne tiendra pas à moi de leur rendre la religion aimable;
puérile, selon le degré de vertu que vous avez atteint. Cette délicatesse est sans doute un devoir pour qu conque remplit tous les autres ; et qui n'est fau.x ni menteur en rien de ce monde ne doit pas l'être même en cela. Mais je ne connais que Socrate et vous à qui la raison put passer un tel scrupule; car à nous autres hommes vulgairo, il serait impertinent et vain d'en o.ser avoir un pareil. Il n'y a p.is un de nous qui ne s'écarte de la vérité cent fois le jour dans le commerce des hommes, en choses claires, importantes, et souvent préjudiciables; et. dans un point de pure spéculation, dans lequel nul ne voit ce qui est vrai ou faux, et qui n'importe ni à Dieu ni aux hommes, nous nous ferions un crime de condescendre aux préjugés de nos frères, et de dire oui oij nul n'est en droit de dire non! Je vous avoue qu'un homme qui. d'ailleurs n'étant pas un saint, s'aviserait tout de bon d'un scrupule que l'abbé de Saint-Pierre et Fénelon n'ont pas eu, me deviendrait par cela seul très suspect. Quoi ! dirais -je en moi-même, cet homme refuse d'embrasser le noble métier d'officier de morale, un état dans lequel il peut, être le guide et le bienfaiteur des hommes, dans lequel il peut les instruire, les soulager, les consoler, les protéger, leur servir d'exemple, et cela pour quelques énigmes auxquelles ni lui ni nous n'entendons rien, et qu'il n'avait qu'à prendre et donner pour ce qu'elles valent, en ramenant sans bruit le Christianisme à son véritable objet! Non, conclurais-je, cet homme ment, il nous trompe; sa fausse vertu n'est point active, elle n'est que de pure ostentation ; il faut être un hypocrite soi-même pour oser taxer d'hypocrisie détestable ce qui n'est au fond qu'un formulaire indifférent en lui-même, mais consacré par les lois. Sondez bien votre cœur, .Monsieur, je vous en conjure : si vous y trouvez cette raison telle que vous me la donnez, elle doit vous déterminer, et je vous admire. Mais souvenez-vous bien qu'alors, si vous n'êtes le plus digne des hommes, vous aurez été le plus fou ». .Même attitude et mêmes conseils dans sa Lettre au même abbé de [Carondelet]. du 11 Novembre 176^. XI, 172-173. — On peut se rappeler aussi ce passage de Y Histoire des variations^ VU. 109 [95], XIV, Sig, où Bossuet refuse à Burnet de reconnaître l'historien du Concile de Trente, Fra Paolo, pour une autorité catholique : .M. Burnet, écrit-il. nous le représente comme un homme « qu se voyait dans une Église corrompue et dans une communion idolâtre, où il ne laissait pas de demeurer, qui écoutait les confessions, qui disait la messe, et adoucissait les reproches de sa conscience en omettant une grande partie du canon, et en gardant le silence dans les parties de l'office qui étaient
contre sa conscience; protestant sous un froc, qui disait la messe sans y croire,
et qui demeurait dans une Église dont le culte lui paraissait une idolâtrie ». Ce rapprochement, qui avait été déjà fait par Lefrancde Pompignan [246]. I, 2o5, est. du reste, tout superliciel. On voit que le catholicisme du Vicaire est encore plus accommodant et infiniment moins dogmatique que celui de Fra Paolo. Cf. encore les prêtres Giovannites de Denis Vairasse, Sévarambes [87]. IV, 322-326, qui ne croient ni la Trinité, ni la divinité de Jésus-Christ, ni la présence réelle, et « néanmoins célèbrent la messe à peu près de la même manière que nous ». ' Voltaire '2^2'. 280 : «c Bon, cela ».
tard» des affaires, mais je suis trop ('pauvre) pour avoir = grand chose à craindre el je ne puis guère (' être pis) que je ne suis. (Mais) quoi qu'il arrive, je ne blasphémerai (' jamais) ' contre la justice divine et ne mentirai point contre le Saint Esprit. J'ai longtems ambitionné l'honneur d'ère curé, ^ et je l'ambitionne encore mais je ne l'espère plus. Mon bon ami (" il est) si beau ^d'être curé, un [bon] curé est un ('magistrat ^^ de bienfaisance, "il) n'a jamais de mal a faire ('-et) s'il ne peut pas toujours faire le bien [par lui-même] il est toujours à sa place quand il le sollicite, et sou\ent il l'obtient quand il sait se faire respecter. O si jamais
'Tin tolérance theologiaue et l'intolérance civile est puérile et vaine. Ces deux intolérances ("se confondront toujours). Des an^es eux-mêmes ne vi\roient pas en paix ;i\ec des hoinnics qu'ils rcarderoient comme \\es] ennemis de Dieu. (Il y a des ■'■pays en Allemagne et même encore '"en Suisse ou les catholiques vivent si paisiblement avec les prolestants qu'Us font les deux services dans la même Eglise et que le ministre et le curé ' ' se traittent] de frère. Par tout ou les cathohques souffrent les protestants, c'est ou parce que les premiers sont les plus îoibles, "^ comme en plusieius états de l'Allemagne, ou parce que leur bon naturel l'emporte sur leurs principes comme dans les cantons mi-partis de la Suisse).
' [petit].
- B. (grand chose) [beaucoup].
' [tomber plus bas].
* [point].
' M. < contre >.
* B. < et >.
' [je ne trouve rien de].
' B. que.
' [ministre de bonté comme un magistrat est un ministre de justice] B. comme un [bon] magistrat. — I. un ministre de ijusiice; bonté comme un. '" (pour faire).
" [un curé].
" ilquei].
'^ I. (l'in) [la] tolérance civile et la tolérance theologique. " [soni inséparables (le seront?)].
" [(endroits)].
" [(d..ns la)].
" (vivent).
'" (ou).
il ne tiendra pas à moi d'affermir leur foi dans les dogmes vraiment
utiles. & que tout homme est obligé de croire : mais à Dieu ne plaise
que jamais je leur prêche le dogme ^ cruel de l'intolérance, que jamais
je les porte à détester leur prochain, à dire à d'autres hommes, vous
serez damnés (^) * ^. Si j'étois dans un rang plus remarquable, cette
réserve pourroit m'attirer des atïaires ; mais je suis | trop petit pour [188]
avoir beaucoup à craindre, & je ne puis guère tomber plus bas que je
* Le devoir de suivre & d'aimer la religion de son pays ne s'étend pas jusqu'aux dogmes contraires à la bonne morale, tels que celui de l'intolérance. C'est ce dogme horrible qui arme les hommes les uns contre les autres, & les rend tous ennemis du genre humain. La distinction entre la tolérance civile & la tolérance théologique, est puérile & vaine*. Ces deux tolérances sont inséparables, & l'on ne peut admettre l'une sans l'autre. Des Anges mêmes ne vivroient pas en paix avec des hommes qu'ils regarderoient comme les
ennemis de Dieu ^.
C, D : à (lire : hors de l'Eglise point de salut.
' L'intolérance est rangée par Rousseau, Contrat social, 111, 388. D;irmi « les dogmes négatifs ».
" Tout ce passage rejoint le dernier ch:ipitre du Contrat Social, 111, 38g : « Maintenant qu'il n'y a plus et qu'il ne peut plus y avoir de religion nationale exclusive, on doit tolérer toutes celles qui tolèrent les autres, autant que leurs dogmes n'ont rien de contraire aux devoirs du citoyen. Mais quiconque ose dire : Hors de l'Eglise point de salut, doit être chassé de l'État, a moins que l'État ne soit l'Église, et que le prince ne soit le pontife. Un tel dogme n'est bon que dans un gouvernement théocratique ; dans tout autre il est pernicieux».
* « J'entends dire sans cesse qu'il faut admettre la tolérance civile, non la théologique », dit Rousseau dans sa Lettre à M. de BeaumonI, 111, 94. Les casuistes catholiques n'étaient pas seuls à penser ainsi. Vernet, lui aussi. Instruction chrétienne [2 13], IV, 24, « a soin, en traitant du gouvernement de l'Église, de distinguer la tolérance civile et la tolérance ecclésiastique ». C'est cette distinction que Rousseau avait déjà repoussée dans le Contrat, \\l, 382 : «l'intolérance théologique et civile, qui naturellement est la même »; 388-389 : « Ceux qui distinguent l'intolérance civile et l'intolérance théologique se trompent, à mon avis. Ces deux intolérances sont inséparables. Il est impossible de vivre en paix avec des gens qu'on croit damnés ; les aimer serait ha'ir Dieu, qui les punit : il faut absolument qu'on les ramène ou qu'on les tourmente. Partout où l'intolérance théologique est admise, il est impossible qu'elle n'ait pas quelque effet civil; et sitôt qu'elle en a. le souverain n'est plus souverain, même au temporel : dès lors les prêtres sont les vrais maitres ; les rois ne sont que leurs officiers ». 11 avait dit avec encore plus de précision dans une première rédaction du Contrat [32], 299 : « L'intolérance n'est donc pas dans ce dogme : il faut contraindre et punir les incrédules : elle est dans cet autre : hors de l'Eglise, point de salut. Quiconque donne aussi libéralement son frère au diable dans l'autre monde ne se fera jamais grand scrupule de le tourmenter dans celui-ci ».
'• D'Holbach, Système social, III [249 '''*], 3i : « Comment un dévot, s'il est conséquent à ses principes, pourrait-il aimer, estimer, fréquenter celui qu'il croit l'ennemi de son Dieu » ?
424 REDACTIONS MANUSCRITES
dans nos montagnes j'avois quelque pau\Te cure de bonnes gens à (' gouverner) - que ^je] serois heureux car il me semble que je ferois le bonheur de (<* ma paroisse) * je ne les rendrois pas ^puissants et riches mais je partagerois leur pauvreté, j'en ôterois (de tout mon pouvoir) la flétrissure et le mépris ('' qui la rendent) plus insupportable [que les besoins]. Je leur ferois aimer la concorde et l'égalité 'qui sont de si grandes ressources contre la misère. Quand ils verroient que (volontairement) je ne serois en rien mieux qu'eux et que pourtant je \ivrois content ils * tipprendroient || à ^ s'accomoder de leur '"fortune et à vi\Te contens comme moi. Dans mes instructions je m'attacherois moins à l'esprit de l'Eglise qu'à celui de l'Evangile ou le dogme est simple et (ou)! la morale [(est) I sublime [ou l'on voit peu de pratiques religieuses et ''beaucoup d'œu\re s de charitÉ|. Avant de leur enseigner ce qu'il faut faire |e ('-' tâcherois) toujours de '-Me pratiquer afin qu'ils vissent bien que tout ce que je '^ leur dis je le pense. Si j'avois des protestans dans mon voisinage ou dans ma paroisse je ne les distinguerois point de mes \Tais paroissiens ('■'dans) tout ce qui tient à la charité chrétienne, je les porterois tous également à s'entr'aimer à se regarder comme frères, à respecter toutes les religions et à visre en paix chacun dans la sienne. Je pense que solliciter quelqu'un de quitter celle où il est né '* c'est le solliciter
' [desservir].
- B. < que >.
■' [mes paroissiens]. — M. (ma paroisse 1 [mes paroissiens].
'' (ce n'est pas tant la misère que).
^ B. < puissants et >.
'■ [/deux mots illisibles et... par lesquels elle est b ieni cent fois].
' I.'qui chassent (bientôtl [souvent] la misère.
" B. (s'acomoder) [se consoler].
'" B. sort.
" beaucoup d'oeuvre de charités (sic).
'- [m'efforceroisj.
" B. (leur).
" M. [leur\ —I. [leur].
'■'• [enj.
"' B. (c'est le solliciter quelqu'un de quiter celle où il est né sic) c'est le solliciter à mal faire.
ne suis. Quoiqu'il arrive, je ne blasphémerai point contre la justice Divine, & ne mentirai point contre le Saint-Esprit '.
J'ai long-tems ambitionné l'honneur d'être Curé ; je l'ambitionne encore, mais je ne l'espère plus-. Mon bon ami. je ne trouve rien de si beau que d'être Curé *. Un bon Curé est un Ministre de bonté,
' Voltaire i242j, 280 : « Que veu.x-tu dire »? La formule de Rousseau est, en eflet. sinon obscure, du moins un peu insolite. Le « péché contre le Saint-Esprit ». dont il est parlé dans l'Évangile. Marc, III, 28, Sfallh.. .KM, 3i. Luc, XII. 10, et dont les grands théologiens scolastiques' avaient savamment discuté (cf., par exemple, S' Thomas, Secunda Secundae, Quaestio IV, art. iv, « De blasphemia in Spiritum sanctum » 'j2\ m, 162-1701, avait attiré tout particulièremeut l'attention de l'exégèse protestante : celle-ci avait apporté à cet examen ses tendances d'individualisme religieux, et avait vu surtout dans « le péché contre le Saint-Esprit » le refus d'une conscience à l'appel divin : « Celui-là. dit Calvin, Inslitulion chrétienne, III, m. 22 [74I, 496, pèche contre le Saint-Esprit, lequel étant tellement touché de la lumière de la vérité de Dieu, qu'il ne peut prétendre ignorance, néanmoins résiste de malice délibérée, seulement pour y résister ». Cf. encore Pictet, Théologie chrétienne, VI. 12 [103 '>'*', I. 3o2-3o4 : « Le péché contre le Saint-Esprit est une réjection malicieuse et un entier reniement, s'il est permis de parler ainsi, des vérités de l'Évangile, qui étaient connues, accompagné de mépris et de haine, le plus souvent de persécution, mais toujours joint avec une impénitence finale ». D'où le conseil pratique de vie intérieure que donnait Pictet : « II faut particulièrement se garder de pécher contre sa conscience et de résister aux lumières qu'elle nous donne de notre devoir ». De même. Le Spectateur '1 17:. VI, 53 : « Nous devons mettre tout en œuvre pour ne pas contrister son Saint-Esprit ». Dans son petit opuscule Du Saint-Esprit bo], 145, Abauzit avait commenté le passage des Actes, v, 3, où il est défendu de » mentir au .Saint-Esprit», et il avait essayé démontrer par le contexte que cette formule équivalait à « mentir à Dieu ». Et de fait, c'est ainsi que Rousseau l'entendait : Dans un passage des Confessions, VIII. 43, parlant de son abjuration, il dit : « j'allais au fond de mon cœur mentir au Saint-Esprit»; la Première Rédaction [38". 89, porte simplement : « j'allais au fond de mon cœur mentir 3 Dieu ». .Mais, dans aucun de ces textes, on ne trouve la formule « mentir contre le Saint-Esprit ». Les évangiles de Marc et Luc disent : « blasphémer contre », celui de .Matthieu, < parler contre», les Actes, « mentir au Saint-Esprit ». Rousseau a, en quelque sorte, contaminé ces différentes expressions, le « contre » ayant été amené sans doute par le voisinage de « blasphémer » : et la formule qu'il a créée se trouve finalement équivaloir à celle-ci : « Je ne mentirai point, en me refusant à l'inspiration du Saint-Esprit, c'est-à-dire de Dieu, de ma conscience ». En tout cas l'intérêt de cette phrase est de montrer combien la phraséologie protestante était restée familière à Rousseau.
' Cf. dans le Prologue de la Profession, p. 6 : « Comme il vivait sagement et se faisait aimer de. tout le monde, il se flattait de rentrer en grâce auprès de son évêque, et d'en obtenir quelque petite cure dans les montagnes, pour y passer le reste de ses jours : tel était le dernier terme de son ambition ».
' Rousseau avait exprimé les mêmes idées, sous une forme plus vive, dans ses Conseils à un curé, lettre réelle ou plutôt fictive — le titre est de Rousseau — , qui date vraisemblablement de 1751 ou 17^2 : cf. Jansen '28], 9. Il disait (je donne le texte définitif du brouillon [2], C S^»-"! : « Enfin, mon cher abbé, vous voilà curé: je m'en réiouis de tout mon cœur .Malgré mon mépris pour tous
à mal faire, et par conséquent faire mal soi-même. > En attendant 2 de plus grandes lumières gardons l'ordre ^ public; dans tout pays honorons les loix, ne troublons point le culte qu'elles prescrivent, ne portons point les cito^'ens à la désobéissance, car nous ne savons point ^ très certainement si c'est un bien [pour eux] de quitter «* leurs» opinions pour (x^les nôtres») et nous savons très certainement que c'est un mal de désobéir aux loix. f
' B. [(les missionnaires de doctrine ne sont à mon gré que des perturbateurs du repos public)].
= M. (l'ordre). ' B. public [prescrit].
♦ I. (très).
' [(ses)].
* [d'autres].
■f La fin de ce paragraphe devait d'abord faire partie de /'Emile proprement dit: car. au /<> iy4"°. on lit ce inorceau d'attente, qui a été rédigé avant la dernière page de la Profession, où. il se trouve maintenant encastré : car dans l'institution de la nature on ne peut enseigner que la Religion naturelle. Et si vôtre élève en doit avoir un autre c'est à lui seul de la choisir. Mais quelque choix qu'il puisse faire, ce (qui est conforme) qu'il faut apprendre et à vôtre eléve et s'il se peut à tous les hommes c'est à respecter toutes les religions et à vivre en paix chacun dans la sienne. Je pense que solliciter quelqu'un de quitter celle où il est né c'est le solliciter à mal faire et par conséquent faire mal soi-même. En attendant de plus grandes lumières gardons l'ordre public: dans tout pavs honorons les loix ne troublons point le culte qu'elles ont prescrit, ne portons point les Citojens à la désobéissance, car nous ne savons point très certainement si c'est un bien pour eux de quiter leurs opinions pour les nôtres et nous savons très certainement que c'est un mal de désobéir aux loix.
comme un bon Mat^istrat est un Ministre de justice. Un Curé n'a jamais de mal à faire ; s'il ne peut pas toujours faire le bien par lui-même, il est toujours à sa place quand il le sollicite, & souvent il l'obtient quand il sait se faire respecter. O si jamais dans nos montagnes j'avois quelque Cure de bonnes gens à desservir, je serois heureux; car il me semble que je ferois le bonheur de mes paroissiens ! Je ne les rendrois pas ri- | ches, mais je partagerois leur pauvreté ; j'en ôterois [189] la flétrissure & le mépris plus insupportable que l'indigence. Je leur ferois aimer la concorde et l'égalité qui chassent souvent la misère & la font toujours supporter. Quand ils verroient que je ne serois en rien mieux qu'eux, & que pourtant je vivrois content, ils apprendroient à se consoler de leur sort, & à vivre coniens comme moi. Dans mes instructions je m'attachcrois moins à l'esprit de l'Eglise, qu'à l'esprit de l'Évangile, où le dogme est simple & la morale sublime, où l'on voit peu de pratiques religieuses, & beaucoup d'œuvres de charité. Avant de leur enseigner ce qu'il faut taire, je m'efforcerois toujours de le pratiquer, afin qu'ils vissent bien que tout ce que je leur dis, je le pense. Si j'avois des Protestans dans mon voisinage ou dans ma paroisse, je ne les distin-
les titres et pour les sots qui les portent, malgré ma haine pour tout ce qu'on appelle place et pour les fripons qui les occupent, ie crois que je vous verrais même devenir évêque sans cesser de vous aimer. Assez d'autres vous feront des compliments. sans se souc er de vous. Pour moi, qui suis votre ami, je veux vous donner des
conseils De tous les tristes liens qui attachent un homme au-dessus des autres,
le vôtre me parait le plus supportable. Vous allez être bienfaisant par état, un magistrat pacifique, un père. Vous serez en droit de faire tout le bien que vous voudrez sans que personne ose le trouver mauvais, et nul n'aura le pouvoir de vous contraindre à mal faire. Ces prérogatives. Monsieur, sont grandes, rares et n'appartiennent peut-être qu'à un curé de campagne ; car, outre que les curés de ville me paraissent déjà de bien grands seigneurs pour être d'honnêtes gens, ils sont trop éloignés de trouver dans leurs paroissiens la simplicité, la docilité nécessaires pour pouvoir les faire vivre sagement ». Et il ajoutait dans une marge de ce brouillon, f2>": « Je consens que vous leur appreniez toutes les balivernes du catéchisme, pourvu que vous leur appreniez aussi à croire en Dieu et à aimer la vertu. Faites en des chrétiens puisqu'il le faut, mais n'oubliez pas le devoir plus indispen>able d'en faire d'honnêtes gens » (Il avait d'abord écrit : « Je consens que vous en fassiez des chrétiens, des catholiques, pourvu que vous n'oubliez pas d'en faire d'honnêtes gens »). Quelques mois avant VÈmile, dans ses Éclaircissements sur les Mœurs [238], 256, Toussaint, après avoir reproché à « tant de bénéficiers de donner tout au lu.\e, et rien à la bienfaisance », convenait pourtant « qu'il y a des hommes bienfaisants dans l'Église ». « J'iii connu entre autres, disait-il, beaucoup de curés charitables. Ils voient la misère de près, et sont par conséquent plus à portée que les autres ecclésiastiques de se laisser attendrir. C'est un bel état que celui de curé, pour le grand nombre d'occasions qu'il fournit de faire du bien ; et il y en a qui savent les saisir ».
guerois | point de mes vrais paroissiens en tout ce qui tient à la charité [180] chrétienne; je les porterois tous également à s'entr'aimer, à se regarder comme frères, à respecter toutes les religions & à vivre en paix chacun dans la sienne. Je pense ' que solliciter quelqu'un de quitter celle où il est né, c'est le solliciter de mal faire, & par conséquent faire mal soi-même. En attendant de plus grandes lumières, gardons l'ordre public; dans tout pays respectons les loix, ne troublons point le culte qu'elles prescrivent, ne portons point les Citoyens à la désobéissance : car nous ne savons point certainement si c'est un bien
' « C'est une inexcusable présomption, dira-t-il quelques pages plus loin, pp. 193- 196, de professer une autre relif^ion que celle où l'on est né ». Ainsi, comme il arrive souvent chez Rousseau, les prmcipes et l'argumentation semblent très révolutionnaires, mais la conclusion pratique est celle d'un paresseu.\ et d'un timide, c'est-à-dire très conservatrice. Le premier Discours anathématise les Sciences et les .Arts, et ne voit le salut que dans les .Académies; le Discours sur l'Inégalité parait détruire toute autorité, et prêche pourtant. 1. i38, « l'obéissance scrupuleuse aux lois et aux hommes qui en sont les auteurs et les ministres ». etc., etc. Cl", mon étude. Comment connaître Jean-Jacques ? [291], go3. La Profession aboutit à la même inconséquence apparente : Il y établit longuement l'inutilité et l'invraisemblance d'une Révélation et conseille de garder la religion établie. Ce conseil, qui n'est qu'une invitation, du point de vue individuel, devient un ordre, du point de vue social; et l'on voit ce prédicateur de tolérance devenir un théoricien conscient de l'intolérance. C'est ainsi qu'il ne craint pas de dire à M. de Beaumont, III, 94 : « J'entends dire sans cesse qu'il faut admettre la toli^rance civile, non la ihéologique. Je pense tout le contraire : je crois qu'un homme de bien, dans quelque religion qu'il vive de bonne foi, peut être sauvé. Mais je ne crois pas pour cela qu'on puisse légitimement introduire en un pays des religions étrangères sans la permission du souverain : car, si ce n'est pas directement désobéir à Dieu, c'est désobéir aux lois ; et qui désobéit aux lois, désobéit à Dieu ». Sans doute, le dernier chapitre du Contrat Social, III, 388-389, semble réserver les droits de la conscience individuelle, dans la mesure où ils ne contredisent pas les dogmes de la < Religion Civile »: mais, comme cette « Religion Civile » ne saurait être que théorique, ce qui s'impose pratiquement au citoyen comme un devoir strict, c'est l'adhésion, au moins extérieure, à la religion familiale, nationale et traditionnelle : «Je conviens sans détour, dit Rousseau à M. de Beaumont, 111, qS, qu'à sa naissance la religion réformée n'avait pas droit de s'établir en France malgré les lois ». — Sous une forme plus adoucie, Toussaint avait donné les même conseils; cf. Les Mœurs, I. m. 2 [184]. 66 : « Quant au culte extérieur dans lequel il est né [le sage], s'il est compatible avec les principes de la Religion naturelle, il doit Sî faire une loi de n'y jamais donner atteinte ni en le troublant, ni en l'abjurant». Cf. encore Le Spectateur [117], IV, i58 : « Les hommes les plus sages et les plus habiles de tous les siècles... ont toujours suivi le culte public reçu dans leur pays, lorsqu'il n'avait rien d'opposé à l'honneur de l'Être infini ou de préjudiciable aux intérêts du genre humain »; et la conclusion conservatrice des développements strictement rationalistes du Marquis de Lassay sur l'origine des religions [126], II, 3i8 3i9 : «Je suis pourtant persuadé que je dois me soumettre, quant à l'extérieur, à la religion de mes pères,... sans jamais parler contre elle, la regardant comme une loi du pays et même la première ».