I.ETTRI-: A M. DE l-KANQUIERES
LETTRE A M. DE FRANQUIÈRES
Celle longue Le lire, qui est presqu un opuscule, ne peut être séparée de la Profession de toi, dont elle offre, en quelque sorte, l'essentiel condensé. Ce qui en fait surtout l'intérêt, c'est qu'elle vient confirmer la déclaration du Vicaire : « ./'ai pris mon parti, je m'y tiens ». La Profession n'est pas. en effet, une étape dans l'évolution religieuse de Rousseau. C'est le bilan de plusieurs années de «pénibles recherches » ; mais de recherches sans lendemain, parce qu'elles laissaient derrière elles. — et pour toujours. — sinon l'absolue conviction intellectuelle, du moins la pleine sécurité pratique. « .Ap?-ès les recherches les plus ardentes et les plus sincères qui Jamais peut-être aient été faites par aucun mortel, dit Rousseau dans la « Troisième Promenade » des Rêveries. IX. 342-343, je me décidai pour toute ma vie sur tous les
sentiments qu'il m importait d'avoir Depuis lors, resté tranquille dans
les principes que /'aj'a/.v adoptés après une méditation si longue et si réfléchie, j'en ai fait la règle immuable de ma conduite et de ma foi. sans plus m'inquiéter ni des objections que je n avais pu résoudre, ni de celles que Je ii'avais pu prévoir, et qui se présentaient nouvellement de temps à autre à mon esprit ». .4 ce point de vue, la Lettre suivante est caractéristique : Rousseau \- reprend les arguments du Vicaire avec une assurance plus tranquille, et plus de confiance encore dans le dictamen du senlimenl : c'est tantôt un résumé, tantôt un commentaire de la Profession.
Cette Lettre se trouve déjà dans la Correspondance, A7/, i4o-i5o: mais le nom du destinataire n'y est pas indiqué. La copie de Rous.<:eau, que Je reproduis ici. nous le fournit, mais sans nous apporter d'autre renseignement sur ce M. de Franquières. C'était probablement un gentilhomme du Dauphiné. On voit qu'il avait écrit plusieurs fois à Rousseau: mais, à partir de ij6g. Rousseau n'a plus conservé que de très rares Lettres de ses correspondants. La Bibliothèque de Neuchdtel possède, du moins, m" jQoii la copie de cette Lettre, et le petit billet qui accompagnait l'envoi. Rousseau, trouvant, sans doute, la Lettre importante, avait voulu la conserver, et l'avait recopiée sur un cahier spécial. Le texte entier n'en est pourtant pas autographe. Après la première ligne, et durant un peu plus de deux pages, l'écriture n est pas celle de Rousseau. Pour s'épargner la fatigue de cette copie, il s était vraisemblablement adressé à quelque voisin de campagne: puis, décon-
certé par lOrlhographc de ce copiste d'occasion, il préféra achever lui-même le travail.
Il avait envové la Lettre avec le billet suivant if" i ''"i : « Le voila, Monsieur, ce misérable radotage que mon amour propre humilié vous a fait si longtems attendre, faute de sentir qu'un amour propre beaucoup plus noble devait m'apprendre à surmonter celui-là. Qu'importe que mon verbiage vous paroisse misérable, pourvu que je sois content du sentiment qui me l'a dicté. Sitôt que mon meilleur état m'a rendu quelques forces, j'en ai proffité pour le relire et vous l'envoyer. Si vous avez le courage d'aller jusqu'au bout, je vous prie après cela de vouloir bien me le renvover, sans me rien dire de ce que vous en aurez pensé, et que je comprends de reste, .le vous salue, Monsieur et vous embrasse de tout mon cœur. Renou. A Monquin le 25. Mars 1769 ». — Pour faciliter les citations de cette Lettre dans le commentaire de la Profession, j'en ai numéroté les paragraphes.
.\ Bourgoin le i5 janvier. 1769
1. Je sens, .Monsieur, l'inutilité du devoir que je remplis en répondant à votre t dernière lettre : mais c'est un devoir enfin que vous m'imposes ' et je le - rempli s de bon coeur, quoique mal. [^ vu] les distractions de l'état oij je suis.
2. Mon ^ [dessein], en vous disant ici mon opinion sur les principaux [^ points] de votre lettre est de vous la dire avec simplicité, et sans chercher à vous la faire adopter, cela seroit contre mes principes et même contre mon goût, car je suis juste, et comme je n'aime ['■ point] qu'on cherche [' à] me subjuguer, je ne cherche non plus à subjuguer personne : je scai que la raison commune est très bornée, qu'aussitôt qu'on sort de ses étroites limites, chacun à la sienne qui n'est propre qu' [' à] lui; que les opinions se propagent par les opinions non par la raison, et que ['' quiconque] cède au raisonnement d'un autre, chose « déjà ■» très rare, cède par préjugé, par ['" autorité], par affection, par paresse; rarement, jamais peut être, par son propre jugement.
' icest).
- remplie Isic).
» vu le).
* (deissin).
■'' (poientsi.
" ipoieiit).
* làl.
" iquicomquel.
'" lauctontëi.
t .4 partir d'ici, l'écriture n'est plus celle de Rousseau, sauj pour les corrections texte entre crochet . qui paraissent bien être de lui.
LETTRE A M. DE FRAXQUIERES 515
3. Vous ms [' marquez], monsieur que le résultat de vos recherches sur l'auteur des choses est un état de doute. Je ne puis juger de cet état, parce qu'il n'a jamais été le mien. J'ai cru dans mon enfance par [-autorité], dans ma jeunesse par sentiment, dans mon âge mur par raison; maintenant je crois parce que j'ai ' loujour s cru. Tandis que ma mémoire éteinte ne me remet plus sur la trace de mes raisonnements, tandis que ma judiciaire alïbiblie ne me permet plus de les récommencer, les opinions qui en ont résulté me restent dans ■* toute leur force, et sans que j'âye la volonté [* ni] le courage de les mettre derechef en délibération, je m'y tiens en confiance et en conscience, certain d'avoir [" aporté] dans la vigueur de mon jugement à leurs discussions toute l'attention et la bonne foy dont j'étois capable. Si je me suis trompé, ce n'est pas ma faute; c'est celle de la nature, qui na pas donné a ma tête une plus grande mesure d'intelligence et de raison. Je nai rien de plus aujourdhui, j'ai beauc « oup » de [' moins]. Sur quel fondement recommencerois je donc à délibérer ? le moment presse ; le départ approche. Je n'aurois jamais le temps [' ni] la force d'achever le grand travail d'une ['■' refonte]. Permettes qu'à tout événement j'emporte avec mov la consistance et la fermeté d'un homme, non les doutes ]'" décourageants] et timides d'un vieux radoteur.
4. A ce que je puis me rapeler de mes ancienes idées, à ce que j'aperçois de la marche des vôtres, je vois que n'avant pas " suivi dans nos récherches la même route, il est peu étonnant que nous ne soyons pas arrivés a là même conclusion. ['''' Balançant] les preuves de l'['^ existence] de dieu avec les difficultés, vous n'avez '■* trouvé aucun des cotés assès prépondérant pour vous
'^décider], et vous êtes resté dans le doute. Ce n'est pas comme cela que je
'" fis]. J'e.xaminai tous les sistémes sur la formation de l'univers que j'avois pu
]" con&itre] je méditai sur ceu.v que je pouvois imaginer : je les comparai tous
de mon mieux : et je me décidai, non pour celui qui ne m'offroit ['" point] de ['■' dif-
' imarquési.
' lauctoritéi.
' tousour isici.
' toutes leur force isi (sic)
" inyi.
'■• laportéet.
' imoiensi.
' inyi.
" I reformel.
'° iJégouragantSL
" suivi lel.
'- iBalansanti.
'= icxistancei.
" trouve (zi.
'^ idescideri.
'* isuisi.
" icognoitrei.
" ipoienti.
'" idifficultéesi.
5l6 APPENDICES
fo 2*" licultésl, car ils m'en offroient tous; Il mais pour celui qui me paroissoil en avoir le moins, je me dis que ces [' difficultés] étoient dans la nature de la chose, que la contemplation de l'infini passeroit - toujours les bornes de mon entendement, que, ne devant jamais espérer de concevoir plainement le sistemc de la nature, tout ce que je pouvois faire étoit de le ^ considérer par les cotés que je pouvois saisir; qu'il falloit scavoir ignorer en paix « tout» le reste, et j'avoue que dans [* ces] recherches, je [' pensai] comme les gens dont vous " parlEz qui ne ' rejetteNT pas une vérité claire ou [" suffisamment] " prouvé e. pour les difficultés qui l'accompagnent, et qu'on ne scauroit lever. J'avois alors, je l'avoue une confiance si téméraire, ou du moins une si forte persuasion, que j'aurois défié tout philosophe de proposer '" aucun autre système intelligible sur la nature, auquel je n'eusse opposé des objections plus fortes, plus invincibles, que celles qu'il pouvoit m'opposer sur le mien, et alors il falloit me résoudre à rester sans rien croire, comme vous faites, ce qui ne dépendoit pas de moi. ou mal raisonner, ou croire comme j'ai fait.
5. L'ne jdée qui me vint il y à trente ans a peut être plus contribué qu'aucune autre â me rendre inébranlable. Supposons, me disois-je, le genre humain " vieil, li jusqu'à ce jour dans le plus complet matérialisme, sans que jamais idée de divinité ['-ni] d'âme soit antrée dans aucun esprit humain. Supposons que l'athéisme philosophique ait épuisé tous ses sistemes pour expliquer la formation et la marche de l'univers par le seul jeu de la matière et du mouvement [''■ nécessaire], mot auquel, du reste je n'ai jamais rien conçu. Dans cet état, monsieur, '■' e.xcusEZ ma franchise, je supposois encore ce que j'ai toujour vu, et ce que je sentois devoir être, qu'au lieu de se reposeï tranquillement dans ['■' ces] sistemes, comme dans le sein de la vérité, leurs inquiets partisans cherchoient sans cesse â parler de leur doctrine, à l'éclaircir, a l'étendre, à l'espliquer, la pallier, la corriger, et. comme celui qui sent trembler sous ses pieds la maison qu'il habite, à "' l'etayer de nouveau.x arguments. Terminons enfin ces suppositions par celle d'un platon, d'un Clarque qui, se levant tout d'un coup au milieu d'eux leur eut dit. Mes amis, si vous eussies
' idillicultéesi.
- tousour (sic).
' conciderer (sici.
* (cettel.
" (pencois... pensoisl.
* parlé (sic).
' rejette (sic).
" (suffisament).
" prouvé (sic).
'" aucune (sic).
" vieille (sicj.
" {ne).
" (nesccscaire).
" escusé (sic).
'» (ses).
'« (ne la).
LETTRE A M. DE FRAXQflERES 3I7
' commencé l'analise de cet univers par celle de vous-mêmes, vous eussies -trouvé dans la nature de votre être la i' clé^ de la constitution de ce même univers, que vous cherches en vain sans cela. Qu'ensuite leur e.xpliquant la distinction des deu.x substances, il leur eut prouvé par les propriétés même de la matière que, quoiqu'en dise [* Locke], la supposition de la matière ^ pensante] est une véritable absurdité. Qu'il leur eut fait voir quelle est la nature de l'être vraiment actif et pensant, et que de l'établissement de cet être qui juge, il fut enfin remonté au.\ " notion s confuses mais sures de l'être suprême : qui peut douter que, " frappé s de l'éclat, de la simplicité, de la vérité, de la beauté de cette ravissante idée, les mortels, jusqu'alors aveugles, éclairés des premiers rayons de la divinité, ne lui ' eussesT offert par acclamation leurs premiers hommages, et que les <^ penseurs » surtout et les philosophes n'eussent rougi d'avoir contemplé si longtemps les dehors de cette machine immense, sans trouver, sans soupçonner même la ]' clé] de sa constitution, et, toujours grossièrement ]'" bornés] par leurs ]" sens], de n'avoir || jamais seu voir f 3 ' que matière où tout leur montroit qu'une autre substance donnoit la vie à l'univers et l'intelligence a l'homme. C'est alors monsieur que la mode eut été « pour » cette nouvelle philosophie, que les jeunes gens et les sages se fussent trouvés daccord : qu'une doctrine si belle, '-si sublime, si douce et si ]'^ consolante] pour tout homme juste, eût réellement e.xcité tous les hommes à la vertu; et que ce beau mot d'humanité [" rebatu] maintenant jusqu'à la fadeur, jusqu'au ridicule, par les gens du monde les moins humains, eût été plus empreint dans les cœurs que dans les livres. Il eut donc '^ suffi d'une simple transposition de temps pour faire prendre tout le contrepied à la mode philosophique, avec cette ]"' différence] que celle d'aujourdhui, malgré son clinquant de paroles, ne nous ]■' promet] pas une génération bien estimable, ni des philosophes bien vertueu.x.
' commencez 'sici.
- trouves (sic/.
' iclaii.
* iLocei.
^ ipencantei.
* notion isic).
' frappé (sic.
' eusse (sici.
" iclaii.
"* (bornéei.
" (Sans).
'- isi doucei.
" iconsollantei.
" irebatuei.
■' suffit (sici.
" idifferensei.
'■ ipromoiii.
5l8 APPENDICES
f 6. Vous objectez, Monsieur, que, si Dieu eut voulu obliger les hommes à le connoiire, il eût mis son existence en évidence à tous les yeux. C'est à ceux qui font de la foi en Dieu un dogme nécessaire au salut de répondre à cette objection, et ils y répondent par la révélation. Quant à moi, qui crois en Dieu sans croire cette foi nécessaire je ne vois pas pourquoi Dieu se seroit obligé de nous la donner. Je pense que chacun sera jugé non sur ce qu'il a cru. mais sur ce qu'il a fait, et je [ne] crois point qu'un système de doctrine soit nécessaire aux œuvres, parce que la conscience en tient lieu.
7. Je crois bien, il est vrai, qu'il faut être de bonne foi dans sa croxance, et ne pas s'en faire un système favorable à nos passions. Comme nous ne sommes pas tout intelligence, nous ne saurions philosopher avec tant de desintéressement que nôtre volonté n'influe un peu sur nos opinions: (et) l'on peut souvent juger des secrètes inclinations d'un homme par ses sentimens purement spéculatifs : et cela posé, je pense qu'il se pourroit bien que celui qui n'a pas voulu croire fut puni pour n'avoir pas cru.
X. Cependant je crois que Dieu s'est suffisamment révélé aux hommes et par ses œuvres et dans leurs cœurs, et s'il y en a qui ne le connoissent pas, c'est selon moi parce qu'ils ne veulent pas le connoitre. ou parce qu'ils n'en ont pas besoin.
9. Dans ce dernier cas est l'homme sauvage et sans culture qui n'a fait encore aucun usage de sa raison, (et) qui gouverné seulement par ses appétits, n'a pas besoin d'autre guide; et qui. ne suivant que l'instinct de la nature, marche par des mouvemens toujours droits. Cet homme ne connoit pas Dieu, mais il ne l'offense pas. Dans l'autre cas au contraire est le philosophe qui, à force de vouloir ' exalter son intelligence, de rafiner, de subtiliser - sur ce qu'on pensa jusqu'à lui ébranle enlin tous les axiomes de la raison simple et primitive, et pour vouloir toujours savoir plus et mieux que les autres parvient à ne rien savoir du tout. L'homme à la fois raisonnable et (^ modéré), dont l'entendement exercé, mais borné, sent ses limites et s'y renferme trouve dans (■* ses) limites la notion de son ame et celle de l'auteur de son être, sans pouvoir passer au delà pour rendre ces notions claires, et contempler d'aussi prés l'une et l'autre que s'il éloit lui-même un pur esprit. Alors, saisi de respect, il s'arrête et ne touche point au voile, content de savoir que l'Etre immense est dessous. Voila jusqu'oij la philosophie est utile à la pratique. Le reste n'est [plus] qu'une spéculation oiseuse ■' pour laquelle l'homme n'a point été fait, (et) dont le raisonneur modéré s'abstient, et dans laquelle n'entre point l'homme vulgaire. Cet homme qui n'est ni une brute ni un prodige est l'homme proprement
' c.xhalter (sici.
' ide).
' [modeste].
•• ^ces].
■"' (dont).
t Ici reprend l'écriliire de Rousseau.
LETTRE A M. DE FRANQUIERES 519
dii, Il moyen entre les deux extrêmes, et qui compose les ' dix-neuf vingtièmes f 3 *"
du genre humain. C'est à cette classe nombreuse de chanter le Pseaume Cœli
enarranl ; et c'est elle en effet qui le chante. Tous les peuples de la terre
connoissent et adorent Dieu, et, quoique chacun l'habille à sa mode, sous tous
ces vétemens divers on trouve pourtant toujours Dieu. Le petit nombre d'élite
qui a de plus hautes prétentions de Doctrine, et dont le génie ne se borne pas
au sens commun, en veut un plus transcendant : ce n'est pas de quoi je le
blàmc : mais qu'il parte de là pour se mettre à la place du genre humain,
et dire que Dieu s'est caché aux hommes parce que lui petit nombre, ne le
voit plus, je trouve en cela qu'il a tort. Il peut arriver, j'en conviens, que le
torrent de la mode et le jeu de l'intrigue étendent la secte philosophique,
et persuadent un moment à la multitude qu'elle ne croit plus en Dieu; mais
cette mode passagère ne peut durer, et comme qu'on s'y prenne il faudra
toujours à la longue un Dieu à l'homme. Entin quand forçant la nature des
choses, la divinité augmenteroit pour nous d'évidence, je ne doute pas que dans
le nouveau Lycée on n'augmentât en même raison de subtilité pour la nier.
La raison prend à la longue le pli que le cœur lui donne, et quand on veut
penser en tout autrement que le peuple, on en vient à bout tôt ou tard.
10. Tout ceci. Monsieur, ne vous paroit guéres philosophique: ni à moi non plus: mais, toujours de bonne foi avec moi-même, je sens se joindre à mes raisonnemens quoique simples le poids de l'assentiment intérieur. Vous voulez qu'on s'en défie; je ne saurois penser comme vous sur ce point, et je trouve au contraire dans ce jugement interne [- une sauvegarde] naturelle contre les sophismes de ma raison. Je crains même qu'en cette occasion vous ne confondiez les penchans secrets de notre cœur qui nous égarent, avec ce dictamen plus secret, plus interne encore, qui réclame et murmure contre ces décisions intéressées, et nous ramène en dépit de nous sur la route de la vérité. Ce sentiment intérieur est celui de la nature elle-même: c'est un appel de sa part contre les sophismes de la raison; et ce qui le prouve est qu'il ne parle jamais plus fort que quand notre volonté cède avec le plus de complaisance aux jugemens qu'il s'obstine à rejetter. Loin de croire que qui juge d'après lui soit sujet à se tromper, je crois que jamais il ne nous trompe, et qu'il est [^ la lumière] de notre foible entendement, lorsque nous voulons aller plus loin que ce que nous pouvons concevoir.
11. Et après tout, combien de fois la philosophie elle-même avec toute sa fierté n'est-elle pas forcée de recourir à ce jugement interne qu'elle affecte de mépriser. N'étoit-ce pas lui seul qui faisoit marcher Diogene pour toute réponse devant Zenon qui nioit le mouvement? N'étoit-ce pas par lui que toute l'antiquité philosophique rèpondoit aux pyrrhoniens ? N'allons pas si loin : tandis que toute la philosophie moderne rejette les esprits, tout d'un coup l'èvèque (^ Berclev) s'élève et soutient qu'il n'v a point de corps. Comment
' ItrOIS QU.ABTSi.
- (un contrepoidsi.
' iréiati.
• Berklev .
est-on venu à bout de répondre à ce terrible logicien ? Otez le sentiment intérieur, et je défie tous les philosophes modernes ensemble de prouver à Berkiey qu'il v a des corps. Bon jeune homme, qui me paroissez si bien né: de la bonne foi je vous en conjure, et permettez que je vous cite ici un auteur qui ne vous sera pas suspect, celui des pensées philosophiques. Qu'un homme vienne vous dire que, projetant au hazard une multitude de caractères d'imprimerie, il a vu l'Enéide tout arrangée résulter de ce jet : convenez qu'au lieu d'aller vérifier cette merveille, vous lui répondrez froidement: .Monsieur, cela n'est pas impossible: mais vous meniez. Kn \ertu de quoi, je vous prie, lui répondrez-vous ainsi ?
12. Eh qui ne sait que, sans le sentiment interne, il ne resteroit bientôt plus de traces de vérité sur la terre, que nous serions tous successivement le jouet des opinions les plus monstrueuses, à mesure que ceu-x qui les soutienfo 4 ro droient auroient plus de génie, d'adresse || et d'esprit; et qu'enfin réduits à rougir de notre raison même, nous ne saurions bientôt plus que croire ni que penser.
i3. Mais les objections Sans doute il y en a d'insolubles pour nous
et beaucoup, je le sais. Mais encore un coup donnez-moi un sistême où il n'v en ait pas, ou dites-moi comment je dois me déterminer. Bien plus : par la nature de mon système pourvu que mes preuves directes soient bien établies, les difficultés ne doivent pas m'arrêter. vu l'impossibilité où je suis, moi être mi.xte, de raisonner e.xactement sur les esprits purs et d'en observer suffisamment la nature. Mais vous matérialistes qui me parlez d'une substance unique, palpable, et soumise par sa nature à l'inspection des sens, vous êtes obligé [non seulement] de ne me rien dire que de clair, de bien prouvé, [mais] de résoudre toutes mes difficultés d'une façon pleinement satisfaisante, parce que nous possédons vous et moi tous les instrumens nécessaires à cette solution. El par e.xemple quand vous faites naître la pensée des combinaisons de la matière, vous devez me montrer sensiblement ces combinaisons ' et leur résultat par les seules loi.x de la physique et de la mécanique, puisque vous n'en admettez point d'autres. Vous Epicurien, vous composez l'ame d'atomes subtils. Mais qu'appeliez- vous suhlils. je vous prie ? Vous savez que nous ne connoissons pnint de dimenlions absolues, et que rien n'est petit ou grand que relativement à l'œil qui le regarde. Je prends par supposition un microscope suffisant et je regarde un de vos atomes. Je vois un grand (- cartier) de rocher crochu ; de la danse et de l'accrochement de pareils quartiers j'attends de voir résulter la pensée. Vous [^.Moderniste], vous me montrez une molécule organique. Je prends mon microscope, et je vois un dragon grand comme la moitié de ma chambre : j'attends de voir se mouler et s'entortiller de pareils dragons jusqu'à ce que je voye résulter du tout un être non seulement organisé mais intelligent; c'est-à-dire un être non aggregatif et qui soit rigoureusement un etc. Vous me marquiez, Monsieur,
' (pan.
' [quartier].
•' (Réformiste ?l.
LETTRE A M. DE FRANOflERES 521
que le monde s'étoii foriuitemeni arrangé comme la Republique Romaine. Pour que la parité tut juste, il faudroit que la Republique romaine n'eut pas été composée avec des hommes, mais avec des morceaux de bois. .Montrezmoi clairement et sensiblement la génération purement matérielle du premier être intelligent; je ne vous demande rien de plus.
14. .Mais si tout est l'œuvre d'un être intelligent, puissant, bienfaisant; d'oij vient le mal sur la terre ? Je vous avoue que celte difficulté si terrible ne m'a jamais beaucoup frappé ; soit que je ne l'aie pas bien conçue, soit qu'en effet elle n'ait pas toute la solidité qu'elle paroit avoir. Xos philosophes se sont élevés contre les entités métaphysiques, et je ne connois personne qui en lasse tant. Qu'entendent-ils par le mal r qu'est-ce que le mal en luimême ? où est le mal relativement à la nature et à son auteur ? L'univers subsiste, l'ordre y régne et s'y conserve: tout y périt successivement, parce que telle est la loi des êtres matériels et mus: mais tout s'v renouvelle et rien n'v dégénère, parce que tel est l'ordre de son auteur, et cet ordre ne se dément point. Je ne vois aucun mal à tout cela. Mais quand je souffre, n'est-ce pas un mal ? quand je meurs, n'est-ce pas un mal .'' Doucement : je suis sujet à la mort, parce que j'ai receu la vie. Il n'y avoit pour moi qu'un moven de ne point mourir; c'étoit de ne jamais naitre. La vie est un bien positif. mais fini dont le terme s'appelle mort. Le terme du positif n'est pas le négatif, il est zéro. La mon nous est terrible, et nous appelions celte terreur un mal. [[ La f° 4 douleur est encore un mal pour celui qui souffre, j'en conviens. .Mais la douleur et le plaisir éloienl les seuls moyens d'attacher un être sensible et périssable à sa propre conservation, et ces movens sont encore ménagés avec une bonté digne de l'Etre suprême. .\u moment même que j'écris ceci je viens encore d'éprouver combien la cessation subite d'une douleur aiguë est un plaisir vif et délicieu.x. -M'oseroit-on dire que la cessation du plaisir le plus vif soit une douleur aiguë? La douce jouissance de la vie est permanente; il suffit pour la goûter de ne pas souffrir. La douleur n'est qu'un avertissement importun, mais nécessaire, que ce bien qui nous est si cher est en péril. Quand je regardois de près à tout cela, je trouvai, je prouvai peut-être, que le sentiment de la mort et celui de la douleur est presque nul dans l'ordre de la nature : Ce sont les hommes qui l'ont aiguisé. Sans leurs rafinemens insensés, sans leurs institutions barbares les maux physiques ne nous atteindroient ' ne nous affecteroient guéres, et nous ne sentirions point la mort.
i5. .Mais le mal moral! autre ouvrage de l'homme, auquel ''Dieu n'a d'autre part que de l'avoir fait libre et en cela semblable à lui. Faudra-t-il donc s'en prendre à Dieu des crimes des hommes et des maux qu'ils leur attirent ? Faudra-t-il en voyant un champ de bataille lui reprocher d'avoir créé tant de jambes et de bras cassés ?
16. Pourquoi, direz-vous. avoir fait l'homme libre, puisqu'il devoit abuser de sa liberté.'' .Ah! .Monsieur de Franquiéres, s'il exista jamais un mortel qui n'en ait pas abusé, ce mortel seul honore plus l'humanité que tous les scélérats
let).
isonl.
qui couvrent la terre ne la dégradent. Mon Dieu ! dcjnne-iTKji des vertus, et me place un jour auprès des H'enelons, des Gâtons, des Socrates. Q)ue m'importera le reste du genre humain ? je ne rougirai point d'avoir été homme.
17. Je vous l'ai dit, Monsieur, il s'agit ici de mon sentiment, non de mes preuves et vous ne le voyez que trop. Je me souviens d'avoir jadis rencontré sur mon chemin cette question de l'origine du mal et de l'avoir effleurée ; mais vous n'avez point lu ces rabâcheries, et moi je les ai oubliées : nous avons très bien fait tous les deu.x. Tout ce que je sais est que la facilité que je trouvois à les résoudre venoit de l'opinion que j'ai toujours eue de ' la coexistence éternelle de deux principes, l'un actif qui est Dieu: l'autre passif, qui est la matière, que l'être actif combine et modilie avec une pleine puissance, mais pourtant sans l'avoir créée et sans la pouvoir anéantir. Cette opinion m'a fait huer des philosophes à qui je l'ai dite : ils l'ont décidée absurde et contradictoire. Cela peut être, mais elle ne m'a pas paru telle, et j'v ai trouvé l'avantage d'e.xpliquer sans peine et clairement à mon gré tant de questions dans lesquelles ils s'embrouillent ; (et) entre autres celle que vous m'avez proposée ici comme insoluble.
i.S. .\u reste, j'ose croire que mon sentiment peu pondérant sur toute autre matière doit l'être un peu sur celle-ci, et, quand vous connoitrez mieu.x ma destinée, quelque jour vous direz peut-être en pensant à moi; quel autre a droit d'agrandir la mesure qu'il a trouvée au.x mau.x que l'homme souffre ici-bas.
11). X'ous attribuez à la difficulté de celte même question dont le fanatisme et la superstition ont abusé les mau.x que les religions ont causé sur la terre. Cela peut-être, et je vous avoue même que toutes les formules en matière [de foi] ne me paroissenl qu'autant de chaînes d'iniquité, de fausseté, d'hvpocrisie et de tvrannie. Mais ne soyons jamais injustes, et pour aggraver le mal n'ôtons pas le bien. Arracher toute crovance en Dieu du cœur des hommes, c'est v détruire toute vertu. C'est mon opinion, Monsieur, peut-être elle est fausse, mais tant que c'est la mienne je ne serai point assez lâche pour vous la dissimuler.
'20. Faire le bien est l'occupation la plus douce d'un homme bien [néj.
fo 5 ro v^j probité, sa bienfaisance || ne sont point l'ouvrage de ses principes, mais
celui de son bon naturel. Il cède à ses penchans en pratiquant la justice, comme
le méchant cède au.x siens en pratiquant l'iniquité. Contenter le goût qui nous
porte à bien faire est bonté, mais non pas vertu.
idi. Ce mot de vertu signifie /'o?'ce. il n'v a point de vertu sans combat; il n'y en a point sans victoire. La vertu ne consiste pas seulement à être juste, mais à l'être en triomphant de ses passions, en régnant sur son propre coeur. Titus rendant heureu.x le peuple romain, versant partout les grâces et les bienfaits, pouvoit ne pas perdre un seul jour et n'être pas vertueux : il le fut certainement en renvovant Bérénice. Brutus faisant mourir ses enfans pouvoit n'être que juste. Mais Brutus étoit un tendre père; pour faire son devoir il déchira ses - entrailles, et Brutus fut vertueux.
' (l'existeiicei.
- iten nBKS i^).
LETTRE A M. DE FRAXQUIERES 523
22. \'ous voyez ici d'avance la quesiion remise à son point. Ce divin simulacre.donl vous me parlez s'offre à moi sous une image qui n'est pas ignoble, et je crois sentir à l'impression que cette image fait dans mon cœur la chaleur qu'elle est capable de produire. Mais ce simulacre enfin n'est encore qu'une de ces entités métaphysiques dont vous ne voulez pas que les hommes se fassent des Dieux. C'est un pur objet de contemplation. Jusqu'où portez-vous l'effet de cette contemplation sublime ? Si vous ne voulez qu'en tirer un nouvel encouragement pour bien faire, je suis d'accord avec vous : mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Supposons votre cœur honnête en proye au.x passions les plus terribles, dont vous n'êtes pas à l'abri, puisque enfin vous êtes homme. Cette image qui dans le calme s'y peint si ravissante n'y perdra-t-elle rien de ses charmes, et ne s'y ternira-t-elle point au milieu des fiots ? Kcartons la supposition décourageante et terrible des périls qui peuvent tenter la vertu mise au desespoir. Supposons seulement qu'un coeur trop sensible brûle d'un amour invfilontaire pour la fille ou la femme de son ami, qu'il soit maître de jouir d'elle entre le ciel qui n'en voit rien, et lui qui n'en veut rien dire à personne; que sa figure charmante [' l'attire" ornée de tous les attraits de la beauté et de la volupté: au moment où ses sens enivrés sont prêts à se livrer à leurs délices, cette image abstraite de la vertu viendra-t-elle [- disputer] son cœur à l'objet réel qui le frappe ? lui paroîtra-t-elle en cet instant la plus belle, l'arrachera-t-elle des bras de celle qu'il aime pour se livrer à la vaine contemplation d'un fantôme qu'il sait être sans réalité. Finira-t-il comme Joseph, et laissera-l-il son manteau ? ^ Non. .Monsieur, il fermera les yeu.v. et succombera. Le croyant, direz-vous, succombera de même. Oui, l'homme foible : celui, par exemple, qui vous écrit : mais donnez-leur à tous deux le même degré de force, et vovez la différence du point d'appui.
23. Le moyen, .Monsieur, de * résister à des tentati(jns violentes quand on peut leur céder sans crainte, en se disant, à quoi bon résister .'' Pour être vertueux le philosophe a besoin de l'être aux yeux des hommes : mais sous les yeux de Dieu le juste est bien fort; il compte cette vie et ses biens et ses maux et toute sa gloriole pour si peu de chose ! il apperçoit tant au delà ! Force invincible de la vertu, nul ne te connoit que celui qui sent tout son être, et qui sait qu'il n'est pas au pouvoir des hommes d'en disposer. Lisez-vous quelquefois la république de Platon ? Vovez dans le second dialogue avec quelle énergie l'ami de Socrate, dont j'ai oublié le nom, lui peint le juste accablé des outrages
de la fortune et des injustices des hommes, diffamé, persécuté, tourmenté, en proye à tout l'opprobre du crime, et méritant tous les prix de la veau, voyant déjà la mort qui s'approche, et sûr que la haine des méchans n'épargnera pas sa mémoire, quand ils ne pourront plus rien sur sa personne. Quel tableau décourageant, si rien pouvoit décourager la vertu. Socrate lui-même effrayé s'écrie et croit devoir invoquer les Dieux avant de répondre; mais sans l'espoir d'une autre vie, il auroit mal répondu pour celle-ci. " Toutefois, tout dut-il finir t° 5
' lie frappei.
' larraclieri.
' iLe croyant, direz-vous, succom'oera de niêmei
• iredire ?i.
pour nous à la mort, ce qui ne peut être si Dieu est juste et par conséquent s'il existe, l'idée seule de cette existence seroit encore pour [' l'homme] un encouragement à la vertu et une consolation dans ses misères, dont manque celui qui se croyant isolé dans cet univers ne sent au fond de son cœur aucun confident de ses pensées. C'est toujours une douceur dans l'adversité d'avoir un témoin qu'on ne l'a pas méritée; c'est un orgueil vraiment digne de la vertu de pouvoir dire à Dieu : Toi qui lis dans mon cœur, tu vois que j'use en ame forte et en homme juste de la liberté que tu m'as donnée. Le vrai crovatit qui se sent partout sous l'œil éternel aime à s'honorer à la face du ciel d'avoir rempli ses devoirs sur la terre.
24. Vous voyez que je ne vous ai point disputé ce simulacre ['- que] vous m'avez présenté pour unique objet des vertus du sage. Mais, mon cher Monsieur, revenez maintenant à vous, et voyez combien cet objet est inaliable incompatible avec vos principes. Comment ne sentez-vous pas que cette même loi de la nécessité, qui seule régie selon vous la marche du monde et tous les évenemens, régie aussi toutes les actions des hommes, toutes les pensées de leurs têtes, tous les [■' sentimens] de leurs cœurs; que rien n'est libre, que tout est forcé, nécessaire, inévitable ; que tous les [* mouvemensj de l'homme dirigés par la matière aveugle ne dépendent de sa volonté que parce que sa volonté même dépend de la nécessité : qu'il n'y a par conséquent ni vertus, ni vices, ni mérite, ni démérite, ni moralité dans les actions humaines et que ces mots d'honnête homme ou de scélérat doivent être pour vous totalement vides de sens. Ils ne le sont pas, toutefois, j'en suis irès-sùr. \'ôtre honnête cœur, en dépit de vos argumens réclame contre votre triste philosophie. Le sentiment de la liberté, le charme de la vertu, se font sentir à vous malgré vous ; et voilà [comment] de toutes parts cette forte et salutaire voix du sentiment intérieur ["• rappelle] au sein de la vérité et de la vertu tout homme que sa raison mal conduite égare. Bénissez. Monsieur, cette sainte et bienfaisante voix qui vous ramène aux devoirs de l'homme, que la philosophie à la mode finiroit par vous faire oublier. .\e vous livrez à vos argumens que quand vous les sentez d'accord avec le dictamen de vôtre conscience; et, toutes les ["fois] que vous y sentirez de la contradiction, soyez sûr que ce sont eux qui vous trompent.
25. Quoique je ne veuille pas ergoter avec vous, ni suivre pied à pied vos deux lettres, je ne puis cependant me refuser un mot à dire sur le parallèle du sage Hébreu et du sage Grec. Comme admirateur de l'un et de l'autre je ne puis guère être suspect de préjugés en parlant d'eux. Je ne vous crois pas dans le même cas. Je suis peu surpris que \'ous donniez au f premier tout l'avantage;
' (le justei.
= (del.
" imouvemensi.
■* isentimens).
° iramènel.
* isoyezi.
t Sic. Il y a évidemment un lapsus de plume: le reste du contexte montre bien que Rousseau voulait parler du second.
LETTRE A M. DE FRANQUIERES 525
vous n'avez pas assez fait connoissance avec lauire, et vous n'avez pas pris assez
de soin pour dégager ce qui est vraiment à lui, de ce qui lui est étranger el qui le
défigure à vos yeux, comme à ceux de bien d'autres gens qui, selon moi, n'y ont
pas regardé de plus près que vous. Si Jésus fut né à Athènes et Socrate à
Jérusalem, que Platon, Xénophon eussent écrit la vie du premier, Luc et .Matthieu
celle de l'autre, vous changeriez beaucoup de langage : et ' ce qui lui fait tort
dans votre esprit est précisément ce qui rend son élévation d'ame plus étonnante
et plus admirable, savoir, sa naissance en Judée chez le plus vil peuple qui
peut être existât alors, au lieu que Socrate, né chez le plus instruit et le plus
aimable trouva tous les secours dont il avoit besoin pour s'élever aisément au ton
qu'il prit. Il s'éleva contre les sophistes, comme Jésus contre les Prêtres, avec
cette différence que Socrate imita souvent ses antagonistes et que si sa belle et
douce mort n'eut honoré sa vie il eut passé pour un sophiste comme eux. Pour
Jésus, le vol sublime que prit sa grande 1| ame l'éleva toujours au-dessus de tous f ° 6 ''°
les mortels, et depuis l'âge de douze ans jusqu'au moment qu'il expira dans la
plus cruelle ainsi que dans la plus infâme de toutes les morts, il ne se démentit
pas un moment. Son noble projet étoit de relever son peuple, d'en faire derechef
un peuple libre et digne de l'être; car c'étoit par là qu'il falloil commencer.
L'étude profonde qu'il fit de la Loi de .\lovse, ses efforts pour en réveiller
l'enthousiasme et l'amour dans les cœurs montrèrent son but autant qu'il étoit
possible pour ne pas effaroucher les Romains. Mais ses vils et lâches compatriotes
au lieu de l'écouter le prirent en haine précisément à cause de son génie et de sa
vertu qui leur reprochoient leur indignité. Enfin ce ne fut qu'après avoir vu
l'impossibilité d'exécuter son projet qu'il l'étendit dans sa tête, et que, ne
pouvant faire par lui-même une révolution chez son Peuple, il voulut en faire
une par ses disciples dans l'Univers. Ce qui l'empêcha de réussir [dans son
premier plan (même)] outre la bassesse de son peuple incapable de toute vertu,
fut la trop grande douceur de son propre caractère: douceur qui tient plus de
l'ange et du Dieu que de l'homme, qui ne l'abandonna pas un instant, même
sur la croix, et qui fait verser des torrens de larmes à qui sait lire sa vie comme
il faut, à travers les fatras dont ces pauvres gens l'ont défigurée. Heureusement
ils ont -respecté et transcrit fidellement ses discours qu'ils n'entendoient pas:
^ otez quelques tours orientaux ou mal rendus, on n'v voit pas un mot qui ne
soit digne de lui, et c'est là qu'on reconnoit l'homme divin, qui, de si piètres
disciples, a fait pourtant dans leur grossier mais fier enthousiasme, des hommes
éloquens et courageux,
26. Vous m'objectez qu'il a fait des miracles. Cette objection seroit terrible si elle étoit juste; mais vous savez, .Monsieur, ou du moins vous pourriez savoir que, selon moi, loin que Jésus ait fait des miracles il g. déclaré très-positivement qu'il n'en feroit point, et a marqué un très grand mépris pour ceux qui en demandoient.
27. Que de choses me resteroient à dire ! .Mais cette lettre est énorme. Il faut finir. \'oici la dernière fois que je reviendrai sur ces matières. J'ai voulu vous
' ic'est précisément!.
- (défi mot inachevé). ' leti.
complaire. Monsieur: je ne m'en repenls point; au contraire. Je vous remercie de m'avoir fait reprendre un lii d'idées presque effacées, mais dont les restes peuvent avoir pour moi leur usage dans l'état où je suis.
28. Adieu, Monsieur, souvenez-vous quelquet'ois d'un homme que vous auriez aimé, je m'en flate, quand vous l'auriez mieu.x connu, et qui s'est occupé de vous dans des momens où l'on ne s'occupe guéres que de soi-même.
Renou.
I'. 5. note 1. — .\u lieu de : 2 i Août, lire : 21 Avril. Les premières feuilles de cette édition étaient déjà tirées, quand je crus plus prudent de vérifier par moi-même les dates d'abjuration et de baptême communément admises, depuis 1878, par les biographes de Jean-Jacques. On trouvera dans mon article sur ./. ./. Rousseau à l'hospice du San-Spirilo [30 1], la photographie du registre, qui rétablit les dates e.xactes, et qui montre que <•■ le prosélyte v> resta à l'hospice onze jours en tout. Les Confessions ne nous offrent donc pas toute garantie pour contrôler le récit de la Profession. l-!n dépit de quelques détails d'une précision et d'une exactitude très tidèles. elles paraissent, elles aussi, assez fortement romancées.
P. 7, note 3. — .\u lieu de : dans les derniers /ours d'.Xoût IJ28. lire : le 23 Avril I J2S. le jour même de son baptême ; cf. mon article cité [3oi].
P. 35. note 5. — .'X jouter ce texte de Suizer. Tableau des beautés de la nature [216'''*]. S-q, où l'on trouve la même mise en scène, pour inaugurer une méditation religieuse : <.■- Kucrate me fit traverser son jardin, et me conduisit sur une colline voisine, au sommet de laquelle nous arrivâmes au moment que le soleil était à son lever. Le temps était aussi serein que calme: et. si l'air était agité, ce n'était que par le doux concert des oiseaux qui avaient passé la nuit dans les buissons d'alentour. Nous avions devant nous une grande étendue de pays, où nous voyions dans l'éloignement plusieurs villages, des maisons isolées, de grands bois, de simples bosquets. Tout ce paysage recevait une agréable variété de plusieurs étangs, qui étaient tout autant de bassins qui faisaient le plus bel effet du monde. Ce superbe coup d'oeil me toucha, et. m'arrêtant tout court, je dis à mon ami: si vous n'avez pas quelque dessein plus important, je serais assez d'avis que nous nous arrêtassions un peu ici ».
P. 37, note 6. — .\jouter au texte de VEmile le I" chapitre de VEssai sur l'origine des langues, où l'on retrouve la même théorie et les mêmes formules. mais plus développées. 1, 370-371.
P. 47, fin de la ligne 9. — Ajouter la note suivante : Cet état d'esprit du Vicaire ressemble à celui qu'a décrit Marie Huber dans sa Relation sur le déiste (Suite du système sur l'état des dmes, t. II de l'édition que possédait Rousseau, et. le n" 1 33 de la Bibliographie), p. 160: «Je me trouvais de même réduit.
par des raisonnements qui me paraissaient démonstratifs, à adopter successivement les contraires et les opposés. Un succès si différent de celui qui doit naturellement attendre un homme qui cherche la Vérité me rebuta au point de ne vouloir plus en entendre parler. La Vérité m'échappant toujours, lorsque je croyais l'avoir le mieux saisie, je fus tenté de penser que la Vérité ou la Religion n'étaient que chimère. Je donnai enfin dans le Pyrrhonisme; je conclus qu'il n'v avait rien de sur ni de fixe, que toutes choses étaient également problématiques, que le vrai ou le faux dépendaient de la manière de raisonner ■>■>. P. 57, note 2. — Ajouter le long réquisitoire de Murait dans la Lellre sur les voyages contre le raisonnement et ceux qui s'en servent fiai '■"], 11, 28-3o : «. Les raisonnements, lorsque nous nous y abandonnons, et que nous en faisons notre principal langage, étouffent les sentiments: et, comme c'est d'un goût corrompu qu'ils proviennent, ils nous corrompent le goût de plus en plus, et nous éloignent de la simplicité où la vérité se trouve: ils nous sortent de nousmêmes et nous font errer hors de nous. L'homme simple ignore l'art de raisonner, et celui qui a sa véritable occupation le néglige. Il ne convient qu'au loisir, à l'état oisif qui nous jette hors de l'humanité et à une fausse curiosité que le loisir engendre. Il faudrait le laisser à ceux qui sont hommes par la tète, et en qui il opère et manifeste ses merveilles; au peuple des savants, qui font de la science leur capital, et qui, dans l'ivresse quelle leur cause, renoncent aux avantages du cœur, qu'ils ne connaissent pas. qui se perdent en eux, et qu'ils détruisent dans les autres. Je ne saurais m'empêcher de regarder ces gens-là comme les auteurs d'une des sources de l'égarement et des folies des hommes, et le cas que font ceux-ci de leur science comme une preuve du goût perdu parmi eux. Que ne gagnerions-nous pas, si nous dédaignions toute celte lecture étrangère, si nous laissions à la foule, de quelque espèce qu'elle fût, tant de livres qui sont faits pour elle, et qui, je crois, seraient capables de la rendre foule, gens toujours hors de chez eux. si elle ne l'était déjà ? Nous songerions à nous rapprocher de nous, à nous retrouver nous-mêmes, et nous en viendrions à bout. Nous aurions l'esprit moins chargé d'opinions qui le courbent et le couvrent, et moins accoutumé aux riens qui l'exténuent, qui le font devenir à rien : nous serions plus près de la vérité, en ce que nous nous abandonnerions davantage à ce qui se passe dans le cœur, à qui la vérité convient, et où elle ne manque guère de faire impression, si on la laisse faire: nous ne la mesurerions pas à des règles qui la bornent, et surtout, nous gagnerions beaucoup, en ce que nous cesserions de rejeter ce qui ne s'accorde pas avec ce que nous croyons déjà savoir; par là nous nous faisons cent fois plus de mal, que tout ce que nous savons, par le moven de la lecture, ne nous fait de bien. L'homme n'est pas fait pour amasser des idées, et s'en faire un magasin, comme s'il n'en trouvait pas dans son fond. Il est en état de s'en former à chaque occasion qui se présente, ou, si l'on veut, de leur donner lieu à se former en lui. Par là il s'accoutume en même temps à faire de sa raison l'usage pour lequel elle lui est donnée; il développe par son moyen les vérités que le sentiment produit en lui, et dont il n'aperçoit pas dabord toute la justesse et toute l'étendue, ou que d'autres, à qui il voudrait les faire recevoir, n'aperçoivent pas. Le raisonnement, soumis au sentiment et rendu simple et sans art, trouve ici son emploi, et l'homme qui le tient dans cette subordination, conserve par là la liberté d'esprit
qui fait le fondement du vrai savoir, la liberiO de se déterminer vers le vrai, indépendamment des idées reçues et de tout ce que le raisonnement, par luimême, par ce qu'il a de spécieux, peut établir ». Cf. encore //' Lettre à Sophie [25], 144 : « Qu'avons-nous acquis à tout ce vain savoir, sinon des querelles, des haines, de l'incertitude et des doutes .-• Chaque secte est la seule qui ait trouvé la vérité; chaque livre contient exclusivement les préceptes de la sagesse: chaque auteur est le seul qui nous enseigne ce qui est bien. L'un nous prouve qu'il n'y a point de corps, un autre qu'il n'y a point d'àmes, un autre que l'àme n'a nul rapport au corps, un autre que l'homme est une bête, un autre que Dieu est un miroir. Il n'y a point de maxime si absurde que quelque auteur de réputation n'ait avancée, ni d'axiome si évident qui n'ait été combattu par quelqu'un d'eux. Tout est bien, pourvu qu'on dise autrement que les autres, et l'on trouve toujours des raisons pour soutenir ce qui est nouveau prél'érablement à ce qui est vrai ».
P. 61, note I. — Ajouter Murait. Lettre sur les l'oyages. Il [121 '■'"], 3o-32 ■ * Tant de gens qui amassent leur science par une vaste lecture, tant de savants de profession, et qui dépendent de toutes les opinions reçues, de tous les préjugés établis, sont plus ignorants que le vulgaire à qui ils donnent ce nom: ils ignorent davantage la véritable science, la science sans laquelle toutes les autres, bien loin d'orner l'homme, ne le font que rendre hideux, en donnant une espèce de lustre à un caractèie qui n'en doit point avoir, à un caractère déjà difforme par cette ignorance, et que le lustre qu'on lui donne ne fait que rendre plus difforme encore. Cette science, ignorée des savants, est celle qui met le prix aux choses, à quoi il en faut toujours revenir, comme à la science de l'homme, qui influe dans toute la vie, et qui, en distinguant l'homme sensé du fou, rectifie ce qu'on appelle science et la réunit au bon sens... La plus grande partie de l'érudition des savants fait voir combien ils en sont éloignés; elle est fondée sur leur ignorance et la prouve. .\u lieu de chercher à savoir le prix des choses, ils ne cherchent qu'à savoir, à savoir beaucoup, à tout savoir ». Même principe chez le patron des <.^ philosophes ». qui pourtant n'est guère un sentimental. Entendement humain. Avant-propos. S 5 [102], 3 : « L'étendue de nos connaissances est proportif»inL'e à notre état dans ce monde et à nos besoins... Quelque bornées que soient les connaissances des hommes, ils ont raison d'être entièrement satisfaits des grâces que Dieu a jugées à propos de leur faire, puisqu'il leur a donné, comme dit Saint Pierre (11, i. 3), toutes les choses qui regardent la vie et la piété, les avant mis en état de découvrir par eux-mêmes ce qui leur est nécessaire pour les besoins de cette vie, et leur ayant montré le chemin qui peut les conduire à une autre vie beaucoup plus heureuse que celle dont ils jouissent dans ce monde... Jamais, dis-je, nous n'aurons sujet de nous plaindre du peu d'étendue de nos connaissances, si nous appliquons uniquement notre esprit à ce qui peut nous être utile, car en ce cas là, il peut nous rendre de grands services... Nous ferons toujours un bon usage de notre entendement, si nous considérons tous les objets par rapport à la proportion qu'ils ont avec nos facultés, pleinement convaincus que ce n'est que sur ce pied-là que la connaissance peut nous en être proposée; et si, au lieu de demander absolument, et par un excès de délicatesse, une démonstration et une certitude entière, nous nous contentons d'une simple
probabililé, lorsque nous ne pouvons obtenir qu'une probabilité et que ce degré de connaissance suffit pour régler tous nos intérêts dans ce monde ».
P. 64. ligne 3. — Au lieu de : écraser, lire : écraser.
P. 69, note 4. — Ajouter : Lettre à D'Atembert, 1. r33.
P. 71, note 1. — Ajouter le texte suivant de Maupertuis, Essai de philosophie morale \\g2\, 25i : «. Il est un principe dans la Nature, plus universel encore que ce qu'on appelle lumière naturelle, plus uniforme encore pour tous les hommes, aussi présent au plus stupide qu'au plus subtil : c'est le désir d'être heureux. Sera-ce un paradoxe de dire que c'est de ce principe que nous devons tirer les règles de conduite que nous devons observer, et que c'est par lui que nous devons reconnaître les vérités qu'il faut croire ? »
P. 73, note 3, ligne 12. — J'attribue l'article Existence à Diderot; mais j'aurais du noter qu'il est généralement attribué à Turgot, et inséré dans ses Œuvres [72'"'''], 1, 5t7-538: cf., en outre, dans ['Avertissement du t. VI de V Encyclopédie [218], p. VI : « Quatre personnes que nous regrettons fort de ne pouvoir nommer, mais qui ont exigé de nous cette condition nous ont donné différents articles. .Nous devons à la première les mots Ètymologie, Existence, et Expansibilité... ». Je crois pourtant que le Journal Encyclopédique devait être bien informé. Deleyre, si lié avec Diderot, était alors l'un de ses principaux rédacteurs (cf. [26], I, 144, 178), et n'aurait pas laissé passer sur ce sujet une information inexacte. Or voici ce que dit le Journal du r5 Décembre 1756 [46], 26. à propos de l'article Évidence : «. On a attribué dans quelques papiers publics ce traité à .M. Diderot. Nous osons assurer qu'il n'est point de lui. Premièrement il n'est pas dans ses principes:... en second lieu, quoiqu'il y ait des vues dans cet article, il y en aurait bien davantage s'il partait du chef de ^Encyclopédie... ; on n'a qu'à comparer avec celui-ci l'article Existence, dont nous avons déjà rendu compte : c'est une autre manière de voir les choses et de. les faire voir ». Je croirais donc que Diderot a bien rédigé l'article Existence, ou y a, tout au moins, fortement collaboré.
P. 73, note, lignes 19-20. — Même remarque.
P. gr. note 2. — Ajouter : La formule de Rousseau rejoint la maxime de Pascal, Pensées, CCLXXII [83], II. 198 : « 11 n'y a rien de si conforme à la raison que ce désaveu de la raison ». — Dans ce passage de la Profession, la raison serait plutôt l'équivalent du raisonnement, dont il a dit ailleurs, précisément pour le distinguer de la raison. II' Lettre à Sophie [25]. 145-146 : « L'art de raisonner n'est point la raison, souvent il en est l'abus. La raison est la faculté d'ordonner toutes les facultés de notre àme convenablement à la nature des choses, et à leurs rapports avec nous. Le raisonnement est l'art de comparer les vérités connues pour en composer d'autres vérités qu'on ignorait et que cet art nous lait découvrir. .Mais il ne nous apprend point à connaître ces vérités primitives qui servent d'élément aux autres; et. quand, à leur place, nous mettons nos opinions, nos passions, nos préjugés, loin de nous éclairer, il nous aveugle; il n'élève point l'âme, il l'énervé, et corrompt le jugement qu'il devait perfectionner ».
P. q3. note 4. — Ajouter la remarque suivante : Rousseau s'était déjà servi d'une formule analogue dans le .Morceau allégorique sur la'Révélation [25]. 172 : « Il considère, avec je ne sais quel frémissement, la marche lente et majestueuse de cette multitude de globes, qui roulent en silence au-dessus de sa tète ».
P. 107. noie 3. — Le P. Caslel, Sylùme de Newton, II. 2 [167], 54, appelle ces parcelles de matières, que suppose Descartes dans son explication du monde, des « cubes ».
P. 109, note I. ligne 29. — Mémoire à M. Dupin. ou. plus exactement, Mémoireà A/, de M[ably] : cf. mes Questions de chronologie rousseauiste [3oo], 41-45.
P. ii3, note I. ligne 9. — Au lieu de : 44. note 6, lire : 45. note 1.
P. 128, ligne 4. — Au lieu de : les effet, lire : les effets.
P. i35, note i. — /^jouter ce texte de Sulzer. Tableau des beautés de la nature [216''"], 145, qui expose, en des termes très voisins de la première rédaction de Rousseau, les merveilles de la génération des plantes ; « Il y a autant de merveilleux dans les semences. La nature a eu besoin de mille inventions pour empêcher qu'elles ne tombassent pas toutes sur la même place et que les plantes qui en seraient provenues ne s'étouffassent pas l'une l'autre. Elle a donné des ailes aux unes, aux autres de larges couronnes de plumes légères, par le moven desquelles elles sont en état de voler de tous cotés. De sorte que les plantes, quelque immobiles qu'elles soient en elles-mêmes, peuvent envoyer des colonies dans d'autres pays. 11 me souvient d'avoir vu, entre autres, une plante, qui, après que les graines de sa semence étaient parvenues à maturité, les jetait par éclats de côté et d'autre, à peu près comme des grenades ou des bombes ». — Note 5, ligne 2 : cf. l'addition pour la p. 109.
P. 144, ligne 2. — Reporter l'appel de la note 4 à la ligne 3. après : actif.
P. i55. note 2, ligne i. — .\u lieu de ; /(! valeur qui, lire : la valeur que.
P. 159, ligne 6, au mol feu. — .Ajouter la note suivante : cf. Origine des langues, I, 390, note.
P. i63. fin de la note i. — Si l'on en croit les Mémoires d'une inconnue [cit. au n" 76 de la Bibliographie], 53-54, 'a bienfaisance d'Helvetius n'aurait pas été égale pour tous les malheureux; il se serait montré dur pour les paysans qui braconnaient sur ses terres et les aurait fait, sans scrupules, envoyer aux galères.
P. 169, note 2, ligne 6, — C'est le III' Cantique spirituel [68], iv. i56. — Ligne 19. Au lieu de -.fut, lire ■.fût.
P. i7r. note 4. — .Xjouter la remarque suivante ; Si les propos prêtés à Saint-Lambert par les Mémoires de .\l"" d'Épinay sont authentiques. Rousseau aurait souvent entendu ses amis les » philosophes » « ne plus reconnaître qu'une substance »: cf. le texte inédit que j'ai publié [299], 14 : «Madame, dit-il [Saint- Lambert], je n'entends rien à la distinction de deux substances; je n'en admets qu'une, générale, universelle, sans commencement ni fin, dont nous sommes des portions plus ou moins intelligentes ».
P. 173, note 2. — Ajouter que, dans le Morceau allégorique sur la Révélation [25], 173, il avait employé une formule équivoque, qui trahissait peut-être une adhésion au principe de Locke : « Que la matière ait des propriétés que je ne connais point et ne connaîtrai peut-être jamais; qu'ordonnée, ou organisée d'une certaine manière, elle devienne susceptible de sentiment, de réflexion ou de volonté, je puis le croire sans peine ».
P. i85, note 2. — .\jouter : Sur cette loi du corps, cf. les idées qui étaient familières à Rousseau et qu'il se proposait de préciser dans la Morale sensilive. ou le Matérialisme du sage, ouvrage inachevé et perdu, dont les Confessions, VIII, 292-293, nous ont gardé le plan.
I'. 197, deuxième note 2. ligne <). — Au lieu de : 118, lire : 80.
V. u)g, note 3. — Ajouter : 1-e problème que Rousseau essaye de résoudre ici est celui-là même que Voltaire venait de traiter ironiquement, trois ans plus tôt, dans son Candide. Si l'affirmation de Rousseau est exacte {Confessions, VllI, 3o8|, il n'a jamais lu Candide ; mais il a dû en entendre parler autour de lui ; et, d'ailleurs, la question est alors à la mode ; cf. André .Morize, Le « Candide-^ de Voltaire — i.a préparation du public [49'""], 1, 6-10.
P. 20 1, ligne N. — Aux mots : sois juste et tu seras heureux, ajouter la remarque suivante : Il y a peut-être ici une réminiscence de Morelly, Code de la Nature [216], i57-i58 : « La bienfaisance est le premier et le plus sûr moyen de sa félicité présente [à l'homme]. Tout semble lui crier : 7^u veux être homme; sois bienfaisant *.
P. 234, ligne 7. — Au lieu de : j'ignore et j'admire, lire : j'honore et j'admire. — Dernière ligne de la note f. Au lieu de : 161 ''", lire : i6i "'.
P. 235. ligne 8. — Au mot suppliante, dans : altitude suppliante. ^ la plus propre, ajouter la note suivante : ('i) C, D : suppliante et la plus propre. — Note 4. Ajouter la remarque suivante : .\ une époque, où il était plus près des « philosophes «, Rousseau semblait bien, lui aussi, ne vouloir «■ plus parler d'instinct »: cf. ///■ Lettre à Sophie [25], i55 : « Combien d'animaux ont des précautions, des prévoyances, des ruses inconcevables, qu'il vaudrait mieux peut-être attribuer à quelque organe étranger à l'homme qu'à ce mot inintelligible d'instinct. Quel puéril orgueil de régler les facultés de tous les êtres sur les nôtres, tandis que tout dément à nos veux ce ridicule préjugé » !
P. 23/, note 2, ligne 6. — Au lieu de : Puffendorf, lire : Pufendorf.
P. 243. note 2. — Ajouter la remarque suivante : Rousseau, qui avait lu Le Méchant (cf. Préface de Sarcisse, V, io3, note) pouvait se rappelei ces vers de Gresset [60'"*:, 11, 232 1 .Vcte II. scène 4) :
Consultez, écoutez pour juges, pour oracles. Les hommes rassemblés: voyez à nos spectacles. Quand on peint quelque trait de candeur, de bonté, Où brille en tout son jour la tendre humanité : Tous les cœurs sont remplis d'une volupté pure. Et c'est là qu'on entend le cri de la nature.
P. 2S1, note 1. ligne 2. — Au lieu de : VI, 3, lire : IV, 3. P.P. 255-257, deuxième note 4, lignes t, 4 et 5. — .\u lieu de : Puffendorf, lire : Pufendorf. — Note 5, ligne 19. .\u lieu de : [jfy], lire : [32].
P. 265. note 4. — .Ajouter ce texte de la //' Lettre à Sophie [25], 143 :
* Pourvu que vous sentiez que j'ai raison, je ne me soucie pas de vous le prouver : je ne vous apprendrai point à résoudre des objections, mais je tâcherai que vous n'en ayez point à me faire. Je me fie plus à votre bonne foi qu'à mes arguments: et, sans m'embarrasser des règles de l'école, je n'appellerai que votre cœur seul au témoignage de tout ce que j'ai à vous dire •>■>.
P. 27 r, note 3, ligne 3. — .\u lieu de : Puffendorf, lire : Pufendorf. P. 273, note 2. — Ajouter le texte suivant de .Murait, qui précise sa théorie de la conscience-instinct. Lettre sur les voyages [121 '■'•], II, 14-15 :
* Depuis que l'homme a perdu son occupation et sa dignité, la connaissance
de ce qui le regarde s'est perdue de même; dans le désordre où nous sommes, nous ne savons pas seulement en quoi notre occupation et notre dignité consistent. Comme l'ordre seul peut nous donner cette connaissance, je pense qu'il y a un seul moyen de rentrer dans Tordre, c'est de suivre l'instinct qui est en nous, l'instinct divin, qui est peut-être tout ce qui nous reste du premier état de l'homme, et qui nous est laissé pour nous v ramener. Tous les êtres vivants que nous connaissons ont le leur qui ne les trompe point. L'homme, qui est de tous ces êtres le plus e.xcellent. n'aurait-il point le sien, tel qu'il s'étendît sur tout son caractère et qu'il lut aussi sur qu'étendu ? Il l'a sans doute, et cet instinct est la voix de la conscience où la divinité se fait connaître à nous, et nous parle. C'est pour ne pas suivre cet instinct, que, sur toutes choses, nous devrions cultiver, et dans nous-mêmes et dans nos enfants, c'est pour ne pas nous laisser aller au sentiment qu'il produit en nous que nous n'a\'ons pas la connaissance de l'homme v>. — Comparer cette définition avec la définition beaucoup plus intellectuelle de V Encyclopédie, qui enlève à la conscience sa certitude et son infaillibilité: cf. l'article du chevalier de Jaucourt [204], go2 a : <.-. Conscience, acte de Venlouicmenl qui indique ce qui est bon ou mauvais dans les actions morales, et qui prononce sur les choses qu'on a faites ou omises, d'où il naît en nous-mêmes une douce tranquillité ou une
inquiétude importune .\insi la conscience, celte règle immédiate de nos
actions, ce for intérieur qui nous juge a ses diverses modifications suivant les divers états de l'àme. Elle peut être décisive, douteuse, droite, mauvaise, probable, erronée, irrésolue, scrupuleuse, etc. ». — Rapprocher de l'invocation de Rousseau à la Conscience, l'invocation suivante de G. de Bibiena, qui se détache en lettres capitales dans son livre Le triomphe du sentiment [igS'"»]. Il, 320 : « Lumière divine, guide sur et éclairé, dou.\ lien des cœurs, Sentiment, que n'ai-je plus tôt connu les charmes! ... Je l'éprouve chaque jour: plus on suit a\'ec scrupule la délicatesse de les lei^ons. plus on goûte une vraie volupté ■>>.
P. 275, note 1. — .Ajouter la remarque suivante : La différence entre le te.xle définitif (« nous avons à moindres frais un guide plus assuré dans ce dédale immense des opinions humaines ») et la première rédaction des Lettres à Sophie (cf., plus haut, aux Appendices, p. 490 : & enfin nous avons un /{uide assuré dans ce labyrinthe des erreurs humaines ») vient ici d'une différence de point de vue. Rousseau est obligé d'apporter des atténuations à sa formule primitive, parce qu'il ne peut pas tenir pour absolument inefficace tout le travail intellectuel qu'il vient de s'imposer. Au contraire, les Lettres à Sophie étant purement pratiques ei ne faisant appel à aucun système rationnel, Rousseau pouvait v affirmer plus fortement la suprématie de la conscience.
P. 276, note 2. — Au lieu de : insupportable, lire : insuportable.
P. 277. note 2. — .\jouter celle note marginale du /"" Contrat Social |32], 253 : «. Et puis, il faudrait qu'il ne se fût élevé dans son cœur [de l'hommej aucune de ces passions qui parlent plus haut que la conscience, couvrent sa timide voix et font soutenir aux philosophes que cette voix n'existe pas ».
P. 289, note 2. — ;\jouier la remarque suivante : Au demeurant, l'idée de la «. bonté de la nature » n'est qu'à peine indiquée dans la Profession de foi, et. comme on a pu s'en rendre compte, elle v est compromise ou neutralisée
par tant d'autres réflexions, qu'elle est pratiquement absente de la religion du Vicaire. A ce point de vue. la Profession forme une sorte d'enclave dans V Emile.
P. 295, note 4. ligne 9. — Ajouter cet autre texte de la Souvelle Héloise llll. XXII. IV. 267, où. dans une formule identique de pensée, on se rend mieux compte de l'imprécision des termes qu'emploie Rousseau : « [Dieu a donné à l'homme^ la liberté pour faire le bien, la conscience pour le vouloir, et la raison pour le choisir ».
P. 299, note I. — Ajouter la remarque suivante : L'.\gaton de l'abbé de Saint-Pierre [70], X, 371, était, lui aussi, * persuadé que les erreurs sont toutes involontaires ■» et ne nuisent pas au salut.
P. 3o3. note 3. — Ajouter Marie Huber, Religion essentielle [i5i], V, 76 : *. Les chrétiens opposent la Religion Chrétienne à la Religion Naturelle, en quoi ils montrent qu'ils ne connaissent guère le véritable esprit évangélique ■».
P. 307, note 3, lignes 2 et 10. — Au lieu de : '3y]. lire : [52\
P. 317. note I, ligne 5. — Ajouter le renseignement suivant : Cette édition de la Reine fantasque n'était pas l'œuvre de Rousseau, et le titre le dit assez : La I Reine | Fantasque. | Conte cacouac. | par. | M. R. C. de G. | MDCCL VIII, petite brochure in-24. de 3o pp. et un f. Le texte est précédé (pp. 3-4) d'un .Avertissement très violent, où l'on présenté le conte de Jean-Jacques comme l'un des spécimens les plus audacieux de la littérature subversive des « Cacouacs ». Cette édition est rarissime : Il en existe un exemplaire, qu'a bien voulu me signaler .\L Th. Dufour. à la Bibliothèque de Neuchàtel. .Acheté en igo5, il n'est pas encore coté, et se trouve dans le carton 70. 2.
P. 339. ligne 10. — .Ajouter au mot innocens la note suivante : Il est inutile de rappeler tous les textes bibliques qui peuvent expliquer les épithètes de Rousseau: ils sont trop connus et trop nombreux; mais il convient peut-être de signaler le texte de YExode, XX. 5. auquel Rousseau semble avoir fait une allusion spéciale : « Ego sum Dominus Deus tuus fortis, zelotes. visitans iniquitatem patrum in filios, in tertiam et quartam generationem eorum qui oderunt me ». Il avait déjà dit. Lettre à D'.Alembert. l. 184-185 : « Je soutiens que. si l'Écriture elle-même nous donnait de Dieu quelque idée indigne de lui, il faudrait la rejeter en cela... ; car. de quelque authenticité que puisse être le texte sacré, il est encore plus crovable que la Bible soit altérée que Dieu injuste ou malfaisant ».
P. 343. note 2, ligne 8. — ,\u lieu de : .\/. Pelitpierre, de 1 /63. lire : Daniel de Pur\-, du 3o Décembre IJ62 (cf. Fritz Berthoud. J. J. Rousseau au Val de Travers. Paris, Fischbacher, 1881, in-i6, pp. i33-i35). La formule de cette Lettre rejoint elle de .Moultou, qui. à première vue, en semble le contrepied (Lettre à Rousseau, du i5 .Mars 1762 [26], I, 27) : « \'otre religion naturelle n'est pas autre chose que le Christianisme bien entendu ». — La thèse de Rousseau sur les rapports de la Révélation avec les grandes vérités naturelles avait déjà été exposée par .Marie Huber (Suite du système sur l'état des âmes, t. Il de l'édition que possédait Rou.sseau, cf. le n' i33 de la Bibliographie) V' Lettre sur /' <i Examen de l'Origénisme», p. 126 : » Tous les hommes ont chez eux les vrais principes de la Religion. Ce sont ces premières idées ou notions naturelles dont il a été parlé. La Révélation n'a point été donnée pour rendre ces premières notions inutiles, bien moins pour les contredire ; elle a pour but d'v renvover les hommes et de les développer ».
P. 345, noie 4. — Ajouter la remarque suivante : C'est Bayle, semble-l-il. qui avait le premier posé avec vigueur ces principes rationalistes, en appliquant aux vérités religieuses la méthode cartésienne de l'évidence. Cf. tout le premier chapitre de la 1' Partie du Commentaire philosophique sur le « Compelle intrare » [53], II, Sôy-S/o. qui aboutit à cette conclusion : « Tout dogme particulier, soit qu'on l'avance comme contenu dans l'Écriture, soit qu'on le propose autrement, est faux, lorsqu'il est réfuté par les notions claires et distinctes de la lumière naturelle, principalement à l'égard de la Morale >■>. 11 y a même dans l'intérieur de ce chapitre (p. 368) une formule encore plus significative : «.Tout dogme qui n'est point homologué, pour ainsi dire, vérifié et enregistré au parlement suprême de la raison et de la lumière naturelle, ne peut qu'être d'une autorité chancelante et fragile comme le verre »
P. 349. note 5. — C'est bien au dogme de la transsubstantiation que songe Rousseau dans ce début du dialogue. 11 le reconnaît lui-même et précise son objection dans sa Lettre à M. de Beaumont, III, 1 10.
P. 362, note 2. M. — \u lieu de : aure^, lisez : ave-;.
P. 383, première note 1. — Ajouter la remarque suivante : Si l'on pouvait se fier aux pseudo-A/éî«oîres de M"' d'Épinav, Rousseau aurait déjà t'ormulé toutes ces idées au dîner de .M'" Quinault : cf. le texte inédit que j'ai publié [299], ! 1 : «. On cita avec admiration — je crois que ce fut René [^= Rousseau] — le bon sens de ce sauvage qui disait à un de nos missionnaires : si ta religion est vraie, il faut donc que mon père, que mon grand-père, qui étaient de si honnêtes gens, soient damnés; c'est ce que tu ne me persuaderas jamais». Mais, comme je l'ai montré, il est infiniment vraisemblable que c'est Diderot lui-même qui a écrit ce passage en utilisant ses idées personnelles et ses souvenirs de la Profession; cf. encore Lettre à M'" Volland, du 27 Septembre 1760 [58], XVIll. 466-467 : « Ils [les Chinois] disent : Si votre religion est nécessaire à tous les hommes, il est bien singulier que Dieu ne nous l'ait pas fait connaître plus tôt, car nous sommes des hommes, et nous sommes ses enfants comme vous; et puis, s'il n'y a que les Chrétiens qui soient sauvés, nos pères sont donc damnés! nos pères qui étaient si honnêtes gens! Oh! nous aimons mieux être damnés avec nos pères que sauvés sans eux ».
P. 391, note 1. — Ajouter le texte suivant des Mémoires de M""- d'Épinav. en réservant toujours la question d'authenticité [299], >o (c'est Desbarres-Duclos qui est censé parler) : « Ils disent que, s'il v avait un honnête homme sur la terre qui n'eût jamais entendu parler de leur Dieu, ce Dieu enverrait plutôt un ange pour l'instruire que de le laisser périr, Va-t-en voir s'ils viennent » !
P. 393, note, 'ligne 2. — Au lieu de : Éclaircissements, lire : Éclaircissement.
P. 395, note 1. ligne 29. — .A propos de cette expression «. livre du monde », ajouter les références suivantes : Murait, Lettre sur les l'oyages [121 '''*] 11. 21, 46. Lettres fanatiques [i56], II, 2o5. Rapprocher des considérations de Rousseau ce passage des Mémoires de Duval, que Deleyre lui avait envoyé le 3 Mai 1760, et que Rousseau a recopié dans ses recueils [225''''], I, 57 : « Ces preuves [de la Providence], que les Scholastiques ont ensevelies sous des amas immenses de svllogismes et d'ergoteries. se trouvent partout répandues dans le ffrand Livre de la Nature, mais ce volume, ouvert aux yeux de toutes les nations et le plus intelligible de tous, est, par malheur, celui que l'on consulte
le moins ». — Note 2. Ajouter : cf. Emile, II, 6 : « il aimait la patrie exclusivement à lui ».
P. 3q8. note 7. — Fermez la parenthèse après étalage.
P. 39g. première note 3. ligne 3. — .\u lieu de : Vérité, lire ; Instruction.
P. 413, ligne g. — Au mot plein, ajouter la note suivante : Rousseau a essayé de justifier son e.xpression dans sa Déclaration relative au pasteur Vernes, IX. 90 : « Après avoir loué avec la plus grande énergie la beauté, la sublimité de l'Évangile, le Vicaire ajoute que cependant ce même Évangile est plein de choses incroyables. .M. Vernes part de là pour prendre au pied de la lettre ce terme plein ; il l'écrit en italique, il le répète avec l'emphase du scandale : comme s'il voulait dire que l'Évangile est tellement plein de ces choses incroyables, qu'il n'y ait place pour nulle autre chose. Supposons, qu'entrant dans un salon poudreux, vous disiez qu'il est beau, mais plein de poussière; s'il n'en est plein jusquau plafond. .M. Vernes vous accusera de mensonge».
P. 417, note 4. — .Ajouter la remarque suivante : Cette distinction de la pratique et de la foi spéculative dans la Religion, et cette affirmation de la suprématie de la première sur la seconde, avaient été posées avec le maximum de force et de candeur dans un Discours du Spectateur anglais [117], V, 33-37 • « La Religion peut être considérée sous deux chefs généraux, dont l'un comprend ce que nous devons croire et l'autre ce que nous devons pratiquer. Par les choses que nous devons croire, j'entends tout ce qui nous est révélé dans la Sainte Ecriture et que les seules lumières de la Raison ne pouvaient nous découvrir; par les choses que nous devons pratiquer, je veux dire tous ces devoirs que la Raison ou la Religion naturelle nous prescrivent. Je donnerai le nom de Foi aux premières, et celui de Morale aux autres.
... Quoique les devoirs du Chrétien se réduisent en général à la .Morale et à la Foi. et que chacune ait ses prérogatives en particulier, la première l'emporte sur l'autre à divers égards, i) Parce que presque toute la .Morale, suivant l'idée que je viens d'en établir, est d'une nature fixe et immuable et qu'elle durera dans toute l'éternité, lorsque la Foi ne subsistera plus et qu'elle sera changée en conviction. 2) Parce qu'on peut être en état de faire plus de bien et de se rendre plus utile au monde, par la .Morale sans la Foi que par la Foi sans la .Morale. 3) Parce que la .Morale donne une plus grande perfection à la nature humaine, *n ce qu'elle tranquillise l'esprit, qu'elle calme les passions et qu'elle avance le bonheur de chacun en particulier. 4) Parce que la règle pour la .Morale est beaucoup plus certaine que celle de la Foi, puisque toutes les nations civilisées du monde s'accordent sur les points essentiels, autant qu'elles diffèrent sur ceux de la Foi. 5) Parce que l'incrédulité n'est pas d'une nature si maligne que le vice, ou, pour envisager la même raison sous une autre vue, parce qu'on convient en général qu'un incrédule vertueux peut être sauvé, surtout dans le cas d'une ignorance invincible et qu'il n'y a point de salut pour un croyant vicieux. 6) Parce que la Foi semble tirer sa principale, si ce n'est pas même toute sa vertu, de l'intluence qu'elle a sur la .Morale...
En quoi consiste l'excellence de la Foi.... i).. . à expliquer divers points de .Morale, et à les porter à un plus haut degré de perfection. 2) A nous fournir de nouveaux et de plus puissants motifs pour nous encourager à la pratique de la .Morale. 3) .A nous donner des idées plus justes de l'Être suprême, et à nous
le rendre plus aimable: à nous inspirer plus de tendresse pour les autres, el à nous procurer une connaissance plus exacte de nous-mêmes, soit par rapport à la f^randeur ou à la bassesse de notre nature. 4) A nous montrer la noirceur et la dirt'ormité du vice, qui, dans le système chrétien, est si énorme, que plusieurs de nos théologiens nous représentent celui qui possède toutes les perfections et qui en est le souverain Juge comme un Ktre qui hait autant le péché qu'il aime la personne sacrée qui en t'ait l'expiation. 5) La Foi est la méthode ordinaire qui nous est prescrite pour rendre la Morale efficace et capable de nous obtenir le salut
D'ailleurs, je poserai trois ou quatre maximes qui me paraissent naitre de ce que je viens d'avancer : i) Que nous devons bien prendre garde à n'établir pour un article de Foi rien de tout ce qui ne sert pas à la confirmation ou au progrès de la Morale. 2) Qu'aucun article de Foi ne peut être légitime et authentique s'il affaiblit ou renverse les devoirs de la Religion, ou ce que j'ai appelé jusqu'ici la Morale. 3) Que le partisan le plus zélé de la .Morale, ou de la Religion naturelle, ne saurait craindre aucun danger de sa profession du Christianisme, tel qu'il est enseigné dans sa pureté par notre Kglise .Anglicane. 4) Que, dans tous les articles douteux, il faudrait examiner, avant de les admettre, toutes les conséquences fâcheuses qui en peuvent résulter, supposé qu'ils soient erronés ».
R. 417. note 5. — .\jouter la remarque suivante ; si les pseudo-A/é»!0(rt',sde M"" d'Épinay étaient authentiques, Jean-Jacques aurait dit précisément le contraire au dîner Quinaull: cf. le texte inédit que j'ai publié [299], 11-12 : « .M'" Médéric [Quinault] dit, qu'en matière de religion, tout le monde avait raison; elles sont toutes bonnes ou mauvaises, comme ils voudront, dit-elle; mais il faut que chacun demeure dans celle où il est né. — Non. pardieu, reprit René [Rousseau] avec chaleur, si elle est mauvaise, si ce sont des mensonges: je n'en veux point soufiVir en moi, si je puis. Le mensonge, et surtout celui qu'on garantit au nom de Dieu, ne peut faire que beaucoup de mal >:-.
R. 423. note 5. — Ajouter le texte suivant de la Nouvelle Hcln'ise (VI. viiii, V, 44 : « Je vois qu'il est impossible que l'intolérance n'endurcisse l'âme. Comment chérir tendrement les gens qu'on réprouve ? Quelle charité peut-on conserver parmi des damnés »?
P. 427, note. — Ajouter la remarque suivante : Cf. aussi, sur cet idéal du curé bienfaisant, l'Agaton dé l'abbé de Saint-Rierre, et. dans ses Observations sur le Gouvernement intérieur de l'Etat, l'Observation \'! ■s pourfendre les habitants des campagnes plus raisonnables et moins superstitieux » jo|, .\. 409-410 VII, 41-43, 73 sqq, gg-ioo. etc. — Ligne 19. Au lieu de : ses Éclaircissements, lire : son Éclaircissement.
R. 441, note 2. — Il est possible aussi, qu'en écrivant ce discours, qui commence par : « Mon fils, tenez votre àme », etc., il v ait eu, chez Rousseau, le désir de rivaliser avec le discours, — qui fut un instant célèbre Ici'. Lettre de X'oltaire à Ralissot. du 4 Juin 1760 [ySj, XL, 410-41 1| — que Diderot adresse, lui aussi, au disciple selon son cœur, en tête du Père de famille : «. Mon fils, si vous voulez connaître la vérité », etc. lÉpitre dédicatoire à la Princesse de Nassau-Saarbruck [223'''-], 182-184). ^'- '^ note i de la p. 467.
P. 443, ligne 5. — .Ajouter au mot loi la note suivante : Faut-il rappeler le texte évangélique, Luc. \. 27 : « Diliges Dominum Deum tuum et toto corde tuo... et proximum tuum sicut teipsum •>■>?
1'. 445, noie 2. — Ajouter la remarque suivante : Déjà, dans une note marginale de la IV' Lettre à Sophie 23 , 164, noie, il avait écrit : & Quel horrible savoir que celui qui ne sert qu'à lever les scrupules, étouffer les remords et multiplier sur la terre le nombre des méchants ■»!
P. 447, ligne 9. — Aux mots : le seul frein de leurs passions, ajouter la note suivante : les Mémoires de M"" d'Épinay attribuent à Rousseau la même réflexion [256j, I, 401 : « C'est pour eux ^les grands! que cette terreur est utile, et non pour le peuple, comme vous le disiez l'autre jour *. — Note 2. Ajouter les références suivantes : Berkeley. Alciphron, 1, xv-xvi li43j, I, 60-61 : « Ô Alciphron. ... avant de vous donner la peine de produire vos preuves, je serais charmé de savoir si les notions de votre philosophie sont dignes d'être prouvées, je veux dire si elles sont utiles et avantageuses au genre humai.i. — Permettez-moi de vous dire à cet égard qu'une chose peut être utile aux vues d'un homme sans l'être à celles d'un autre. .Mais, utile ou non, la Vérité est Vérité, et ne doit pas être mesurée par les services qu'elle rend à un homme ou à une société»: La Mettrie. Discours préliminaire des Œuvres philosophiques '62', I, i5 : «Quel funeste présent serait la Vérité, si elle n'était pas toujours bonne à dire ■» ?
P. 451. note 5. — .Ajouter la remarque suivante : Le mot philosophiste a été pris par Rousseau, non dans Fréron, mais dans les Lettres de X'ernet 236], textes que j'ai cités; et voici ce qui me parait le prouver. L'expression ne se trouve ni dans B, ni dans I (ce dernier offre le terme si curieux, et peut-être unique, semble-t-il, A'anti-réligiosiste : cf. p. 448, note 6). La correction philosophiste est donc une correction de dernière heure sur épreuves. Or le 22 Octobre 1761. Rev écrivait à Rousseau [14 C], i33 ' : «.On a publié à Utrecht. il v a quinze jours, une brochure de quatre feuilles, dont voici le titre : l^ettres critiques d'un voyageur anglais, sur l'article «. Genève » du Dictionnaire de l'Encyclopédie et sur la Lettre de Mr D'Alembert à Mr Rousseau, publiées avec une pré/ace par R. Brown, ministre anglais à Utrecht. Je l'envoie aujourd'hui à .\lr .Auboin. en lui faisant vos compliments, afin qu"il vous la fasse parvenir franc de frais, ce qu'il m'a dit avoir occasion de faire quand je voudrais ». Et Rousseau répond le 3i Octobre [24], 121 : « Je connais .M. Brown; je verrai avec plaisir son ouvrage; je vous remercie de vouloir bien me l'envover»: et, le mois suivant. 27 Novembre, pp. 126-127 : « l'ai oublié de vous remercier et de vous charger de mes remerciements pour SX. .Auboin pour la brochure que vous m'avez envoyée ». Ainsi, en Novembre 1761. au moment où la Profession était encore chez l'imprimeur, Rousseau venait de recevoir et allait lire, sans doute, le petit pamphlet de Vernet. C'est là qu'il devait trouver l'expression nouvelle, dont, quelques semaines plus tard, il faisait son profit.
P. 433, note 6, ligne 2. — .\u lieu de : I3g]. lire : [32].
P. 437, note 3. — Ajouter : Lettre à .\/. de Franquières (plus haut, p Sigl.
P. 461. note I. — .Ajouter, parmi d'autres textes qui pourraient être cités, les Observations sur les savants incrédules de Deluc l237' et notamment le chapitre XLI, pp. 403-407. Ces pages sont d'autant plus intéressantes qu'elles sont d'un ami de Rousseau, qui témoigne à plusieurs reprises sa sympathie pour ce »^ vrai Chrétien philosophe » (p. 275), mais qui ne peut admettre
l'athée vertueux de la Sonvelte Hèlo'isc. Cette longue note de la Profession dut le satisfaire. — Note 2. En faisant allusion à ce «. moine qui avait nié un dépôt », Rousseau répond à une objection que lui avait faite M. d'Offreville. Celui-ci lui avait écrit, le 17 Septembre 1761, une première Lettre à laquelle Rousseau répondit le 4 Octobre, X, 265-269. Dans cette première Lettre, il lui disait [14]. 2": «Je ne saurais offrir à votre imagination un exemple de la dépravation des mœurs de notre siècle qui soit moins de mon goût que celui d'une personne avec laquelle je passe, pour ainsi dire, les jours»; et il exposait à Rousseau les arguments de son « adversaire »; ce sont ceux auxquels Rousseau répond dans sa Lettre. Dans la Lettre suivante, du 17 Octobre 1761 [14], 4", il continuait: «Je reviens à mon adversaire, qui, au fond, me parait un fort honnête homme, et dont l'extérieur simple et modeste me plait infiniment, raison pour laquelle je voudrais bien pouvoir le justifier. 11 prétend que la Religion honore les bonnes actions, mais qu'elle seule ne peut les produire; qu'une femme, qui n'est fidèle à son mari que par dévotion, cesse de l'être, dès qu'un galant aimable se présente; qu'au contraire une femme sans dévotion, mais dont le coeur est plein d'honnêteté, ne succombe point; que les malheureux tirent peu de secours d'un dévot; qu'un bon cœur sans dévotion ne cesse de donner que quand il n'a plus rien: et enfin, // ajoute, pour appuyer son raisonnement, que le petit père de la place des Victoires a nié te dépôt, tandis que Ninon Lanclos avait oublié qu'elle avait serré celui qui avait été confié dans son garde-meuble, oii l'on trouva la cassette qui le renfermait sans avoir été ouverte. J'aurais beaucoup de choses à répondre à ces propositions; mais il faut finir ma Lettre; vous jugerez vous-même si elles sont ou non problématiques ». — Dans ses Amusemens variés, ou Mélanges de Littérature, en prose et en vers ; avec une Lettre de .Iean-.Iacques Rousseau de Genève, Lausanne, et Paris. Hérissant [etc.J, 1780, in-i6, pp. i5-2i, D'Offreville a publié, à la suite de la Lettre de Rousseau, une Opinion sur le fait proposé dans la réponse de Jean- .lacques Rousseau. Il a présenté cette Opinion sous la forme d'une Lettre, également datée du 17 Octobre 1761 ; mais c'est une Lettre toute différente de l'original, et le texte que je viens de citer ne s'y trouve pas. — Voltaire a rappelé, plus d'une fois, cet épisode de la vie de Ninon : cf., notamment. Sur A/"' de Lenclos [73], .XXlll, 5io. Mais « le dévot », qui aurait été, d'après Voltaire, un dépositaire infidèle, ne saurait être « le petit père de la place des Victoires », dont parle ici D'Oft'reville. Je ne sais à quelle anecdote celui-ci fait allusion.
P. 465, note I. — .'Vjouter la remarque suivante : On était aussi très admirateur des Chinois dans le milieu holbachique ; cf. Lettre de Diderot à M'" Volland, de Septembre 1760 [58], XVIII, 464 : « 11 s'agissait des Chinois. Le Père Hoop et le Baron en sont enthousiastes: et il y a de quoi l'être, si ce que l'on raconte de la sagesse de ces peuples est vrai ».
P. 471, note 3. — .^jouter la remarque suivante : D'autres déjà avaient été de ce «parti »; cf. Vernet, Instruction chrétienne [2i3], 1, 18 : « Toutes les plaintes que l'on entend faire sur les dangereuses suites du fanatisme et de la superstition sont autant de raisons qui doivent faire sentir combien il importe d'avoir une Religion pure et une piété éclairée ».
P. 490, Lettre VI, ligne i. — .'\u lieu de : erreurs, lire : erreurs.