‹ La "Profession de foi du vicaire savoyard"Chapitre 135 sur 176 · MAXIMES » EXTRAITES DE LA « PROFESSION » 5II · texte numérisé non relu

MAXIMES » EXTRAITES DE LA « PROFESSION » 5II

son jugement ? C'est sa faculté intelligente, c'est sa puissance de juger; la cause déterminante est en lui-même. Passé cela, je n'entends plus rien.

76. Sans doute je ne suis pas libre de ne pas vouloir mon propre bien, je ne suis pas libre de vouloir mon mal ; mais ma liberté consiste en cela même, que je ne puis vouloir que ce qui m'est convenable, ou que j'estime tel, sans que rien d'étranger à moi me détermine. S'ensuit-il que je ne sois pas mon maître, parce que je ne suis pas le maître d'être un autre que moi ?

Le principe de toute action est dans la volonté d'un être libre, on ne sauroit remonter au delà. (Il manque ici une phrase que Rousseau avait commencée, puis barrée, et qu'il a préféré détacher pour en faire une « maxime i) à part : c'est la « maxime » suivante). Supposer quelque acte quelque effet qui ne dérive pas d'un principe actif, c'est vraiment supposer des effets sans cause, c'est tomber dans le cercle vicieu.x. Ou il n'y a point de première impulsion, ou toute première impulsion n'a nulle cause antérieure, et il n'y a point de véritable volonté sans liberté.

« Ce n'est pas le mot de ■» liberté qui ne signifie rien, c'est celui de nécessité.

77. Tout ce que l'homme fait librement n'entre point dans le système ordonné de la providence et ne peut lui être imputé.

78. La suprême jouissance est dans le contentement de soi-même.

79. Quoi ! pour empêcher l'homme d'être méchant, falloit-il le borner à l'instinct et le faire bête ? Non, Dieu de mon ame, je ne te reprocherai jamais de l'avoir faite à ton image, afin que je pusse être libre, bon et heureu.\ comme toi !

C'est l'abus de nos facultés qui nous rend malheureu.x et méchans. Nos chagrins nos soucis nos peines nous viennent de nous. Le mal moral est incontestablement nôtre ouvrage, et le mal phvsique ne seroit rien sans nos (peines) vices qui nous l'ont rendu sensible.

80, Qui ne sait pas supporter un peu de souffrance doit s'attendre a beaucoup souffrir.

81. Homme ne cherche plus l'auteur du mal; cet auteur c'est toi-même. Il n'e.xiste point d'autre mal que celui que tu fais ou que tu souffres, et l'un et l'autre te vient de toi. Le mal général ne peut être que dans le desordre, et je vois dans le système du monde un ordre qui ne se dément point. Le mal particulier

n'est que dans le sentiment de l'être qui souffre: et ce sentiment l'homme ne l'a pas receu de la nature, il se l'est donné (Rousseau a passé une phrase). Otez nos funestes progrès, otez nos erreurs et nos vices, otez l'ouvrage de l'homme et tout est bien.

8i. La bonté est l'effet nécessaire d'une puissance sans bornes et de l'amour de soi, essenciel à tout être qui se sent. Celui qui peut tout étend pour ainsi dire son e.xistence avec celle des êtres. Produire et conserver sont l'acte perpétuel de la puissance; elle n'agit point sur ce qui n'est pas. Dieu n'est pas le Dieu des morts, il ne pourroit être destructeur et méchant sans se nuire. Celui qui peut tout ne peut vouloir que ce qui est bien.

f° 69 ''" ^'^- Quand les Anciens appelloient optimus ma.ximus, le Dieu suprême,

ils disoient très vrai; mais en disant O. M. (sic, Rousseau s'est trompé en se recopiant) ils auroient parlé plus e.\actement, puisque sa bonté vient de sa puissance. Il est bon parce qu'il est grand.

84. On diroit au.x murmures des impatiens mortels que Dieu leur doit la récompense avant le mérite, et qu'il est obligé de payer leur vertu d'avance. O soyons bons premièrement et puis nous serons heureux. N'exigeons pas le prix avant la victoire, ni le salaire avant le travail. Ce n'est point dans la lice, disoit Plutarque, que les vainqueurs de nos jeux sacrés sont couronnez : c'est après qu'ils l'ont parcourue.

86. L'homme ne vit qu'à moitié durant sa vie. et la vie de l'ame ne commence qu'à la mort du corps.

96. Plus je m'efforce de contempler /'essence infinie, moins je la conçois; mais elle est, cela me suffit; moins je la conçois, plus je l'adore. Je m'humilie, et lui dis : Etre des Etres, je suis, parce que tu es; c'est m'elever à ma source que de te méditer sans cesse. Le plus digne usage de ma raison est de s'anéantir devant toi. C'est mon ravissement d'esprit, c'est le charme de ma foiblesse de me sentir accablé de ta grandeur.

98. La conscience est à l'ame ce que l'instinct est au corps.

100. Si l'homme est méchant naturellement, il ne peut cesser de l'être sans se corrompre, et la bonté n'est en lui qu'un vice contre nature. Fait pour nuire à ses semblables comme (uni [le] loup pour égorger sa prove, un homme humain seroit un animal aussi dépravé qu'un loup pitoyable, et la vertu seule nous laisseroit des remords.

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