‹ La "Profession de foi du vicaire savoyard"Chapitre 42 sur 176 · Copie envoyée à Moultou · texte numérisé non relu

Copie envoyée à Moultou

Ce .Manuscrit a été donné à la Bibliothèque publique de Genève, où il se trouve aujourd'hui sous la cote AL f. 224. par .Mme Streckeisen, fille de Guillaume .Moultou, petite-fille de Paul, et mère de (jeorges Streckeisen-.Moultou, qui a publié les recueils bien connus J. /. Rousseau, ses amis et ses ennemis [26]. J. J. Rousseau, Œuvres et correspondances inédites [25]. J'ai raconté plus haut dans quelles circonstances Rousseau avait cru devoir confier à des mains amies et fidèles le morceau essentiel de V Emile: car ce Manuscrit ne contient que la Profession de foi. 11 forme une mince plaquette reliée en plein maroquin rouge avec les mêmes ornements que le .Manuscrit précédent 1 reliure moderne). Il comprend 38 feuillets, de ig3 sur i32 mm. formant yS pages numérotées par Rousseau, plus deu.x feuillets non numérotés, l'un au commencement, l'autre à la fin. Sur le feuillet de garde, Guillaume .Moultou a mis la note suivante : « .Manuscrit autographe de la Profession de foi du Vicaire Sai'oyard, envové par J. J. Rousseau à son'"ami .Moultou... Je certifie avoi^ trouvé ce .Manuscrit dans les papiers de mon père. G""-' .Moultou ». La note rappelle encore le passage du Livre XI des

' Il manque un feuillet au Livre 11. et huit au Livre 111, soit iS pages.

LXX INTRODUCTION

Confessions (IX, 19), où Rousseau semble avoir oublié qu'il envoya la Profession de foi à Moultou, non seulement pour lui « marquer sa confiance », mais surtout pour se tranquilliser lui-même. « C'est avec la plus grande répugnance, écrivait-il à son jeune ami. que je vous extorque les frais immenses que ce paquet vous coûtera par la poste » '. Il a cependant réduit le plus possible ces « immenses frais » de port, et il a fait tenir le ma.ximum de matière dans le minimum d'espace, l.e texte est sans marge au recto comme au verso, l'écriture très lisible, et d'autant plus soignée qu'elle est plus serrée. Les ratures sont relativement peu nombreuses. Le manuscrit commence ainsi (p. 11 : « Ali';MoiRh: COMMUNIQUÉ. Il V a trente ans que dans une ville d'Italie, » etc.. et se termine sur ces mots (p. 75) : « Il n'y a que l'espoir du juste qui ne trompe point. Amen ». Au verso du dernier folio, Rousseau a écrit : « N. B. N'ayant pas eu le temps de relire cette copie, et l'ayant faite avec beaucoup de distraction, je la crois pleine de fautes, mais facile à reconnaître. Elle diffère aussi en quelques leçons de la copie du traité de l'éducation, mais elle n'en doit différer en rien d'essentiel au fond des choses, et s'il s'v trouve de telles différences, c'est une preuve que l'imprimé n'est pas fidelle, et alors ce sera le cas de réclamer sur cette copie. Mais on n'en doit faire aucun usage public jusqu'à ce que le livre ait paru, ou qu'on soit assuré que le morceau ci-joint ne paroitra point tel qu'il est ici : autrement ce seroit voler le libraire. C'est un dépôt que je ne confie qu'à cette condition à la droiture d'un homme de bien. — En cas de publication, on lui donnera le titre suivant : Profession de foi du Vicaire saroyard | publiée sur une copie écrite de la \ main de J. J. RoussE.vu, Citoyen j de Genève \ et déposée par lui-même entre j les mains de l'Editeur ». Si cette copie avait été publiée, on aurait vu que « l'éditeur » était un familier de Rousseau, car il v est amicalement interpellé : « Vous saurez bien remarquer, mon cher Moultou. lui disait .lean-Jacques dans une note, que cet écrit ne seroit pas bon à publier en tout tems, mais que dans celui-ci le public ne peut qu'y gagner >■> '-. Cette copie a été faite sur le « brouillon » de la Chambre des Députés : « .l'ai eu soin, écrit Rousseau à Moultou ''■, de coter sur mon brouillon les pages de votre copie »; et. en effet, chaque changement de page de la copie est marqué sur le brouillon par deux traits à l'encre rouge,' accompagnés

' \ Moultou, Lettre du 23 décembre 1761, \, 292.

- P. 72 : cf., dans la présente édition, p. 430, note 7.

' Lettre du iS Janvier 1762 "classée par erreur en ijiii . X. 24S.

COPIE ENVOYÉE A MOfLTOU LXXI

en mari;e du chiffre de la pa^e '. Rousseau n'avait, d'ailleurs, à sa disposition que son brouillon. S'il avait eu sous les yeux le texte qu'il avait envoyé à l'imprimeur, la copie pour Moultou aurait bénéficié des corrections ou additions qu'il avait faites à tète reposée. Or, il n'en est rien : sauf quelques légères retouches, dont il était impossible, à un écrivain scrupuleux et toujours mal satisfait, de se priver, sauf surtout de nombreuses étourderies ou négligences, que Rousseau avoue lui-même dans son Xota-Bene. et qui s'expliquent par la rapidité du travail ou la préoccupation de l'auteur -, la copie pour .Moultou se conforme toujours au texte du brouillon ; là où la copie pour l'impression offre un texte plus complet que le brouillon, la copie pour .Moultou a conservé la lacune du brouillon. Ainsi les notes sur l'alchimie et l'instinct, qui apparaissent pour la première fois dans la copie pour l'impression, font défaut dans la copie pour .Moultou ■'. Par contre, presque toutes les additions dont le brouillon s'était enrichi entre temps, depuis l'achès'ement de la copie pour l'imprimeur, ont passé dans cette nouvelle transcription *. .Mais ces additions — on l'a vu -ne furent pas les dernières; et, jusqu'au moment du « bon à tirer ». Rousseau a inséré dans son brouillon des phrases ou membres de phrases, qu'il comptait reporter sur ses épreuves, .\insi. par rapport à ce brouillon, la copie pour .Moultou présente encore des lacunes ', bien que son texte en soit entièrement dépendant. .\ la fin du « .Mémoire communiqué » à .Moultou. — à la place de la si importante dissertation sur les mérites comparés de la religion et de la philosophie, on ne lit que cette brève indication : « 11 y a ici une grande note, dont je n'ai pas conservé copie, pour prouver qu'il n'est pas vrai, comme disent les philosophistes, que la religion soit inutile aux hommes » '^.

' C'était une habitude familière à Rousseau. Cf. sa Lettre à .Marc-Michel Rey, du 8 Janvier 1/63 '24J, 180 : « Je me rappelle même des corrections à faire que je ne peux pas vous indiquer, soit parce que ie n'ai pas touiours coté sur mon brouillon les pages de la copie... ».

'Cf.. par exemple, dans la présente édition, pp. 3i2 inote 3). 3.^4 (note 91, 432 (note ICI, etc.. certaines lacunes du texte pour Moultou. qui ne semblent s'expliquer que par la distraction du copiste.

' Cf.. dans la présente édition, pp. i3o. 232-23X; cf. encore i2tj, 402, etc.

* Par exemple, les lacunes que j'ai signalées plus haut ip. lxviii. note 11 dans la copie pour l'impression par rapport au brouillon ne se retrouvent pas dans la copie pour .Moultou.

° Cf., par exemple, dans la présente édition, pp. 270 mote 5i, 200 inote 7), 3 10 (note 81, 446 (note 4], etc. 11 semble bien, du reste, que presque toutes ces additions nouvelles aient été reportées par Rousseau, en corrigeant ses épreuves, sur la copie même qui lui revenait de l'imprimeur.

* P. 73 : ci., dans la présente édition, p. 448.

LXXII INTRODUCTION

Or cette « grande note » non seulement se retrouve dans la copie pour l'impression, mais encore dans le brouillon. l*"audrait-il en conclure que l'aHirmation de Rousseau est inexacte, et qu'il avait alors ses raisons de supprimer cette note? Evidemment non. car il eût été beaucoup plus simple de la supprimer sans en parler. Une seule hypothèse apparaît donc possible. Au moment où Rousseau copiait sur son brouillon le texte qu'il destinait à .Moultou. la « grande note », que l'on peut lire aujourd'hui sur ce même brouillon, ne s'y trouvait pas encore. Elle était rédigée, puisque Rousseau avait pu l'envoyer à l'imprimeur, mais, sans doute, la prévoyant trop longue pour se risquer à l'écrire du premier jet sur son brouillon déjà encombré, il avait cru sage de l'élaborer sur quelque feuille volante, comme il avait fait, par exemple, pour la note sur la sensibilité de la matière ip. 174 de la présente édition]. La feuille était égarée, quand il recopiait la Profession pour Moultou : le temps passait, il se résigna à en alléger son texte. Une fois la copie partie, il retrouva sa première ébauche, ou il la reconstitua de souvenir : Cette seconde hvpothèse paraîtra plus vraisemblable, si l'on compare les deux .Manuscrits ; le texte actuel du brouillon est beaucoup plus loin de sa forme définitive que celui de la copie. De toute façon, il ne voulut plus risquer de perdre cette note si significative. On a déjà vu. qu'après avoir envové sa copie à l'imprimeur, il n'avait pas cessé de revenir à son brouillon, pour y apporter retouches et additions : cette fois encore il fit de même ; et, dans les parties laissées libres sur le verso des feuillets, il insinua, comme il put. le texte de la « grande note ».

Ce long exposé permet de se rendre compte, que, si la copie pour Moultou est chronologiquement postérieure à la copie pour l'impression, logiquement, littérairement, elle lui est antérieure. Voulant aller vite, Rousseau n'a pas fait ici la critique de son brouillon en le recopiant, et kii est resté presque toujours fidèle. J'ai donc cru devoir, en établissant plus loin la filiation des Manuscrits, faire passer le texte qu'a reçu .Moultou avant celui qui fut envoyé à l'imprimeur.

Dès 1 861, dans V Introduction des Œuvres et (Correspondances inédites 2b], Streckeisen-Moultou avait mentionné cette copie écrite pour son arrière-grand-père; il en avait même publié la note finale ^ M. Eugène Ritter l'a reproduite dans la description sommaire qu'il a donnée du .Manuscrit 2ri6 . Enfin, .^L Charles Borgeaud. dans sa thèse sur la

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