EDITION DE GENEVE XCIII
particulière, morceau qu'il me disait être essentiel au traité d'éducation et qui manque à VÉmile ». Corancez ajoutait que Rousseau, à la fin de son séjour en Angleterre, craignant que Choiseul ne i'v fit arrêter, « partit sans argent, sans vouloir embarrasser sa marche d effets et de paquets qui ne fussent pas de première nécessité : c'est dans cette occasion qu'il brûla la nouvelle édition d'Emile dont j'ai parlé et qu'il m'avoua regretter beaucoup » i. Si le récit de Corancez est exact. — et il n'v a pas lieu jusqu'ici de le récuser. — cette nouvelle édition aurait été postérieure à l'exemplaire corrigé de Genève, qui doit se placer, comme je vais le montrer, aux environs de lyô^. Du reste, il est peu probable que la Profession de foi eût été beaucoup modifiée dans cette revision du texte. Les conclusions métaphysiques auxquelles Rousseau était arrivé lui avaient coûté trop de peine pour qu'il voulût v toucher : La Lettre à .\f. de Franquières est là pour en témoigner -.
En tout cas. l'exemplaire de Genève a été revu et corrigé avant la préparation de cette nouvelle édition dont Corancez nous signale la perte. Et voici, semble-t-il, qui l'établit avec précision.
Deux ans après la mort de Rousseau, commençait à paraître à Genève une Collection complète des Œiwres de J. J. Rousseau [i5]. Les tomes IV et \' de cette édition sont remplis par Emile.
(f" Il Collection ^ Complète ' des Œivres | de | J. J. Rousseau. | Tome Quatrième. || if" 2 Collection I complète j des Œuvres | de | J. J. Rousseau. ' Citoyen de Genève, j To.me Quatrième. | contenant les I\ premiers Livres d'Emile, ! ou de l'Education. ; A Genève, j .MDCCLXWII. Il (f" 3) E.MILE. ou de l'Education'. | To.me Premier i ii° 4) Emile. ; ou , de l'Éducation. | par J. J. Rousseau, [ Citoven de Genève vignette gravée , Genève .M.DCC.LXXX. \
Ainsi les faux-titres qui situent Emile dans la Collection portent la date de 1782, le titre même de VEmile 1780. De même, pour le t. \'. Emile remplit dans cette édition deux vol. in-4. de 485 et SSj pp. La Profession de foi occupe, au t. II, les pp. i-i 12. (Bibliothèque Nationale, Réserve Z iSôS-iSôg. L'exemplaire des Archives J. J. Rousseau. O R i32, ne porte pas les deux feuillets de faux-titres, et VÉmile occupe par erreur dans la Collection les tomes 11 et IIL.
Le texte de cette édition de 1780 est par endroits sensiblement
' De J. J. Rousseau 255 , 3o. 48.
- Çl"., aux Appeititces, v, p. 5i3 sqq.
XCIV INTRODUCTION
différent de l'édition originale. Or, saut quelques minuscules différences, dues à l'étourderie ou à la négligence, toutes les variantes de cette édition se retrouvent dans l'exemplaire corrigé, toutes celles de l'exemplaire corrigé se retrouvent dans cette édition ; et il n'y a d'autres variantes dans cette édition que celle de l'exemplaire corrigé. Nul doute, par conséquent, que l'exemplaire corrigé ait servi à préparer l'édition. Et cette constatation nous permet de dater ces variantes. Car, comme je l'ai montré ailleurs ', l'édition dite de Genève, imprimée en 1780-1782 par les soins de Du Peyrou, représente le texte qu'avait préparé Rousseau en 1764 pour l'édition générale qu'il projetait et qu'il ne réalisa pas : « Ma part à cette contribution, écrit Du Peyrou à Barruel-Beauvert. s'est bornée à ce que l'auteur lui-même avait préparé pour son édition projetée de 1764 (laquelle ne put avoir son eff'et par une suite de circonstances malheureuses), matériaux qu'à son départ pour l'Angleterre il laissa entre mes mains. En les livrant à l'impression tels qu'il les avait disposés lui-même, j'ai rempli ses intentions » ^. Ainsi l'édition de Genève, postérieure de vingt ans à la première édition d'Emile, nous offre pourtant une Profession de foi qui a été revue deux ans à peine après l'apparition de l'original.