‹ La "Profession de foi du vicaire savoyard"Chapitre 63 sur 176 · METHODE DE LA PRESENTE EDITION XCIX · texte numérisé non relu

METHODE DE LA PRESENTE EDITION XCIX

l'état actuel des documents, d'apercevoir le point de départ, d'où, par une série d'étapes contrôlables, Rousseau est arrivé à son texte définitif.

Sous le titre de Rédactions Manuscrites, je donne donc le plus ancien texte cohérent et complet que nous puissions aujourd'hui atteindre : c'est-à-dire que. si. derrière les ratures, je puis distinguer un texte intelligible, achevé et grammaticalement correct, c'est celui-là que je présente d'abord. Le plus souvent ce texte est fourni par le .Manuscrit Favre. Pour quelques pages très importantes, on peut, comme je l'ai indiqué, atteindre un texte plus ancien, les 5^ et i')'^ Lettres à Sop/iie: mais, comme il est impossible de faire sur ces brouillons le départ de ce qui a été adressé à Sophie et de ce qui a été retouché ou ajouté en vue de la Profession, je ne pouxais substituer ce texte à celui du Manuscrit Favre, et j'ai dû le rejeter aux Appendices. Le .Manuscrit F"avre est un .Manuscrit complet, c'esi-à-dire qu'il ne lui manque aucun feuillet: mais, par rapport au texte de l'édition originale, il offre bien des lacunes : lacunes souvent peu considérables, d'une phrase ou deux, qui laissent intacte la phvsionomie d'un développement ; ces lacunes sont alors respectées dans le texte suivi que j'essaie de reconstituer, laissant aux notes le soin d'apprendre au lecteur dans quel .Manuscrit il trouvera la ou les phrases manquantes. Quand les lacunes sont plus importantes, quand il manque des paragraphes ou des développements entiers, j'ai rétabli dans le texte ces paragraphes et développements, en me servant du .Manuscrit où ils apparaissent pour la première fois. Outre les indications marginales qui font connaître ces changements de .Manuscrits, la différence des caractères permettra facilement de distinguer ces différents apports, et d'en dégager, au premier coup d'œil, le texte primitif. A l'aide de signes, dont on trouvera plus loin le tableau, j'indique dans l'intérieur même de ce texte les mots et phrases barrés, ajoutés, ou repris après avoir été barrés. On trouvera dans les notes, — avec les indications de Rousseau étrangères au texte, — les mots inachevés, les premiers jets interrompus, comme aussi les mots ou phrases substitués à ceux qu'il a barrés.

On aura ainsi devant soi un texte un et cohérent, qui offrira partout la plus ancienne rédaction saisissable. mais qui sera, je ne me le dissimule pas, composite et arbitraire. .Xon seulement il groupera en un tout des rédactions empruntées à des .Manuscrits différents, mais, dans l'intérieur d'un même .Manuscrit, si l'on peut ainsi parler, il laissera sur le même plan des rédactions d'époques différentes, des phrases du premier jet, qui ont été barrées, à côté de phrases qui ont été ajoutées

C INTRODUCTION

lors d'une revision postérieure. Enfin il semblera mettre au compte di Rousseau des formules malheureuses, qu'il a été le premier à supprimer aussitôt écrites. Ce serait évidemment trahir l'écrivain et le philosophe que de présenter ce te.xte comme ayant, à un moment quelconque de la composition, traduit sa véritable pensée. jMais ces inconvénients disparaissent, si l'on prend ce texte pour ce qu'il \eut être, pour un instrument de travail, qui permettra à un lecteur avisé d'assister à la genèse d'une œuvre de première importance: car la disposition du texte est telle, que chaque phrase et, pour ainsi dire, chaque mot portent avec eux leur histoire, comme si on les lisait sur les Manuscrits mêmes. Ainsi ce texte est composite et arbitraire, sans doute; mais il montre lui-même comment on l'a composé, et fournit le moyen d'en établir un autre, si l'établissement de celui-ci ne paraissait pas justifié.

Voulant donner intégralement les variantes des différentes rédactions OLi copies, et les donner dans leur succession chronologique, sans toutefois grossir démesurément l'appareil critique, \oici comment j'ai procédé. Les Manuscrits ont été classés dans l'ordre de dépendance réciproque que j'ai exposé plus haut, et qui est. sauf pour le texte envové à .Moultoti. l'ordre chronologique. (Chaque Manuscrit a été désigné par Line lettre qui rappelât l'une de ses principales particularités et qui kii constituât, en quelque sorte, une phvsionomie facilement reconnaissablc : F, .Manuscrit de M. Léopold Favre : B, « BroLiillon » dLi Palais-Bourbon ; M, Copie envovée à Moultou : I, Copie destinée à l'Impression. ,\insi classées, chacune de ces rédactions ou copies n'a été examinée que par rapport à la précédente, et j'ai pris comme principe que toute correction ou addition faite dans l'une de ces rédactions était considéiée comme a\ant passé dans la suivante. Je suppose, par exemple, que Rousseau ait écrit dans F une phrase qu'il ait ensuite barrée. La disposition du texte permettra de s'en rendre compte. Si cette phrase manque dans B, comme il arrive le plus souvent, l'appareil critique n'enregistrera pas ce manque; il notera, au contraire, le cas beaucoup plus rare où Rousseau serait revenu à son texte primitif. De inème pour les [additions : leur passage de F en B, puis en M, ne sera pas signalé. tandis [que leur disparition éventuelle le sera. Seul le .Manuscrit I, c'est-à-dire celui qui a servi à l'impression, a été examiné, non par rapport à M, mais par rapport à l'édition originale, dont il ne difiere que rarement: en sorte que l'appareil critique enregistrera pour I, non les modifications que cette dernière copie apporte aux rédactions précédentes, mais simplement les légères variantes où elle s'écarte dii texte

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