‹ La "Profession de foi du vicaire savoyard"Chapitre 64 sur 176 · METHODE DE LA PRESENTE EDITION CI · texte numérisé non relu

METHODE DE LA PRESENTE EDITION CI

imprimé el les lacunes qu'elle présente par rapport à lui. Ainsi les notes se trouveront très allégées, tout en permettant de reconstituer toutes les étapes du développement.

Le spectacle de ce texte en formation pourra nous apporter des renseignements précieux sur le dessein de Rousseau dans la Profession. sur sa psvchologie d'écrivain et sur les procédés de son art. On a déjà vu ce que ces différents .Manuscrits, rapprochés l'un de l'autre, pouvaient nous apprendre sur la composition de l'œuvre, sur l'évolution philosophique et religieuse de Rousseau durant les années où la Profession lie foi est restée en chantier. Dans le détail, ils nous réservent bien des confidences. Leurs phrases plus spontanées, où l'angoisse de la recherche et l'allégresse de la victoire se manifestent plus ingénùmeni, mettent davantage en valeur l'importance du drame intime qui se joue derrière le discours du \'icaire: et. pour emplover précisément une formule qu'ils nous ont conservée, ils nous font sentir que ce qui est ici en question pour Jean-Jacques c'est « le repos, l'espoir et la consolation de sa vie » '. La rédaction définitive a perdu certaines vivacités de dialogue -. où passait l'ardeur de la dispute ; disparus aussi les hvmnes fervents en l'honneur de la « \'érité sainte ». entonnés par le pèlerin sous le porche du « sanctuaire » *. ou les cris de triomphe qu'arrache la certitude enfin conquise : « \oyez. disait Jean-Jacques, quelles grandes découvertes j'ai faites! ... \'ovez que d'importantes conséquences suivent ma première découverte » * ! Dans ces naïves exclamations, on sent la joie d'un homme qui cherche à s'assurer « le vrai prix de la vie » ^ et qui l'a conquis. La Profession de foi abonde en redites : scrupules d'une honnête et candide intelligence, qui craint toujours de ne pas « s'entendre elle-même » et de « faire du galimatias » ''; retours en arrière d'une àme inquiète, hantée par certains problèmes, qu'elle ne croit jamais avoir assez résolus. Les Manuscrits, que l'auteur n'a pas encore ébranchés, nous révèlent cet état d'esprit presque maladif : l'argumentation sur les qualités essentielles à la matière y reparait comme un refrain, j'allais dire : comme une idée fixe ". Ils nous permettent aussi de mieux

' Cf. dans la présente édition, p. 5S.

■' Id., 178.

' Id., 238-240.

* Id.. 184, 204.

5 Id.. 33.

« Id., 188.

^ Id., c^•cp. loo-ioi, 112-113. 114, 170.

cil INTRODUCTION

comprendre les inceriitudcs et les illogismes de la pensée de Rousseau. Tel passage, dont la place nous surprend, n'est \enu. en elt'et. l'occuper qu'après avoir figuré ailleurs dans une rédaction plus ancienne ^. Cette idée, qui semble mal s'adapter à sa voisine, représente, en effet, une surcharge très postérieure. L'exemplaire le plus caractéristique, à ce point de vue. est la petite dissertation du X'icaire sur l'inimortalité de l'âme et les peines éternelles. Tous les svsièmes et tous les sentiments s'y trouvent mêlés : la révolte et l'humilité, l'intransigeance rationaliste et la résignation pieuse, la pitié humanitaire et l'individualisme égoi'ste, l'Evangile et Morellv, Descartes et les Psaumes, Malebranche et Marie Huber ^. Les .Manuscrits nous rendent sensibles ces apports disparates, résidus accumulés et imparfaitement fondus de lectures et d'émotions diverses pendant trois ou quatre années. Souvent aussi, une formule de premier jet nous livre la pensée propre de Jean-.Iacques. et nous montre l'effort qu'il doit s'imposer pour intellectualiser ses sentiments, pour présenter en un corps de doctrine modérée ce qui est avant tout chez lui instinct et impulsivité. Précisément, dans cette discussion sur les sanctions ultra-terrestres, on voit, grâce aux .Manuscrits, Jean-Jacques se rebeller, comme « philosophe ». contre les peines éternelles, mais accepter sans trop de scrupules un « enfer » pour les « .Méchants », en homme qui a souffert par eux : « Que m'importe ce que deviendront les méchants, s'écrie le V'icaire! je ne prends aucun intérêt à leur sort ». A la réflexion, il se contentera d'v « prendre peu d'intérêt » ■'■. mais l'espérance secrète s'est trahie, et se trahit, de nouveau, un peu plus loin : « le méchant seul veut le mal et le prémédite, le méchant seul sera puni » '. .Ailleurs encore, Rousseau supprimera un aveu peut-être imprudent : « n'est-on pas payé du bien qu'on a fait sitôt qu'il est \u? il ne nous manque, pour être justes, que d'être toujours regardés » ^ ; il atténuera ses ironies contre la « philosophie » contemporaine, « la plus sotte et la plus présomptueuse de toutes celles qui ont encore existé » ''. .Mais, quelque importantes que puissent être ces retouches de sentiment et de pensée, les plus nombreuses

• Cf. le morcellement de l,i discussion sur les .Tttributs de Dieu, pp. 1^4-1.12 et 224-229 de cette édition.

■ Cf. d.Tns la présente édition, pp. iqq-219, et les notes 3 de la p. 201. et de lii p. 21g.

" Id., 214 et note fi.

■' Id., 286.

s Id.. 284.

" Id., 234-236.

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