‹ La "Profession de foi du vicaire savoyard"Chapitre 83 sur 176 · PI · texte numérisé non relu

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F.AC-SI.MILK Df PRE.MIER BROUILLON DE LA . PKOl LSSiON DL KOI . ..\UsLscRirI Ka%k, CL, dans cette édition, pp. 62 sqq. — Réduction au 17 18.

vante, de matérialisme (*) de toute espèce '; & après eux tous l'illustre Clarke *, éclairant le monde, annonçant enfin l'Etre des Etres & le dispensateur des choses. Avec quelle universelle admiration, | avec quel [33]

(»; Le texte original porte : matetnatisme, de toute espèce ; mais la virgule est déjà supprimée dans le tableau des • Fautes à corriger i» placé à la fin du T. IV. — C, D : matérialisme de toute espèce.

' Il ne faut pas chercher, dans cette énumération, des allusions précises à tel ou tel système philosophique; les différentes rédactions montrent assez que Rousseau, dans le choix et le groupement des différents termes, a été surtout guidé par le sentiment de l'harmonie de la phrase. Si le mot d'atomes désigne sans doute le système d'Épicure et de Gassendi iCf. Pluche, Histoire du ciel [i58]. II, 210, « Le monde d'Épicure », 214 « Le monde de Gassendi »i, — il est douteux qu'en parlant de monde animé, et de matière rivante, Rousseau ait songé à la métaphysique stoïcienne ou à l'hylozoîsme des premiers philosophes grecs, quoique Leclerc, dans sa Bibliothèque choisie '42", II, 20-27, 58-76, eût longuement parlé de l'hylozoîsme de Straton et des Stoïciens. Il semble avoir pris, un peu au hasard, dans les matérialistes contemporains, et surtout dans Diderot, les expressions qui étotlaient le mieux sa période. .Mais Saint-Aubin a pu lui suggérer de réunir dans un tableau rapide toutes les bizarreries des métaphycisiens sur l'origine des choses. Cf. Traité de l'opinion. Livre 111, chap. I, Opinions ridicules et insensées des philosophes sur la Divinité, et surtout Livre IV. chap. Il, Erreurs des philosophes sur la nature en général [141], II, 21 et III, 34-35 : « Presque tous les philosophes... ont ignoré ce que c'était en général que cette Nature dont ils prétendaient expliquer les opérations. .Aristote définit la nature le principe du mouvement et du repos. Coelius .Aurelianus attribue à Asclépiade le dogme des Stoïciens que tout se fait par des lois naturelles et nécessaires, et que la nature n'est autre chose que la matière et le mouvement. Hippocrate au contraire parlait de la nature comme d'un principe intelligent, et lui attribuait des facultés dont l'une repousse, l'autre attire,

l'autre retient. [Serait-ce là qu'il faudrait chercher l'idée de forces réciproques ?

L°s uns ont entendu par elle un agent aveugle, qui formait toutes choses au hasard, les autres l'ont regardée comme la matière animée par un esprit universel ; quelques autres l'ont prise pour Dieu même ». Cf. encore, dans Rollin, Histoire ancienne. Livre XXVI, Seconde Partie, chap. III. Sentiments des anciens philosophes sur la métaphysique et la physique j32], VII, 109 : < Je suis las de rapporter tant d'absurdités »; 114 ; « Je ne fatiguerai point une seconde fois le lecteur en rapportant ici dans un grand détail les divers systèmes des philosophes anciens sur la formation du monde, qui varient infiniment et sont plus absurdes les uns que les autres ». — Déj.T, en écrivant à Vernes, le 18 Février 1758, X, 180, Rousseau disait en termes analogues : « La philosophie n'ayant sur ces matières ni fond ni rive, manquant d'idées primitives et de principes élémentaires, n'est qu'une mer d'incertitudes et de

doutes, dont le métaphysicien ne se tire jamais Je leur ai laissé arranger leurs

chances, leurs sorts, leur mouvement nécessaire : et, tandis qu'ils bâtissaient le monde à coups de dés. j'y voyais, moi, cette unité d'intentions qui me faisait voir, en dépit d'eux, un principe unique ».

* « L'illustre Docteur Clarke », avait déjà dit Voltaire avec quelque ironie, Lettres philosophiques, VIT Lettre [145], I, 70. et Préface du Poème sur le désastre de Lisbonne [221^, 465.

applaudissement unanime ' n'eût point été reçu ce nouveau système si grand, si consolant ^, si sublime, si propre à élever l'ame, à donner une base à la vertu, & en même tems si frappant, si lumineux, si simple, &, ce me semble, offrant moins de choses incompréhensibles à l'esprit humain, qu'il n'en trouve d'absurdes en tout autre système ^\ Je me

' Voltaire [242], 275 : « Il a raison sur le premier volume de Clarke : le second est ridicule, comme le sujet ». Il serait plus exact de dire « ouvrage » que « volume ». Voltaire avait dit avec plus de précision, Lettres philosophiques^ VU* Lettre [145], I, 79 : « C'est lui qui est l'auteur d'un livre assez peu entendu, mais estimé, sur l'existence de Dieu, et d'un autre plus intelligible, mais assez méprisé, sur la vérité de la religion chrétienne ». Ces deux ouvrages, A Discourse concerning the being and attributes of God, London, 1705-1706, 2 vol. in-8, et The Verity and certitude of naturai and revealed Religion, London, 1705, in-8, se trouvaient réunis dans la traduction française de Ricotier sous le titre de Traités de l'existence et des attributs de Dieu : des devoirs de la Religion naturelle, et de la vérité de la Religion chrétienne. Les traités de Clarke avaient eu un très grand succès, non seulement en Angleterre, où un théologien disait : « it was the best book on those subjects that had been written In any language » (cité par G. Lanson, Coramentaire des Lettres philosophiques ''145]. I, 84). mais encore en France, où la traduction de Ricotier avait eu deux éditions à son apparition. Une nouvelle traduction avait été publiée à Avignon en 1756. Par l'allure rigoureuse de sa démonstration, Clarke donnait à ses lecteurs l'impression de réfuter définitivement Spinoza, et par sa propre méthode. Pendant tout le .XVIII' siècle, il gardera une réputation considérable; et les ironies de Voltaire, qui soulèveront d'ailleurs de vives protestations (cf. G. Lanson, I. cit., I, 83) ne parviendront point à l'entamer. Son livre sera \si Somme philosophique des théistes. Dans l'Encyclopédie, on pouvait lire à l'article Dieu ^2 11], 978 a («article tiré des papiers de M. Formey »| : « .M. Clarke, par les mains de qui les matières les plus obscures, les plus abstruses ne peuvent passer sans acquérir de l'évidence et de l'ordre, nous fournira les preuves métaphysiques ». Parlant à Githerine de Russie des « livres classiques en métaphysique, Diderot écrit. Plan d'une Université pour le gouvernement de Russie '38^, 111, 491 : « Il y a l'ouvrage de Clarke. Son Traité de l'existence de Dieu passe pour le meilleur ». Voltaire, lui-même, quand il sera de\'enu sur la fin de sa vie un défenseur de l'idée de Dieu, retrouvera presque du respect et de l'admiration pour l'œuvre de Clarke; cf. Dictionnaire philosophique [yS^, XX, 229 : « Parmi ces philosophes [anglais] Clarke est peut-être le plus profond ensemble et le plus clair, le plus méthodique et le plus fort, de tous ceux qui ont parlé de l'Être suprême ». Il dira ailleurs, Note au Poème des Cabales [7 3], X, i83 : « Livre le plus profond et le plus serré que nous ayons sur cette matière ». — Ces différents textes feront comprendre au lecteur d'aujourd'hui pourquoi Rousseau a choisi Clarke comme le représentant le plus éminent du « théisme ».

' Rousseau à Voltaire, Lettre du 18 Août 1756, X, i3i : « .Mille sujets de préférence m'attirent du côté le plus consolant » ; Rêveries, IX, 340 : « Je ne doute point que les préjugés de l'enfance et les vœux secrets de mon cœur n'aient fait pencher la balance du côté le plus consolant pour moi ». Rousseau insistera davantage sur les « consolations » de l'idée religieuse à la fin de la Profession : cf. p. 198 et note i.

' Même mouvement dans Claville, Traité du vrai mérite [144J. II, 21g : « Faites un parallèle de toutes les espèces de folies qui entrent dans leurs principes et dans leurs conséquences, avec ce qu'ont écrit feu M. de .Meaux... et .^bbadie..., et concluez ».

B f" 118 '■" Portant donc en moi l'amour de la vérité pour ' toute philosophie

et pour toute méthode une règle facile et simple qui me- dispensioit) de la vaine subtilité des argumens, je reprends sur cette régie l'examen des connoissances (■' essentielles à l'objet qui m'occupe) résolu J d'admettre pour évidentes toutes celles auxquelles dans la sincérité de mon cœur je ne pourrai refuser mon consentement, pour vraies toutes celles qui me paroitront (de même) avoir une liaison nécessaire avec ces premières, et de laisser toutes ^ les autres dans l'incertitude sans les rejetter ni les admettre, et sans me tourmenter à les éclaircir quand elles ne mènent à rien d'utile pour la pratique.

' M. toutes (sic).

' dispens[e].

■' [qui m'intéressent].

* (de n').

'' (choses).

disois ; les objections insolubles sont communes à tous, parce que l'esprit de l'homme est trop borné pour les résoudre, elles ne prouvent donc contre aucun par préférence-*: mais quelle différence entre les preuves directes ! Celui-là seul qui explique tout ne doit-il pas être préféré, quand il n'a pas plus de difficulté que les autres 5?

Portant donc en moi l'amour de la vérité pour toute philosophie, & pour toute méthode une régie *" facile & simple, qui me dispense de la vaine subtilité des argumens, je reprens, sur cette j régie, l'examen des [34] connoissances qui m'intéressent, résolu d'admettre pour évidentes toutes celles auxquelles, dans la sincérité de mon cœur, je ne pourrai refuser mon consentement; pour vraies, toutes celles qui me paroitront avoir une liaison nécessaire avec ces premières, & de laisser toutes les autres dans l'incertitude, sans les rejetter ni les admettre, & sans me tourmenter à les éclaircir, quand elles ne mènent à rien d'utile pour la pratique *.

■• Féraud [2bo], III, 240 : « On dit adverbialement par préférence et de préférence ; le premier avec la préposition à; le second sans régime Plusieurs bons

écrivains emploient le premier sans régime : le second est aujourd'hui le plus à la mode; et on s'en sert même avec le régime»; cf. même expression, p. i5i, et Nouvelle Héloïse (V, m), IV, 404.

" Cf. lir « Promenade » des Rêveries, IX. 342 ; « Trouvant de toutes parts des mvstères impénétrables et des objections insolubles, j'adoptai dans chaque question le sentiment qui me parut le mieux établi directement, le plus croyable en lui-même, sans m'arrêter aux objections que je ne pouvais résoudre, mais qui se rétorquaient par d'autres objections non moins fortes dans le système opposé ».

^ Les .Manuscrits et le texte imprimé donnent la même accentuation : régie. C'est une graphie qui trahit, elle aussi, une prononciation provinciale. On en remarquera d'analogues dans les Manuscrits de la Profession : matière, dernière, etc. ; cf. Alexis François, Les Proinncialismes de ./. J. Rousseau [282], 32.

' On sent que ce paragraphe a été ajouté à la rédaction primitive. Rousseau y revient avec insistance sur cette idée, qu'il avait déjà développée quelques pages plus haut, de se borner à des recherches strictement utilitaires et pratiques ; en même temps, il formule la nouvelle « Méthode », dont l'unique maxirhe s'oppose, plus ou moins consciemment, à la première règle de la Méthode cartésienne; cf. Discours de la Méthode, II' Partie [80], 18 : « Le premier [de mes préceptes] était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle; c'està-dire d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute ». Rousseau renverse la règle de Descartes; et chez lui l'évidence est. en quelque sorte, un point d'arrivée et non un point de départ. L'évidence n'est pas d'ailleurs de même nature chez l'un et chez l'autre. L'évidence cartésienne, tout intellectuelle, cherche « le vrai », ce sur quoi on peut fonder la connaissance métaphysique; l'évidence dont se contente Rousseau est l'évidence de cœur, celle qui donne les certitudes pratiques et les règles de vie. C'est ce qu'il écrit à Dom Deschamps. Lettre du 25 Juin 1761 [27], i5i, au moment où il corrige les premières épreuves de YÈmile : « La vérité que j'aime n'est pas tant métaphysique que morale ». L'originalité de la méthode de Rousseau

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