‹ La "Profession de foi du vicaire savoyard"Chapitre 89 sur 176 · I. < Ces lois n'étant... m'est inconnu >. M. font · texte numérisé non relu

I. < Ces lois n'étant... m'est inconnu >. M. font

y a donc de ses mouvemens quelque cause étrani;ere à lui, laquelle je n'apperçois pas; mais la persuasion intérieure me rend cette cause tellement sensible, que je | ne puis voir rouler le soleil sans imaginer une [47] force qui le pousse, ou que si la terre tourne, je crois sentir une rrfain qui la fait tourner.

S'il faut admettre des loix générales ' dont je n'apperçois point les rapports essenciels avec la matière, de quoi serai-je avancé? Ces loix

à réfuter l'absurde chimère de ceux qui prêtent aux premiers éléments des corps des sentiments analogues à ceux des animaux, sentiments qui les portent à s'approcher où s'éloigner par une sorte de désir ou d'aversion réciproque »? — Sur ces sensations et ces perceptions de la matière, cf., plus loin, p. 70 et note.

' Les exemples qui vont suivre préciseront l'allusion de Rousseau. Il songe surtout aux « lois générales » de Descartes et de Newton, aux tourbillons et à l'attraction. Rousseau reste défiant à leur endroit, parce que ces explications simplificatrices de l'univers risquent d'en éliminer Dieu. Il ne fait d'ailleurs que condenser ici les arguments de Pluche dans son Histoire du ciel [i58]. en particulier dans les chapitres intitulés « Le Monde de Descartes », « le Monde de Newton », II, 236-35i. Pluche est décidément très hostile au mécanisme cartésien; il est beaucoup plus sympathique à l'hypothèse newtonienne. Mais aux deux systèmes, il fait le même reproche que Rousseau, de ne pas réserver assez formellement la nécessité de l'action divine, de l'action initiatrice et surtout organisatrice. Cf.. par exemple. 11. 340-341 : « Le plus grand abus qu'on puisse faire de l'attraction n'est pas seulement de nous occuper de généralités stériles : ce serait surtout de se figurer que cette attraction dont l'existence est plus qu'incertaine, ait été la cause formatrice de la terre ; ait donné l'être à des comètes, qui, par l'écoulement de leur substance, vont, bien à propos, ravitailler les sphères épuisées ; et ait enfin donné aux planètes un rang dans le Zodiaque, un cortège plus ou moins grand de satellites, et une masse déterminée. 11 n'y a ni mouvement uniforme, ni attraction, soit centrale, soit superficielle, qui puisse régler cette sage et magnifique ordonnance ». Sur Descartes, cf. notamment p. 2-5-279. A plusieurs reprises, dans ses Institutions chimiques, Rousseau avait déjà manifesté sa défiance à l'égard des grands systèmes philosophiques, qui prétendent expliquer le monde par des « lois générales »; cf. I, i [1], 12 ad ; « 11 faut d'abord commencer par congédier les philosophes et leurs belles hypothèses. Ce n'est pas en bâtissant des systèmes dans son cabinet qu'on connaîtra K Nature; et les monades, et les essences hylarchiques, et les cubes écornés, et la matière subtile, et les atomes crochus sont sans doute de fort jolies inventions : mais je voudrais bien demander à leurs auteurs comment ils s'y sont pris pour voir tout cela ; quant à moi, je n'attends pour admettre le système de Descartes que d'avoir aperçu seulement un globule de lumière. L'inutile travail des spéculatifs oiseux est d'imaginer comment les choses auraient pu se faire ; le vrai physicien recherche comment elles sont faites réellement » ; III, Introduction, 208 b-c : « Le magnétisme particulier de quelques corps, la pesanteur de tous, la génération des animaux et des végétaux sont autant d'opérations qu'on n'explique point par le concours des éléments ni par les lois du mouvement et de la mécanique : que si l'on adopte l'attraction newtonienne, voilà un agent universel mobile de tous les autres et dans lequel réside la première cause de toutes les productions de la nature. .Mais enfin cet agent lui-même, s'il existe, que peut-il faire autre chose qu'émouvoir diftéremment les corps à proportion, si vous voulez, des masses et des distances? Changera-t-il la nature des principes et ne les déterminera-t-il pas, au contraire, à agir de la manière qui leur est propre ? .\insi, dans quelque

lormoit le ciel et la terre, mais i ' qui -donna) le i^ mouvement) à (^ sesj dés. [(5 11 falut joindre à la) force centrifuge * un mouvement de rotation]. ' Neuvton a trouvé la loi de l'attraction ; mais (* l'jattraction (seule) réduiroit bientôt l'univers en une masse immobile: à la loi de l'attraction il a falu joindre un mouvement de projectile pour faire décrire des courbes aux corps célestes. Que Descartes nous dise quelle loi physique a fait tourner ses tourbillons; que ^ Newton nous montre la main qui lança les planètes sur la tangente de leurs orbites '".

' [Il ne put donner].

- [(donnoit)].

^ [premier branle].

^ [ces].

^ [NI mettre en jeu sa]. — I. < ni mettre en jeu... rotation >. " [qu'à l'aide d'].

' sic. —I. (.\euvton) [Newton].

' [la seule].

' sic. — I. (Neuvton) [Newton].

'" [(Quoi le mouvement essentiel à la matière est-il un (mouvement composé) « simple » ou composé)].

n'étant point des êtres réels, des substances -, ont donc quelqu'autre fondement qui m'est inconnu. L'expérience & l'observation nous ont fait connoitre les loix du mouvement, ces loix déterminent les etfets sans montrer les causes; elles ne suffisent point pour expliquer le système du monde <!<: la marche de l'univers. Descartes avec des dés ^ formoit le ciel & la terre, mais il ne put donner le premier branle à ces dés, ni mettre en jeu sa force centrifuge ■* qu'à l'aide d'un mouvement de rotation ^. .\ewton a trouvé la loi de l'attraction : mais l'attraction seule ré- I duiroit bientôt l'univers en une masse immobile; à cette loi. il a r48] fallu joindre une force projectile ' pour faire décrire des courbes aux corps célestes -. Que Descartes nous dise quelle loi phvsique a fait tourner ses

système qu'on veuille raisonner, ces éléments seront bien toujours instruments naturels » ; cf. encore I, 2 et 3. p. 34 a-35 c et 43 a-c.

- Pour comprendre le raisonnement de Rousseau, il faut se rappeler sa théorie de la substance; et., aux Appendices, II. le morceau intitulé La genèse de l'idée de substance : « Si la pensée et le sentiment sont des qualités j^énérales, telles que

la couleur et la figure il faut nécessairement les attribuer à quelque autre substance,

dont nous n'avons aucune idée, et dont elles doivent être elles-mêmes inséparables, comme la couleur et la figure le sont de la matière ».

' Cf. Principes, III, 45 sqq [81], I23 sqq, et notamment | 46. p. i 25 : « Supposons donc, s'il vous plaît, que Dieu a divisé au commencement toute la matière dont il a composé le monde visible en des parties aussi égales entre elles qu'elles ont pu être, etc. »; cf. encore. Traité de la lumière, VIII [57], XI, 48 sqq; mais nulle part, à ce que- je crois. Descartes ne donne le nom de dés à ces parcelles de matière. Malebranche, dans son exposé du système cartésien {Recherche de la Vérité, VI. ti, 4 [86], 224) les appelle des « boules ». Il se pourrait que Voltaire fût le premier à les avoir ainsi appelées ironiquement; cf. Philosophie de Newton, I, 7 [i53]. 427 : « Le système qui imagine des dés mis sans intervalle les uns auprès des autres, et tournant je ne sais comment sur eux-mêmes »; et III, 4. p. 523 : « Il a eu beau imaginer que Dieu avait créé des dés tournants les uns sur les autres, que la raclure de ces dés, etc. ».

* C'est la force qui permet aux différents tourbillons de s'organiser : cf. Principes, III, 58-6o [8r], i32-i33.

° On se rappelle le mot de Pascal, Pensées, LXXVII [83], I, 98 : « Descartes aurait bien voulu, dans toute sa philosophie, pouvoir se passer de Dieu, mais il n'a pu s'empêcher de lui faire donner une chiquenaude pour mettre le monde en mouvement ; après cela, il n'a plus que faire de Dieu ».

' Ce mot ne se trouve admis comme adjectif dans aucun Dictionnaire du X\'lll' siècle; et le texte de Rousseau est le premier texte littéraire, à ma connaissance, où il soit ainsi employé. Cf. Brisson, Traité élémentaire ou Principes de Physique, Paris, Moutard, 1789. in-8, I, 2 25 : « Tous les corps jetés ou lancés hors de la perpendiculaire à l'horizon se meuvent d'un mouvement composé de deux forces : savoir, la force de la pesanteur, et la force qui les lance, que l'on nomme ordinairement force projectile ».

^ Cf. N'oltaire. Philosophie de Newton, III, 14 [i53], 582 : « La gravitation ne rend raison ni de la rotation des planètes sur leurs propres centres, ni de la détermination de leurs orbes en un sens plutôt qu'en un autre ».

Les premières causes du mouvement ne sont point dans la matière; elle reçoit le mouvement ('ou) le communique, mais elle ne le produit

fo ;£25 ^" pas. Plus j"observe || l'action et reaction des forces de la nature ai^issant les unes sur les autres plus je trouve que d'effets en effets il faut toujours remonter à quelque volonté pour première cause, ^(^ car il n'y a point de) progrès de causes à l'infini]. ^ En un mot •* tout mouvement qui n'est pas produit par un autre est (un mouvement) spontané, (ou) « volontaire », 5 les corps inanimés n'agissent que par le mouvement et '■ il

fo 124 '''° " '^' a point de " véritable action sans volonté. || [(En effet, C en remontant) à un [premier] principe actif quel qu'il soit je suis forcé, pour m'entendre de le supposer libre ; c'est à dire ayant la puissance de vouloir ou de ne vouloir pas. Sans cela quand l'Mei principe agit il faut que quelque chose l'y nécessite.

jo 125 ''° D l'est donc pas premier principe comme je l'avois supposé)]. || Voila mon premier principe. Je crois donc qu'une volonté meut l'univers et anime la nature. 'Voila mon premier dogme '"et mon premier article de foi.

' [et].

- [ou a quelque].

■' M. Je trouve que tout.

^ I. tout « mouvement » [(toute action)] qui n'est pas produit par un autre ne peut (être que spontané) [venir que d'un acte spontané ou volontaire]. '" [que].

'•• [qu'il].

' M. mouvement.

" [quand je remonte].

" [ce].

'" M. (et) [ou].

tourbillons; que Newton nous montre la main qui lança les planètes sur la tangente de leurs orbites ^.

Les premières causes du mouvement ne sont point dans la matière: elle reçoit le mouvement & le communique, mais elle ne le produit pas. Plus j'observe l'action & réaction des forces de la Nature agissant les unes

' Terrasson. La Philosophie applicable [212], 2o3 : « Newton avoue qu'il ne connaît pas la première cause de Tattraction ; les cartésiens devraient avouer qu'ils ne connaissent pas la première cause du tourbillon ». Personnellement Rousseau n'était pas cartésien en physique; cf. Verger des Charmettes, VI. 5 :

Je tâtonne Descartes et ses égarements.

Sublimes il est vrai, mais frivoles romans.

Dans les Institutions chitniques [35]. 20, le système de Descartes lui parait surtout « singulier par le ridicule », et il reconnaît que Newton a presque expliqué tous les phénomènes de la nature par le seul principe de l'attraction ». De même, dans le premier Discours, I, 11, note, il souligne ironiquement l'assurance fantaisiste des hypothèses cartésiennes : « Moins on sait, plus on croit savoir... Descartes n'a-t-il pas construit l'univers avee des cubes et des tourbillons»? Quelques lignes plus loin, au contraire, il parle de Newton en homme qui semble l'admirer et s'être laissé convaincre : « Répondez-moi donc, philosophes illustres, vous par qui nous savons en quelles raisons les corps s'attirent dans le vide: quels sont dans les révolutions des planètes les rapports des aires parcourues en temps égaux ; quelles courbes ont des points conjugués, des points d'inflexion et de rebroussement »; mais il y a peutêtre dans ces formules admiratives pius d'ironie que de conviction. Dans la 111' Lettre à Sophie [25]. r53-i54, il semble encore adhérer au système de Newton, comme à une vérité au moins provisoire. Pourtant, lorsqu'il juge les deux systèmes rivaux, non pas tant comme philosophe que comme moraliste ou physicien, il atlécte volontiers de les mépriser l'un et l'autre: cf. Institutions chimiques, I, 2 [1], 84 c-35 a : « Un cartésien vous résoudra toutes vos difficultés par des figures de pores, de corpuscules et par des mouvements différents; à mesure qu'il surviendra de nouvelles propriétés, il les expliquera par de nouveaux mouvements et de nouvelles figures. Un Newtonien, la plume à la main, calculerait des forces attractives et des degrés de cohésion. Est-on, après tout cela, plus savant sur la composition des corps? point du tout. Vous en apprendrez plus en un quart d'heure dans le laboratoire d'un chimiste qu'en toute votre vie parmi les systèmes des philosophes »; Mémoire à M. Dupin [29], 410-411 : « 11 y a des systèmes de physique, c'est-à-dire des hypothèses, suivant lesquelles, supposant que le monde est arrangé, on part de là pour rendre raison de tous les phénomènes; je lui expliquerai [à son élève] les deux principaux qui sont à la mode aujourd'hui, plutôt pour les lui faire connaître, que pour les lui faire adopter. Je n'ai jamais pu concevoir comment un philosophe pouvait imaginer sérieusement un système de physique : les cartésiens me paraissent ridicules de vouloir rendre raison de tous les effets naturels par leurs suppositions, et les newtoniens encore plus ridicules de donner leurs suppositions pour des faits. Contentons-nous de savoir ce qui est, sans vouloir rechercher comment les choses sont, puisque cette connaissance n'est pas à notre portée ». Ici encore il met une coquetterie dédaigneuse à tenir la balance égale entre les deux grandes théories physiques qui se partagent les esprits de son temps. Qu'on adopte l'une ou l'autre, il restera toujours à résoudre le problème de Dieu, le problème de la destinée et du bonheur.

IIO REDACTIONS MANUSCRITES

Comment une volonté produit elle une action physique et corporelle? Je ' n'en sais rien; mais (-j'en ai l'exemple en moi-même i. Je veux agir et j'agis, je veux mouvoir mon corps et mon corps se meut : mais qu'un corps inanimé et en repos vienne à se mouvoir de lui-même ou produise le mouvement, cela est incompréhensible et sans exemple. La volonté [^ m'est connue parj ses actes (^ Quoique je ne connoisse pointi sa nature. Je connois (du moins i cette volonté comme ^ cause (efficiente) [et voilà tout]; mais concevoir la matière (comme) productrice du mouvement c'est ^clairement concevoir un effet sans cause, c'est ne (rien) concevoir ('du tout).

fo 124 ^'^ Il [Il ne m'est pas plus possible de concevoir comment ma volonté

meut mon corps que comment mes sensations affectent mon ame. Je ne sais pas même pourquoi l'un de ces mistéres a paru plus expliquable que l'autre. Quant à moi soit quand je suis passif, soit quand je suis actif (^ la loi de 1') union des deux substances me paroit également incompréhensible: il est bien étrange qu'on parte de cette incompréhensibilité même pour confondre les deux substances comme si des opérations de natures si différentes s'expliquoient mieux dans un seul sujet que dans deux].

' M. l'ignore.

3 [j'éprouve en moi qu'elle la produit]. — I. j'en ai l'exemple en moimême.

^ [est un acte qui).

■* [non par]. — I. quoique je ne connoisse point.

' [première].

° M. < clairement >.

' [absolument rien].

" [le moven d'].

sur les autres, plus je trouve que d'effets en effets, il faut toujours remonter à quelque volonté pour première cause, car supposer un proj^rès de causes à l'infini, c'est n'en point supposer du tout*. En un mot, tout mouvement qui n'est pas produit par un autre, ne peut venir que d'un acte spontané, j volontaire; les corps inanimés n'agissent que par le [49] mouvement, & il n'v a point de véritable action sans volonté. Voilà mon premier principe. Je crois donc qu'une volonté meut l'L'nivers & anime la Nature. X'oilà mon premier dogme, ou mon premier article de toi ^. Comment une volonté produit-elle une action phvsique & corporelle? Je n'en sais rien, mais j'éprouve en moi qu'elle la produit. Je veu.x agir, & j'agis; je veux mouvoir mon corps, & mon corps se meut -: mais qu'un corps inanimé & en repos vienne à se mouvoir de lui-même ou produise le mouvement, cela est incompréhensible & sans exemple. La volonté m'est connue par ses actes, non par sa nature. Je connois cette volonté comme cause motrice, mais concevoir la matière productrice du mouvement, c'est clairement concevoir un effet sans cause. | c'est ne [50] concevoir absolument rien.

Il ne m'est pas plus possible de concevoir comment ma volonté meut mon corps, que comment mes sensations affectent mon ame. Je ne sais pas même pourquoi l'un de ces misteres ^ a paru plus e.xpliquable -que l'autre. Quant à moi. soit quand je suis passif, soit quand je suis actif, le moven d'union des deux substances me paroît absolument incompréhensible. Il est bien étrange qu'on parte de cette incompréhensibilité

' C'est la preuve bien connue, dite « du premier moteur », et longuement exposée par Aristote dans le VIIl" Livre de sa Physique : En remontant dans la série des causes, il faut enfin s'arrêter [ivify.r) <rrr|Vai) à un premier moteur, qui soit un moteur immobile (tt^mtov -/.ivo-jv.- xivoCv àxivritov). La démonstration avait été reprise par Fénelon, Existence de Dieu, 1, 81 [114], 39, Bonnet. Essai de Ps}-clwlogie, LV [208], 164, etc.

' Le théisme de Rousseau est véritablement pour lui une religion. Les étapes intellectuelles de la démonstration une fois franchies, la vérité proprement philosophique qu'il a conquise semble s'évanouir pour lui : il reste une affirmation religieuse, un « dogme ». auquel il adhère non seulement avec tout son esprit, mais avec toute sa volonté.

^ Cet argument de l'expérience intime, pour prouver la spontanéité du mouvement, avait déjà été employé par Rousseau, presque dans les mêmes termes, quelques pages plus haut : cf. p. 44 et note 6. 11 sera repris un peu différemment

' Le « mystère » de la sensation, que les philosophes contemporains semblent trouver inteLigible, tandis qu'ils déclarent que « le mot de liberté ne signifie rien », cf, plus loin, p. 76 et note 1.

112 REDACTIONS MANUSCRITES

f" 125 "'° Il 'Si le mouvement étoit essentiel à la matière il en serait inséparable,

fo 124 ™ '' y seroit toujours en même degré, || [(il seroit) « toujours » le même dans chaque portion de matière lil ne pourroit ni augmenter ni diminuer) fo 125 ""^ il seroit incommunicable '-'] |1 et l'on ne pourroit pas [même] « '* concevoir » jo J26 ^° '^ matière en repos. Quand on me dit que le jj mouvement ne lui est pas essentiel mais nécessaire on veut me donner le change par des mots * gue je n'entens pas. Car ou le mouvement de la matière lui vient d'ellemême et alors il lui est essentiel, ou il lui vient d'une cause étrangère, et alors il n't^etoit) nécessaire à la matière qu'autant que la cause motrice agit sur elle : nous rentrons dans la première difficulté.

' I. Le dogme [à la raison, ni à l'observation;] n'est-ii pas clair

que si.

- [* il ne pourroit augmenter ni diminuer »].

^ [(imaginer)].

* I. qui (ne sont difficiles) [seroient plus aisés] à réfuter (que parce qu'ils n'ont aucun) [s'ils avoient un peu plus de] sens.

"■ [est].

même pour confondre les deux substances, comme si des opérations de natures si différentes s'expliquoient mieux dans un seul sujet que dans deux.

Le dogme que je viens d'établir est obscur, il est vrai, mais enfin il offre un sens, & il n'a rien qui répugne à la raison, ni à l'observation; en peut-on dire autant du matérialisme? N'est-il pas clair que si le mouvement étoit I essenciel à la matière i, il en seroit inséparable, il y seroit [51] toujours en même degré, toujours le même dans chaque portion de matière, il seroit incommunicable, il ne pourroit augmenter ni diminuer, & l'on ne pourroit pas même concevoir la matière en repos. Quand on me dit ^ que le mouvement ne lui est pas essenciel, mais nécessaire, on

' Pour la troisième fois en quelques pages (cf.. plus haut, p. 43 et ^5), Rousseau revient sur la théorie « du mouvement essentiel à la matière ». et presque avec les mêmes arguments. Il v reviendra plusieurs fois encore, au moins dans son brouillon, car ces développements seront en grande partie supprimés, tant les redites y seront manifestes : cf, plus loin, dans B, f I25", et, dans F, f 161". Ici même on comprend mal cette reprise d'une discussion qui semblait close par l'affirmation précédente : « Voilà mon premier dogme, ou mon premier article de foi ». Nous avons déjà constaté chez Rousseau, dans l'allure de sa pensée, ces retours en arrière : cf.. plus haut, p. 44, note 6. On en verra d'autres exemples.

' Cette formule semblerait indiquer que Rousseau avait en vue un texte précis, où cette distinction était explicitement formulée (cf. d'ailleurs, dans B, f i25", la note supprimée |. Mais je n'ai pu retrouver ce texte, s'il existe. Dans la traduction de Clarke, au contraire, Rousseau pouvait lire essentiel ou nécessaire employé indifléremment, ou simultanément, comme des expressions synonymes; cf, par exemple [i25], 1, 45-46 : « Un auteur moderne a prétendu prouver que le mouvement était nécessaire à la matière... Il faut que cet effort vers le mouvement qu'il prétend être essentiel à la matière... Si l'athée suppose le mouvement essentiel et nécessaire à quelque partie de la matière... etc. ». C'est Toland qui est ici visé; or, dans Toland également, dans l'original comme dans la traduction, nulle diftérence entre les deux termes; cf. Letters to Serena, London, 1714, in-8, Letter V, p. 166-167 : « motion essential to matter » équivaut à « the necessary activity of matter »; et Lettres philosophiques sur l'origine des préjugés, V [248]. 190-191 ; « Le mouvement est essentiel à la matière » équivaut à cette autre formule : « l'activité lui est nécessaire ». D'après la date de cette traduction (1768), il semblerait que, six ans après la Profession de foi, la distinction rapportée par Rousseau non seulement ne s'était pas établie parmi les philosophes matérialistes, mais que l'emploi indistinct de l'une ou l'autre expression ne prêtait à aucune équivoque. Si donc, comme il est possible, la formule de Rousseau recouvre une allusion précise, il s'agirait sans doute de quelque système récent, et dont l'influence fut brève. Rousseau lui-même, à l'époque où il écrivait ses Institutions chimiques, paraissait ignorer cette distinction : cf. [35], 20 : « Nous voyons bien que l'agent universel est le mouvement, qu'il concourt à tout, que rien ne se fait sans lui et qu'il est capable de donner à la matière un très grand nombre de modifications; mais, quand Descartes a prétendu tirer de ce seul principe la génération de tout l'univers, il a bâti un système singulier par le ridicule, et il a, sans. y penser, fourni des armes aux matérialistes, qui, attribuant à la matière un mouvement néces-

Les idées générales et abstraites sont la source des plus grandes fo 125 ^° erreurs des hommes. || [' Defiez-vous i - de tout) philosophe qui vous 'éblouissant par ces (^propositions générales ne vous (-'permet) jamais ("de les particulariser) par des exemples sensibles. ' Dites moi, mon ami, si quand on vous parle d'une force [aveugle] répandue dans toute la nature '^ on f° 126 '■° porte quelque [véritable] idée à vôtre esprit?]. || On croit dire quelque chose par ces mots vagues de force ^ universelle et de mouvement « nécessaire * » et l'on ne dit rien [du tout". i° L'idée du mouvement]

f° 125 * ° Il * \.^^ °°^®' (^^^ 1^® ^^ mouvement est essentiel à la matière c'est dire

une chose manifestement fausse car qui est-ce qui ne conçoit pas distinctement la matière en repos ? Dire que le mouvement ne lui est pas essentiel mais nécessaire, ce n'est au fond que changer les termes car s'il n'y a nulle cause antérieure le mouvement ne sauroit être nécessaire à la matière qu'il ne lui soit essentiel)].

' I. (Depuis que le monde existe)* [(et) jamais (mot illisible)] le jargon de la métaphysique n'a (pas) fait « découvrir » (démontrer) une seule vérité. - [d'un].

' M. otTusquant par toutes ces abstractions. ■* [grandes abstractions].

' [laisse].

" [rien eclaircir].

' (Vous ?).

" (vous).

'■' (et de). ^ '" (Sitôt qu'on veut l'appliquer).

veut me donner le chanj^e par des mots qui seroient plus aisés à réfuter, sils avoient un peu plus de sens. Car ^, ou le mouvement de la matière lui vient d'elle-même & alors il lui est essenciel, ou s'il lui vient d'une cause étrangère, il n'est nécessaire à la matière qu'autant que la cause motrice agit sur elle : nous rentrons dans la première difficulté.

Les idées générales & abstraites sont la source des plus grandes erreurs des hommes ^; jamais le jargon de la métaphysique n'a fait

siiire, en ont fait le Dieu qui a créé et qui conserve le monde »; il l'ignorait encore en 1756 : cf., plus loin, p. 37, note 3, le passage de sa Lettre à Voltaire, où mouvement essentiel et mouvement nécessaire ont une valeur identique ». .Mais le texte des Institutions chimiques pourrait suggérer une autre hypothèse. La formule du Vicaire ne contiendrait aucune allusion précise à tel système récent, mais viserait en général les matérialistes qui se réclamaient du mécanisme cartésien ; Rousseau reprendrait, en le serrant davantage, un argument traditionnel ; cf., par exemple, Buffier, Premières vérités, 466 [120], II, 68: «.Si l'on prétend que les règles du mouvement, étant nécessaires dans la Nature, il a dû s'en suivre nécessairement un ordre de choses, tel qu'il sera en effet, je réponds que les lois naturelles du mouvement dans la Nature n'y sont nécessaires que par une volonté libre d'une cause intelligente, car. sans elle, la matière, étant indifférente par elle-même à tel degré ou telle direction de mouvement, comment y aurait-elle été déterminée » ?

' Cf. Abbadie, Religion chrétienne, I, i, 5 [92], I, 26 : « Je voudrais bien savoir d'où son mouvement [de la matièrej est sorti. Car il faut de deux choses l'une, qu'il soit essentiel à la matière de se mouvoir, ou qu'il y ait un Dieu qui ait imprimé le mouvement dans la matière. Ce mouvement doit être attaché à la nature de la matière ou venir du dehors, il n'y a pas de milieu ».

* Cf. ce que Rousseau répondait au métaphysicien Dom Deschamps, abstracteur et généralisateur, s'il en fut, dans sa Lettre du 8 .Mai 1761 [27], 148-149 : « La méthode de généraliser et d'abstraire m'est très suspecte, comme trop peu proportionnée à nos facultés». C'est là, d'ailleurs, une déclamation à la mode, non seulement chez la plupart des philosophes sensualistes, mais chez tous ceux qui se piquent alors de science expérimentale et d'observation : cf. Mornet, Les Sciences de la Nature, 11, i [289], 76-80. Aussi Rousseau se trouve ici d'accord artc ceux-là même qu'il vient de combattre; cf. Condillac, Traité des Systèmes, chap. H « De l'inutilité des svstèmes abstraits », III « Des abus des systèmes abstraits » 187], 14-45; De L'Esprit, I, 4, « De l'abus des mots » [223 .A], 3i (Cette partie de la Profession a été écrite après la lecture du livre d'Helvetius) : « Je vais prouver qu'en métaphysique et en morale, l'abus des mots et l'ignorance de leur vraie signitîcation est, si j'ose le dire, un labyrinthe où les plus grands génies se sont quelquefois égarés. Je prendrai pour exemple quelques-uns de ces mots qui ont excité les disputes les plus longues et les plus vives entre les philosophes; tels sont en métaphysique, les mots de matière, d'espace et d'infini ». Mais, comme dit Helvetius lui-même, « M. Locke a si heureusement traité ce sujet » que c'est chez lui que tous les adversaires des « idées abstraites » et du « jargon de la métaphysique » vont chercher leurs arguments; cf., en effet. Entendement humain. Livre III « Des mots », passim, et, en particulier, chap. X « De l'abus des mots » [102], 408 : « Un grand abus qu'on fait des mots, c'est qu'on les prend pour des choses... Qui est-ce, par exemple, qui ayant été élevé dans la philosophie péripatéticienne... n'est pas persuadé que les Formes substantielles, ^es Ames végétatives, V Horreur du vide, les Espèces intentionnelles, etc..

Il6 RÉDACTIONS MANUSCRITES

1 n'est autre chose que l'idée du transport d'un lieu à un autre i'- selon) une direction déterminée, « car » [la distance d'un lieu à un autre se mesure par une ligne et] « un être » individuel ne (•' sauroit) se mouvoir à la t'ois dans tous les sens. i*En) quel sens donc la matière se meut-elle nécessairement. Toute la matière en corps a-t-elle un mouvement (^uniformei ou chaque atome a-t-il son mouvement propre? Selon la première idée l'univers entier doit former une masse solide et indivisible; selon la seconde il ne doit former qu'un fluide épars et incohérent sans qu'il soit jamais possible que deux atomes se reunissent. {^ Selon) quelle direction se fera ('lei mouvement commun de toute la matière? * ou de chaque portion de matière ? Sera-ce en droite ligne « ^ ou circulairement » ? en haut, en bas, (à gauche oui à droite '". Si chaque "portion de matière f° 127 ^^ a sa direction différente || des autres quelles seront les causes de toutes f^ 126 ^° ces directions et de toutes ces différences. || [''- Si chaque atome ou molécule de matière ('■' n'avoit qu'un mouvement circulaire) jamais rien ne sortiroit de sa place et il n'y auroit point de mouvement communiqué : encore même faudroit-il que ce mouvement circulaire fut déterminé dans quelque sens [et que son axe eut ime direction précise]. Donner à la matière le mouvement par abstraction c'est dire des mots qui ne signifient rien, et lui donner un mouvement déterminé c'est supposer fo J27 '"o une cause qui le détermine]. || Plus '* je multiplie les (''mouvemens dans la nature), plus j'ai de nouvelles causes à expliquer sans jamais trouver aucun agent commun qui les dirige. Loin de pouvoir imaginer ['■'' aucun ordre dans le concours " fortuit des elemens je n'en puis pas même

' [(emporte)].

' [(dans) et ce transport suppose toujours-].

" [peut].

* [Dans].

^ [commun].

" [Sur].

' [ce].

' [(ce mouvement particulier)]. — M. < ou de chaque portion de matière ; .

' M. [ou circulairement].

'° [ou à gauche]. — M. à gauche.

" I. (por TioN) [molécule].

'^ [(Que)].

" [ne faisoit que tourner sur son propre centre].

'* I. (j'ai de) je multiplie.

"* [(agens) forces particulières].

'" (le concert [l'accord] des élemens).

''Au crayon, l'epassé à l'encre.

découvrir une ; seule vérité, & il a rempli la philosophie d'absurdités [^2] dont on a honte, si-tùt qu'on les dépouille de leurs grands mots. Ditesmoi, mon ami, si, quand on vous parle d'une force ' aveugle répandue dans toute la Nature, on porte quelque véritable idée à votre esprit? On croit dire quelque chose par ces mots vagues de force universelle, de mouvement nécessaire, & l'on ne dit rien du tout. L'idée du mouvement n'est autre chose que l'idée du transport d'un lieu à un autre 2, il n'y a point de mouvement sans quelque direction ; car un être individuel ne sauroit se mouvoir à la fois dans tous les sens. Dans quel sens donc la matière se meut-elle nécessairement '? Toute la matière en corps a-t-elle

.sont quelque chose de réel?... Les Platoniciens ont leur Ame du monde, et les Épicuriens la Tendance de leurs atomes vers le moui'ement, dans le temps qu'ils sont en repos. A peine v a-t-il aucune secte de philosophie qui n'ait un amas distinct de termes que les autres n'entendent point ». « Depuis Locke, remarque Chaumeix en ij5g,- Pré/ugés légitimes f223\ IV, 3o. déclamer contre l'abus des mots est un lieu commun où chacun abonde en son sens ».

' Cf. Maupertuis, Essai de cosmologie '194]. 28 : « D'autres ont cru avancer beaucoup [pour e.xpliquer les lois du mouvement^, en adoptant un mot qui ne sert qu'à cacher notre ignorance : ils ont attribué au.x corps une certaine force pour communiquer leur mouvement aux autres. Il n'y a dans la philosophie moderne aucun mot répété plus souvent que celui-ci, aucun qui soit si peu exactement déhni. Son obscurité l'a rendu si commode, qu'on n'en a pas borné l'usage aux corps que nous connaissons : une école entière de philosophes attribue aujourd'hui à des êtres qu'elle n'a jamais vus une force qui ne se manifeste par aucun phénomène ». Helvetius, De L'Esprit, III, 9 '225 .\, 822 : « [Dreu] a dit à la matière : je te doue de la force. Aussitôt les éléments, soumis aux lois du mouvement, mais errants et confondus dans les déserts de l'espace, ont formé mille assemblages monstrueux, ont produit mille cahos divers, jusqu'à ce qu'enfin ils se soient placés dans l'équilibre et l'ordre plivsique dans lequel on suppose l'L'nivers rangé ». Il est possible que ce soit ce passage d'Helvetius qui ait inspiré la riposte de Rousseau.

' Il est assez piquant de constater que, dans le paragraphe même où Rousseau vient de reprendre les arguments de Locke contre les idées abstraites, qui font « prendre les mots pour les choses ». il reprend aussi l'une des définitions que Locke avait critiquées, comme étant de pseudo-définitions, une de celles où l'on se sert de l'idée à définir précisément pour la définir; cf. Entendement humain, III, iv, « Du nom des idées simples », | 8 et 9, « Exemple tiré du mouvement » [102], SSg : « Nos philosophes modernes, qui ont tâché de se défaire du jargon des Écoles et de parler intelligiblement, n'ont pas mieux réussi à définir les idées simples par l'explication qu'ils nous donnent de leurs causes... Ainsi les partisans des atomes qui définissent le mouvement, un passage d'un lieu dans un autre, ne font autre chose que mettre un svnonvme à la place d'un autre. Car qu'est-ce qu'un passage, sinon un mouvement ?... C'est traduire et non pas définir, que de mettre ainsi deux mots de la même signification l'un à la place de l'autre ».

' Les arguments qui suivent sont empruntés à la réfutation traditionnelle de l'épicurisme; cf. Fénelon, Existence de Dieu, I, 82 [^114], 40: « Le mouvement est tellement accidentel et surajouté à la nature des corps, que cette nature des corps

Il8 REDACTIONS MANUSCRITES

imaginer le combat, et le cahos de l'univers i m'est incompréhensible -. fo 126 '" Il [(•'^ comprends que le mécanisme du monde peut n'être pas intelligible à l'esprit humain, mais lorsqu'un homme se mêle de l'expliquer, il doit dire des choses que les hommes entendent)], t

' [(ne) m'est (pas moins.... aussi) plus]. — I. aussi inconcevable. ^ [que son harmonie].

t La formule, légèrement variée, sera reprise plus loin. B, /"" 128'

un mouvement uniforme, ou chaque atome a-t-il son mouvement propre? Selon la première idée. l'Univers entier doit former une masse solide & indivisible; | selon la seconde, il ne doit former qu'un fluide épars & [53] incohérent, sans qu'il soit jamais possible que deux atomes se réunissent. Sur quelle direction se fera ce mouvement commun de toute la matière? Sera-ce en droite ligne (^j, en haut, en bas, (''1 à droite ou à gauche? Si chaque molécule de matière a sa direction particulière, quelles seront les causes de toutes ces directions & de toutes ces différences ? Si chaque atome ou molécule de matière ne faisoit que tourner sur son propre centre, jamais rien ne sortiroit de sa place, & il n'y auroit point de mouvement communiqué; encore même faudroit-il que ce mouvement circulaire fût déterminé dans quelque sens. Donner à la matière le mouvement par abstraction, c'est dire des mots qui ne signifient rien: & lui donner un mouvement déterminé, c'est supposer une cause qui le détermine. Plus je I multiplie les forces particulières, plus j'ai de nouvelles causes [54] à expliquer, sans jamais trouver aucun agent commun qui les dirige. Loin de pouvoir imaginer aucun ordre dans le concours fortuit des é émens, je n'en' puis pas même imaginer le combat, & le cahos de

(«) C, D : ou circulairement.

(h) C, D : â droite, à gauche r

ne nous montre point une règle primitis-e et immuable, suivant laquelle ils doivent se mouvoir, et encore moins se mouvoir suivant certaines règles. De même que les corps auraient pu ne se mouvoir iamais, ou ne se communiquer jamais de mouvement les uns au.x autres, ils auraient pu aussi ne se mouvoir jamais qu'en ligne circulaire ;

et ce mouvement aurait été aussi naturel que le mouvement en ligne directe

D'ailleurs ce mouvement en ligne directe pouvait être de bas en haut, ou de haut en bas, du côté droit au côté gauche, ou du côté gauche au droit, ou en ligne diagonale. Qui est-ce qui a déterminé le sens dans lequel la ligne droite serait suivie » ? Ditton, Religion Naturelle [128]. II. 804 : « Si la matière a le pouvoir du mouvement par elle-même, il faut que ce soit ou dans une détermination particulière, ou dans tous les sens possibles; ou dans les déterminations qu'elle juge être les plus propres selon l'exigence des cas. Si c'est le premier, la matière ne pourra jamais se donner d'autre mouvement, et suivra toujours la détermination qui lui est propre. Cependant il n'y a qu'à ouvrir les yeux pour se convaincre que la matière se meut dans le monde en une intînité de directions diftérentes. Ainsi donc cette première supposition est visiblement fausse. Quant à la seconde, il parait que le pouvoir de se donner toutes les déterminations possibles met la matière dans une indétermination et dans une indifférence absolues. C'est lui ôter toute faculté de se mouvoir elle-même, parce que le pouvoir de se mouvoir en tout sens, est le pouvoir de se mouvoir en aucun, c'est-à-dire de ne se point mouvoir. Ainsi cette autre supposition est une contradiction manifeste », etc.

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