‹ La PrometheideChapitre 24 sur 66 · PROMÉTHÉE, - PANDORE, - LE CHOEUR DES MORTELS PROMÉTHÉE · texte numérisé non relu

PROMÉTHÉE, - PANDORE, - LE CHOEUR DES MORTELS PROMÉTHÉE

C'est donc toi, le vivant stratas^èroe qu'ont machiné les Dieux î

Toi, qu'on envoie, en place du tonnerre,

toi, qui dois abolir la justice, abrutir l'homme,

et vaincre, en un moment, tout le génie de Promélhée !

Certes, je t'étudie et j'avoue que jamais

le Mal ne revêtit forme plus attrayante;

oui, tu es le chef-d'œuvre des malices divines...

Comment Épiméthée eût-il vu,

sous ce visage rose et ces chairs rayonnantes,

la monstruosité que tu enfermes?

Quels yeux reconnaîtraient, en toi,

une œuvre de mort et de haine?

Oui, tu devais tromper quiconque t'approchait.

Prométhée seul te pressent, te pénètre,

radieux instrument des plus basses vengeaucesî

LE CHœUR

La colère de Promélhée nous étonne :

devons-nous douter de lui, qui nous sauva? Comment ne pas voir qu'il jalouse l'acte divin de Zeus, et qu'il voudrait chasser cette Déesse, de la Terre ?

PROMÉTHÉE (regard mt toujours Pandore.)

Je n'aurais pas fait mieux!

Héphaistos du reste a copié mon œuvre.

Il a fait prédominer la courbe;

LA PIlOMETlIÉIDE

Aphrodite a donné le charme au moavemeDt et ce sourire vient des Grâces.

Tu as reçu les dons de tous les Dieux, tu t'appelles Pandore ;

afin que tu gardes ton nom,

je t'ornerai d'un mérite nouveau.

LE CHOEUR

Pandore! quel doux nom!

Je tremble que Proraéthée ne soit méchant, injuste. Eli ! le souffririons-nous?

Ta es belle et tu sais mentir, mais tu es sotte! Tes beaux yeux comme des pierreries reflètent la lumière et non pas la pensée.

On t'a fait un beau corps ; mais quelle àme, pleine de niaiserie?

Je ne puis te détruire, ni t éviter.

Déjà les Mortels séduits ne m'obéiraient plus,

si je voulais les détourner de toi. . .

LE CHOEUR

Ah t combien de joie, j'éprouve à contempler Pandore ! Elle me semble être, ici-bas, le bien suprême ! N'écoutons pas davantage ProméLhée ; H a donné le Feu, Zeus a donné Pandore !

Si j'envisage combien Pandore ressemble à Thomme

et la fascination qu'elle exerce sur lui,

je ne puis voir, en elle, la seule ruse de Zeus.

Le Destin plane ici : je sens sa volonté.

Mon œuvre restait donc incomplète?

Pandore serait-elle, l'être de transition

delà nature à l'homme, son écho, son double, son réflexe,

THÉÂTRE DE LA ROSE f CROIX

Ah ! mes yeux s'éblouissent et mon cœur se passionne Pandore nous semble l'être tant désiré qui apparaissait dans nos songes I

J'oublie Zeus et sa haine :

Pandore m 'apparaît l'envoyée du Destin ;

elle achève l'humaine harmonie.

Oh ! comment conquérir cet être de vertige

et la rendre attentive et docile à mes ordres ?

Gomment frapper cette beauté stupide ?

par quel éclat ? ou la séduire, mais par quel artifice?

Il faut que je lui fasse un don qui Fétonne et la soumette!

LE CHOEUR

Ah! si Zeus nous donnait, à tous, une Pandore, nous lui élèverions des temples !

Toi que j'ai deviné, toi que je cherche sans pouvoir te connaître,

que j'appellerais Dieu, si Zeus n'était pas Dieu,

ô toi qui aujourd'hui encor si obscurément te manifestes,

ô Maître du Destin, Créateur des Mondes et des Hommes,

de Prométhée et de Pandore, inspire-moi !

Gomment ce nouvel être servira-t-il tes desseins ineffables?

Je le sens, cette nouvelle créature est ici par ton ordre,

et Zeus, en l'envoyant, t'a obéi.

Elle est ton instrument, et la forme nouvelle de ton vouloir.

Seul, hélas, en face de l'énigme,

je n'ose plus maudire et je ne comprends pas encor.

La raison, des paroles n'agiraient pas

sur cet être accompli seulement de matière.

Son sourire hébété ne décèle aucun sentiment, les Dieux l'ont faite aussi stupideque charmante. A quel être vivant, confier ma pensée?

Entre le Dieu qui ruse et l'homme qui désire, entre ces deux passions, que faire, ô, Prométhée ?

LE CHOEUR

Prométhée lui-même subit le charme

et Pandore sourit comme un ciel de printemps 1

Une lueur d'intelligence vient de luire en ses yeux Son sein oppressé s'agite : on dirait qu^elle pense et va se révéler !

Oh I soyons attentifs. Elle tressaille ; l'espoir me caresse le cœur

comme au moment oii ma mère Thémis m'inspire î

LE CHOEUR

Je suis anxieux de connaître la pensée du Daïmon ; son sentiment, à juger par son visage maintenant se rapproche du nôtre.

PROMÉTHÉE (incantant)

Symbole du bonheur, synthèse de nature,

élément accompli, ô rayonnante créature.

ô mouvement joyeux, mirage glorieux,

prestige tout-puissant, ô Pandore, ô Déesse,

obéis à Tincantation du Titan !

La voilà, devant toi, cette race souffrante

qui vagissait sous des maux écrasants,

abandonnée des Dieux qui la voulaient détruire ;

malgré mon zèle, elle attend encor son salut I

Elle t'ignore, en ton essence, cette race éphémère ;

T H É A i il E Diù LA ROSE f CHOIX

elle te voit briller et te salue de son désir.

0 Matière splendide, si je te donne une àrne,

voudras-tu sauver les humains?

Ils sont féroces : tu les rendrais sensibles;

ils sont matériels : tu les ferais rêveurs :

ils sont errants: et ils s'arrêteraient autour de toi;

ils ont le cœur stérile : tu les féconderais de ton sourire.

0 Pandore, ta puissante faiblesse

réduirait leur brutale nature.

Si tu comprends ta voie, Thumanité te proclamera reine

viens régner, viens aimer, viens consoler, viens resplend

ô subtile Matière, finis la barbarie

et purifie l'instinct : et que nul homme désormais

ne déteste et ne tue son semblable!

Succède dans leur cœur aux passions sauvages!

Tu souris ? Comprends-tu la gloire où je t'appelle,

reine des songes et reine des chimères,

truchement du mystère, dont je prévois

l'effet prodigieux au faible esprit de l'homme!

Par toi, devenu doux et sédentaire,

par toi, il fonde le foyer!

Le plus auguste des secrets je vais le révèle;:

la race humaine au lieu de naître

dans l'harmonie des forces naturelles,

sera perpétuée, par la vertu de ton corps précieux !

Pandore, interroge tes flancs, un mystère s'y élabore;

Pandore, écoute dans ta pâmoison, ces jeunes cris;

Pandore, regarde l'être jailli de toi ;

et maintenant tu t'appelles la Mère :

jeté salue, sublime Majesté!

Penche-toi sur ce berceau d'osier, vois ces langes.

Etre sacré. Être divin, source de l'homme!

Viens régner, viens aimer, viens consoler, viens enfanter

Toi qui seras le foyer, la famille,

LA PKOMÉTIIÉIDE

toi qui seras la douce vierge, et puis, la mère auguste,

toi qui incarneras le dévouement et la bonté,

toi qui engendreras les peuples et les villes,

ô toi qu'attendaient les Mortels, nouvelle Héra,

viens créer l'homme, une seconde foi--^,

selon la douceur et la joie infinies !

Et vous, Mortels, tressaillez d'allégresse,

exultez en d'inouïs transports t

Eros vous a bénis et vos songes se réalisent !

Voici la vierge, voici l'épouse, voici la mère,

voici le vrai salut : l'avenir est promis.

De ce jour, l'humanité conquiert sa destinée.

Mortels, haussez vos cœurs!

Je voulais vous arracher à la souffrance,

mais elle est le moyen de l'immortalité !

Le Destin me dédit et l'impose à nouveau ;

mais voilée, mais charmante !

Recevez donc la douleur attrayante,

Mortels ! voici la Femme !

LE CHOEUR

Proniéthée nous donne Pandore !

Oui, nous obéirons à l'adorable créature,

et nous serons très doux ; nous plierons notre rude nature !

Viens fonder le foyer, la famille !

Nous ne comprenons pas encor,

le grand secret de tes flancs précieux.

Si tu es la douleur, oh ! la douleur est belle î

Succède dans nos cœurs aux passions sauvages. Femme !

0 Femme, viens régner, viens aimer, viens consoler, viens resplendir î

Et maintenant, Pandore, si mon verbe t'a prise et possédée, approche : voici la flamme défendue, voici le Feu céleste!

THÉÂTRE DE LA ROSE f CROIX

Si d'un cœur hardi, tu y touches,

tu deviens consciente, tu connais le bien et le mal,

tu seras semblable aux Déesses.

Veux-tu comprendre? veux-tu savoir?

Veux-tu souffrir? Veux-tu aimer ? veux-tu vivre?

PANDORE (avec une grande énergie)

Je veuxl

Par la vertu du Feu que j'ai ravi au Ciel. Pandore, reçois l'intelligence et connais le bien et le mal 1

(Prométhée a pris le feu sur Tautel, l'a tenu en ses mains et le jette sur Pandore où il reste comme une auréole jusqu,à sa sortie)

PANDORE (subitement vive et intelligente)

Qui suis-je? ... En quel lieu? . . .

Quel est celui qui parle? quels sont ceux qui regardent ?

Je sors de la ténèbre, . . . mon àme jaillit à la lumière,

Tu m'appelles Pandore? et c'est ici la terre?

Moi. ... je viens de l'Olympe. . .

Aide-moi. . . aide moi à comprendre!

Je revois l'auguste assemblée

les Dieux riaient, quand je parus ;

chacun me caressait sans tendresse.

Ils m'ont parée et puis l'un d'eux m'entraîna,

me parlant de mensonge, de perfidie

Toi qui commandes,

toi qui n'as pas ri à ma vue,

toi qui me parles avec autorité et cependant avec douceur, réponds. . . qui suis-je? . . . de quel sang, suis-je née ?

Tu es fille des Dieux qui rirent, en te voyant.

PANDORE

Pourquoi n'ont-ils pas gardé leur enfant?

Ils t'ont sacrifiée au besoin despotique.

Ceux-là, les Ephénfières, que j'ai civilisés,

déjà semblaient redoutables aux Dieux.

On t'envoie pour nuire à la terre

mais tu déjoueras les desseins de ces parents dénatu

tu aimeras les hommes!

PANDORE

Je regrette les Dieux l

LE CHOEUR

Oh ! triste parole pour nous !

Oh ! pourquoi Tavoir entendue !

PROMÉTHÉE Voici donc ma vengeance, ô Zeusf

PANDORE Ne puis-je remonter vers eux ?

Tu peux les attirer vers toi.

PANDORE Gomment ? Comment ? Comment ?

Vers rOlympe, oriente ton cœur; darde le rayon séducteur de tes yeux,

THÉATIUÎ DE LA ROSE f CROIX

et que l'arc de tes lèvres lance tous ses sourires !

Ouvre tes bras, ouvre tes flancs,

les Dieux y tonriberont sous la flèche de ton désir,

comme un oiseau blessé !

— Olympiens, vous vouliez abolir mon œuvre,

mais je retourne l'arme contre vous !

De Pandore naîtra une race hardie :

ses filles vous plairont, Immortels !

vous viendrez dans leur lit.

Ainsi les Dieux se mêleront aux hommes,

car le Destin le veut !

LE CHOEUR

Gomment, toi si subtil, profères-tu cette sentence ? Les Dieux mêler leur sang au sang des Ephémères!

L'avenir prouvera mon oracle : ne le discutez pas ; c'est le dernier que je prononce, parmi vous.

LE CHOEUR

Ah! Proméihée, nous voilà pleins d'etfroi :

Tu es notre Dieu, notre ami, notre Père ;

Pourrais'tu abandonner tes fils, les pauvres Éphémères?

PROMÉTHÉE Je me sens arrêté dans ma tâche ;

je suis cette flèche perdue qui atteint le but et s'y brise •

je suis le char qui arrive et s'émiette inutile;

je suis la nef brisée sur les rochers du port.

Ah! j'ai bien fait de me hâter !

Mais toi. Dieu jaloux, Dieu stérile,

qui n'a pas su vouloir le bien

et qui laisses un Daïmon te supplanter

LA PhOMÊTHÉlDR

dans la tâche sublime ;

toi qui m'écoutes et m'épies du haut de ton Olympe,

tu descendras dans le lit des Mortelles !

Les filles de Pandore te donneront des fils,

ô Maître des Heureux !

Et parmi tes amours une surtout,

indiscrète, fatale, te précipitera du trône

où tu te crois si fermement assis I —

(Tonnerre) Ce bruit annonce l'injustice.

(Au Chœur) Mortels que j'ai aimés, gardez mon souvenir !

Prométhée a fait son office :

Les Dieux m'ont envoyé et les Dieux me rappellent !

LE GHOElR

Dieu Prométhée, reste au milieu de tes fidèles ! Prométhée, notre Père, ne quitte pas tes fils !

THEATRE DE LA ROSE f CROIX

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