‹ La PrometheideChapitre 43 sur 66 · PROMÉTHÉE, - LE CHOEUR DES TITANS, ~ HÉRAKLÈS. PROMÉTHÉE · texte numérisé non relu

PROMÉTHÉE, - LE CHOEUR DES TITANS, ~ HÉRAKLÈS. PROMÉTHÉE

Vite, devant mes yeux, ta chère présence ! Vite ton nom à mon oreille, à mon cœur !

HÉRAKLÈS

Je suis Héraklès, fils de Zeus et d'Alcmène.

0 fils chéri d'un père détesté, treizième petit-fils d'ïo, la génisse qui vint au sommet de Scythie où d'abord Héphaistos m'enchaîna,

HÉRÂKEÈS

Malpfré les répugnances de mon Père, me voici t

H m'aime plus encore qu'il ne te hait.

La gloire de son fils l'emporte sur sa vieille rancune.

Ne me parle pas de ton Père : je le mau lis î

HÉRAKLÈS

Ce n'est pas mon office de juger entre lui et toi. Tu souffres et je suis Thomme de la Justice !

Ta mère avec son lait te donna la bonté,

et je bénis Alcmène, cette Pandore, qui t'enfanta

pour le salut du Titan prisonnier =

LA PftOMÉTHÉlDE

HÉRÀKLÈS

Avec l'aide des Kronides robustes qui certes le voudront Je t'arracherai de tou gibet, moi, Alcide î

Ne Pessaye pas : ma volonté et le Destin refusent. Malgré mon avilissement, Zeus a besoin de moi. Je puis seul déjouer le complot qui menace son trône.

Il a permis à ton arc glorieux de tuer l'aigle pour que je parle entin ; je me tairai toujours. Veux-tu savoir ton avenir et djs prochains travaux? mon esprit se reconquiert sur la souffrance, l'avenir reparaît visible devant moi !

HÉRÀKLÈS

Un oracle m'annonce qu'un jour, entouré d'mnemis, je n'aurai plus assez de flèches pour ma défense. En quel lieu ? chez quel peuple ?

Lorsque tu quitteras les Gabiens hospitaliers

qui ignorent la charrue et la nécessité du sillon,

en sortant du pays où le blé pousse de lui-même,

toi, si épris de combats, tu trouveras pour adversaires

les Ligures, guerriers que rien n'étonne.

Contre eux tu manqueras de traits :

car le Destin l'ordonne et ce sol n^a pas de cailloux.

HÉRÀKLÈS Je mourrai ce jour-là écrasé par le nombre ?

THÉÂTRE DE LA ROSE f CROIX

Non, ému en son cœur, Zeus fera tomber

une grêle de pierres ; elles couvriront le pays,

Avec ces projectiles, sans peine tu accableras les Ligures.

LE CHOEUR

Héraklès, cesse d'interroger un patient ! Songe combien d'années il a vécu, ainsi supplicié ! Si tu nous le commandes, toi fils bien aimé de Zeus, nous le délivrerons de nos mains, malgré le péril !

HÉRAKLÈS

Fils de Thémis, tu m'as distrait de mon devoir, en révélant le plus obscur de mes travaux : et voici que les Titans montrent une âme plus généreuse, plus pitoyable I

LE CHOEUR

Notre zèle ne t'étonnera pas,

si tu te souviens que Prométhée est notre frère !

HÉRAKLÈS

Puissant Zeus, qui m'as conçu aux flancs d'une éphémère,

me destinant à l'immortalité,

supporte qu'un fils pieux te brave,

et que sa compassion efface ton courroux !

Que diraient l'univers et l'Olympe

si je craignais une fois même, ta volonté ?

Ton bras qui étoutia le lion de Nemée,

ne peut briser ces fers rivés par Héphaistos !

Même le pourrais-tu, je le repousserai !

La constance de la victime harassera la haine du bourreau !

LE CHOEUR

Sublime volonté qui résiste aux affres du supplice ! Tu apparais intraitable dans la détresse, ô Prométhée, comme le dur fils de Kronos est absolu en son triomphe ! Heraklès ne cède pas à son obstination !

HERAKLÈS

Gomme on force un malade à l'opération salvatrice, brisons ce roc et arrachons ces fers.

Vous voulez me ravir le profit éternel

de mille années d'horreur ;

vous voulez que l'innocent s'évade

comme un coupable, par des complices secouru t

La volonté de Zeus et le bras d'Héphaistos

m'ont enchaîné à ce gibet :

j'attends que Zeus change sa volonté

et j^attends qu'Héphaistos défasse son ouvrage.

LE CHOEUR

Zeus ne peut pas vouloir contre lui-même H envoya son fils : qu'espères-tu davantage ? Ne sois plus, Prométhée, l'ennemi de toi-même ! Héraklès, sauvons-le malgré lui !

La Justice doit triompher ou bien le monde va finir 1 Si, téméraire, j'ai livré aux hommes des secrets d'immortalité.

THÉÂTRE DE LA ROSE f CROIX

ma faute est abolie ; parle supplice, je suis purifié ! Mais Zeus qui fut cruel et qui a profité de mes audaces expiera à son tour : la Moire veut qu'il s'humilie !

HÉRAKLÈS A l'œuvre, tordons ces chaînes,

arrachons ces anneaux : Titans! (mouvement des Titans qui obéissent)

Arrière, suppôts d'Olympe, valets dé Zeus!

Frères perfides, et toi, fils d'Alcmène, imposteur!

Ce n'est pas la pitié qui vous mena au sommet du Caucase!

mais la servilité envers le despote empyréen.

Faites un pas, osez un geste,

Je vous maudis! (Les Titaus reculent.)

Héros tueur de monstres, ne touche pas à mon destin !

Ce gibet est un trône, ces fers les ornements de la puissance d'âme !

L'humanité me devra son salut.

J'ai donné l'impulsion et j'ai donné la flamme ;

je suis le Dieu de la Pitié !

Arrière, pervers et lâches 1

le fiel du lion et la bave de l'Hydre,

le cri du sanglier et celui des oiseaux stymphalides,

le hennissement des cavales et les mus;igsements du taureau,

et les trois corps de Gérion et les trois gueules de Cerbère

sont moins redoutables ensemble que l'anathème du Titan I

Arrache un seul des clous qui me retiennent

j'arracherai le sommeil de tes yeux !

Tu entendras à chacun de tes pas

à chaque atome qui coule du sablier,

la clameur etfrénée, délirante, l'hymne Erinnyque^

l'hymne sans lyre qui rend les âmes folles!

HÉRAKLÈS

Ta fureur me désole et ne me blesse pas mais ton accusation me stupéfie ; ne suis-je pas treizième parmi les petits-fils d^To et ton libérateurs selon la prophétie ?

Tueur de l'aigle, je t'admire, je t'aime, je té bénis !

Je puis maintenant supporter mon supplice.

Mais, réfléchis : si ta flèche a percé le chien de Zeus

et si tu es ici, c'est que l'heure a sonné de mon salut*

et grâce à ce secret dont ton père a besoin,

ma délivrance viendra telle que je la veux :

réhabiUiation, non pas miséricorde!

HÉRAKLÈS Ma gloire veut que je te sauve.

Quoi, tu détournerais à l'honneur de ton nom la dignité de mon supplice?

Tu ne vois dans mon infortune qu'une prouesse à tenter et ton cœur, loin de compatir, ne montre ici qu'un souci égoïste de renommée ?

0 digne fils de Zeus'l

HÉRAKLÈS

Ta dure parole, fils de Thémis, me navre !

LE CHOEUR

Oui, le Titan dit vrai :

nous-mêmes sommes venus chercher aussi la gloire d'avoir consolé Prométhée ^ur son Caucase,

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