THÉÂTRE
DE LA ROSE fCROIX
ATHÉNÉ
Que ta tenaille parle seule, Héphaistos ! Déroule ces chaînes, délivre-lui les reins !
HÉPHAISTOS J'y travaille, certes : le torse est libre enfin 1
ATHÉNÉ
Hàte-toi ; coupe l'anneau des cuisses !
HÉPHAISTOS Oui, oui ; ce sera bientôt fait !
Maintenant, dégage les pieds !
HÉPHAISTOS
Ta parole est douce, quoique impérieuse comme ton aspect I
ATHÉNÉ
Mon cœur s'émeut comme le tien^ mais il pense à agir !
HÉPHAISTOS Le voilà libre de tous ses membres.
PROMETHEE (a glissé à terre ; ses i^ieds touchent le sol ; il reste immobile, appuyé au roc, les bras eu croix, comme en extase).
ATHÉNÉ
Tu réservais pour te sauver un terrible secret ; la sécurité de mon père en dépend.
Cependant tu es libre, sans condition aucune, Les Dieux t'ont méconnu ;
par ma venue, par ma présence, par ma voix, ô Prométhée, maintenant délivré, les Dieux devant toi se repentent.
(Elle s'écarte et remonte un peu avec Héraklès),
LE CHOEUR
Ah ! la joie de notre délivrance ne fut pas aussi vive; quand le Tartare rouvrit ses portes devant nous ! Yoilà notre frère enfin délivré, enfin Dieu !
Aitlier divin, rayonnante clarté
miroir étincelant de mes pensées désespérées,
vents à l'aile rapide
qui apportiez de doux arômes au supplicié du Caucase ;
Sources des fleuves, larmes de la nature,
épanouissement innombrable des flots,
mère de tous les êtres, ô Terre,
contemple ton enfant victorieux de la souffrance !
Et toi aussi, Soleil, conscience du Monde,
étincelle, flamboie, resplendis,
auréole de tes rayons ignés, ma gloire renaissante !
Et toi. Nature, compatissante à mes douleurs,
communie avec moi, dans Tallégresse,
et que ma joie descende du Caucase
épanouir le cœur de tout mortel, (il marche et agit).
Non, ce n'est pas un songe.
Je suis libre, délivré^ triomphant !
Ah ! mon âme se trouble et d'affreux souvenirs s'y dressent en fantômes I
Sur mon corps cependant, aucune trace de supplice ;
ma chair a oublié ; pas une cicatrice !
Ah ! tu m'as protégé, même quand je doutais.
Absolu, Dieu unique ! (il tombe à genoux, les bras en croix).
Enfin je t'ai trouvé; je sais où tu te caches :
THÉÂTRE DE LA. ROSE f CROIX
dans la souffrance consentie et dans le sacrifice.
et ton nom, que j'ignore, doit être la Bonté.
0 toi qui m'as créé, ô toi qui m'as sauvé,
soutiens-moi en ce moment joyeux î
Oui, je l'éprouve au feu de mon idée,
le Destin fait silence à cette heure
et les Moires attendent ; les Dieux se taisent
et l'univers est comme suspendu au battement du cœur de Prométhée! 0 maître du Destin, ô Créateur des Dieux. Inspire-moi ta volonté divine!
Que doit la victime au bourreau et le juste au méchant
et le génie à l'aveugle pouvoir?
Que doit le cœur à la méchanceté
et l'idée aux passions féroces?
Prométhée, que doit-il à Zeus ?
Que dois-je aux Dieux ? (il se lève, et pontifiant).
Aither, ô sublime Océan des Mondes,
qui mille ans a vibré à mes accents de haine et de douleur,
Aither, recueille-toi 1 0 terre, fais silence I
Car je vais dire une parole
plus forte que le nombre, plus belle que l'amour : Prométhée délivré pardonne à Zeus !
Les autres personnages se rapprochent, Prométhée donne une mam à Héraclès etTautre au Coryphée; ainsi posé, il s'adresse à Athéné) :
Tu m'apportes ma liberté ; reçois le salut de ton père. Il envoya Pandore sur la terre pour corrompre les hommes : au cœur de la première femme j'allumai le désir des embrassements immortels.
ATHÉNÉ
Ce crime te valut des chaînes bien plus que le ravissement du feu. L'événement réalisa l'étonnante menace, et la race des Dieux par l'amour aux Mortels s'est mêlée. Héraklès est le fils de Zeus et d'une femme thébaine.
Voici donc mon secret :
Ton père inédite de s'unir à la Néréide Théthys, en noces légitimes.
ATHÉNÉ
Il s'est ouvert à moi de ce dessein qu'ignore la jalouse Héra.
Eh bien, voici l'oracle de Thémis Gaïa. — L'enfant delà Néréide Théthys deviendra plus puissant que son père :
et si son père est Zeus, il le détrônera.
Tu es toujours plus grand que la fortune ; ta générosité paraît ici, où le silence t'eût vengé. Rentre dans l'harmonie et rentre dans l'Olympe. Deviens heureux, deviens Dieut
Je reste Prométhée.
ATHÉNÉ
Dans les jardins d'Academus,
mes Athéniens t'ont dédié un autel de granit :'
le feu que tu ravis, y brille incessamment.
Je refuse le temple.
ATHÉNÉ
Les connais-tu ces sanctuaires que tu dédaignes? L'Olympe pâlit à côté,
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Mes statues sont plus belles que moi I Ah 1 je me suis souvent répété ton oracle ; « Un jour, fille de Zeus,
tu délaisseras l'Empyrée pour Fhommage terrestre
et tu habiteras le temple que t'élèveront les mortels. »
Je n'ai plus d'autre amour que mon peuple et ma ville;
pour eux, je lutterais contre mon Père même.
Je porte sous l'égide l'ardeur du dévouement.
Oh i tu l'avais bien dit !
et notre gloire à tous est venue de la terre.
Je comprends aujourd'hui ta tendresse pour l'homme :
Athéné ne vit que pour Athènes !
Veux-tu y paraître avec moi,
étonner, rassurer, éblouir les Mortels ?
Ce serait un fatal exemple.
Zeus a été cruel, Zeus a été stupide,
mais Zeus incarne l'ordre et moi la rébellion aux yeux mortels : ne troublons pas ies ànaes religieuses.
ATHÉNÉ
Tu incarnes donc la sagesse ?
PROMÉTHÉE Le plus sage est celui qui a le pkis souffert î
ATHÉNÉ
Zeus a promis de t'embrasser devant les Dieux.
Même devant les Dieux, je reste le puni auquel on a fait grâce !
ATHÉNÉ
Prométhée, ton esprit plane au-dessus du mien !
Titans, mes frères, allez dire aux mortels
que Prométliée a cessé de souffrir
mais qu'il ne cessera jamais d'aimer Thumanité f
HÉRÂKLÈS Titans, allez dire aux Thébains.
qu'Héraklès tua l'aigle, qui dévorait le foie deProméthée
HÉPHAISTOS
Titans, allez dire à Lemnos,
qu'Héphaistos délivra Prométhée de ses chaînes 1
ATHÉNÉ
Titans, allez dire à Athènes, que Pallas Athéné emmena Prométhée glorieux dans l'Olympe !
LE CHOEUR
Quels ordres furent reçus avec plus d'allégresse ! A les exécuter nous mettrons un zèle joyeux ! Victoire à Prométhée.
et Gloire à Heraklès !
Honneur à Héphaistos !
Louange à Athéné I Louange I