‹ La PrometheideChapitre 53 sur 66 · WORMS · texte numérisé non relu

WORMS

THÉÂTRE DE LÀ ROSE f CROIX

Placet atî Ministre de l'f ■istnictloii publique et fies ISea,ii:x:-Ar'ts«

Monsieur le Ministre,

On vient de m'apprendre que îa Comédie-Française est uu théâtre national et subventionné pour le maintien et la fomentation du grand Art; des gens qui ne mentent point m'ont juré que, si on y joue la farce habituellement, c'est par abus et faute de tragédies nouvelles.

Ma stupeur, abusant de l'hospitalité de la Pm.e, veut vous poser quelques questions.

Je sais, Monsieur, que, depuis la prise de la Bastille, tout citoyen a le droit de brocarder un ministre dans les gazettes. Mais je date d'avant, de cette bastille qu'on nomme Tour de Babel ; et jadis, on eut le respect de l'autorité.

Je ne sais pas votre nom, mais je ne ris point de votre fonction, puisque j'en veux voir l'effet et le vais provoquer.

Un écrivain est un travailleur ; il ne peut dire que ses heures d'effort et non la qualité de l'effort.

Voici un romancier de douze romans, un métaphysicien de quatre traités in-octavo, un critique d'art d'une douzaine de volumes, un auteur dramatique de plusieurs tragédies. Ce romancier, ce métaphysicien, ce critique et cet auteur dramatique est un seul et même individu, citoyen français sans « enthousiasme >>, mais payant l'impôt, mis en prison pour n'avoir pas lu à tem.ps les affiches militaires, fumant le tabac de régie, buvant l'eau à microbe, enfin subissant sans trop de cris toutes les vexations de Marâtre-Patrie.

LA PROMÉTHÉIDI]

Quels sont ses droits, le prétendu devoir accepté et accompli.

Eh bien ! Monsieur le ministre, il n'a pas même droit à une lecture rue Richelieu. Il faut être chevalier de la Légion d'honneur, journaliste, ou bien bâtard de l'apothicaire de M. Claretie.

Ici se pose ma première question.

La Comédie-Française ne doit-elle pas des facilités^ des égards et de la faveur à ceux qui ont prouvé leur valeur littéraire par le livre?

Or, j'ai prouvé ma valeur de deux autres façons : j'ai fondé un salon des Beaux- Arts, le Salon de la Rose f Croix, et un théâtre, le Théâtre de la Rose f Croix : il y a trois ans que cet effort continue. Je n'ai pu obtenir que M, Claretie, ni personne de son comité, assistât à mes représentations du Fils des Étoiles et de Babylone.

Franchement, Monsieur le Ministre, j'y mets de la bonne volonté. M. Claretie me dit que mes tragédies seront jouables quand l'Art chevauchera les cygnes ; sans attendre ce spectacle allégorique, je fais exécuter l'œuvre refusée, et le fonctionnaire de la tragédie ne vint pas, lui, ni aucun de ses Sarcey.

Ici se dresse ma deuxième question.

Les fonctionnaires de la tragédie se peuvent-ils refuser d'assister à la représentation d'une œuvre, quand l'auteur a déjà conquis une renommée d'écrivain ?

Vous me devez juger bien naïf, Monsieur le Ministre, de vous prendre au sérieux et de croire que vous me rendrez la même politesse.

Eh bien î ministérielle erreur, je ne suis pas naïf en ce moment; et, sans plus d'ambages, laissez-moi vous présenter mes parrains.

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