THEATRE DE LA ROSE + CROIX
L'un s'appelle Eschyle, c'est-à-dire Homère, au théâtre ; c'est un tel personnage, que l'histoire ne mentionne pas d'égal à l'auteur de cette Ores que M. Leconte de Lisle a osé réduire et signer. Vous avez dû traduire jadis quelque passage des sept tragédies qui nous restent. Mais, je me trompe, il y en a neuf, puisque j'en ai apporté deux, qu'on croyait perdues, à M. Claretie. Je lui fis cet impérial cadeau, il y a un mois.
Eh ! vous me pensez fou. Les journaux l'ont imprimé. Mais vous devez savoir ce que valent leurs assertions.
Prométhée enchaîné, ce panneau central d'un triptyque, d'une trilogie, a sollicité mon effort : pour vaincre l'injustice écrasante que je subis, j'ai tendu l'arc d'Ulysse, j'ai retrouvé l'art d'Eschyle, j'ai refait les deux volets manquants, les deux tragédies perdues.
Effacez en pensée la voûte et les pendentifs de la Sixtine, ne laissez que la fresque du fond, le Jugement ; supposez qu'il ne reste ni une description, ni un croquis des œuvres latérales, et dites-moi, si l'artiste qui les restituerait, n'aurait pas mérité qu'on l'admît, je ne dis pas au Salon, mais devant le jury du Salon.
Avec Babylone, avec Orphée, avec le Mystère du Graal, avec les Argonautes, je ne voulais pas engager le combat contre la mauvaise foi et les intrigues. Avec le Prométhée, je vaincrai. Voici une tragédie entière d'Eschyle, VEnchainé ; voilà le Porteur de Feu et le Délivré; la comparaison jette une lumière fulgurante : ou je suis un insensé, ou j'ai droit d'être entendu à la Comédie Française.
C'est M. Edouard Cadol qui m'a lu ; est-il compétent pour décider une restitution si savante ?
Ce sont des acteurs de comédie, des Mascarille et des Frontin, qui m'écouteront, si j'obtiens de lire. Est-ce que
LA PROMÉTIIÉinE
je me flatte de leur faire accepter les antiques sublimités ? Non.
Comme mon maître Wagner, je lutterai longtemps ; mais comme Siegfried aussi, j'ai reforgé Nothung, Parme antique des Vœisungs, je veux que l'éclair de Prométhée luise, ne tûtce qu'en lecture, dans cet immeuble de la tragédie où je serai le maître dans dix ou quinze ans, au plus.
Et maintenant. Monsieur le Ministre, au lieu du certificat d'aliéniste que vous vous attendez à me voir produire, voici le témoignage d'un incontestable savant, d'un helléniste égal aux plus grands, d'un homme qui a dirigé quatorze ans l'école d'Athènes.
Lisez sa lettre, Monsieur, et ordonnez à maître Claretie de m'accorder lecture, ce qui vous sera compté au jour de votre mort et vous aidera peut-être à échapper à l'enfer, ordinaire destination des fonctionnaires républicains.
C'est la grâce que je vous souhaite, en échange de celle que je souhaite de vous.
Sar Péladan.