‹ La propagande antialcoolique par la publicité intensive [microforme]Chapitre 3 sur 9 · LE JOURNAL · texte numérisé non relu

LE JOURNAL

Et d'abord, la presse, cette grande puissance du monde, si répandue de nos jours, et qui sert à la fois d'instrument de doctrine et de propagande, d'attaque et de défense. Le célèbre chef arabe Abd-el-Kader disait, avec autant de vérité que d'esprit : « La presse est le canon de la pensée.» Crémieux, l’ancien président de l'Alliance israélite universelle, avait fait inscrire, sur des affiches destinées à ses compatriotes, l’aphurisme suivant : « Ayez avec vous la presse du pays et vous avez tout.» Les Juifs de tous pays n’ont pas manqué de suivre ce conseil pratique. On sait comment les agences de publicité européennes les servent à souhait et les favorisent, dans toutes les parties du monde.

On ne saurait donc nier toute l'influence de la publicité, pour frapper l'attention et graver dans l'esprit des idées bonnes ou mauvaises. Les moyens qu'offre la propagande antialcoolique peuvent aussi avoir une influence décisive sur le peuple. N'ayant guère le temps de lire, si ce n’est les notes locales d’un journal, et ne pouvant du reste aborder tous les genres de lecture, la classe ouvrière, et plus spécialement la jeunesse, sont éminemment sensibles aux représentations par l’image, ‘esquelles ont l'avantage de la précision, et vont droit à l'intelligence.

Quelle somme de bien n’accompliraient pas nos grands journaux français, s'ils publiaient un supplément de gravures en couleurs, ayant pour but unique la lutte si belle pourla tempérance. Et

nous regrettons que la Patrie et la Presse, qui excellent daus ce genre de publication, n'eriploient pas le talent de leurs artistes à fiétrir l’ivrognerie dans toutes ses conséquences fâcheuses.

Un grand nombre de journaux ont vaillamment fait leur devoir, dans la campagne contre le fléau de l'alcool. Pour ne parler que des journaux français, je mentionnerai d'abord les rares journaux dont les directeurs, restant d'accord avec leurs principes, n'ont jamais publié, dans les colonnes de leur journal, des réclames en faveur des boissons alcooliques, Ces journaux sont peu nombreux. Ce sont la Vérité, la Libre Parole et l'Action Sociale, de Québec, la Croiz, le Devoir, de Montréal, et Le Bien Publie, des Trois-Rivières. Est-ce qu'il s'en trouve d'autres dans cette catégorie ? Je le voudrais sincèrement, et je suis prêt à les inscrire à ce tableau d'honneur, si on veut bien me les signaler.

Je dois citer, en deuxième lieu, les périodiques qui ont eu le courage de cesser la publication des annonces de boissons alcooliques; en voici la liste : le Pionnier, de Nominingue, le Progrès du Saguenay, de Chicoutimi, le Moniteur, de Hawkesbury, l'Evangéline, de Moncton, l’Impartial, de Tignish, Le Saint-Laurent, de Fraserville, le Journal de Waterloo, le Courrier de Grand'Mère, le Progrès du Golfe, etc.

Je dois ajouter que quelques autres journaux, favorables aujourd'hui à la tempérance, attendent l'expiration de certains contrats d'annonces pour cesser définitivement de faire de la réclame aux boissons alcooliques.

Le R. P. Ladislas disait, au congrès de Ville Saint-Pierre, en 1909 :

« Il se trouve une troisième catégorie de journaux qui font preuve d'une logique inconcevable et d’une aberration morale déconcertante. Dans un même numéro on peut lire un article saisissant, dans lequel un des rédacteurs maudit l'alcool et le montre tel qu'il est, et dans une autre page, vous lisez une mensongère réclame en faveur de quelques-unes des boissons alcooliques, où l’on dit tout le contraire,»

Pourtant, ies journaux ont Pour mission spéciale de flétrir et de combattre les maux qui tendent à ruiner la société, Or, l'alcool est le plus redoutable enn:mi des individus, de la société et de a race toute en:ière. Qu'on se souvienne en quels termes énergiques les Pères du Premier Concile Plénier de Québec le dénoncent. « L'alcool est un poison qui a ce terrible pouvoir de s'attaquer à la fois à l’âme et au corps, dont il paralyse toutes les énergies et épuise toutes les sources vives. L'appétit grossier, insatiable et immoral, qu'il dévoloppe dans les sens, est une des passions les plus

avilissantes et les plus inguérissables que l’on connaisse. Ses victimes sont un objet de scandale ou d'horreur pour la société, en attendant qu’elles aillent grossir la triste clientèle des hôpitaux et des maisons de santé.» -

I! est donc souverainement regrettable que certains journaux spéculent sur la faiblesse de l’homme et favorisent, ou plutôt popularisent dans le peuple l'usage des boissons alcooliques. Espérons qu’un tel abus cessera bientôt.

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