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L’AFFICHE ET L'ÉTIQUETTE A L’USINE, ETC

Comme l’alcoolisme atteint l’ouvrier dans sa valeur professionnelle, il est dans l'intérêt du chef d'industrie, comme dans celui de l’ouvrier, de lutter le plus efficacement possible contre ce redoutable ennemi.

Dans plusieurs pays d'Europe et aux États-Unis, les comités

propagande antialcooliques ont employé avec succès l'affiche dans les usines, dans les mines ou autres exploitations dangereuses, qui requièrent une attention complète et soutenue. Les industriels et les marchands se prêteront volontiers, je n'en doute pas, à poser, dans leurs ateliers ou dans leurs magasins, des affiches antialcooliques, qui inspireront à leursemployés la sobriété. Ils comprendront quel grand et direct intérêt ils ont à la restriction de la vente ou de l’usage des boissons alcooliques. Ils y sont intéressés au double point de vue de la perfection de la main-d'œuvre et de la fréquence des accidents d'usine, dont l'alcool est, la plupart du temps, la cause.

Enfin, il y va de l'intérêt des relations du capital et du travail, puisque la surexcitation chronique des cerveaux par l'alcool joue un rôle considérable et néfaste dans les grèves et les violences qui les accompagnent.

Les compagnies de chemins de fer et de tramways entreraient aussi, j'aime à le croire, dans cette lutte antialcoolique. Elles y sont grandement intéressées.

Il faudra des affiches Pas trop encombrantes, qui pourront être plucées près des règlements d'ateliers, dans les bureaux ou autres endroits des établissements industriels. Les étiquettes gommées peuvent être collées dans des centaines d'endroits, bien en vue, et devront frapper les yeux un peu partout. Mais qu’on évite les formules terrifiantes et les maximes excessives. L’affiche bien faite, brève, frappante, faisant plutôt appel aux intérêts matériels des gens qu’aux grands sentiments, est celle qu'il faut. (Un avis bien tourné, vaut seul un long poème », disait le Docteur Triboulet, vice-président de l’Union antialcoolique de Paris, Ce qu’il faut mettre devant les yeux du peuple, ce sont les paroles franches, nettes, décisives d’un homme qui a-fait sa conviction comme son bon sens le souhaite et la “vire instinctivement.

Monsieur Blondel, secrétaire général de la Fédératio1 antialcoolique, du Hâvre, à l’occasion du Congrès de Paris, 1904, conseillait de ne pas mettre dans les en-têtes d’affiche les mots « alcoolisme », «lutte aux boissons distillées », etc. « Car, disait-il, il y a lieu de craindre que souvent ces mots ne mettent en garde le public et ne le rebutent, et que l'effet produit ne soit l'inverse de celui qu’on pouvait en attendre. »

Un apôtre de la tempérance, voulant donner une conférence antialcoolique dans une ville de Bretagne, mit en tête de l'affiche qui annonçait sa conférence: « La Bretagne aux Bretons.» Ce piège innocent lui valut une salle comble.

de signalerai encore quelques-uns des titres que suggérait le Dr. Feet, de Lille : « Un aliment extraordinaire » ; «Comment on s’empoisonne » ; «Le diable en bouteille » ; «L'avenir de notre race », etc. Mais je sais que les uns et les autres peuvent être employés avec profit, suivant les circonstances et les milieux.

Les étiquettes gommées, qu’on peut coller dans des milliers d’endroits, doivent contenir des sentences courtes et bien frappantes. En voici quelques-unes, adoptées par le comité de propagande des Trois-Rivières.

« Le petit verre brûle l'estomac. »

« L'alcool fait le lit de la consomption. »

« Les deux tiers des crimes sont commis par des alcooliques. »

« À quarante ans, l’alcoolique est usé. »

« Les boissons fortes ruinent la santé. »

« Les alcools sont des poisons. A bas la traite ! »

« Le whisky, le gin et tous les alcools empoisonnent lentement mais sûrement. »

«Tous les apéritifs sont des poisons. »

« L'ivrognerie est une ignoble passion, »

« Honte à ceux qui entrent dans les buvettes ! »

Mais qu’i! s'agisse de l'affiche, de l'étiquette gommée, de l’image ou du tableau, il sera très important de tenir compte du milieu oùon veut les placer. Ces affiches de toutes dimensions, bien appropriées aux endroits où on veut les mettre, pourraient être placées ailleurs que dans les usines: par exemple, les collèges, les couvents, les écoles, les hôpitaux, les salles de consultation, les dispensaires, les salles publiques de chaque paroisse, les bureaux de poste, les salles d'attente des chemins de fer, les beurreries, les fromageries, etc.

CALENDRIERS ANTIALCOLIQUES

Les résidences privées seraient des eà ‘roits bien propices à la propagande antialcoolique, puisque des familles toutes entières en bénéficieraient, Pour ces dernières, on pourrait faire préparer des calendriers antialcooliques, comme celui que la Ligue de Tempérance de Liège, Belgique, a fait distribuer dans des centaines de foyers. En voici une courte description : la dimension de ce calendrier est de deux pieds par un pied et demi. Le tableau Meiïsner est représenté dans le haut. On ylit, en grosses lettres, comme titre: « Le Bien-Être Social ». Puis, sur les quatre côtés : € Par la tempérance—l’homme est meilleur—la famille plus unie— la société plus heureuse. » Et vers le bas s,.: une banderole ornant les douze mois : « La sobriété est la mère des vertus »-—« L'ivrognerie est la mère de tous les vices. »—« Tous les savants modernes condamnent l’alcool. »

Supposons, maintenant, que tous les journaux amis de la tem- Pérance, en notre pays, s'entendent pour publier un calendrier antialcoolique, quelle poussée vigoureuse ils donneraient au mouvement Je crois que nous pouvons compter sur une trentaine de périodiques. En leur attribuant une circulation moyenne de mille abonnés, nous atteindrions trente mille familles, soit environ 150,000 individus, qui, pendant douze mois de l’année, auraient sous les yeux un enseignement antialcoolique très efficace.

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