La propagation du Christianisme dans les trois premiers siècles d'après les conclusions de M. Harnack
Badet (P.). — La Femme chrétienne au Temps des Persécutions, son influence et son rôle. Etude historique {147), 1 vol.
Baudrillart (André). — Les Catacombes de Rome, Histoire et Description, d'après les documents les plus récents. Vingt-sept gravures 2 voL (219-220). Prix 1 fr. 20
— La Charité aux premiers siècles du Christianisme (25B).
1 vol.
Besse (J.-M.). — D*où viennent les Moines 7 Etude historique.
{160) 1 vol.
— Les Moines de l'Afrique romaine, ///• et IV' siècles. 2 vol. (201-202) Prix 1 fr. 20
Bourgine (M.). — Conversion de Saint Paul. — Saint Paul
a-t-U été halluciné ? (/75) 1vol.
DuFouRCQ A.). — La Christianisation des Foules. Etude sur la fin du paganisme populaire et sur le culte des Saints (252).
1 voj.
Ermoni (V.). — Les premiers ouvriers de l'Evangile. — I. Les Apôtres, les Evangélistes, les Prophètes, les Docteurs (344) .
1 vol .
— Les premiers ouvriers de l'Eoangile. — II. Les Diacres, les Higoumànes, Les Liturgistes, les Pasteurs, les Prohigou mènes, les Préposés, etc. (345) 1 vol .
Sortais (G.). — Valeur apologétique du martyre (340). 1 vol.
L'Eglise et les origines de la civilisation moderne.
Allain (E.). — L'EgUse et l'Education populaire sous l'Ancien régime (163) 1 vol.
Azambuja (G. d'). — Ce que le Christianisme a fait pour la femme (64) 1 vol .
Besse (Dom). — Les Saints protecteurs du Travail (c?5^). 1 vol.
Deslandres (P.), — L'Eglise et le rachat des captifs (199)
1 vol.
GouRLET (A de). — Les Vierges chrétiennes (403) 1 vol.
GuiLLOT (Gaétan). — Les Moines Précurseurs de Gutenberg, étude sur l'invention de la gravure sur bois et l'illustration du, Uore (372) 1 vol .
Sauatier (Maxime), — L'Eglise et le Travail manuel (37).
1 vot.
Depuis que cette étude a paru en articles dans la Revue pratique cU Apologétique (du 15 mars au 1^^ juillet 1906), M. Harnack a publié une seconde édition, considérablement augmentée, de son savant ouvrage. Nous avons attentivement contrôlé sur ce nouveau iQxiQ nos interprétations et nos références. La substance de notre travail a pu rester la même. Car, si le livre de M. Harnack est refondu avec soin parfois jusque dans les moindres détails, si la documentation est notablement enrichie, sa thèse ne change pas, ni ses conclusions. Nous n'avons pas à changer davantage notre jugement sur les critiques à lai faire, ni sur le profit qui nous paraît en revenir à notre apologétique.
DANS LES TROIS PREMIERS SIÈCLES d'après les conclusions de M. Harnack.
Parmi ces grands faits qui servent d'arguments à TApologétique traditionnelle, un des plus saillants comme aussi des plus exploités a toujours été la propagation du Christianisme dans l'Empire romain. Déjà les Apologistes, au plus fort de la lutte, ne manquaient pas d'étaler le nombre des fidèles aux yeux du pouvoir persécuteur comme un signe de force et un gage de victoire ; on se rappelle la fière hyperbole de Tertullien : « Nous ne sommes que d'hier et nous remplissons tout. »
Plus encore les Pères du iv et du v« siècle, témoins de l'invraisemblable triomphe de l'Eglise sur toutes les forces coalisées contre elle, se plurent à voir dans ce fait l'intervention de la Providence et à le donner comme une preuve manifeste de leur foi. « Quand je considère leur puissance et leurs œuvres, s'écrie Eusèbe en parlant des Apôtres, combien de milliers d'âmes
8 LA PROPAGATION DU CIIRISTIAxNISME
ont accepté leur parole, combien d'églises groupant des myriades de fidèles ont été fondées par des hommes aussi ignorants et rustiques — et ils n*ont pas établi ces églises dans des localités obscures ou inconnues, mais dans les plus grandes villes, à Rome même la capitale de l'Empire, à Alexandrie, à Antioche, dans toute l'Egypte, en Lybie, en Europe, en Asie, dans tous les villages et chez toutes les nations —je suis amené à en rechercher la cause et à reconnaître qu'ils ne pouvaient aborder une pareille entreprise que par une puissance divine (1). »
Saint Jean Chrysostome, désireux de fournir à ses fidèles une de ces preuves aussi fortes que simples que l'homme du peuple lui-même puisse saisir sans grand raisonnement, n'en trouve pas de meilleure, après l'accomplissement des prophéties, que le fait de la conversion du monde ; et c'est à la décrire avec toute l'ampleur de sa majestueuse et chaude éloquence qu'il consacre la majeure partie de son traité Que le Christ est Dieu (2). Enfin on connaît le mot de saint Augustin : « Si l'on croit qu'il n'y a pas eu de miracles, ce seul grand miracle me suffit que le monde se soit converti sans miracles (3). » Dans le même sens, saint Thomas estime que cette conversion du monde est « plus étonnante que tous les pro-
(1) EusÈBE DE CÉSARÉE, TJiéophanie, v, 49.
(2) Voir surtout les paragraphes 1, 9-10, 12-14, 17.
(3) Saint Augustin, Cité de Dieu, xxii, 5.
diges » et « la preuve certaine des prodiges passés (1) ».
Depuis, tous les apologistes en appellent à cette merveilleuse propagation. Au xvii« siècle, elle a frappé le grand esprit de Pascal et de Bossuet. Au xvni« siècle, Bullet, pour la rendre irréfutable aux rationalistes de son temps, Ta exposée avec les seuls témoignages des auteurs juifs et païens. Plus près de nous, elle a inspiré non seulement des orateurs comme Frayssinous, Lacordaire et le P. Monsabré, mais des historiens comme Tabbé de Broglie ou M. Paul AUard. Il semble, en un mot, que tout homme qui réfléchit, à voir la disproportion entre les moyens employés et les résultats obtenus, ne peut manquer d'y reconnaître un phénomène unique, humainement inexplicable. Aussi bien, et depuis longtemps, la question a pris place dans nos manuels comme une preuve classique de la divinité du Christianisme.
Mais ne seraient-ce pas là des considérations suggérées par une vue trop superficielle ou inconsciemment tendancieuse des faits, et vainement consacrées ensuite par la rhétorique traditionnelle ? L'étude sérieuse et désintéressée de l'histoire ne va-t-elle pas ruiner cette apologétique complaisante ? Peut-être n'est-il pas téméraire de
(1) Saint Thoma>=, Somme contre lea Gentih, i, G.
croire que cette question inquiétante se pose à certains esprits, dans un siècle surtout où l'on a vu la critique détruire bien des constructions systématiques et reviser tant de légendes. Pour répondre à ces préoccupations ou pour les prévenir, pour donner en même temps à notre argumentation toute la force qui lui convient, ne serait-il pas bon d'interroger un historien de profession chez qui le souci scientifique prime toute considération apologétique, surtout si ses croyances différentes des nôtres éloignent d'avance tout soupçon de partialité ? M. Harnack réunit bien ces deux conditions de l'historien autorisé et indépendant.
Or, on sait que le savant professeur berlinois, fort de ses vastes études sur les origines chrétiennes, a publié un volume sur La mission et la propagation du Christianisme dans les trois premiers siècles (1). Non seulement l'ouvrage fut accueilli partout comme la première monographie de cette importante question, mais il reçut pour le fond même, et de divers côtés, des jugements favorables. Tandis que M. Hubert se félicite que le travail de M. Harnack ait enlevé à la propagation du Christianisme son caractère de « fait accidentel et pour ainsi dire miraculeux » pour « le rendre parfaitement intelligible et comparable
(1) A. Harnack, Die Mission und Ausbreitung des Christentums in den ersten drei Jahrhunderten. Deuxième édition en deux volumes avec cartes (Leipzig, Hinrichs, 190 j.)
aux autres cas connus de propagande religieuse (1) », des catholiques ne craignirent pas d*en faire l'éloge. M. de Grandmaison lui consacrait deux longs articles dans les Études et, tout en faisant ses réserves sur certains jugements de détail, il louait dans l'œuvre de M. Harnack « sa connaissance profonde de l'ancienne littérature ecclésiastique, son art de maîtriser les faits, son effort méritoire vers l'impartialité, son respect pour les vertus et le caractère de nos Pères dans la foi (2) », et M. Jacquier terminait un compte rendu bienveillant, où se mêlent aussi quelques restrictions, en disant de l'ouvrage qu'il « mériterait d'être traduit pour être mis à la portée du lecteur français (3) ».
En effet, à lire M. Harnack, non seulement on admire sa prodigieuse érudition ; mais encore, si l'on retrouve quelques-unes de ces vues systématiques qui caractérisent son Histoire des dogmes comme aussi certaines traces des vieux préjugés héréditaires du Protestantisme, on est frappé, dans l'ensemble, par l'objectivité loyale et la sereine impartialité de ses jugements. Il est donc intéressant de voir si cet exposé du brillant historien apporte à notre thèse apologétique une confirmation ou un démenti. Voilà pourquoi, sans
(1) L'Année sociologique, VII' année, 10021903, p. 355.
(2) Etudes du 5 aoûl 1003, p. 300.
(3) Université catholique, 15 octobre 1903, p. 293.
suivre M. Harnack dans une analyse détaillée — aussi bien l'ouvrage n'est-il pas exempt de digressions— sans même nous astreindre à son plan, nous voudrions, à l'aide des matériaux qu'il a réunis, reconstruire l'argumentation traditionnelle. Sans doute nous ne nous interdirons pas de discuter ses opinions ou de signaler ses erreurs ; mais nous croyons qu'il est possible, tout en respectant la substance de sa pensée, de donner sur ce point à notre apologétique, d'après une autorité non suspecte, les bases solides de l'impartiale histoire.