Ce n’est pas une expression figurée que N2 «gra
ver.» On sait que les tablettes des anciens étaient de buis enduit de cire,
Vulgari buxo sordida cera fuit (Properce).
Dès lors écrire et creuser le buis étaient des formes synonymes. L'article "1 annonce ici que ces tables sont déterminées, connues du public. S'agirait-il de tables exposées en public, où l’on affichait ce que l’on portait à la connaissance de la foule ?
L'expression «lire en courant, » existe dans plusieurs langues; elle doit avoir son origine dans le mouvement du doigt suivant les caractères sur la tablette.
L'auteur de l’épitre aux Hébreux (X, 38), qui ne fait que transporter les membres de la phrase des Septante, s’écarte, comme cette version, du texte hébreu, quand 1l applique à Jésus-Christ des paroles évidemment prononcées en vue d'événements prochains. Jérôme, Eusèbe etc. ont vu même dans ce passage une prédiction messianique. En revanche il faut savoir gré à Cyrille d'Alexandrie de ne pas avoir sacrifié en cet endroit le sens naturel.
4. On ferait un curieux chapitre de l’histoire de l’éxégèse, si l’on réunissait les diverses explications données de ce verset.
Jéhovah qui vient d'annoncer au prophète qu’il allait lui répondre, débute par lui faire entendre une sentence d’une application universelle. Nous n’admettons pas avec les commentateurs juifs que «ce juste qui vivra par sa foi,» soit le symbole du peuple juif. Pour réfuter cette opinion soutenue encore de nos jours par les Israélites, contentons-nous de nous rappeler les premiers versels qui sont loin de nous montrer la nation juive comme une nation de justes. Calvin dit avec plus de raison que saint Paul, dans lépitre aux Romains (1,17), «tire trop subtilement ce témoignage à la dispute de la justice gratuite de la foi.» À côté des déviations du sens originel de l’Ancien Testament commun à tous les écrivains du Nouveau, dans leurs citations, il en est, en effet, une particulière à l’apôtre des Gentils et qui tient à sa manière spéciale d’argumenter; cette méthode consiste à donner aux expressions recueillies dans l'Ancien Testament un sens plus étendu et plus profond que celui que leur attribuait l'écrivain hébreu.
Paul christianise sans doute les termes dont se sert Habacuc et il en tire, comme dit Calvin, plus que le prophète n'avait eu lintention d’y mettre; mais reconnaissons que le dogme fondamental du christianisme est au moins à l’état de germe dans la parole d'Habacuc.
5. Désormais le prophète fait application à l’objet de sa prédiction de la vérité qu'il vient d'exprimer d’une manière générale.
Nous avons vu dans notre traduction, en nous autorisant de l'exemple d’éminents interprètes d'Habacuc, sous-entendre Ÿ’N avec 771, comme il faut le faire avec V2 dans Ézéchiel (IL, 5).
C'était un proverbe hébreu « insatiable comme le Schéol,» et il se rencontre plusieurs fois dans la Bible (Proverbes XXX, 16; Ésaïe V, 14). On sait que le Schéol, lieu triste et sombre placé dans l’intérieur de la terre, était, d’après les croyances hébraïques, le séjour des morts. Quelques traducteurs modernes rendent encore ce mot par tombeau. Il est cependant démontré par le témoignage des textes bibliques que le SN était tout différent du sépulcre.
Vatable et Louis de Dieu veulent que ce verset soit une allusion à la catastrophe de Belscatsar. Habacuc, sans être aussi précis dans sa menace, confond dans une sorte de type impersonnel Nebucadanesar ou même Nabopalassar et ses successeurs. Il ne nomme pas même le roi de Babylone par son titre. Peuple, souverain, cité, empire sont réunis synthéliquement dans la pensée du prophèle, et son oracle emprunte une nouvelle grandeur au vague de l'expression qui n’altérait pas la clarté de la prédiction.
6. On n’admirera jamais trop la beauté du tour oraloire par lequel Habacuc met la sentence de l’ennemi de son peuple dans la bouche des nations opprimées. Quelle scène! Les peuples réunis autour de leur tyran abattu lui crient: malheur! au début des cinq strophes d’invectives d’un chant où éclatent la colère, la vengeance et la dérision. Quant au prophète, il' a disparu pour laisser parler les nations. Sa voix un instant muelte ou peut-être confondue dans ce formidable chœur, se fera de nouveau entendre pour mettre un terme à l'hymne des peuples. Alors il entonne l'hymne de la confiance en Dieu, comme une révélation du mot qui explique au juste l'énigme des choses humaines, et
lui enseigne à rester calme pendant que tout s’agite et croule autour de lui.
Raschi pense que 2Y, mot dont la racine est 21V ou 22), et que DD, désignent dans leur union «une boue épaisse. » Kimchi y voit une allusion au tombeau. D'autres interprètes ont donné à ce mot le sens de « prêts sur gages. »
Cette première strophe, qui comprend avec ce versel les deux qui suivent, rappelle les rapides conquêtes des Chaldéens. En réalité le dominateur de l’Asie occidentale n’a fait que préparer sa chute et la réndre plus éclatante.
7.720) dont la racine est TJ) a été quelquefois exprimé en français par «ceux quite mordent.» Les Rabbins ont une légende en rapport avec ce sens. Evilmérodach, disent:ils, fils et successeur de Nebucadanesar, craignant que son père ne revint du tombeau, comme il était revenn de sa démence, aurait livré aux corbeaux le cadavre du grand roi. Les véritables corbeaux de la prophétie, ce furent les Médo-Perses qui déchiquetèrent l’empire chaldéen.
8. On comprend qu'il s’agit en cet endroit de Jérusalem et d'Israël. Les Targums ont même introduit les noms propres dans le texte. Mais Grotius croit devoir prendre ce passage dans un sens plus général; 1l pense qu'il est question de chacun des peuples qui ont à se venger.
9. Ici commence la deuxième strophe de l’hymne des peuples humiliés par le Chaldéen sur le despote humilié à son tour. Dans, ce verset et les suivants, le poële fait allusion à l’avidité des Babyloniens et à leurs richesses mal acquises qui, au lieu de les mettre
à l’abri des coups de la fortune, contribuent à leur chute.
Les fouilles heureuses opérées dernièrement sur le territoire de l’Assyrie et qui sont un commentaire perpétuel des prophètes hébreux, nous expliquentles mots «placer son nid sur la hauteur.» Quand un souverain voulait se construire un palais, il faisait étager sur une éminence naturelle de spacieuses terrasses en briques crues noyées dans un lit de bitume. Le palais décorait le sommet de ces collines artificielles. Les rois de Ninive paraissent avoir attaché une grande importance au soin de laisser de somptueux édifices en témoignage de la splendeur de leur règne. Rien de plus curieux que les recommandations solennelles qu'ils adressent à leurs successeurs en terminant l’énumération de leurs victoires et de leurs constructions, pour que ces derniers respectent leurs œuvres. La formule des inscriptions est presque ideutique partout. Voici celle qui se lit à la fin d’une inscription du roi Sargon «A celui qui dans la suite des jours sera parmi mes fils, appelé à la garde du pays et des hommes par Assour et Istar, je dis ceci : ce palais vieillira et tombera en ruines dans la suite des jours. Que mon successeur relève les ruines, qu’il rétablisse les lignes d'écriture qui contiennent mon nom, qu'il restaure les peintures, qu’il nettoie les bas-reliefs et qu’il les remette en place, alors Assour et [star lui seront favorables. Mais celui qui altère mon écriture et mon nom, qu'Assour, le grand dieu, le père des dieux lui enlève comme à un rebelle son sceptre, son trône et sa gloire! » Dom Calmet à émis sur tout cet hymne quelques idées originales. Chaque strophe s’adresserait selon lui à un personnage différent.
Ainsi après avoir altribuë sensément à Nebucadanesar la première strophe, il pense que le roi Joachim est l'objet de la seconde. Jérémie adresse, il est vrai des paroles analogues à ce roi. Cette rencontre des deux écrivains sacrés ne nous force pas à conjecturer qu'ils parlaient au même personnage. Ce ne fut point d’ailleurs Joachim, mais Sédécias qui fut l’allié des autres rois dont il sera bientôt question.
10. Il est évident que les paroles de ce verset ne peuvent s'appliquer qu’à Nebucadanesar. Quels seraient dans l’hypothèse de Calmet ces peuples nombreux dont le roitelet de Juda aurait causé la ruine? On nous objectera peut-être, sans nous convaincre toutefois, que le mot qui est ordinairement traduit par peuple, se trouve souvent exprimé au pluriel, quoique appliqué à Israël seul (Deutér. XXXIIT, 3, 19 ; Psaumes XOV, 7; Osée X, 14). Nous estimons que Joachim et les princes de sa famille n’ont perdu qu’une nation la leur.
11. La nature inanimée se révolte elle-même contre les injustices des Ghaldéens.
Le mot 0’23 ne se présente que dans cet endroit : aussi a-t-il fortement embarrassé les commentateurs. Selon le Talmud suivi par Tanhoum, il signifie une brique. Les Septante y voient un insecte, x&yS9-œpoc. Théophylacte, qui a adopté ce sens, l'explique, et son explication est à noter. «Nebucadanesar, dit-il, en renversant et en incendiant les villes, détruisait les murs et la charpente des édifices et avec eux les petits scarabées, les teignes et les tarets qui prouvaient l'antiquité de ces constructions et de ces cités. Les victimes de la destruction et de l’incendie crient contre la cruauté du vainqueur. » La version chaldaïque, qui n’avait pas soup-
conné tout cela, traduit par «morceau de bois.» Théodote et Jérôme s’éloignent peu de cette interprétation, en mettant «bois de jointure.» Nous pensons qu'il s’agit d’une pièce de charpente. Peut-être cette pièce de charpente avait-elle, dans l’idiome technique des artisans grecs, le nom de xd»agoç. La racine du mot doit être 092, verbe inusité en hébreu, mais signifiant «prendre» sous la forme syriaque.
19. Nouvelle strophe de trois versets. Babylone, enrichie par le crime, est condamnée avec celui qui l’a si bien parée.
C'était une merveilleuse cité que Babylone. L’étendue de ses murs extérieurs élait de 480 stades selon Hérodote ; les mesures données par Pline sont identiques. Une inscription de Nebucadanesar confirme celle assertion : — € Moi, dit-il, j'ai fait, en les alignant, six enceintes comme défenses contre les guerriers ; J'ai fait le mur indestructible de Babylone, long de 480 stades, qui entoure le boulevard de Babylone. » — Ces murs étaient hauts de 200 coudées et larges de 50. Quel défi méprisant jetaient aux envahisseurs ces murailles garnies de tours et ceintes d’un fossé rempli d'eau! Une immense arène atteignant à la superficie du département de la Seine et fermée par une enceinte dont l'élévation égalait presque la hauteur de la flèche la plus élevée de la capitale de la France; tel était l’aspect extérieur de Babylone.
On conçoit qu’une semblable ville fut plutôt un territoire fortifié qu'une ville proprement dite. La cité n’en occupait qu'une partie; le reste se composait de terrains cultivés, où apparaissaient çà et là des groupes d'habitations, qui étaient moins des faubourgs que des
villes distinctes. Des peuples d’origine étrangère y étaient entassés comme dans une sorte de parc. Chaque conquête des monarques chaldéens augmentait la population de leur capitale, en y introduisant un nouvel élément. Ceci fait comprendre les passages d'Ésaie et de Jérémie, qui nous montrent les peuples délivrés à la ruine de Babylone, s’enfuyant vers leur patrie.
Hérodote, Diodore de Sicile, Pline, Quinte-Curce nous ont entretenus des merveilles que renfermait la grande ville. Les ruines actuelles donnent une idée aussi exacte de l’antique cité que les ossements d’un gigantesque animal en peuvent donner une de l’animal auquel ils appartinrent. Pas un monument cependant, pas même une pierre sculptée sur ce sol bouleversé par la dévastalion, mais d'immenses morceaux de briques au milieu d'un désert de sable et de marais féudes.
Les explorateurs modernes ont retrouvé en dehors de la ville proprement dite, dont la moderne Hillah occupe l'emplacement, les restes de l’ancienne résidence royale, où abondent les fragments de briques émaillées et peintes qui, suivant Ctésias, décoraient l'intérieur du palais des rois chaldéens. Les fameux Jardins suspendus couvraient les pentes et le sommet du monticule d’Amran-ibn-Ali. L’amas de ruines qui porte le nom de Babil est le monument qui est désigné dans les inscriptions comme le temple par excellence. C'était une pyramide qui devait avoir environ 550 pieds d’élévation. Enfin, le Birs-Nemrod, le Borsippa ou Borsiph des anciens, rappelle, dans le quartier sud-ouest de l'immense cité, de plus augustes souvenirs encore, car cette montagne fictive n’est autre que la tour de Babel.
Nebucadanesar avait reconstruit ce monument des rois, ses prédécesseurs; on a trouvé plusieurs exemplaires de l’inscription signalant ces réparations. Quant à l’édifice lui-même, c'était une série de tours superposées et formant sept étages de hauteur différente. Chacun de ces étages était diversement colorié, suivant la divinité à laquelle il était consacré.
Il va sans dire que, dans ce champ de débris, des ruines persanes, grecques et parthes se trouvent mêlées aux vestiges de la société chaldéenne.
Dom Calmet ne croit pas que le verset concerne Babylone; il pense que le prophète s'adresse à Tyr et au roi Ithobal, allié, comme Sédécias, du roi d'Égypte, dans la guerre du pharaon Neco contre Nebucadanesar. La manière dont le bénédictin explique son opinion, à l'aide du verset suivant, est pour nous un motif de plus de la rejeter.
13. On reconnaît une allusion aux travaux des captifs. Comme les monarques égyptiens, les rois d'Assyrie employaient les bras des peuples traînés en esclavage à la construction de leurs édifices.
Résumons l’histoire des derniers jours de Babylone. Après avoir vainement assiégé pendant deux ans une cité qui avait des provisions pour vingt ans, et où la confiance était si grande que les fêtes y succédaient aux fêtes, Gyrus pénétra par le lit de l'Euphrate détourné de son cours, dans l’enceinte inabordable. Les Médo- Perses traversent la villa, en massacrant toutefois les gens qu’ils rencontrent sur leur passage, et courent au palais (aujourd'hui le Kasr). Belscatsar venait d’apprendre à table la surprise de sa ville. Au moment où il ordonne d'ouvrir les portes du palais, les assaillants
s’y précipitent, et le dernier roi de Babylone tombe au milieu de ses gardes.
Alors commença un massacre qui dura trois jours. L’Asie fut vengée. Toutes les sinistres prophéties des écrivains juifs devinrent des réalités. Quiconque, ainsi que Ésaïe l’avait annoncé, fut trouvé, fut percé, et quiconque fut saisi fut égorgé. On n’épargna, selon la prédiction de Jérémie, ni le semeur ni le faucheur. Le filet dont le Chaldéen , suivant la métaphore d’Habacuc, s'était servi pour envelopper les peuples, fut jeté sur lui-même : Jérémie en fait la remarque. Le fils d'Hilkia emprunte enfin à notre prophète la pensée exprimée dans ce verset; car il conclut aussi «que les peuples ont travaillé pour le néant et que les nations se sont fatiguées par le feu» (LT, 58).
Ce furent les successeurs de Gyrus qui se chargèrent de exécution définitive de la sentence contre Babylone. Darius, contre qui la vieille capitale s’était révoltée, en abaissa les murs; Xercès en détruisit les temples; puis, après ces rois de l'Iran, des peuples vinrent promener sur les débris entassés le balai de la destruction dont avait parlé Ésaïe (XIV). Ravagée pendant plusieurs siècles, la Chaldée n’est plus qu’une solitude semée de chétives cités modernes construites avec des décombres.
Il n’est même pas resté de l'empire chaldéen ce qu’une société expirante lègue ordinairement aux générations, une littérature perpétuant la gloire d’un État déjà rayé de la liste des empires. Quoique Babylone ait été dès une haute antiquité un centre de culture intellectuelle pour l'Orient, aucun texte original des écrits des savants chaldéens n’est venu jusqu’à
nous. À peine les littératures voisines qui ont eu de meilleurs destins ont-elles conservé des débris de la culture qu’elles remplaçaient. M. Ern. Renan a démontré sans réplique que les ouvrages Nabatéens traduits au dixième siècle par H. Washijjah-al-Kadani ou le Chaldéen , que M. Quatremère avait supposés écrits sous Nebucadanesar et que M. Chwolson faisait même remonter au qualorzième siècle avant l'ère chrétienne, sont de l’époque des Séleucides.
Ainsi, comme les guerriers de la Chaldée, les sages de Babylone ont travaillé, ainsi que le dit le prophète, pour le néant!
14. Les Septante, qui, par suite d’une erreur dans les manuscrits dont ils se servirent, avaient opéré dans le mot n’y, la métamorphose d'une lettre, ont traduit «comme l’eau les couvrira.» On peut comparer l'expression d'Habacuc au vers. 9 du chap. XI d'Ésaie. «La connaissance de Jéhovah remplira la terre comme les eaux couvrent la mer.»
15. C’est le commencement d’une quatrième strophe, où est dépeint le mal moral fait par les Chaldéens aux nations, mal qu'ils doivent expier comme tous leurs autres crimes. Ge mal s’apprécie si l’on recherche la part prise par Babylone à la civilisation. L’astrologie judiciaire, la sorcellerie, une branche du gnosticisme, le germe de la Cabale, tel est le funeste présent que la Chaldée a fait au monde!
Calmet dirige contre le roi d'Égypte, Hophra, allié de Sédécias, l’intention présente du prophète.
L'image de ce verset est fréquente chez les prophètes. Jérémie l'emploie dans sa prédiction contre Babylone (LI, 7). Ézéchiel en use plus énergiquement
encore dans ses menaces contre Samarie et Jérusalem, personnifiées dans Ohola et Oholiba. «Tu boiras la coupe de ta sœur, dit-il. à cette dernière, coupe large et profonde... Tu la boiras, tu la videras, tu la lécheras et de ses têts tu te déchireras les mamelles » (XXIIL, 32, 34). Ésaïe avait aussi comparé l'Égypte à un homme ivre tournant sur lui-même en vomissant (XIX, 14).
Les Septante traduisent: «pour que vous puissiez voir dans ses cavernes.» On comprend difficilement qu'une version aussi faulive ait pu, auprès des écrivains du Nouveau Testament eux-mêmes, jouir de la faveur qu'ils auraient dû réserver au texte original, Ne serait-ce pas une preuve qu'ils n'étaient pas hébreux pour la plupart?
Les rabbins ont encore une légende à propos de ce verset. Habacue, si on les croit, ferait prophétiquement allusion à un épisode de la captivité du dernier roi de Jérusalem. Au milieu d’un festin Nebucadanesar aurait enivré son prisonnier dans le but de lui faire perdre tout sentiment de bienséance et de le rendre le jouet de sa cour.
16. C’est la menace que Nahum avait adressée à Ninive. Le père de Nebucadanesar l’avait réalisée avec ses alliés, « Voici je relèverai les vêtements sur la têle et ferai voir aux peuples ta nudité et aux royaumes ton ignominie » (IT, 5).
17. Ce. verset est difficile à entendre au point de vue philologique et exégétique. Nous nous tenons à l'ancienne interprétation.
Le Liban est mis pour la Palestine comme dans Kzéchiel XVIL, 3, et dans le Deutéronome III, 25. Quelques
critiques voient cependant en cet endroit une allégorie du temple de Jérusalem construit en bois du Liban. Les bêtes dont il est parlé sont une désignation figurée des habitants du pays. Il a fallu à Calmet beaucoup d'efforts pour mettre cette mention de la Terre-Sainte en rapport avec l'hypothèse qui fait tomber sur le roi d'Égypte le poids de cette strophe.
18. Nous lisons dans la prophétie de Jérémie déjà citée à cause des nombreux points de comparaison qu’elle offre avec l’oracle d'Habacuc et qui s'adresse aussi à Babylone, les paroles suivantes : « Tout homme est stupide, faute de le (Dieu) connaître; pour chaque fondeur son idole est un sujet de honte, car l'image fondue par lui est un mensonge et elle ne respire pas» (LI, 17). On peut encore rapprocher ce passage d’Ésaie XLIV.
Dans cette strophe, la cinquième qui complète laccusation par le reproche d’idolâtrie, crime capital aux yeux d’un croyant, car au lieu de nuire seulement à l’homme comme ceux qui viennent d’être énumérés, 1l offense la majesté divine. Le mot «malheur » qui commence les quatre autres strophes est renvoyé au verset suivant.
20. Ici Habacuc semble à la fois mettre un terme au chant des nations et se préparer à l'hymne qu'il veut adresser à Dieu. L'empire fondé par le Nabatéen Nemrod a disparu; les peupies se réjouissent autour de leur vainqueur. Alors le prophète par une transition sublime ramène les yeux vers Dieu et pense qu'il est temps de suspendre cet élan d’une joie légitime, mais trop humaine. Dieu lui-même va apparaître. Habacuc se recueille et réclame le silence.
TTL
1. Le troisième chapitre se compose de cet hymne que plusieurs critiques ont regardé comme le morceau le plus remarquable de toute la littérature hébraïque.
Entrons dans quelques considérations à l’aide desquelles il sera plus facile de pénétrer le sens de cette poétique composition destinée à demeurer intraduisible.
Les événements merveilleux dont l’histoire d'Israël est pleine depuis la sortie d'Égypte jusqu’à l'installation du peuple élu dans la terre promise, laissèrent une profonde impression dans le souvenir des Hébreux.
L'apparition de Dieu sur le Sinaï, au milieu des tonnerres et des éclairs, autorisa la seule personnification de Dieu que le monothéisme peut accepter, la seule que connurent jamais les prophètes. Dès lors l'orage fut regardé comme l'enveloppe de la puissance divine.
On avait cependant considéré aussi comme un autre symbole de la manifestation du Dieu invisible, la colonne de fumée et de nuages qui avait conduit [sraël dans ses pérégrinations. Gette colonne avait même été le siége de la justice du Tout-Puissant. Or quoi de plus naturel que d’en joindre le souvenir à celui de la nuée qui avait environné le Sinaï pendant la promulgation de la loi? La mort sortait de l’une et de l’autre pour atteindre l’audacieux.
La faveur dont jouirent dans la mémoire du peuple juif ces antiques souvenirs apparaît dans le soin des poëtes hébreux à y faire allusion. L’hymne de Déborah, quelques psaumes et le cantique d'Habacuc sont d'é-
clatants témoignages de cette faveur. Plus on s'éloigne du temps des prodiges ainsi rappelés, plus lallusion est voilée et cachée sous d’autres allusions relatives à des événements plus récents. Rien n’était plus propre à frapper l'esprit et à toucher le cœur, que cette association des images grandioses de la puissance divine et des souvenirs de la bonté du Dieu d'Israël.
Cyprien, Eusèbe etc., comme plusieurs commentateurs juifs, ont vu dans cette hymne une prophétie messianique. Calmet n’est pas loin de cette opinion, admise aussi par l’auteur de la Vulgate. «On ne peut en cela s’égarer, dit Calmet, car on ne fait jamais violence à l’Écriture en rapportant au Messie ce qui s’y trouve.» L’affirmation est hardie.
Le terme N21Ù à embarrassé les traducteurs. La Vulgate traduit « pour les ignorances,» expression qui aurait besoin d’un sérieux commentaire. M. Perret- Gentil dit «sur le mode des chants plainüfs.» La version syriaque, qui pourrait être d'un grand secours à propos de ce mot, l’omet. Gette inscription serait-elle plus moderne que l'hymne? Ce qui est certain, c’est que la signification du mot est perdue.
2. Le prophète a vu l'avenir, il se borne à supplier l'Eternel de se souvenir de sa miséricorde.
Les Septante avaient traduit D°3% 27992 «au milieu de deux voies. » Dans plusieurs manuscrits le changement de l’accent dans éwwr transformé en {ww fit traduire «au milieu des deux animaux.» On ne saurait énumérer toutes les absurdités sorties de cette distraction de copiste dans une version déjà défectueuse. Les uns ont reconnu dans ces deux animaux entre lesquels apparaît Jéhovah, le Fils et le Saint-Esprit, et ont proclamé la
trinité établie dans le livre d’Habacuc; les autres, se contentant de suivre l'erreur des manuscrits grecs, improvisèrent la tradition d’après laquelle Jésus serait né entre un bœuf et un âne. Ainsi le prophète hébreu aurait Connu par intuition ce détail de la naissance du Christ dont l'Évangile ne parle pas. À leur tour ces fantastiques animaux ont beaucoup occupé certains exégètes, dans les temps qui furent l’âge d’or de linterprétation allégorique. Ce sont pour ceux-ci le sym-. bole des deux brigands crucifiés sur le Calvaire; pour ceux-là l’image de Moïse et d'Élie, témoins de la transfiguration de Jésus ; pour d’autres la représentation des hommes et des anges, des Juifs et des païens etc. Le désaccord de toutes ces opinions est moins surprenant que la facilité avec laquelle un système d’exégèse si ridicule s’est imposé à d'excellents esprits.
8. Habacuc voit l'Éternel arrivant comme autrefois au secours de son peuple; il le montre triomphant du méchant au milieu de l’agitation des éléments.
Theman et Paran sont des lieux voisins du Sinaï. Rupert a pensé que Paran, «la montagne d’où sort le saint,» c’est-à-dire Jésus-Christ, ne pourrait être qu’une allégorie de Dieu le Père. Quant à Théman, on en trouve plusieurs fois la mention dans l’Écriture (Amos I, 42 ; Jérémie XLIX).
"20. est un terme de musique. Les Septante le rendent par davalua, et les versions françaises par «pause,» le plus ordinairement. Nous laisserons la forme hébraïque à ce mot, qu’on rencontre plus de soixante-dix fois dans les psaumes.
4. Capiton pense que Ep désigne de véritables cornes ; d’après lui ce sont celles qui décorèrent le front
de Moïse, Mais les cornes de Moïse, bien que l’église Saint-Marcel de Rome se soit vantée de les posséder, ont-elles pu être autre chose qu’un faisceaude rayons ?.. Rupert et Sanctius sont d'avis qu'il y a en cet endroit une allusion évidente aux deux bras de la croix de Jésus-Christ.
Dans les Psaumes XVIII et LXXVIL, Dieu est représenté de la même manière. La magnifique théophanie de ces psaumes n’est qu’un tableau gradué de l'orage. Il en est de même du Psaume XXIX, où le tonnerre est considéré comme la voix de Dieu qui gronde.
6. Capiton, qui fait parfois de l’exégèse à la façon des plus audacieux interprètes scolastiques, reconnaît une image des grands rois dans les montagnes, et des petits princes dans les collines.
On à diversement interprété Do1y non. Herder pense qu'Habacuc veut parler des routes d° Israël dans le désert. N'y aurait-il pas en même temps une allusion à la marche ordinaire des orages fondant des contrées méridionales sur la Palestine ?
7. Calvin et d’autres jugent que l'intention du prophèle est de rappeler la victoire d'Othoniel sur Chusan, roi de Mésopotamie (Juges IF, 40, 11) et celle de Gédéon sur les Madianites (Juges VI, VIE, VIN). La suite de l'hymne, où une allusion semble faite à la victoire de Déborah, pourrait autoriser cetie conjecture. Peutêtre cependant Habacuc fait-il pendant tout son chant simplement allusion aux souvenirs du désert. Alors 1212 désignerait les Éthiopiens, habitants des bords de la mer Rouge : le ? serait euphonique.
8. La tournure singulière de ce verset, en trahissant l’effroi, donne de l'élévation à l’ode ; plusieurs psaumes
interrompent le récit avec de semblables interrogaüons inattendues. C’est une marche particulière à la poésie orientale, et qu’on retrouve aussi dans les compositions de la muse des peuples celtiques.
9. AN na MiY2Ù. Ce passage est un des plus difficiles de l'Ancien Testament. Herder dit qu'il faisait le désespoir des critiques. Comme lui, Ewald prend le premier mot pour l'adjectif numéral, et traduit : «tu épuises les sept traits de ta parole. » C’est un sens aussi obscur que l’hébreu. Meyer change le texte et lit NV2®, deuxième personne pichel de V2Ù « rassassier. » Reste VEN; dans le Psaume LXVIIT au vers. 12, ce mot semble vouloir dire «chant de victoire.» Nous avons traduit en suivant Meyer, malgré notre répugnance à introduire des modifications dans l’orthographe du texte.
Dans la Bible la foudre est souvent appelée «la flèche du Seigneur.» La multiplication des éclairs sous la forme des flèches est une des plus belles images de la théophanie du Psaume XVITL. Le prophète semble même, comme on pourra s’en assurer tout à l'heure, imiter le psalmiste.
40. Les tropes de ce passage peuvent êlre empruntées aux anciens événements de l'histoire d'Israël ; mais comme ces images ne sont rapprochées que selon les exigences de l'imagination du poëte, il y aurait beaucoup de hardiesse à vouloir expliquer chaque trait historiquement et chronolog'quement. |
Nous lisons dans le cantique d’adieu de Moïse (Deut. XXXIIE, 2): « Jéhovah est venu de Sinaï; il s’est levé pour eux en Séir,; il brille sur le mont Paran, il est arrivé des montagnes de Cadès : le feu ondoyant
l'entoure. »
Déborah arrive par celte peinture à se frayer un passage jusqu'aux nuées d'où s'écoulèrent les pluies qui, en gonflant les torrents, favorisèrent les Hébreux dans la bataille du Thabor.
David au contraire se sert poétiquement des eaux du Sinaï pour faire fleurir le désert sous les pas d'Israël.
41. Encore une image empruntée à l'hymne de Déborah. L'imitation est supérieure au modèle. Quel tableau que celui des astres humiliés à l'aspect d’une clarté qui obscurcit leur lumière !
13. Dieu s’avance en écrasant ses ennemis. On croirait qu'Habacuc fait allusion à la vie de David. L'image principale de ce verset n’est pas rare dans les Psaumes (LX VIII, X); on en peut dire autant des versets suivants.
N’essayons pas de définir plus clairement que ne le fait Habacuc, ces ennemis que l'Éternel frappe.
En style oriental, la ruine d’une maison signifie la destruction d’une cité ou d’une famille.
45. Herder, qui dans le verset précédent a trouvé une mention des «monstres de l'enfer, » admire plus heureusement la beauté du dernier trait de ce tableau grandiose. Jéhovah venu à travers les eaux se retire par la même voie. Qui sait si cet amoncellement des eaux, auquel Habacuc donne le nom de «mer, » ne serait pas dans sa pensée l'océan aérien et nébuleux où éclate la foudre? Les Hébreux, surtout dans le style poétique, ont bien pu désigner par une même appellation les eaux suspendues en masse vaporeuse dans l'atmosphère ou étendues sur la face de la terre à l’état liquide. Par un procédé analogue de l'esprit humain, un peuple appartenant à une autre famille humaine, les Aryas de
l'Inde firent de Varouna (Otoavos) dieu de l’atmosphère, le Neptune de leur panthéon, ur ils connurent l'Océan.
lei se termine la théophanie d'Habacuc; on peut en rapprocher quelques traits de la théophanie des psaumes et motamment du Psaume XVIII.
«Alors la terre oscilla et trembla et les bases des montagnes furent émues... une fumée sortit de ses narines et un feu dévorant de sa bouche; il fit jaillir des charbons ardents. et l’obscurité était sous ses pieds. De la splendeur qui le précède sortent les nuages qui portent la grêle et les charbons de feu. Il lança ses flèches et il les dissipa; et mille traits, et il les défit.… et les fondements du monde furent mis à nu, Jéhovah, au bruit de ta voix!» (XVIIT, passim).
16. Sorti de l’extase où cette vision l’a plongé, le prophète a de nouveau conscience des maux réservés à sa nation et il s’effraie encore.
On saisit le sens de MAX en le rapprochant des premiers versets du second chapitre. Dieu a ordonné à Habacuc d’attendre l’accomplissement des événements, et le prophète à qui l'avenir a paru sombre, quoique garanti en faveur du juste, se demande comment il pourra attendre en paix le jour annoncé.
417. Selon quelques critiques, cette description représenterait allégoriquement la dévastation des pays à la suite de la guerre. Pourquoi ne s’agirait-il pas aussi d’une disette dont les horreurs viendraient s’ajouter aux calamités de la guerre ?
W112 a le sens de tromper l'espérance. C’est une expression commune aux prophètes (Ésaïe LVIIL, 41 ;
Jérémie II, 23; Osée IX, 2). Horace a dit aussi : Fundusque mendax.
18. La frayeur d'Habacuc n’a pas duré, et le prophète termine par un chant de triomphe. La Vulgate traduit vu” "ON «en Jésus mon Dieu. » Ce serait du christianisme trop neltement caractérisé de trop bonne heure.
19. Les dernières paroles d'Habacuc sont prises dans le cantique de Moïse. David s’était appliqué ce passage au vers. 34 du Psaume XVIII. Habacuc imite David sans se séparer du reste des justes. Le prophète est certain qu'un jour viendra où le peuple élu couronnera les hauteurs, c’est-à-dire reprendra possession du pays et dominera la terre.
Les derniers mots de la prophétie, joints à ce qui précède par Luther et la version chaldaïque, ne sont qu’un post-scriplum. nY302 se trouve dans plus de cinquante suscriptions de psaumes. On pense qu’il est question d’un musicien habile. Quant au terme 7n2733 dont on peut considérer le * comme paragogique, nous ne le traduirons pas; c’est encore un de ces mots dont le sens est loin d’être sûr.
Conclusion.
La prophétie d'Habacuc inscrite dans le canon des Écritures sacrées, et par conséquent également vénérée des Juifs et des chrétiens, est-elle une œuvre inspirée? Telle est la question qui se pose à nous pour réclamer notre dernier mot.
En principe, nous repoussons la doctrine de la pleine
théopneustie, qui fait voir dans les pages du Saint-Livre des dictées dont chaque mot proviendrait de Dieu luimême ; mais nous professons une foi profonde à l'inspiration des écrivains sacrés, à la conscience desquels Dieu parlait. Dans la Bible, cette action divine nous paraît inséparable de l’action de l’homme. Ici, comme ailleurs, le surnaturel n’est qu’une force nouvelle introduite dans le système des forces naturelles pour développer ces dernières, en s’harmonisant avec elles, mais non pour les annuler. Lors donc que dans un livre biblique l'empreinte de l’homme serait accusée de manière même à trahir vivement l'imperfection de ia nature humaine, nous ne pourrions nous autoriser de ce fait pour exclure ce livre comme indigne de figurer dans le Canon. Bien plus, c'est le contraire qui eût à bon droit été pour nous un légitime sujet d’étonnement. L'essentiel c’est qu’en dehors de l’action de la science, il y ait place dans l'esprit du critique pour les réclamations de cet élément mystique «inexplicable, mais incontestable, nous écrivait dernièrement M. le pasteur Muston, par lequel nous prions et nous adorons par nous-mêmes, avec une intensité tout à fait indépendante des progrès ou des retards, des conflits ou des victoires de la critique scientifique. » C'est cet élément que nous avons associé à l'élément scientifique dans notre étude de la prophétie d'Habacuc, et c’est à la synthèse de ces deux éléments, dont les parties extrêmes en théologie n’ont voulu garder qn’un seul, que nous devons la conclusion de cette étude.
Nous consentons volontiers à ne pas chercher linspiration des livres prophétiques ailleurs que dans ce regard du prophète tourné vers l'avenir avec une pleine
assurance d’une régénération de la nature juive et d’une mission qu'elle doit remplir, en portant le monde entier à la connaissance de la vérité. Ces données générales de la prophétie ne sauraient être niées. On peut, de plus, discuter sur le mode par lequel les prophètes arrivaient à la connaissance des plans de Dieu et sur l'étendue de cette connaissance. Il nous suffit, à nous, de constater dans notre prophète ces vues supérieures qui sont considérées comme l'essence de la prophétie, et qui sont pour nous la révélation de l'action divine.
Comment nier cette intuition élevée dans une œuvre qui, outre les caractères communs à tous les écrits prophétiques de l'Ancien Testament, nous montre sous une forme plus humaine que celle qu’affectent la plupart des prophètes, une doctrine plus spirituelle et mieux définie? N'est-ce pas au prophète qui a si bien compris les effets de la foi que peuvent s'appliquer particulièrement ces mots de Capiton: «Les prophètes ont eu par intuition la foi chrétienne?» La prédiction d'Habacuc réagit contre l’étroit particularisme des opinions juives el, en prononçant hardiment une condamnation qui enveloppe tous les pécheurs, elle montre d’une manière générale dans la foi l'unique voie de salut. Nous ne sommes pas loin de la prédication du précurseur qui recommanda le renouvellement intérieur à la foule des enfants d'Abraham abusés sur les prérogatives de leur origine, pas loin non plus des paroles plus solennelles du Sauveur. On comprend que saint Paul ait inscrit la sentence du prophète hébreu à la première page de son épître aux Romains, ce manifeste de la doctrine chrétienne. Quelque contraire que fût aux vues égoïstes d’Israël le grand principe qu'il n’y
a d'assurance que pour le juste, et que le juste puise cette assurance dans sa foi, la parole d'Habacuc ne retentit pas en vain parmi son peuple. Nous lisons dans la Guémare de Babylone une déclaration qui contraste de la manière la plus frappante avec les nombreuses ineptes de ce recueil. « Les six cent treize préceptes de Moïse ont été réduits à onze par David; Ésaïe les a ensuite réduits à six, Michée à trois, et enfin Habacuc les a résumés dans un mot: le juste aura la vie dans sa foi.»
Jamais aucun doute n’a été élevé au sujet de la canonicité du livre d'Habacuc. Les témoignages en sont probants. Citée quatre fois dans le Nouveau Testament (comp. Habac. IT, 4, et Rom. I, 17; Gall. III, 11; Héb. X, 38; comp. Habac. I, V, et Actes XIIT, 40 et A), cette prophétie existe dans la version de Septante comme dans la version syriaque.
Qu'elle reste donc dans la Bible, cette célèbre prédiction, qu’elle y reste, après avoir été soumise à une impartiale critique, l’objet de l’admiratiou du littérateur, de l'intérêt de l'historien et du respect du chrétien! Il est doux à ce dernier d'y trouver une parole qui est à la fois le dernier mot de l’Ancien-Testament et la base de la Nouvelle-Alliance: celle qui proclame le salut par la foi!
À Dieu seul sage soit gloire éternellement par Jésus- Christ! (Rom. XVI, 27).