I. — ENVISAGEONS TOUT D'ABORD LES VACCINATIONS | PAR L'ANATOXINE
1° MM. Darré, Loïseau et Laffaille ont publié en mai 1924 les résultats des premiers essais de vaccination tentés à l'hôpital Pasteur.
12 sujets sont vaccinés :
— Les Schick positifs sont négativés deux mois après deux injections de à et r cc.
— Le pouvoir antitoxique du sérum est notablement augmenté, surtout chez les sujets à Schick négatif avant vaccination.
— Un seul cas de réaction, locale et générale, forte,
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ayant duré deux jours, est noté chez un adulte, après une injection de r cc.
De ces premiers essais ressortait nettement la valeur - antigène de l’anatoxine.
2° MM. Roubinowitch, Loiseau et Laffaille ont entrepris la vaccination des enfants de l’Institut des sourds ct muets d'Asnières, du service des enfants arriérés de Bicètre et de la fondation Vallée,
85 enfants réceptifs ont pu être suivis.
Les auteurs ont fait trois injections successives de à, 1 et 1 cCc., à un intervalle variant de 20 à 35 jours.
18 à 20 jours après la première et la deuxième injections, un Schick de contrôle permet de constater quels sont ceux qui sont encore réceptifs et qui, seuls, reçoivent l'injection suivante.
Ils ont vacciné de cette façon
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36 enfants avec + cc.; 43 enfants avec à et 1 cc; 6 enfants avec à,r et 1 cc.
En moins de 70 jours, sur les 85 enfants, 84 ont été immunisés (Shick négatif), soit une proportion de 98,8 p- 100. x
Les auteurs ont noté en outre des réactions assez marquées, soit chez les grands enfants, soit chez les sujets présentant une fausse réaction de Schick.
Dans l’ensemble réaction nulle ou à peine marquée chez la plupart des vaccinés.
En somme, cette première tentative de vaccination en grand donne des résultats en tous points satisfaisants,
3° M. Zœller, au Val de Grâce, a, vers la même époque, essayé, de vacciner à l’anatoxine 59 sujets réceptifs 47 après trois injections (4, 1, 1 +) sont tous immunisés au bout de six semaines,
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11 sujets n'ont pu être suivis aussi longtemps et n’ont eu que deux injections; leur Schick est irès atténué. S
1 sujet enfin a contracté une angine diphtérique douze jours après la première injection.
Notons un fait particulièrement intéressant : c’est qu'il s’agit ici de sujets adultes. Or, M. Zoœller n’a constaté aucune réaction sérieuse. Il a vu seulement quatre élévations thermiques chez des sujets à fausse réaction.
4° MM. Lereboullet et Joannon ont vacciné à l'hôpital d'Antony 13 enfants réceptifs à l’aide de deux injections d’anatoxine (4 et 1 oc.) à trois semaines d'intervalle.
46 jours après la première injection, ‘12 ont un Schick négatif.
Le 13° est négatif 67 jours après la première injection.
Dans le même laps de temps, 11 enfants du même établissement, tous réceptifs, n’ont pas été vaccinés afin de servir de témoins : tous leurs Schick ‘sont restés entièrement positifs.
En somme, « l’état réfractaire qu'exprime un Schick négatif s'est développé en environ deux mois chez 100 p. 100 des sujets injectés, et ne s’est pas développé dans le même laps de temps chez 100 p. 100 des sujets non injectés ». |
Il ne s’agit donc pas d’une immunisation spontanée, acquise du fait du séjour à l'hôpital, puisque des enfants dans les mêmes conditions d'habitation n’acquièrent, sans la vaccination, aucune immunité.
Quant aux réactions, bien qu'il s'agisse ici d'enfants atteints de tuberculose ostéo-articulaire, les auteurs n’ont observé aucun accident sérieux. | = - Parfois il s’agissait d’un simple clocher thermique à 38 ou 39, survenant le lendemain de la piqûre et ne s’accompagnant ni de nausée, ni de frisson, ni d’abattement.
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D'autres fois, c'était un érythème plus ou moins étendu, survenant surtout chez les enfants à fausse réaction de Schick.
En somme ces premières vaccinations par l’anatoxine faites au début ide 1924 dans différents milieux, avaient suffisamment démontré la vaieur antigène réelle du produit et son innocuité
98 à 100 p. 100 des sujets injectés sont immunisés.
Les réactions, si elles ne sont pas rares, n’ont jamais de gravité.
Ces succès expliquent facilement l'extension considérable qu'a prise cette méthode de prophylaxie.
Nous ne ferons qu'énumérer rapidement les principales vaccinations faites depuis cette époque et leurs résultats :
— 'A l’Institut des sourds-muets d’Asnières, MM. Roubinowitch, Loiseau et Laffaille vaccinent 231 enfants (& et 1 oc.) : 222 ont un Schick négatif, soit 96,1 p. 100.
— Au groupe scolaire du 15°, à Paris, MM. Harvier et Raquin vaccinent 88 enfants (2 injections) : 84 ont un Schick négatif, soit 95,4 p. 100.
— MM. Martin, Loiseau et Laffaille ont publié les résultats particulièrement intéressants de la vaccination en milieux contaminés. Dans trois écoles où des poussées épidémiques sévissaient (école de la rue R:.., à Paris; école de l’avenue V... H..., à Paris, école primaire départementale de Vitry-sur-Seine), ils ont vacciné au total 525 enfants. Tous les Schick, cela se conçoit, n’ont pu être faits avant et après vaccination. Néanmoins les résultats de la vaccination, au point de vue uniquement épidémique, démontrent suffisamment l'utilité de l’anatoxine (dans de tels cas
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a) À l'école de la rue R..., une seule angine diphtéri-’ que et d’ailleurs très légère, est constatée 10:jours après le début des vaccinations chez un enfant ayant reçu une seule injection. Pendant et après les vaccinations aucun autre cas de diphtérie n’a été observé;
b) A l’école de l'avenue V... H..., depuis que les vaccinations ont été commencées, on n'a observé qu'un cas d’angine diphtérique chez un enfant non vacciné;
c) À l’école primaire tde Vitry-sur-Seine on a observé une angine diphtérique à fausses membranes chez un enfant ayant reçu deux injections, quatre angines rouges avec culture positive chez un enfant ayant reçu une injeclion et chez trois autres ayant reçu trois injections. Ces quatre derniers cas semblent plutôt d’ailleurs des incidents banaux chez des porteurs de germes. La guérison en est facilement obtenue et notamment dans deux de ces cas sans sérothérapie.
— Les mêmes auteurs ont eu l’occasion de pratiquer des vaccinations (dans des sanatoriums et préventoriums contaminés.
— À Canteleu, après trois vaccinations, sur 161 sujets, 160 sont immunisés, soit 99,4 p. 100.
— À Banyuis-sur-Mer, 223 sujets sont vaccinés, et l’épidémie, au cours de laquelle on avait observé un cas mortel, est arrêtée. |
— A Saint-Trojan, 303 enfants sont vaccinés par deux injections : les Schick de contrôle n’ont révélé aucune réaction positive après vaccination.
— Au sanatorium Minoret, à Champrosay, 38 sujets réceptifs sont vaccinés {trois ingections). Après vaccination :
33 ont iune réaction négative; 1 a une réaction positive
4 ont une réaction diminuée mais visible, soit un
pourcentage d'immunisés de 87 p. 100. Ce pourcentage plus faible que d'ordinaire est dû, pour les auteurs, au fait qu'il s’agit de sujets débilités, dont l’état général est déficient et dont l’immunisation serait par là-même, retardée.
— M. Zœller a employé également l’anatoxine dans un milieu contaminé et a obtenu de très intéressants résultats : à l’occasion d'une épidémie de diphtérie dans. la garnison ide Mayence, M. Zæller, en août 1924, a vacciné 102 soldats (4 et 1 cc.). Pendant les deux mois et demi qui ont suivi cette vaccination, aucun cas de diphtérie, n'a été constaté chez les sujets injectés- Mais dans la même période, 108 sujets non vaccinés ont été hospitalisés pour diphtérie.
En janvier 1925, nouvelle vaccination : chez 246 sujets réceptifs ayant reçu deux injections, on.observe sept cas de diphtérie.
En juin 1925, troisième essai de vaccination : 589 sujets reçoivent trois injections, mais la troisième est faïte seulement huit jours après la seconde. Le pourcentage des immunisés est de go p. 100. Les soldats qui m'ont reçu que deux injections sont immunisés dans la proportion de 50 1p. 100.
— C'est également én pleine épidémie de diphtérie que fa vaccination est commencée à l'hôpital maritime de Berck en décembre 1925 : 1.400 enfants sont vaccinés, ei, depuis le début des vaccinations, il n'y a eu que quinze cas de diphtérie sans décès, dont deux (une angine rouge et un coryza) chez des vaccinés.
— Signalons encore les observations de MM. Vaillant et Riquier, dans le Pas-de-Calais : ces auteurs, dans plusieurs communes où la diphtérie est depuis longtemps à
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l’état endémique ont pratiqué 865 vaccinations. La diphtérie à depuis très nettement diminué, et les seuls cas observés sont survenus chez des sujets non vaccinés.
— Enfin nous rapporterons les résultats publiés en avril 1926, par MM. Lereboullet, Boulanger-Pilet et Gournay, et portant sur 1.959 enfants vaccinés :
— Les uns à l'hôpital des Enfants-Malades; .
— Frères et sœurs de diphtériques; — Convalescents de idiphtérie; — Malades de différents services vaccinés à l'occasion de petites épidémies.
— Les autres en dehors du milieu hospitalier : À l’Orphelinat des P. T. T. à Arcueil-Cachan : 96 vaccinations.
À l’école Saint-Nicolas, d'Igny : 421 vaccinations; À la maison maternelle Kopp : 242 vaccinations; A l’orphelinat de la rue des Bernardins : 69 vaccimations.
152 Schick de contrôle ont pu être pratiqués après deux injections : 144 étaient négatifs, soit 95 p. 100 d'immunisés. Après trois injections, le pourcentage a été constamment de 100 p. 100.
Tous les vaccinés qui ont pu être revus après 8, ro ou ° 12 mois consérvént un Schick complètement négatif.
En résumé, la vaccination par l’anatoxine, méthode encore récente, a déjà ipris cependant un développement considérable. Nous n’avons cité que les principales statistiques de vaccination. MM. Martin, Loiseau et Laffaille ont relevé, en mai 1926, toutes les vaccinations effectuées depuis la découverte de M. Ramon, tant à Paris qu’en province et sont arrivés au total de 8.450.
À l'étranger, cette méthode a été également appliquée avec succès : ge
— Zingher en Amérique, a essayé l’anatoxine comparativement au mélange toxine-antitoxine et a obtenu un pourcentage d'’immunisés de 98 p. 100 contre g1 p. 100 avec l’ancien vaccin.
— Henseval et Nélis en Belgique, Ivo-Nasso en Italie omt obtenu respectivement des pourcentages d'immunisation de 93,7 p. 100 et 90,8 p. 100 après deux injections.
— Au Canada ,où l’immunisation par lanatoxine (1) est pratiquée depuis deux ans seulement, et où son emploi est uniquement recommandé par les organisations officielles d'hygiène, le chiffre des .vaccinations atteint actuellement 500.000.
— Pour terminer ce chapitre des vaccinations par l’anatoxine, nous citerons les chiffres des vaccinations effectuées au Centre de Prophylaxie antidiphtérique créé par M. Lereboullet à l'hôpital des Enfants-Malades.
Nous reviendrons plus loin sur son fonctionnement. Disons seulement ici que le Centre a pratiqué :
— En 1924 : 112 vaccinations (7 par trois injections. 36 par deux, 69 par une).
— En 1925 : 893 vaccinations (674 par trois injections, 117 par deux, 102 par une).
— En 1926 : 2.833 vaccinations (dont 1.386 à l'hôpital et 1.447 en dehors du milieu hospitalier).
— En 1927 : 5.688 vaccinations (dont 2.599 à l'hôpital et 3.089 en dehors du milieu hospitalier).
Il faut signaler en effet que, si le Centre de Prophylaxie a vu le nombre de ses consultations augmenter de jour en jour à l’hôpital des Enfants-Malades, il a, d'autre
(1) Préparée d’après les indications et la technique de M. Ramon.
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part, étendu notablement son rayon d'action : soit à l'occasion de petites épidémies, soit par le seul fait de la vulgarisation de cette nouvelle méthode préventive, la vaccination par l’anatoxine a été demandée et a pu être effectuée dans diverses collectivités. Ce$ vaccinations ‘faites par le Centre en dehors du milieu hospitalier, atteignent et dépassent même actuellement, nous l'avons vu, le chiffre des vaccinations effectuées à l'hôpital. Citons, parmi. les collectivités vaccinées : la Maison des Jeunes Economes, le Pensionnat des Sœurs de Saint-Vincent de Paul, la Maison Maternelle Kopp, l'Orphelinat des P. T. T. à Arcueil-Cachan, le Pensionnat* Saint-Raphaël, la Crèche de l'Etoile, l'OŒuvre de l'Enfance en plein air, ete., etc..., et diverses maisons ouvrières, où le Centre a été également appelé à intervenir : rue de l'Ourcq, rue de la Solidarité, avenue Emile-Zola, boulevard de l'Hôpital, rue de Fécamp, etc., etc.
— En 1928 enfin, pendant les trois premiers mois de l’année, le chiffre des vaccinations effectuées uniquement à l'hôpital atteint 1.306; il marque donc encore une progression notable sur le chiffre correspondant de 1927 (2.599 pour l’année entière). Le tracé figuré ci-contre, où les chiffres mensuels des vaccinations sont reportés, 1permet de se rendre compte aisément de cette progression.
Les réactions, en général, sont difficiles à apprécier, aussi bien au point de vue de leur fréquence que de leur intensité : elles ont lieu en effet dans les familles ou les collectivités, ne sont observées que par les parents ou les personnes chargées de la surveillance et relatées par eux lorsqu'on revoit l'enfant pour l'injection suivante. Pendant une certaine période, où par un intérrogatoire précis, on a cherché à mettre en évidence ces réactions, nous avons trouvé, sur 8°0 enfants, ro réactions, dont trois