‹ La Prophylaxie antivénérienne dans l'ArméeChapitre 5 sur 22 · J. LACASSAGNE · texte numérisé non relu

J. LACASSAGNE

Les maladies vénériennes étaient déjà connues dans l’antiquité. Hippocrate nommait « Gonorrhée » : « toute inflammation dans le conduit d’urines causant de la strangurie, de la douleur, de la suppuration » ; et, d’autre part, Cœlius Aurelianus y avait vu, comme étiologie, « les plaisirs de Vénus ». Mais on conteste l’existence en Europe de la syphilis avant la fin du seizième siècle, bien qu'Hippocrate, Celse, Gallien aient décrit des lésions génitales qui pourraient être spécifiques. Aux cinq premiers siècles de notre ère, les maladies vénériennes semblent cependant peu répandues car s’« Il y avait déjà des filles publiques à Rome avant qu’il y ait eu une histoire », comme le dit Tite Live, la débauche y était limitée. La loi des douze tables réprouvait le célibat « Cœlibes prohebito ». D’autre part, les romains menaïient une vie essentiellement agricole et bénéficiaient de la « Pax Romana ». Cependant, il existait de nombreuses expéditions guerrières et il est bien difficile de croire que les paroles de Tibulle étaient vraies pour toutes les guerres quand il dit :

« Castra peto, valeatque Venus, valeantque puellæ ».

De fait, on ne retrouve dans les écrits des auteurs anciens que deux épidémies répandues par les armées romaines : la

< Lèpre » par les Yégtons de Pompée, la « Mentagra » par les troupes de Martial. Cependant, il reste à démontrer que le tréponème était l’agent de ces affections.

Mais, au cours des siècles, la continence du soldat, si tant est qu’elle ait été une réalité, s’est bien relâchée. Au Moyen- Age, par exemple, un historien arabe, Em Al Eddin, conte le débarquement des francs au siège de Saint-Jean-d’Acre :

« Trois cents jolies femmes frariques, ramassées dans les îles, arrivèrent sur un vaisseau, pour le soulagement des soldats francs auxquels elles se devaient entièrement, car les soldats francs ne vont point au combat s’ils sont privés de femmes ».

Saint-Louis est obligé de réglementer la prostitution qui. s'accroît sans cesse. Il chasse les « ribaudes » des villes et les oblige à se réfugier dans des « Bordes » (maisons des champs). Mais il ne peut parvenir à les chasser de son armée etilse plaint, peu avant sa mort, que « des officiers de sa maison établissent des lieux de débauche jusques à un ject de pierre, près et alentours de son pavillon ».

Cette débauche n’est pas le propre d’une époque. Au quinzième siècle, Brantôme écrit :

« L’armée du duc d’Albe comportait, outre ses dix mille soldats, quatre cents courtisanes à cheval, belles et braves comme princesses et huit cents à pied bien en point aussi ».

Il est probable que les maladies vénériennes existaient déjà dans notre pays, mais il fallut l’épidémie du « mal napolitain >» pour que les écrivains du temps s’en émeuvent et décrivent la syphilis qui entre ainsi dans l’histoire:

Qu'elle ait été importée de Saint-Domingue ou remonte à la plus haute antiquité en Europe, un fait est certain, ce sont les armées de Charles VIII qui la répandent sur tout le territoire français.

« Et dit-on plus que la puissante armée Des fors français à grant peine et souffrance En Naples l'ont conquise et mise en France. ».

Jean LEMAIRE DE BELGES

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Ce fut un véritable fléau national et on chercha à y porter remède : À Metz, on interdit aux Bourguignons, de retour d'Italie, la traversée de la ville. À Lyon, dans une ordonnance du 12 août 1947, « il est fait commandement à tous les mendiants atteints de grosse vérole d’avoir à sortir de la ville sous peine d’être bannis et fouettés >. On recherche déjà l'agent contaminateur. En 1497, Gaspard Torella, cité par Astruc, demande des perquisitions chez les filles publiques et l’isolement des malades. Dans les « Statuts de la reine Jeanne » dont l’authenticité, il est vrai, est niée, il est dit que « La baillive visitera les femmes tous les samedis et écartera celles qui sont victimes de la païllardise ». Les médecins se trouvent devant une maladie qui leur est inconnue. Ils essaient tout leur arsenal de médicaments et s’arrêtent au mercure. Et c’est alors la « cure rationnelle de la vérole » préconisée par Ulrich de Hutten : les malades « passaient à la casserole » (Fournier) et suaient leurs six à sept litres par jour. En fait, les résultats ne semblent pas avoir été merveilleux et les malades se plaignent :

« Les médecins ne voyent goutte Et ne nous laissent un denter. ».

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