A. DE MONTAIGLON
Désabusés, ils pensent qu’il vaut autant dire une messe en l’honneur de Saint-Job.
« Pourtestre gary de la vérolle par son intercession ».
Au seizième siècle, siècle de troubles sociaux et de guerres, la prostitution s'accroît et se développe surtout autour des camps. En 1656, pour limiter le nombre des filles qui suivent ses troupes, Gustave Adolphe autorise les mariages dans larmée. Du jour au lendemain, ce fut une éclosion de « mariages au tambour » et il fallut traîner, non seulement les femmes mais encore les enfants légitimes ou bâtards. Frédéric Guillaume limitera d’ailleurs au tiers puis au dixième des effectifs le nombre de ces mariages.
Au dix-seplième siècle, à l’occasion de nouvelles guerres,
. Ja syphilis s’étend à toute l'Europe. Pendant la guerre de trente ans, les troupes russes importent la « Syphiloïde » en
Lithuanie et en Courlande. De la Cane de sept ans, les suédois ramènent le « Radezigue ». mL
Sous la Révolution, la situation devient inquiétante dans l’armée française. Carnot signale qu’à l’armée du Rhin, en
1791, « un fléau terrible détruit les armées : c’est le troupeau
de femmes et de filles qui sont à leur suite. Elles énervent les troupes et détruisent par les maladies graves qu’elles y apportent, dix fois plus de monde que l’ennemi ». Par la suite, il en arrive à chasser trois mille prostituées des casernes de Douai. Le traitement coûtait cher : En l’an III de la République, Mittié évaluait le nombre de soldats syphilitiques à 50.000, nécessitant chacun un traitement de 60 jours à 20 sols la journée, soit une dépense annuelle de 36.000.000 de francs pour l'Etat. Ce traitement, demandant l’hospitalisation, faisait fondre les effectifs.
La fin du xvur siècle voit les premiers hôpitaux militaires
et, en 1793, l’un d’eux, l'hôpital du Gros Caillou, fut réservé
aux vénériens. On les traitait par des frictions mercurielles et
les dragées de Keyser composées de protoxalate de mercure
et de mannes en larmes. En 1814, le Val de Grâce, dix-neuf ans après sa création, admet les vénériens : 221 lits leur étaient réservés. Les blennorragiques et les syphilitiques les moins atteints sont mis en observation dans les « Salles au blanc » ainsi nommées par opposition aux « Salles au noir ». Dans ces dernières, les malades, confinés dans l’obscurité, étaient soumis à la cure rationnelle : pilules et frictions mercurielles et demi-ration alimentaire. Mais la capacité du service des vénériens se révélant insuffisante, un hôpital fut ouvert à la prison de la Petite-Force. On fut parfois obligé d’y coucher quatre n'alades dans le même lit. À cette époque, il était pratiquement impossible d’hospitaliser tous les vénériens et à l’hôpital de la Charité, à Berlin, Percy, en 1806, ne reçoit que ceux qui ont un bubon ouvert ou des chancres douloureux lés empêchant de marcher.
Puis, ce fut l'Ecole Vénéréologique du Val de Grâce où, pendant trente ans, de 1816 à 1841, Broussais et ses élèves