‹ La prophylaxie du typhus exanthématique en TunisieChapitre 4 sur 16 · MÉDECIN INSPECTEUR D'HYGIÈNE PUBLIQUE EN TUNISIE · texte numérisé non relu

MÉDECIN INSPECTEUR D'HYGIÈNE PUBLIQUE EN TUNISIE

qui nous a aimablement renseigné dans notre tâche. Nous le prions d'accepter nos sincè-

res remerciements.

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Epouillage et vaccination préventive

Le typhus exanthématique est une maladie épidémique transmise par le pou du vêtement — pédiculus vestimenti — et qui se caractérise cliniquement par une courbe fébrile particulière, un exanthème et un état nerveux : le tuphos.

La fièvre éclate en général brusquement, et souvent atteint d'emblée 40 degrés; pendant toute la durée de la maladie qui est de 10 à 15 jours, elle se maintient en plateau sans rémission notable. La défervescence est rapide comme le début. On n'observe pas une chute de la température en lysis comme celle de la fièvre typhoïde. Après la période fébrile, il est de règle que s’installe une phase d'hypothermie.

Son syndrome nerveux est le tuphos, état d'abattement et d'hébétude, qui s'’accentue à mesure que la maladie se prolonge pour atteindre son maximum à la veille de la défervescence. Il s'accompagne assez souvent d’un délire fixe ei triste.

L’exanthème, qui apparaît en général entre le quatrième et le septième jour, est formé de taches arrondies de petit diamètre, de couleur rose vif, s'effaçgant à la pression et siégeant de préférence sur le lronc mais envahissant aussi les membres. Cependant elles respectent les pieds et les mains. Leur caractère parfois franchement purpurique assombrit le diagnostic.

DU

Le typhus exanthématique est une maladie grave. Lorsque la guérison survient, la convalescence est souvent troublée par des complications telles que : gangrènes, myocardites.

Le typhus exanthématique semble avoir existé en permanence dans les campagnes tunisiennes. Il y a sévi d'une manière endémique présentant chaque année une recrudescence dont le maximum est au printemps, exactement au mois d'avril. Il a dû toujours exister mais il ne fut pas diagnostiqué pendant tout le XIX° siècle.

Depuis le début de la conquête de la Tunisie jusqu'aux premières années du XX° siècle, on ne trouve presque pas mention de cette maladie dans le pays, alors qu'il est certain que dans bien des régions il dût sévir sans doute de manière grave. Probablement dans la plupart des cas, le diagnostic de « Typhus exanthématique » n'était pas établi, les indigènes étant souvent éloignés d'un centre le service médical étant restreint et la grande confusion régnant à cette époque entre le paludisme et le typhus exanthématique. Cette maladie s'appelait alors « typhus malaria » confusion d’ailleurs excusable, car certains cas de paludisme présentent parfois avec un tableau clinique très alarmant, une évolution rapide vers la mort, dépassant en gravité celle du typhus exanthématique. Ceci se vit encore à la fin de l'épidémie de 1910 où des malades présentant un syndrome complet de typhus, langue rôtie, délire violent ou tuphos marqué, coma, pouls rapide et petit, fièvre élevée et surtout exanthème généralisé, furent reconnus porteurs d'hématozoaires dans le sang. Plusieurs mou-

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rurent dans les premières heures de leur arrivée à l'hôpital de la Rabta, d’autres furent rapidement remis sur pied après quelques injections de quinine. Tous ces malades présentaient un exanthème nettement caractérisé.

Le typhus a été également souvent confondu avec la grippe. Ch. Comte rapporte que ce diagnostic figura pendant un mois dans une prison, aucun des malades n'ayant succombé. Le premier cas mortel fut celui du médecin luimême qui, bien qu'ancien dans le pays, n'avait jamais vu de typhus aussi fruste. L'épidémie de grippe de la fin de la guerre donna lieu, elle aussi, à de nombreuses confusions, les grippés se présentant souvent avec des symptômes plus alarmants que les Lyphiques eux-mêmes.

Enfin, Brill, aux Etats-Unis, n'est-il pas l'inventeur d'une maladie qui porta son nom et qui ne dut sa célébrité qu'à l'ignorance dans laquelle il était du syndrome fyphique ?

En 1903, Branca, chargé d'une mission en Tunisie, rapporte que le typhus exanthématique y existe à l’état endémoépidémique et en fait le sujet de sa thèse inaugurale.

Plusieurs épidémies sont relevées par la suite : en 1906 une épidémie éclata et fut diagnostiquée à Bône, en Algérie, en même temps qu'à Tunis. Elle fut bien étudiée dans la thèse inaugurale du docteur E. Conseil.

Mentionnons encore :

1907, épidémie aux Iles Kerkenna où l’on a observé des cas dans les prisons.

1907, épidémie dans les mines de Metlaoui.

1917, épidémie des Iles Kerkenna.

Le réveil des épidémies de fyphus exanthématique dans certaines agglomérations de Tunisie avait attiré la curiosité

ses

des chercheurs qui se demandaient à la suite de quelles circonstances et en faveur de quelles situations, un foyer considéré comme pratiquement éteint, se réveillait brusquement. L'explication en fut donnée par Gh. Nicolle.

TYPHUS INAPPARENT.

LS

A l'occasion de recherches sur le typhus exanthématique du cobaye, Ch. Nicolle a été conduit à la découverte des maladies inapparentes. Il arrive au cours des passages d'entretien du typhus qu'un des cobayes inoculés ne réagisse pas. Malgré cela Ch. Nicolle tente le passage sur un autre cobaye et celui-ci réussit. Par conséquent, il peut y avoir typhus sans fièvre, infection sans maladie apparente. Cette notion de maladie inapparente explique les réveils du typhus, dans des régions antérieurement considérées comme foyers d'infection, et où l’endémie pouvait paraître éteinte. La notion d'infection inapparente dépasse actuellement le cadre du typhus exanthématique et l'importance de cette nouvelle conception en pathologie générale est immense. Si cette maladie est exceptionnellement inapparente chez le cobaye, elle revêt toujours cette forme chez un autre animal de laboratoire : le ral.

L'homme lui-même peut héberger le virus sans présenter aucun symptôme de la maladie. Ramsine, puis Barykine ont fait les premières constatations de typhus inapparent chez l’homme. Elles ont une grande importance épidémiologique. Elles expliquent l'entretien du virus épidémique dans la nature. Les sujets qui ont été immunisés par une atteinte bénigne dans leur enfance, se réinfectent lorsqu'ils sont soumis à de nouvelles contaminations, sous la forme inapparente et

deviennent des porteurs, des dissimuläteurs de virus, qui conservent et véhiculent le mal.

C'est ainsi que le double mécanisme des infections bénignes de l’enfant et des récidives inapparentes de l'adulte, le typhus exanthématique est indéfiniment entretenu dans la nature.

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