‹ La prophylaxie du typhus exanthématique en TunisieChapitre 5 sur 16 · ROLE DU POU DANS LE TYPHUS EXANTHÉMATIQUE · texte numérisé non relu

ROLE DU POU DANS LE TYPHUS EXANTHÉMATIQUE

Le typhus exanthématique semble avoir régné de tout temps sur le genre humain. Cependant, la première épidémie certaine fut celle qui s’abattit sur l’armée espagnole au siège de Grenade, en 1489, et qui fit 1.700 victimes. La maladie fut appelée « el tabardillo » nom qu’elle tirait d'une éruption rubéoliforme que l’on constatait sur presque tous les malades. Elle s'’accompagnait de troubles nerveux graves. Ce siège fut fort long et fort difficile, et les soldats devaient suivre l'exemple de la Reine Isabelle, de ne pas changer de chemise jusqu'à ce que la ville fût prise si bien que les poux trouvèrent là un terrain tout fait pour se développer à leur aise et favoriser ainsi l'apparition et la dissémination du typhus exanthématique.

Chaque fois qu'on relève, dans l’histoire d’une guerre, une épidémie de typhus, celle-ci se produit toujours à la faveur de l'encombrement, de la famine, et chaque fois on note l'abondance de la vermine. On trouve ces données dans l’épidémie qui, en 1552, frappa l’armée de Charles-Quint devant Metz. Mêmes constatations pour l’armée de Napoléon pendant la retraite de Russie, en 1813. Signalons le typhus de Crimée, en 1876, celui qui, en 1877-78, frappa l’armée Russe qui avait envahi la Bulgarie, et qui fit plus de 50.000

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victimes. Le typhus exanihématique devait donc logiquément apparaître pendant la guerre de 1914-18. Nous verrons pourquoi il n’en fût rien.

Dans l'étude de l'histoire du typhus exanthématique, il est intéressant de rapporter quelques recherches de médecins du XVIIP siècle, qui n'avaient pour les guider que leur perspicacité personnelle. Ils ont tous procédé par élimination, et certains sont arrivés si près du résullat que leurs descendants auraient tiré grand profit de leurs enseignements s'ils les avaient suivis.

John Pringle (Essay on the most ejjectual means of preserving the heallh of seamen 1774) a pressenti l’étiologie du typhus qu'il étudia dans les prisons mais ne précisa pas sa transmission par le pou. Il attribue cette fièvre à l'air confiné dans lequel vivent des hommes privés de soins, et d'hygiène corporelle. Pendant la campagne des Flandres un fait le frappe : des péniches transportant des malades atteints de {yphus, avaient à bord des ballots de tentes qui furent débarquées à Gand pour les faire réparer. Les 23 ouvriers qui y travaillèrent contractèrent le typhus et 17 en moururent. De ce fait Pringle édicte des mesures à prendre qui s'appliquèrent surtout aux prisonniers, car les prisons en ce temps là étaient les lieux d'élection du typhus en temps de paix. Il préconisa de « brûler les vêtements des prisonniers libérés, nettoyer et rhabiller de neuf tout prisonnier passant devant le tribunal, etc... ».

James Lind, en 1774, dans la seconde édition de son « Essay on {he most effectual means of preserving the health of seamen in the Royal Navy » fait montre d’une telle perspicacilé que de son époqüe à nos jours les moyens de prophylaxie du fyphus exanthématique n'ont pas changé dans

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leur base. Pour éviter le {yphus à bord des navires anglais il préconise l'emploi d'un bateau spécial destiné à recevoir tous les futurs enrôlés avant de les affecter sur leur vaisseau définitif. Dans ce navire spécial tout devait être prévu pour doucher et baigner les hommes, ainsi que tout ce qui leur serait nécessaire pour se changer complètement el mettre des effets propres sinon neufs. De plus, il prévoil une pièce spécialement destinée à la « fumigation des effets sales ». Les vêtements enlevés seront rendus à leur propriétaire après avoir été lavés et si nécessaire passés aux vapeurs de soufre dans la pièce aux fumigations.

Mais le rôle du pou n’est même pas suspecté dans lPétiologie du typhus. L'idée que se faisait Lind est que : « Il y à dans toute place infectée, adhérentes à certaines substances, un nid ou source d’effluves, de corpuseules, ou quelque cause d'infection qui se développe d'autant plus que Fair est confiné et qui se-multiplie avec violence dans les vêlements qui en sont imprégnés »,

Durant le XIX° siècle le problème de l'agent vecteur du typhus exanthématique ne fit aucun progrès. La théorie des miasmes qui régnait à ce moment là faisait attribuer la confagion du fyphus à l'air méphitique et à l'encombrement. De plus on incriminait les matières putrides. En résumé on mettait au premier plan une cause secondaire, l’'encombrement, et on ne donnait qu'une place de second rang à la contagion par les vêtements.

A la suite de l'épidémie de 1906, qui sévit à Bône ef à Tunis, le docteur Conseil écrivait :

« Cependant la constance des lésions pulmonaires nous « fait pencher vers l'hypothèse de la contamination par voie « respiratoire »,

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En 1909, dans ses instructions contre le typhus exanthématique » (Gouvernement de la Tunisie, 1909), le docteur Conseil écrivait encore :

« L'absence de certitude du mode de contamination nous force à mettre en œuvre pour nous protéger tous les pro- « cédés de désinfection aussi bien dirigés contre le malade et les objets souillés par lui que contre les parasites qui «ont pu le piquer ».

En 1774, John Pringle et James Lind aboutissaient à des conclusions semblables.

La découverte du rôle du pou est à l'honneur de Ch. Nicolle. Cet auteur remarque que le tvphus exanthématique n'est pas à proprement parler une maladie contagieuse. On ne le contracte pas au voisinage d’un malade soigné dans une maison propre, ou dans les salles d’un hôpital bien tenu.

De plus, l'époque ordinaire d’éclosion des épidémies de tvyphus exanthématique ne concorde pas avec l'apparition des invertébrés piqueurs, moustiques, stomoxes, tiques. Il en est de même pour les puces et les punaises. Au contraire, toutes les observations concordent pour démontrer le rôle du pou dans le {yphus. En premier lieu la marche des épidémies. Le tvphus est une maladie qui suit l’homme dans ses déplacements mais qui s'arrête à l'hôpital dès que sont prises des mesures d'hygiène corporelle. II fait aussi remarquer qu'il y a en Tunisie concordance saisonnière entre le pou et le typhus exanthématique. Les poux sont rares en septembre, octobre, novembre, mais abondent au printemps

et au début de l’été, époque où la maladie sévit avec le plus d'intensité.

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La démonstration expérimentale fut faite peu après avec la collaboration de Ch. Comte et E. Conseil : des poux ayant piqué des singes atteints de typhus confèrent à des singes neufs le typhus exanthématique. |

Le pou nourri sur des sujets typhiques devient infectant après un délai de 7 à 9 jours. Ils ne transmettent pas l'infection à leurs descendants. Les lentes ne sont virulentes que parce qu'elles sont elles-mêmes souillées par les excréments de poux très riches en virus, mais les jeunes poux nés de ces lentes ne sont pas infectants. La virulence des excréments de poux est telle que leur dépôt sur les téguments excoriés par le grattage suffit à donner le typhus. L’infection peut se faire aussi par voie conjonctivale, lorsque les excréments de poux sont projetés dans l'œil avec la poussière des vêtements ou qu’ils y soient portés par les doigts souillés à l'occasion de grattage,

Le pou étant l'agent transmetteur du fyphus exanthématique la prophylaxie contre cette maladie se résume à sa destruction. Sans poux, pas de typhus. C’est à l’occasion de famine que le typhus éclate, c’est une maladie de la misère, de la malpropreté. Dès qu'un malade suspect de typhus est signalé il faut éviter que les miséreux et les mendiants circulent dans les centres sains car la mortalité du typhus exanthématique est très élevée — de l’ordre de 50 % — lorsqu'il sévit pour la première fois dans une agglomération jusque-là indemne: empêcher le vagabondange et l'exode en masse des indigènes miséreux recherchant dans d'autres

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régions de la nourriture qu'ils ne peuvent plus trouver chez eux. Il faut les maintenir dans leur douar.

Tout décès doit être considéré comme suspect. Tout cas de typhus immédiatement signalé au service d'hygiène. Le médecin isole dès que possible le ou les malades ainsi que les contacts.

De son côté la section d'Hygiène de la Direction de lIntérieur en Tunisie envoie au médecin qui a décelé un cas de lyphus tout le matériel nécessaire pour installer un camp d'isolement. Ce camp sera toujôtrs à distance et comprendra quatre installations bien distinctes :

1° Des logements pour les miséreux.

2° Des logements pour les suspects.

3° Des logements pour les typhiques avérés.

4° Un centre d'épouillage et de désinfection.

Les logements consistent en baraques de bois genre Adrian el en tentes, qui sont démontables et assez facilement transportables. On y joint natles, couvertures, vêtements, nourriture, afin d'assurer le maximum de confort et le plus de facilité possible pour le traitement.

Ces camps sont placés sous la surveillance permanente d'un assistant médical indigène qui seconde le médecin de la région el veille à la discipline. [ls sont fermés; personne ne peut y entrer ou en sortir sans autorisation, et, dans ce but, des gardiens recrutés dans le pays v assurent la surveillance.

Dès que le camp est monté, les malades, les suspects et les contacts sont épouillés. Les moyens pratiques d'épouillage consistent pour les hommes en douches, : savonnages,

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friclions au pétrole. Les cheveux sont coupés, le Fe est épilé avec le mélange suivant :

Ch tnEéeinte Es roloUnORs DÉPITRENLE TR ee Lee. 25 gr,

On fait une pâte avec un peu d'eau qu'on laisse cinq minutes sur la fégion à épiler. On racle el on lave à grande eau.

Sur la tête on passe du liquide de Sion dont la composition est la suivante :

Huile térébenthinée à 1/10.... 100

HULÉSCAMpR ee PoTTU EP T 100 NADAS PO PT Re en ap ee 100 PÉTPOTO RS ae tie samedi 200

Les vêtements, les nattes, tous les objets susceptibles de recéler des poux sont désinfectés: et, suivant les possibilités sont :

soit passés à l’ébullition pendant au moins une heure:

soit plongés dans une solution à 5 % de crésvl, de créoline ou de formol pendant 6 heures;

soit désinfectés par des vapeurs sulfureuses. Dans ce dernier cas, si l’on dispose d'une pièce isolée, on la rendra étanche et on v hbrûlera du soufre en canon : il faut 50 gr. de soufre par mètre cube, et laisser en contact pendant 6 heures en étalant bien les vêtements. Si on ne dispose pas d'une pièce étanche, on se sert d’une caisse à sulfuration, mise au point par le docteur Gebert, caisse démontahle dans laquelle on brûlera soit du soufre en canon soit du sulfogène.

Les agents chargés de l'épouillage doivent prendre des précautions spéciales : s'habiller de vêtements protecteurs, pantalons et blouses serrés aux poignets, au cou et aux chevilles. Les extrémités seront saupoudrées de poudre de pyrèthre, ou enduites d’essences quelconque : eucalvptus ou térébenthine, qui ont la propriété d’éloigner la vermine si elles ne la détruisent pas.

RÉSULTATS DE L'ÉPOUILLAGE,

Il à fait disparaître le typhus dans les grands centres de l'Afrique du Nord. Pendant la guerre de 1914-18 on épouillait les soldats Nords Africains avant leur embarquement: on a empêché ainsi l'apport du typhus exanthématique sur notre front et préservé nos troupes de désastres effroyables, vu l'abondance des poux dans les tranchées.

Si le typhus exanthématique persiste dans les campagnes et surtout dans les montagnes de l'Afrique du Nord, la cause en est au parasitisme par les poux qui atteint là un tel degré que l'épouillage complet est pratiquement irréalisable. Il ne suffit pas de détruire les poux des vêtements, mais il faut encore stériliser les nattes, les gourbis, les fondoucks. Toutes ces mesures doivent être prises en même temps pour tout le groupement contaminé: c'est souvent diflicile, parfois impossible.

En conclusion, il apparaît que l’épouillage qui représente l'acte essentiel de la lutte contre le typhus est souvent insuffisant et qu'il est nécessaire de la compléter par des mesures d'immunisation individuelle,

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IMMUNITE ET IMMUNISATION

Une première atteinte de lyphus exanthématique est en général suivie d’une immunilé solide et durable, Cette loi souffre quelques exceptions : on connaît des récidives indiscutables de typhus exanthématique chez l’homme, et expérimentalement on'l’observe chez les animaux de laboratoire.

Cette immunité consécutive aux atteintes naturelles permettait d'espérer une vaccination contre cette maladie. De nombreux essais furent faits que nous classerons en deux chapitres :

1° Les essais d’immunisation passive à l’aide de sérum;

2° Les essais d’immunisation active à l’aide de vaccin.

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