‹ La proposition infinitive simple et subjective dans la prose française depuis MalherbeChapitre 145 sur 163 · R D NN · texte numérisé non relu

R D NN

nir à rien, sentir son sabre inutile, des hommes sous soi, des chevaux sur soi, se débattre en vain, les os brisés par quelque ruade dans les ténèbres, sentir un talon qui vous fait jaillir les yeux, mordre avec rage des fers de chevaux, étouffer, hurler, se tordre, être \à dessous, et se dire : tout à l’heure j'étais un vivant. — Jb., IV, livre I, ch.IT': Voici donc le grand art: faire un peu rendre à un succès le son d’une catastrophe afin que ceux qui en profitent en tremblent aussi, assaisonner de peur un pas de fait, augmenter la courbe de la transition jusqu’au ralentissement du progrès, affader cette aurore, dénoncer et retrancher les âpretés de l'enthousiasme, couper les angles et les ongles, oater le triomphe, emmitoufler le droit, envelopper le géant-peuple de flanelle et le coucher bien vite, ëmposer la diète à cet excès de santé, mettre Hercule en traitement de convalescence, délayer événement dans l’expédient, offrir aux esprits altérés d’idéal ce nectar étendu de tisane, prendre ses précautions contre le trop de réussite, garnir la révolution d’un abatjour.

L'infinitif avec de après é/re suivi d’un adjectif ou d'un participe.

L'emploi de linfinitif avec de, assez rare avec il + être (sembler) + substantif, est beaucoup plus fréquent avec il + être (sembler, devenir) + adjectif. Les deux types de phrases ont la même origine. Le latin classique présente des constructions telles que : consentaneum, credibile, difficile, facile, necesse, oplimum, par, satis, verum, combinés avec esse et se construisant avec l’infinitif pur ou un accusatif infinitif comme sujet logique : |

Cic., P. Sull., XXXI : Difficile est tacere cum doleas. — Pbhil., IT, 22 : Nonne satius est mutum esse quam quod nemo intelligat dicere. — De amic., LXV : Verum est amicttiam nisi inter bonos esse non posse. — P. Deiot., 1: Inusilatum est regem reum capitis esse. — De off., I, 37 : Deforme

est de se ipsum praedicare. — De nat. deor., 1], 42 : Consenlaneum est in astris sensum inesse et intelliventiam.

En vieux français, il y a une série de locutions impersonnelles formées de cette manière. Le verbe s'y trouve toujours en rapport avec un régime au datif qui représente le sujet de l’action. Dans la majorité des cas elles sont suivies de l’infinitif avec de. Ce sont surtout les adjectifs bel, bon, gent, grief, pesant, tarl qui présentent cette construction, etavec lesquels le rapport causal se fait le mieux sentir. En vieux français c’est le plus souvent le pronom démonstratif qui annonce le sujet logique :

BENEIT DE SAINTE-MORE, Roman de Troie, v. 11596 Mais ço li est mout grief à faire. — Miracles de N.Dame, IT, p. 228 : C’est faux a croire et impossible Qu'en Dieu fussent cil fait possible.

L'emploi de so s'appuie sur le latin classique :

Cic., De leg., 1, 49 : Id iniustissimum ipsum est, iustitiae mercedem quaerere.

Les premiers exemples du type adjectif + copule + infnitif précédé de de remontent au xiv° siècle :

FROISSART, Chroniques, 1, p. 455 (M° de Rome) : Et tous respondirent* que ce seroit bon de faire.

Au xvu siècle l’emploi de 5/ au lieu de ce est déjà fréquent. Malherbe distingue la construction de l’infinitif avec de, annoncé par le sujet grammatical :/, de celle où Vinfinitif avec à restreint le sens d’un adjectif et où le sujet est un substantif. En d’autres mots : il sépare nettement la forme impersonnelle de la tournure personnelle avec laquelle l’autre se confond plus ou moins au moyen âge. Dans le Commentaire sur Desportes *, il écrit ceci :

« Et que le bien du tout nulle d'avoir.

Faute de grammaire. On dit bien : c'est chose qu'il est impossible d’avoir ; maïs on dit : c’est chose impossible à avoir, à faire, à prendre, etc. ; et non : c’est chose impossible de faire. Dis : c’est un bien qu'il est impossible d’avoir, mais ne dis pas : c’est un bien impossible d'avoir. »

Cela n'empêche pas qu’au début du xvir* siècle on rencontre encore 4 au lieu de de dans l’usage impersonnel :

DEscarTES, Discours de la méthode * : Il est bien aysé à connoistre que les resveries que nous imaginons estant endor-

mis, ne doivent aucunement nous faire douter de la vérité des pensées que nous avons estant esveillez.

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