Vendrves, Le langage, p
Il a, de plus, l'avantage de ne présenter aucune des désinences qui, en exprimant les rapports logiques de nombre, de genre, de personne, de temps, de mode ou de voix, diminuent la valeur représentative et, par conséquent, affective du mot.
Il arrive que l’infinitif se fasse précéder de l’article ou d'un pronom adjectif et qu’il prenne la marque du pluriel. Ces additions, tout en rappelant l’origine substantive de cette forme, en entravent le développement stylistique. Elles ne subsistent que lorsque l’infinitif perd son sens verbal et devient un substantif pur, marquant d’abord l’action, pour désigner ensuite une chose concrète. L’infinitif ne reste vivant qu'à condition de conserver le sens verbal dans toute sa force.
Ainsi conçu, il s'emploie dans les cas où les autres formes verbales seraient déplacées grâce au sens précis qu’elles comportent. Il peut exprimer la volonté ou la nécessité ; il présente avec plus de vivacité une série d'événements ; on s’en sert dans la description d’une scène ou d’un état d’âme, pour le charger du sentiment éprouvé. L’infinitif se place aux endroits où la sensibilité va atteindre son point culminant, et détermine par là le rythme de la période. Il se fait escorter de termes qui annoncent ou prolongent l'émotion ; il se fortifie d’adverbes ayant, eux aussi, une certaine valeur affective. L’infinitif, précédé d’un mot interrogatif, peut se subordonner à une principale, ce qui en diminue le caractère émotionnel sans l’effacer complètement. D'autre part, par des transitions que l’on peut suivre pas à pas en français moderne, il peut servir d’attribut à un substantif exprimant les affections que sugoëre l'emploi de la forme verbale.
C’est ainsi qu’on en arrive à déterminer la valeur stylistique de l’infinitif dans la phrase composée. Tantôt l'infinitif
devient le sujet d’une phrase dont le sens se précise dans le prédicat ; tantôt on relie un ou plusieurs infinitifs au moyen du verbe étre pour:faire ressortir l’identité des actions verbales ; et cette tournure s'emploie dans les sentences, les aphorismes, ou pour le raisonnement serré, destiné à impressionner fortement l'auditeur ou le lecteur. Le sens nettement affirmatif de la phrase se renforce de l'usage du démonstratif ce, cela. Le rapport causal entre l'action énoncée par linfinitif et le reste de la phrase devient visible grâce à l'emploi de de. Mais la valeur stylistique de l'infinitif se fait reconnaître à la façon dont il soutient et rythme la période.
On s’expliquera dès lors la facilité avec laquelle l'infinitif se combine avec un verbe impersonnel. Le verbe impersonnel, n'ayant pas de sujet proprement dit, paraît être la forme la plus convenable pour marquer par lui-même le sentiment que détermine l’usage de l’infinitif. Il est à remarquer que linfinitif ne se subordonne qu'aux verbes où transparaît ce sentiment, ou qui, du moins, énoncent quelque notion subjective. Le pronom :/, qui s’introduit devant les verbes impersonnels par analogie avec les personnels, ne s’est pas encore généralisé dans les tournures que nous avons étudiées ; il ne s’introduit surtout pas dans la langue du peuple, plus susceptible d'émotion que soucieux de logique et de clarté. Il manque aussi dans des tournures comme : autant vaut, mieux vaut, à quoi bon, qui sont devenues des locutions toutes faites et qui se rapprochent des adverbes autant, pluiôt et pourquoi dont l’infinitif est souvent précédé. Le fait qu'un adverbe se place avant le verbe impersonnel empêche également l’emploi de z/.
Pour exprimer le rapport entre les idées énoncées par
le verbe impersonnel et linfinitif suivant, on se sert beau- S. ERINGA. — La proposition infinitive. 16
coup des prénositions 4, Je et fuur. Un certain nombre de verges impérsonneis se font suivre de l'intiniuif pur. Ce sont, soit des lœcutions toutes faites comme au:ant (mieux) vaut, à qui fun, Soit des espèces d'auxiaires : falloir, sem£lier, paraitre, soit des vers comme il fuit + adjectif, qui, par une structure spéciale, s isoie du reste des verbes impérsonne:s. Les tournures 1! y a, il reste, c'est à... prenrent le pius souvent 4 parce qu'elies impliquent l'idée de nécessité, de but, à côté de celle de l'existence. Il est intéressant de constater que il + a peut étre suivi d’un substantif marquant avec force le sentiment de celui qui parle. Le substantif assume ici la fonction que remplit d'ordinaire le verbe impersonnel lui-mème : c’est de concentrer l’élément affectif de la phrase, qui se retrouve dans les infinitifs suivants. La préposition four est d’un emploi ‘restreint grâce à la précision avec laquelle elle exprime le rapport final. Le français moderne, contrairement à la langue du moven âge, concoit l2 relation entre le sentiment qu'implique le verbe impersonnel et le fait énoncé par l’infinitif comme un rapport de causalité. De là l'usage fréquent de la préposition de. Sa signification s’affaiblit dans la mesure de son extension; elle finit par s'adapter automatiquement à l’infinitif. Mais seul le sens causal de cette particule explique son emploi après les verbes impersonnels et devant les infinitifs figurant comme sujet simple, comme dans l’infinitif de narration elle marque primitivement le point de départ, le commencement de l’action.
De remplace encore à dans les cas où la tournure impersonnelle est formée par le verbe étre précédé de il ou ce. La valeur affective de ces locutions se concentre dans le prédicat nominal de la principale qui offre la plus grande variété. Tantôt c’est un simple substantif, adjectif ou participe ; tantôt un pronom accentué ou un adverbe, tantôt
une locution prépositionnelle ou une proposition tout entière. Mais c’est toujours le même type de phrase, où il a une fonction purement formelle, accentuée au besoin par ce ou cela qui se rapportent à des phrases précédentes ou suivantes.
Nous avons cru pouvoir nous arrêter ici. Le principe établi sur la valeur stylistique de l’infinitif, manifeste dans les types que nous avons discutés d’abord, et s’affaiblissant À mesure que d’autres parties de la phrase se chargent d'émotivité, expliquera encore pourquoi l’infinitif est plus fréquent après les verbes de volonté et de sentiment qu’après les verbes de la parole. Nous nous flattons d’avoir appliqué une méthode qui, unissant la logique avec le sentiment, permettra de rendre compte d’un certain nombre de phénomènes grammaticaux que le raisonnement pur s’efforce inutilement d’élucider.
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Pages AVANT-FROFOS............ Mssedrnae RE v INFRODÉCTIONS Li absence roue ss I CHAPITRE I« La proposition infinitive simple.
L'infinitif, sa valeur svntaxique et émotive. — L'inf. dans le parler des étrangers. — L’inf. dins les notes rapides et sommaires. — L'inf. volitif, sa différence d'avec l'impératif. — Survir, à smvir. — 4 commencer par, à finir par, à partir de, à compter, à dater. — L'inf. narratit avec 4 et de. — L'inf. dans les phrases exclamatives. — Répétition de l’inf. dans les exclamations. — L'inf. précédé de autant, autrement, plutôt. — L'inf. affectif précédé d'un terme interrogatif. ........ 9
CHAPITRE II L'infinitif affectif subordonné à un substantif ou à un verbe.
L'infinitif se combinant avec un substantif précédé d’un pronom interrogatif. — Variantes du type précédent. — Emploi de de et de pour ou 4. — Fonctions de l’inf. interrogatif dans la phrase composée, a. comme sujet logique, b. comme prédicat nominal, c. comme complément adjectif, d. comme complément direct............... 43