‹ La proposition infinitive simple et subjective dans la prose française depuis MalherbeChapitre 72 sur 163 · Éd. Nelson, p · texte numérisé non relu

Éd. Nelson, p

Il vaut mieux se présente quelquefois avec un infinitif précédé de de :

Mouière, Dom Juan, 1, sc. 1': Suffit qu’il faut que le courroux du Ciel l’accable quelque jour ; qu’il me vaudroit bien mieux d’être au diable que d’être à lui. — L’avare, II, sc. IV ? : I! vaut mieux, pour vous, de prendre un vieux mari qui vous donne beaucoup de bien.

La même tournure se rencontre en français moderne, sauf que le pronom il a fait place à cela :

Musser, Lorenzaccio, IL, sc. VI 3 : C'est le peintre qui l’a voulu ; cela vaut toujours mieux, d’ailleurs, de poser le

cou découvert. — GONCOURT, Sœur Philomène, XX XIII + : Ca valait mieux, je'te dis, d’en finir.

Et tout ceci prouve que 5] vaut mieux est bien plus vivant que 1} vaut autant. La première locution continue d'évoluer dans le sens des autres verbes impersonnels, l’autre se réduit à sa forme la plus rudimentaire.

Comme l’addition du sujet grammatical 5}, l'emploi de la préposition dénote une tendance à soumettre la phrase aux exigences de la logique. Il est évident que le besoin se manifeste ici d'exprimer les rapports que l’on suppose exister entre les idées énoncées par la locution impersonnelle et l’infinitif. De cette manière, le verbe impersonnel et l’infinitif, conçus d’abord dans leur unité phraséol:gique, se divisent en deux groupes, le centre de chaque groupe étant constitué par un verbe autour duquel se rangent les mots de rapport. À ce point de vue, la phrase composée de falloir avec uninfinitif présente un dévelop-

. Éd. Despois-Mesnard, V, p. 83-84.

. VIL p. 141. — Cf. Haase, op. cit., p. 292. . Éd. Charpentier, p. 240.

. Éd. Lemerre, p. 196.

pement tout à fait curieux quant à la place des pronoms personnels. Tant que l’on considère la tournure comme une et indivisible, et le verbe falloir comme une sorte d’auxiliaire, tous les pronoms personnels, même les compléments de l'infinitif, précèdent falloir. Le français du xvII* siècle offre de nombreux exemples de cette construction, dont il est resté des traces dans la langue du xix° : :

MaLHERBE, Le XXIIT° livre de Tite-Live ? : Il ne se falloit pas imaginer qu’ils demeurassent les bras croisés. — Traité des bienfaits de Sénèque 3 : Il ne les faut pas laisser sans guide. — Les épîtres de Sénèque, XXV 4 : Tant qu'il aura cette honte, j’en aurai bonne opinion : 1] la lui faut entretenir. — Lettres à Peiresc (S novembre 1621) 5: Ayant reçu une segonde lettre de vous, 5! me l’a fallu rouvrir pour rafraichir la date de ma première, et vous faire une segonde réponse. — PascaL, Lettres provinciales, IV $ : Iln'en faut pas railler. — Jb., XVI 7: Car ilnes’y faut pas tromper : on ne se mocque point de Dieu. — BoiLEAU, Traité du sublime, VIIS : Que si on demande comme 5} s’y faut prendre, j'ai déjà écrit que cette élévation d'esprit étoit une image de la grandeur d'âme. — Bossuer, Discours sur l'histoire, 1, ép. VIT ? : Vous voyez, Monseigneur, qu'outre l’autorité des livres saints, le seul ordre des faits montre que c’est à cela qu'il s’en faut tenir. — FÈNELON, Lettre à l’Académie, V'°: Ils ont voulu donner à leur pensée un tour délicat, et 2/ la faut chercher. — La BRUYÈRE, Caractères, De l’homme’: : Si

1. Le phénomène se présente avec beaucoup d’autres verbes ; cf. Haase, op. cit., p. 437 sqq. | | 2. Éd. Lalanne, L, p. 426.

S. IV, p. 561.

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