‹ La propriété littéraire au XVIIIe siècleChapitre 46 sur 87 · DE U LIBRAIRIE · texte numérisé non relu

DE U LIBRAIRIE

Eh mais, mon très-cher, vous imaginez donc que je dois être le preux chevalier des propriétés littéraires, toujours prêt à rompre une lance contre quiconque prétend les attaquer. Vous m’envoyez un nouvel écrit, la Lettre « un magistral, qui est une itérative apologie des derniers règlements sur la librairie, et vous voulez que je vous renvoie encore mes observations sur cette lettre. Mais savez-vous qu’il faut un peu de courage pour se mesurer contre ce nouvel athlète, et que le ton sur lequel il se monte pourrait en imposer? Ce n’est pas ici l'auteur du Discours impartial, qui se contentait de défendre modestement les arrêts, qui ne voulait que calmer les alarmes trop répandues sur les inconvénients qu’on y avait trouvés; c’est un panégyriste déclaré qui ne se borne pas à l’apologie des nouveaux règlements, mais qui veut qu’on en soit enthousiasmé, qui témoigne même de l’humeur contre tant de gens d’assez mauvais goût pour ne pas partager ses transports. Ces règlements sont composés de justice et de sagesse; une excellente opération d'administration, un chefd'œuvre de courage et de vraie justice, le salut de l'imprimerie française, et un gage assuré de sa reconnaissance. Je serais tenté de dire à l’auteur : Monsieur Josse, vous êtes orfèvre; car, h ce ton d’intérêt et de sensibilité, on serait tout disposé

h croire que le panégyriste a eu quelque part à la rédaction du nouveau code, et qu’on l’attaque personnellement en ne le trouvant pas admirable.

Ne croyez pourtant pas que les raisonnements apologétiques soient en proportion avec les éloges : autant ceux-ci sont ampoulés, autant ceux-là sont faibles. L’auteur laisse môme subsister toutes les preuves de ma première lettre, qui ont paru des démonstrations à tous ceux qui les ont lues, et que vous me dites avoir fixé les idées du public désintéressé. Je pourrais donc attendre tranquillement qu’on y eût répondu, et laisser l’écrivain jouir solitairement de la satisfaction que lui donne cette restauration de l’imprimerie. Je veux bien cependant, par pur égard pour vous, vous envoyer quelques réflexions succinctes syr cette lettre ; mais tenez-moi compte de cette complaisance, et ne me demandez plus de lui sacrifier un temps qui m’est nécessaire pour d'autres occupations.

Je pourrais arrêter l'auteur dès le litre de sa lettre : il suppose une contestation mue entre les libraires de Paris et eaux des provinces. Qu’il parle de quelques libraires de province, j’v consens; mais tous les libraires honnêtes de Lyon, Rouen, Bordeaux, désavouent et délestent les manœuvres malhonnêtes de ces brigands de librairie qui ne connaissent d’autre manière de s’enrichir que celle de dépouiller leurs confrères, et qui n’ont jamais vécu que de vols; car il faut appeler ainsi les contrefaçons, puisque enfin nos adversaires môme commencent à en convenir. Mais le plaisant, c’est que l’on trouve mauvais que des propriétaires dépouillés réclament contre cette spoliation. L’auteur leur fait un crime de leurs requêtes, de leurs mémoires, de. leurs démarches : il semble, dit-il, qu'on leur enlève leurs maisons, leurs champs , leurs litres de propriété. Eh! assurément on les leur enlève! La maison, le champ, la propriété d’un libraire, c’est ce livre, cet ouvrage qu’il a acheté souvent fort cher1, qui a constitué son lot

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