CHAPITRE PREMIER
Classification des formes de la propriété.
La propriété, au dire des économistes, est un phénomène social soustrait à la loi d'évolution qui gouverne le monde matériel et intellectuel. Ne lui reconnaissant qu'une forme unique et immuable, la forme capital1,
t. Les philosophes de Técole cartésienne recommandaient de commencer toute discussion par la définition des termes du déhat ; •uant donc d'aller plus lomt fixons le sens exact du mot capital.
Par capital on entend tonte propriété qui rapporte intëreU, rcatea, oéuéhces ou proÛts. Est capital une somme d'argent prêtée a intérêt ; est également capital un instrument de travail quelconque (terre, métier à tisser, naine m étal lurgiqueT navire, etc.), mis en valeur non par sou propriétaire, mais par des salariés. Mais le champ que cultive Le paysan propriétaire avec L'aide fie sa famille, le fusil du braconnier, la barque du pftcïieur, le rabot du menuisier* le bistouri du chirurgien, la plume de l'écrivaio, etc., bien qu'ils soient des propriété^ ne sont pas du aapi-
La forme de propriété correspondant au mot capital ne commence à prendre une importance sociale qu'à la suite de la production marchande, qui fut le couronnement du'mouvement économique et politique dont était travaillée l'Europe depuis lexir3 siècle et que hâtèrent la découverte de l'Amérique et de la route des Indes par le doublement du cap de Bonne-Espérance, l'importation des métaux précieux du nouveau monde, l'invention de la poudre à canon, de l'imprimerie et de la boussole, la prise de Constantinople, les alliances des familles souveraines , l'organisation des grands Etats européens et la pacification relative et générale qui en fut la conséquence... Toutes ces causes réunies, et d'autres de moindre influence, développèrent le Capital, la forme la plus perfectionnée de la propriété privée, et, peut-on ajouter, la dernière.
L'apparition relativement récente de la forme capital est la meilleure preuve que la propriété n'est pas restée immuable, toujours identique à elle-même, mais qu'au contraire, de même que tous les phénomènes d'ordre matériel et intellectuel, elle évolue, et elle passe par une série de formes différentes, découlant les unes des autres.
La propriété est si peu identique à elle-même que dans la société contemporaine elle affecte diverses formes et sous-formes.
taxera-t-on ? Ainsi que les Arabes du désert qui viennent de piller une caravane, enterrent leur or de peur que d'autres ne surviennent, c'est ainsi que les capitalistes ont enfoui notre argent. »
PROPRIÉTÉ D'APPROPRIATION IN DIVJl) CELLE 3$1
la) — Propriété commune d'oi'i^ gine antique : biens communaux^ domaniaux, etc., qui depuis des siècles subissent l'assaut des con-
— Formes voitises de la noblesse et de la
communes de ! bourgeoisie.
la propriété. b) — Propriété commune d* origine
moderne, administrée par l'Étal
sous le nom de services publics :
postes, chemins de fer, musées,
\ Bibliothèques nationales, etc,
!cj — Propriété d'appropriation individuelle* d) — Propriété-instrument du travail* ej — Propriété-capital.
Propriété d'appropriation individuelle,
La propriété d'appropriation personnelle ou individuelle est ta plus primitive forme de propriété ; elle a toujours existé et existera toujours, car elle est la condition même de la vie : susceptible d'une grande extension, elle commence aux aliments que l'homme prend |niur réparer ses forces et s'étend jusqu'aux bijoux dont il se pare. La maison était autrefois comprise dans ce genre de propriété ; l'homme possédait sa demeure, comme la tortue sa carapace- Si, par l'application des machines à l'industrie, la civilisation peut iiettre à 3a portée des petites bourses nombre d'objets de luxe que
les riches seuls pouvaient autrefois se procurer, elle a dépouillé la grande majorité des citoyens de leur maison, les a obligés à vivre dans des appartements loués et des chambres meublées ; et, au milieu d'une abondance sans précédent, elle réduit le producteur au plus strict minimum de propriété d appropriation personnelle.
La civilisation capitaliste condamne le prolétaire à végéter dans des conditions de vie inférieures à celles des sauvages. Laissant de côté le fait capital que le sauvage ne travaille pas pour enrichir des parasites, pour ne considérer que sa nourriture, il est indiscutable que les barbares qui peuplaient ^Europe dans les premiers siècles de notre ère, possédant de nombreux troupeaux de porcs et d'autres bestiaux et ayant la précieuse ressource de la chasse dans des forêts giboyeuses et de la pêche dans des rivières poissonneuses, s'ils étaient imparfaitement couverts de peaux de bêtes et de sayons grossièrement tissés, consommaient plus de nourriture animale que les prolétaires de la civilisation, dont les vêtements de cotons et de laines falsifiés, supérieurement tissés par des machines perfectionnées, les garantissent très imparfaitement contre l'intempérie des saisons. La situation du prolétaire est d'autant plus inférieure que son organisme n'est ni aussi robuste ni aussi endurci aux inclémences de l'atmosphère que le corps du barbare.
Le bourgeois croit qu'il réalise l'idéal de l'humanité; ses philosophes, libres penseurs et religieux, s'entendent pour représenter cet être étriqué ou empâté de graisse malsaine et accablé de plus de maux encore que de vices, comme le dernier effort de l'évolution