‹ La propriété, origine et évolution; thèse communisteChapitre 139 sur 149 · I.SiO.fi · texte numérisé non relu

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478 LA PROPRIÉTÉ ROURGEOISE

s'atténuent, et les propriétaires ne sont plus préoccupés de comment produire pour satisfaire la demande, mais de comment trouver des consommateurs pour leur production accrue. Alors commencent leurs lamentations sempiternelles sur l'avilissement des prix, qu'ils protègent par des tarifs douaniers. La valeur des biensfonds monte, et les nobles sont enrichis par cette jévolution qui les avait débarrassés de leurs privilèges surannés et nuisibles à leurs intérêts de propriétaires fonciers.

L'agriculture moderne n'attend plus maintenant que des débouchés sans cesse grandissants pour donner la mesure de son étonnante productivité : les chemins de fer et l'industrie capitaliste les lui fournissent*. La grande industrie mécanique peut sans crainte aspirer la population des campagnes et entasser dans ses villes des prolétaires par milliers et centaines de milliers : l'agriculture capitaliste est en mesure de les nourrir et de pourvoir à tous leurs besoins.

Ce développement prodigieux ne s'est pas effectué sans des inconvénients d'une gravité extrême. Le déboisement des forêts, livré sans contrôle à l'aveugle rapacité des propriétaires bourgeois, a dénudé des montagnes et a transformé des fleuves bienfaisants en torrents dévastateurs. La production continue ne permet pas à la terre de se reposer et de refaire sa fertilité ; l'exportation des produits agricoles dans les villes, que déjà Vauban signalait dans sa Dîme royale comme une cause

à l'ancienne intendance, d'un travail sur des informations rurales, et d'un état des récoltes rédigé par M. Miroudel de Sjaint- Fergeux, subdélégué aux départements de Vesoul et de Luxeuil ; les chiffres de 1805 sonts extraits de la statistique du département de la Haute-Saône.

L'AGRICULTURE CAPITALISTE 47fr

d'appauvrissement du sol, interrompt Ja circulation de la matière qui se faisait quand, le producteur et le consommateur demeurant dans les champs, on rendait à la terre ce qu'on lui dérobait. La Terre, la mère féconde de tout ce qui vit, s'épuise ; dans les pays civilisés elle ne donne plus ses récoltes que si on la gorge de guano, que Ton va chercher en Amérique, et d 'engrais chimiques, de préparations artificielles. L'Angleterre, la première nation qui appliqua sur une grande échelle l'agriculture intensive, fut aussi la première à en ressentir les terribles conséquences: dès 1830, les agriculteurs anglais venaient dans le Midi disputer aux cultivateurs de Provence les marcs et les tourteaux des huileries de Marseille et d'Aix ; ils allaient même sur les champs de bataille de la République et de l'Empire chercher la terre engraissée par les cadavres des soldats. Ils furent aussi les premiers h employer les engrais artificiels à haute dose et à remplacer le travail humain insuffisant par celui de la machine. Mais les engrais, les semences des plantes améliorées, les machines, le bétail et toutes les applications de l'agriculture moderne exigent des capitaux, de grandscapitaux. On calcule en Angleterre qu'un fermier doit posséder en moyenne un capital roulant de 1,000 h 1,500 francs par hectare pour faire de la bonne culture. L'agriculture est aujourd'hui devenue une industrie capitaliste.

Il faut passer en Amérique pour voir dans sou complet épanouissement l'agriculture capitaliste, le financial farming, comme disent les Yankees. Les financiers montent une exploitation agricole comme on établit une usine métallurgique ou un tissage mécanique; au P. Lafargue. — Étude. 28

lieu de produire des machines ou des tissus de coton, on fabrique des grains, des fruits et de la viande. En 4857, L. de Lavergne donnait en exemple une ferme de TOise où l'on cultivait cinqxents hectares de betteraves et récoltait trois mille hectolitres de froment, et une autre du Pas-de-Calais où Ton semait mille hectares de betteraves et nourrissait mille têtes de gros bétail. « Il n'y a rien de plus colossal en Angleterre, » s'écriaitil avec orgueil1. Mais combien sont petites les colossales fermes d'Europe à côté des bonanza farms du nouveau monde !

Depuis 1874, un cultivateur américain qui un instant eut une célébrité mondiale, M. 0. Dalrymple, dirige pour une compagnie financière six fermes d'une contenance de trente mille hectares. 11 les a divisées en sections de 800 hectares, subdivisées en trois lots de 267 hectares reliés télégraphiquement à l'administration centrale. Les 30,000 hectares sont cultivés par une armée de six cents journaliers organisés militairement ; à l'époque de la moisson, l'administration centrale embauche cinq ou six cents travailleurs supplémentaires, qu'elle distribue entre les sections. Dès que les travaux de l'automne sont terminés, les hommes sont licenciés, à l'exception des contremaîtres et de dix hommes par section. Dans certaines fermes du Dakota et du Minnesota, les chevaux et les mulets n'hivernent pas sur les lieux de leurs travaux; les chaumes retournés, on les envoie par troupes de cent et deux cents paires à 1,000 et 1,500 kilomètres dans le sud, d'où ils ne reviennent qu'au printemps.

1. Léonce de Làvejigne, l'Agriculture et la Population; 1857.

Des mécaniciens a cheval accompagnent au travail les charrues, les semoirs et les moissonneuses ; au moindre dérangement, en un temps de galop, le mécanicien est auprès de la machine pour la réparer et la remettre en marche. Les blés sont transportés aux batteuses, qui fonctionnent jour et nuit; elles sont chauffées avec des bottes de paille que l'on enfourne à l'aide de tuyaux de tôle. En Californie, le géant êtêteur {the gîant keader)^ que pousse un attelage de quatre et de huit chevaux, fauche, en un seul mouvement, avec ses lames vibrantes, les épis à deux pouces de leur base, sur une Surface de 16 h 28 pieds carrés; un tablier tournant les ramasse etîes dévcrsedans un chariot» ou ils sont dépiqués et mis en sacs. La paille restée sur pied est flambée1. Les grains battus, vannés, pesés et ensachés automatiquement, sont transportés au chemin de fer qui longe les fermes de Dalrymple, et de là à Dululh ou à Buiïalo. Chaque année il augmente

1. Pline et Palladius mentionnent chez les Gaulois l'embryon d'une semblable machine* Dans les vastes plaines rie In Gaule, dit Palladius, dans sou De re rustica, on emploie une expéditive méthode de moissonner qui dispense du travail humain ; avec un seul bœuf on fait la récolte de tout un etmmp. Du construit une charrette sur doux roues basses; sa surface carrée est bordée de planches étwéps, de façon à ce que le fond ROit moins large que l'ouverture d'en haut; les planches de la partie anté rieuresont moins élevées que & tir les cotés; elles sont années à leur Lord supérieur d'une nombreuse rangée de petites dents, légèrement recourbées eu haut et distancées de la grosseur d'un épi ; en arrière se trouvent deux brancards dans lesquels on place le bœuf, la tète tournée du côté de la charrette, qu'il pousse devant lui. À mesure qu'il avance dans le champ de bîét les épis saisis entre les dents du devant sont coupés et tombent dans la charrette, tandis que la paille reste sur pied ; en quelques heures, ajoute l'écrivain latin, la récolte est faite sans fatigue.

ses emblavures de 2,000 hectares; en 1880, elles couvraient une surface de 18,000 hectares.

En même temps que la bourgeoisie européenne enlevait aux paysans leurs biens communaux, et abolissait leurs droits, elle les chargeait d'impôts d'argent et de sang, les livrait aux usuriers, qui les transformèrent en propriétaires nominaux, et à la concurrence des grands propriétaires et des fermiers deTÀmériqne et de flnde. Ces causes et d'autres encore précipitèrent l'expropriation du petit cultivateur et sa transformation en prolétaire- L'agriculture financière de TÀmérique a créé un prolétariat agricole spécial,

La grande masse fies travailleurs des Etats granifêres de l'Union américaine se compose de prolétaires qui ne possèdent pas un pouce de terre, pas une chaumine de boue et de paille, pas même les lits sur lesquels ils couchent et les cuillers avec lesquelles ils mangent; il réalisent l'idéal de l'animal humain dépouillé de toute propriété privée; hormis ce qu'ils s'approprient directement sous forme de nourriture et de vêtements, ils ne possèdent rien. Ils n'ont pas de demeures fixes dans les champs, qu'ils abandonnent pour la ville, quand les travaux sont terminés. Les directeurs des fermes financières les recrutent partout, dans les villages et les grandes villes, les embauchent pour la campagne agricole, les organisent avec des maîtres et des contremaîtres et les expédient sur leurs terres; ils sont logés, nourris, blanchis, médicamentés, et reçoivent leurs salaires mensuellement. Ils sont organisés en véritables bataillons agricoles et obéissent à une discipline militaire ; ils se lèvent, mangent, travaillent et se couchent à heure fixe. Dans le cours de Ja

semaine ils ne peuvent se procurer des spiritueux; 1g dimanche seulement il leur est permis d'aller en boire aux cabarets des villages a voisinants. Après les travaux d'automne, on les licencie, ne gardant en hiver sur la ferme que quelques hommes pour soigner les bestiaux et l'outillage. Us retournent alors dans Jes villes exercer le métier qu'ils trouvent.

La transformation de la propriété foncière, de son mode de culture et de la population des campagnes aété imposée par les transformations qui s'accomplissaient dans la propriété industrielle et financière. Les campagnes^ pour fournira l'industrie les hommes et l'argent dont elle avait besoin pour ses ateliers et ses gigantesques travaux {chemins de fer, percement de montagnes, usines* etc.), qui n'ont de comparables que les colossales œuvres de l'époque communiste primitive, durent se dépeupler et viderles cachettes ou les paysans enfouissaient leurs épargnes. Les hommes se sont engouffrés dans les villes industrielles, et l'argent dans la coffre-fort des financiers.

Aux époques précédentes, les citoyens, à l'exception d'une infinie minorité de nobles, d'hommes d'armes, de prêtres et d'artisans, produisaient leur propre nourriture par le travail de la terre : dans la société capitaliste, une masse sans cesse grandissante de citoyens est arrachée au travail agricole pour être exclusivement vouée au travail industriel et commercial, et sa subsistance repose sur le travail de Ja population consacrée à la production agricole. Cette situation est grosse de révolutions.

La masse d'hommes soustraite aux travaux des champs est si considérable que l'agriculture des pays

civilisés est condamnée à se maintenir dans un état permanent de révolutions cullurales; mais, en dépit de ses progrès persévérante et multipliés, elle redevient, comme la petite culture du moyen âge, impuissante ù nourrir les populations industrielles, parce qu'elles croissent trop vite et que les financiers et les industriels, après avoir enlevé les hommes à la terre, soustraient continuellement de nouvelles terres à la culture pour les consacrer à leurs plaisirs privés, pour les transformer en biens d'agrément et en territoires de chasse. Le problême que l'industrie manufacturière posait au xvtii" siècle, la grande industrie mécanique le pose une seconde fois au xtx\ L'agriculture l'avait résolu au commencement du siècle en étendant les terres cultivables et en révolutionnant leur mode de culture. Le problème ne se résout au xix° siècle que par la réduction constante de la pitance quotidienne des populations ouvrières, condamnées au plus strict minimum de nourriture, et que par le comblement des déficits de l'agriculture nationale par les importations agricoles delà Russie, de l'Amérique, de T Australie et des Indes; que par la création du commerce international des produits agricoles : la France importe plus d'un cinquième du blé qu'elle consomme, et l'Angleterre, le pays le plus industrialisé du globe, recourt aux pays étrangers pour plus de la moitié de ses moyens de subsistance1.

\. Les viandes de cheval, d'Ane et de mulet, contre lesquelles existait un préjugé populaire, oui été dernièrement introduites dans la consommation des classes pauvres» qui ne peuvent se procurer que rarement la viande de bœuf et de mouton. La religion chrétienne les avait interdites pour combattre le papanîsiup : dans Il-s ce>êmonïes païennes ou tuait et maû^eait des chevaux, La civilisation capitaliste travaille a faire table rase

La propriété foncière bénéficia au xviii» siècle de la transformation industrielle; elle en souffre au xix*- Le commerce international des produits agricoles fait entrer en lutte les terres vierges des pays nouveaux avec les ferres épuisées des pays civilisés, qui ne renouvellent leur fertilité que par une surabondance d'engrais et de travail. Cette concurrence précipite la propriété foncière européenne dans une crise permanente, dont elle ne sortira que par la socialisation de la terre,

L'industrie et le commerce capitalistes*

La ville du moyen âge formait une unité économique ; elle possédait clans son sein tous les corps de métiers que nécessitaient les besoins de ses habitants ; le commerce entre les villes était accidentel et se limitait à un très petit nombre d'objets, généralement de luxe* La production capitaliste, parvenue à un certain point de son développement, détruit Cette indépendance économique ; elle dissocie les métiers, les isole, en centralise un ou plusieurs en des localités spéciales, favorables à leur prospérité. Ni une ville ni même une province ne doivent plus se charger de la production de tous les objets de consommation de leurs habitants ; elles se limitent à manufacturer certaines marchandises et se reposent sur d'autres pour avoir ceux qu'elle a cessé de produire et que le commerce grandissant lui procure. Les ateliers de soieries qu'on avait essayé

<îes bases ?ur lesquelles etle s*est wlcvee et & acheminer riiuma.îiité vers les mœurs et les coutumes du co tu m uni sine primitif.

de disséminer en France s'étaient presque entièrement centralisés dans Lyon et ses environs à la fin. du siècle dernier : depuis que Ton mélange le colon aux tissus de soie, ils se rapprochent des centres cotonniers. Le tissage du lin et de la laine, qui se pratiquait dans toutes les villes et lous les villages, se concentre dans certaines régions, tandis que le fer, le blé, la préparation des peaux, la cordonnerie, etc., se centralisent dans d'autres.

A la place des anciennes unités économiques » qui étaient communales, surgissent des unités économiques dTun autre genre. Les anciennes unités étaient cornplexes, en ce sens qu'elles étaient formées par l'agglomération dans une même ville de toutes les industries nécessaires à la vie de ses habitants; mais les unités modernes sont simples, en ce sens qu'une seule industrie^ avec quelques autres complémentaires, les constituent; Ici le coton, là le fer, la houille, le sucre, les cuirs, etc. Une nation capitaliste, comme la France, ne se subdivise plus en provinces autonomes d'après sa configuration géographique et ses traditions historiques, mais en unités économiques simples, en districts cotonniers, vinicoles, en régions granifêres, betteravières, en centres sidérurgiques, carbonifères, etc. Toutes ces cités industrielles sont reliées entre elles par des besoins réciproques, aucun centre industriel ne pouvant, comme les villes du moyen âge, vivre un mois, une semaine, sans les produits des autres cen très- Si, par exemple, la ville de Rouen tisse des cotonnades pour toute la France, elle tire ses soieries de Lyon, ses fers de Montluçon, ses blés de la Beauce, ses bestiaux du Nord, ses houilles du Pas-de-Calais, ses

huiles de Marseille, ses vins de l'Hérault, etc. Une nation capitaliste est un gigantesque atelier; chaque spécialité de la production sociale s'exécute en des centres spéciaux, séparés par de grandes distances, mais étroitement unis par des besoins réciproques. L'autonomie politique des villes du moyen âge, conséquence de leur autonomie économique, ne peut plus exister; la division du travail en des centres spéciaux reliés par des besoins économiques et des liens commerciaux sert de base à l'unité politique des nations capitalistes.

La production capitaliste, qui a détruit l'unité locale et provinciale de la production artisane, est en train de détruire l'unité nationale de sa propre création et à la remplacer par une plus vaste unité, par une unité internationale.

L'Angleterre, qui fut la première nation à s'outiller mécaniquement, eut la prétention de réduire les autres nations à n'être que des pays agricoles, se consacrant à la production de ses vivres et de la matière première, qu'elle se réservait de transformer. Le Lancashire devait tisser tout le coton des Indes et des États-Unis1. Cet £ssai prématuré de monopolisation industrielle internationale a échoué. L'Amérique fabrique aujourd'hui

1. Disraeli eut l'honneur de développer ce plan en 1880, pour consoler les propriétaires fonciers des pertes essuyées par la concurrence américaine; il proposait d'englober l'Angleterre et ses colonies (les Indes, l'Australie, le Canada, etc.) en une vaste union douanière qui exclurait tous les produits industriels et agricoles des autres nations. Les colonies fourniraient les subsistances et Ja matière première de l'industrie à l'Angleterre, dont les terres seraient transformées en pâturages et en territoires de chasse.

des cotonnades au delà de ses besoins, et les Indes, dont l'industrie cotonnière fut ruinée par l'Angleterre, se sont mises à filer et tisser mécaniquement. En 1870, la consommation de coton de ses fabriques était de 87,000 balles, et le nombre de broches à l'œuvre, de 338,000; en 1884, la consommation de coton s'élevait à 555,000 balles, et le nombre de broches à 1, 700,000 l. L'Inde a été le berceau de l'industrie du coton : les calicots venaient primitivement de Galicut, et la mousseline n'arrivait en Europe que par la voie de Mousul : dans un avenir plus ou moins prochain, les cotonnades indiennes fabriquées à proximité des lieux de produc-

1. Thomas Ellison, the Coton trade of Great Briiain; 1885. Le gouvernement japonais importait d'Europe, en 1879, des machines nouveau modèle à filer le coton et les faisait distribuer dans certains districts de l'Empire. A partir de 1881-82, des sociétés financières entreprirent la création de nouveaux ateliers, si bien que le nombre de bobines, qui n'était que de 35,000 en 1884, se montait en 1892 à 380,000; vingt mille ouvriers étaient employés dans les fabriques. Le chiffre des importations des fils de coton diminue chaque année au Japon : en 1888, la valeur de ces importations était de 13,611,000 yen d'argent; en 1890, de 9,928,000; en 189*1, de 5,589,000. Avant peu, les Japonais suffiront complètement aux besoins de leur pays et chercheront des débouchés vers la Chine et la Corée.

La guerre siuo-japonaîse, qui a éclaté depuis que cette note est écrite, aura son contre-coup en Europe. Elle forcera la Chine à sortir de son immobilisme et à s'ouvrir à la civilisation capitaliste, qui bouleversera son organisation sociale, basée sur la propriété collective et la famille patriarcale. Ce ne seront plus des milliers de malheureux qui se presseront dans les ports du littoral pour aller chercher au loin du travail, ce seront des millions. Alors commencera dans les pays de l'Occident cette émigration des Chinois, que la Société des économistes, dans sa séance du 5 mai 1880, réclamait « pour abaisser les salaires etles prétentions des ouvriers européens »>. Mais elle amènera un résultat que les Économistes n'avaient pas prévu ; elle hâtera la venue de la Révolution sociale.

tion du coton envahiront de nouveau les marchés européens, et à leur tour sèmeront des ruines dans le Lancashire et les centres cotonniers du continent. Ce ne seront plus Manchester et Rouen qui exporteront des cotonnades en Asie, en Afrique» mais les Indes, le Japon, la Chine, les États-Unis, Un industriel yankee, prévoyant le sort réservé aux fabricants anglais, leur conseillait charitablement de transporter dans la Louisiane leurs machines, pour tisser les cotons qu'ils auraient sous la main sans frais de transport.

Nous assistons à un déplacement international d'une industrie; les fabriques se rapprochent des centres de production agricole de leur matière première. Mais avant de devenir des centres industriels internationaux, les États-Unis et les Indes tenaient l'Europe sous leur dépendance. La guerre de Sécession, en suspendant, de 1861 à 4865, la production du coton dans les États esclavagistes, ajeté sur le pavé les ouvriers cotonniers de France et d'Angleterre, a poussé à l'extrême la culture du coton, « la plante d'or », en Egypte, a appauvri les fellahs et a livré les finances égyptiennes aux Rothschild et aux crocodiles de la linance cosmopolite.

La production granifére tend à se centraliser dans certaines régions du globe. L'Amérique et les Iudes produisent une partie du blé que consomme l'Angleterre, qui au xviu° siècle récoltait au delà de ses besoins. Les nations civilisées sont aujourd'hui dans la dépendance les unes des autres et dans celle dos pays demi-civilisés, pour leur matière première et leur subsistance et pour l'écoulement de leurs marchandises. Ces besoins économiques internationaux, qui vont se multipliant,

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serviront de base, dans l'avenir, à l'unité politique du genre humain.

Le commerce précède et suit la production dans sa marche. Si au moyen âge on ne trafiquait entre les villes qu'aux époques de foire, où l'on vendait et achetait pour toute l'année, le trafic avait cependant pris un caractère international, dès que les croisades eurent mis en communication l'Occident avec l'Orient. Mais les difficultés et les dangers des transports ne rendaient possible que le trafic d'un petit nombre d'objets de luxe. La découverte de l'Amérique augmenta considérablement le nombre des objets commerçables ; les marchands poussèrent à leur multiplication. Ainsi qu'on l'a dit précédemment, ce sont eux qui établirent les manufactures et commencèrent la révolution de l'industrie corporative. Le commerce national s'agrandit à mesure que les villes, se limitant à la manufacture d'un certain nombre d'articles, durent se procurer les autres. Dès que la production capitaliste eut besoin des pays étrangers pour l'approvisionnement de ses matières premières, l'écoulement de ses produits et la subsistance de ses populations ouvrières, le commerce international se développa avec une rapidité extraordinaire. Le marchand, dont l'influence était insignifiante dans la production corporative, acquiert, grâce à l'indispensabilité du commerce dans la production capitaliste, une puissance qui lui permet de dominer l'industrie.

La production capitaliste n'a progressé, de la désorganisation des unités locales et provinciales à la formation

des unités politiques nationales, qu'en constituant des organismes industriels qui n'ont pu être créés que par la centralisation locale de la production et par la décomposition du procès de production. Ainsi, tandis que la production manufacturière agglomérait dans ses ateliers les artisans et les moyens de production, elle y introduisait la division du travail, qui décomposait l'instrument et l'ouvrier et les condamnait à n'exécuter qu'une seule spécialité. Les instruments de l'industrie artisane sont simples et peu nombreux, tandis que ceux de l'industrie manufacturière sont complexes et multiples, A mesure que l'artisan parcellaire ne devient propre qu'à une seule opération, l'outil suit une marche parallèle et devient parcellaire : dans certaines manufactures il existe, par exemple, un nombre considérable de marteaux de poids et de forme différents; chaque marteau est affecté strictement à une opération spéciale. L'industrie mécanique défait l'œuvre de la manufacture; elle arrache les outils des mains de l'ouvrier parcellaire et les annexe à une armature de fonte et d'acier, qui est pour ainsi dire le squelette de la machine-outil, et les instruments annexés en sont les organes. La machine-outil est une, synthèse mécanique.

Mais la production capitaliste opère une autre synthèse.

Il existe une unité économique dans l'industrie domestique : la même famille transforme les matières premières (lîn , chanvre, laine, etc.) qu'elle produit. Cette unité se désagrège vite, puisque dans les villages collectivistes on voit certaines industries échoir à des individus qui, pendant des générations, sont de nais- P. Lapabouë. — Étude. 29

sance charrons, forgerons, tisserands, etc.,; pour retrouver une unité économique, il ne faut plus envisager une famille isolée, maïs le village tout entier. Avec le développement du commerce et de la production, ces industries individualisées se multiplient et deviennent des spécialités réservées à de certains artisans groupés en corporations.

C'est sur la base de l'individualisation des industries que la production capitaliste débute : elle crée des ateliers de tissage, de filature, de peignage, de charron nage, d'ébénistcrîe, etc., dans l'intérieur desquels la division du travail et la machine accompliront leur révolution* Mais ces ateliers finissent par devenir de colossales fabriques dans lesquelles on n'exécute qu'un seul genre de travail: les filatures ne font que filer, les tissages que tisser, les peîgnages que peigner, etc. Ces fabriques spécialisées commencent à sortir de leur isolement et s'agglomèrent de façon à ce que plusieurs fabriques deviennent les annexes d'une fabrique spéciale. Des peignages, des teintureries, des imprimeries sur étoiles* viennent s'agglomérer autour d'une filature ou d'un tissage mécanique. De sorte que, sous la même administration capitaliste, la matière première subit toutes ces transformations industrielles. Mais ce ne sont pas seulement des industries complémentaires, telles que peignage, filature, tissage, imprimerie, qui se centralisent de la sorte, mais des industries absolument distinctes. Celte centralisation industrielle ne se fait pas forcément dans un même lieu; parfois les fabriques qui se concentrent sous le même capital sont placées en des régions et en des pays différents et très distants.

Les banques nationales, telles que la Banque de France et la Banque d'Angleterre, sont des types de ces organismes industriels complexes qui posent leurs membres sur tous les points du territoire. Une banque nationale possède des papeteries pour la fabrication du papier de ses billets, des ateliers de gravure et des presses pour leur impression, des appareils d agrandissement photographique pour déceler leurs falsifications, etc. ; elle établit des centaines de succursales dans les centres industriels et commerciaux, noue des relations avec les banquiers des villes et des campagnes et avec les banques nationales étrangères. La banque centrale devient le cœur du système financier du pays ; et ce système est si savamment organisé que ses pulsations, c'est-à-dire la hausse et la baisse de son escompte, retentissent jusqu'au fond des campagnes et réagissent même sur le marebé monétaire des autres pays.

Le Times, le journal de la cité fie Londres, est un autre type frappant de ces organismes industriels : il possède une légion de correspondants disséminés dans toutes les parties du globe; il est relié par des fils télégraphiques aux principales capitales du continent; il fabrique son papier, fond ses caractères, enrôle une équipe de mécaniciens pour réparer ses machines dans ses ateliers de construction; il compose, cliché et imprime ses seize énormes pages et les distribue aux détaillants; il ne lui manque que des champs d alfa en Afrique pour récolter la matière première de son papier: cela viendra.

Il arrivera un moment où les fabricants de cotonnades des Étals -Unis et des Indes annexeront à leurs

métiers mécaniques des champs de coton et des ateliers de couture : déjà des industriels écossais ont ouvert à Londres des magasins de tailleurs où ils débitent sous forme d'habits les lainages qu'ils tissent, filent, teignent et peignent.

La production capitaliste s'achemine peu à peu vers la reconstitution de l'unité économique de la production domestique ; la même famille paysanne produisait autrefois la matière première et la transformait; la même administration capitaliste entreprendra la production première , sa complète transformation industrielle et sa vente au client.

Le commerce de détail suit une marche parallèle. L'ancienne boutique qui ne débitait qu'un seul article cède la place au bazar qui réunit dans un même local les spécialités les plus diverses. Il existe à Londres des magasins où Ton vend tout ce qui est nécessaire pour vêtir, loger, nourrir et médicamenter l'homme. Ces boutiques sont des synthèses commerciales. Mais ces Louvrcs et ces Bon-Marché reproduisent sur une échelle gigantesque ces épiceries de village où l'habitant rencontre, à coté du sucre, du café et des bougies, de la mercerie, de la coutellerie, de la cordonnerie et autres objets utiles : parfois ces petits Louvres de village logent les voyageurs, débitent de la boisson, vendent du tabac elle Petit Journal* Ils sont, dans leurs minuscules proportions, plus complets que les bazars parisiens, car ils satisfont tous les besoins matériels et intellectuels des clients de leur milieu.

La production capitaliste avec la division do travail détruit dans la manufacture Tunité de travail représentée par l'artisan ; puis elle reconstitue cette unité

dans la fabrique; ce n'est plus l'ouvrier, mais le travailleur de fer, la machine, qui représente cette nouvelle unité de travail : elle tend maintenant à constituer de gigantesques organismes de production, formés par les industries les plus diverses et les plus opposées : les industries spéciales, qui sont pour ainsi dire les fonctions physiologiques de ces monstres de travail, peuvent être situées à des distances énormes les unes des autres et être séparées par des frontières politiques et des obstacles géographiques. Ces ogres internationaux d e travail conso m m en t de 1 a chaleur, de I a 1 umière , de l'électricité et d'autres forces de ta nature aussi bien que des forces musculaires et cérébrales de l'homme. La matière humaine du xix6 siècle est coulée dans ce moule économique.

La finance capitaliste.

La propriété mobilière sous la forme or et argent se transformait en même temps que la propriété industrielle évoluait dans la manufacture et la fabrique mécanique- Ces deux métaux, même monnayés, ont au début un caractère purement personnel ; leur possesseur les thésaurise dans de secrètes cachettes et ne s'en sert que comme objets d'ornement; c'est encore no de leurs principaux usages dans les Indes et tes pays orientaux. Ils n'interviennent qu'à de rares occasions dans lechange des produits, qui d'ordinaire se troquent entre eux : ainsi les rois féodaux pouvaient fabriquer de la fausse monnaie et changer le titre elle poids

des pièces sans nuire considérablement aux transactions commerciales de leurs sujets. Mais lorsque la période marchande commence, For et l'argent deviennent signes représentatifs de la valeur, l'étalon qui mesure toutes les marchandises : ils acquièrent alors le droit de procréer des petits légitimés, de porter légalement intérêt.

Le prêt à intérêt est jusque-là considéré chose déshonnête, que Ton ne doit exercer que contre l'étranger, qui est l'ennemi, dit le vilain Dieu des juifs. Il fut condamné par les papes et les conciles1. Les gens qui s'y livraient étaient méprisés et haïs : des dangers de toute nature les menaçaient ; ils risquaient leur argent et souvent leur vie. Les juifs du moyen âge, ces accumulateurs de l'or et de l'argent, sachant à quels périls ils exposaient leur cher trésor, ne se fiaient pas à la parole des rois et des seigneurs et ne faisaient des avances que contre dépôts de diamants de la couronne, de pierres précieuses, de pièces diplomatiques, et autres garanties aussi positives. La bourgeoisie réhabilita le prêt à intérêt et fit du métier de prêteur la plus lucrative et la plus honorable fonction de l'homme civilisé : vivre de ses rentes est le grand idéal bourgeois.

1. Une révolution religieuse caractérisa le mouvement économique du xvie siècle : tandis que le pape de Rome, ce représentant religieux du vieux système économique qui s'écroulait, fulminait ses foudres contre l'intérêt de l'argent, l'antipape de Genève, Calvin, ce représentant religieux du système économique qui naissait, en proclamait au contraire la légitimité, au nom de toutes les vertus théologales. Le protestantisme, avec son abolition des saints et de leurs jours fériés, la condamnation du droit à l'assistance et de l'aumône, sa théorie de la grâce, etc., est la véritable expression religieuse du mode de production capitaliste.

Durant tout le moyen âge, les juifs, honnis par le peuple et torturés par les nobles, furent ballottés d'oppression en oppression; un prince à court d'argent, sous un prétexte religieux, les chassait après les avoir dépouillés et martyrisés; un autre prince ne les accueillait, fuyant avec leurs trésors, que pour les dépouiller à son tour. Mais ces héros de l'or, bravant les haines et méprisant les insultes, ne courbèrent la tête sous la tempête des persécutions que pour se relever plus puissants et continuer leur œuvre. Le mouvement des croisades qui força les seigneurs féodaux à faire argent de tout pour équiper leurs troupes, s'il facilita l'émancipation des villes et la concentration des forces nobiliaires, rendit les juifs et les marchands indispensables. Elles donnèrent naissance au commerce asiatique qui créa la prospérité des villes du littoral méditerranéen et qui, en obligeant l'établissement des impôts et des gabelles, fournit une base solide pour les opérations de la finance. La découverte du nouveau monde et l'importation de son or, de ses bois précieux, de ses épices, etc.; le commerce transatlantique, qui détrôna les villes méditerranéennes pour donner la royauté des mers aux villes du Portugal, de la Hollande, de l'Angleterre et de la France, étendirent et consolidèrent le pouvoir des financiers. La fondation, en 1522, par le chancelier Duprat de la dette publique, dite rentes de Vhôtel de ville, dont les rentes perpétuelles devaient être payables annuellement sur la taxe du bétail vendu à Paris , indique l'importance sociale acquise par les traitants. Les misérables juifs du xe siècle, que l'on souffletait à la porte des églises» les jours de grandes fêtes, étaient des personnages

avec qui il fallait compter : il est vrai que beaucoup de chrétiens faisaient le métier de juifs, depuis qu'il ne présentait plus les terribles dangers d'autrefois.

Sully et Colbert pouvaient croire que « les fortunes excessives faites dans le maniement des deniers publics ou dans les usures privées étaient funestes à tout le monde, et surtout à la noblesse, disposée à échanger son honneur contre de l'argent. » (Sully, (Economies roxjales.) Ils pouvaient instituer des lits de justice pour faire rendre gorge aux traitants et aux usuriers; ils devaient cependant user de ménagements avec cette « espèce de gens auparavant inconnus, qui ont exercé des usures énormes, en faisant un commerce continuel des assignations, billets et rescriptions des trésoriers, receveurs et fermiers généraux... » (Edit créant la chambre de justice de 17 i 6.) Quand, en 1599, Sully se permit de casser des baux dans lesquels étaient intéressés les banquiers italiens Zamet le cordonnier, Ruccellaï et Scipion Sardini, que le peuple appelait Serre- Deniers, le grand-duc de Toscane, leur associé, envoya son frère, Jean de Médicis, croiser sur les côtes de Provence avec plusieurs galères. Louis XIV pouvait écrire fièrement dans ses Mémoires : « Tout ce qui se trouve dans l'étendue de nos États, de quelque nature qu'il soit, nous appartient au même titre... Les deniers qui sont dans notre cassette, ceux qui demeurent dans les mains de nos trésoriers et ceux que nous laissons dans le commerce de nos peuples doivent être également pour nous ménagés. » Il devait néanmoins souscrire aux conditions des traitants quand il désirait avoir de leur argent. L'emprunt de 1673 ne fut pas couvert, mal-

gré Tappei pressant de Colbert aux banquiers étrangers, parce qu'il était au denier 18 (5,5 0/0) et qu'ils le voulaient au denier ï-i (7,14 0/0j, La finance commençait à devenir la grande puissance sociale.

En attirant dans leurs cours les grands feudataires, qui précédemment avaient groupé dans leur résidence ducales les barons féodaux, les rois brisèrent les forces de résistance de la noblesse et la livrèrent aux traitants, qui bâtèrent sa ruine. Fauuuet avait acheté presque tous les seigneurs de la cour et allait commencer une nouvelle Fronde, quand l'acte de vigueur de Colbert l'arrêta, Dès la fin du xvi* siècle, les seigneurs s adressaient aux financiers pour redorer leurs blasons : Mrafl de Sévigné, si fiére de sa naissance, proposait en mariage à un de ses cousins « une petite fille un peu juive de son estoc, mais ses millions nous paraissent de bonne maison >k (Lettre du 3 octobre 1073.) La w et ses Mïssissipiens, en affolant la noblesse par leur agiotage, achevèrent de la discréditer et de la désorganiser. Tous les rangs furent confondus, et l'égalité sVtablit à l'ombre delà finance. Un roturier enrichi avait pour valets de cbambre# quatre demoiselles de qualité et pour écuyers quatre laquais d'origine noble. C'était l'égalité dans la servitude, la seule que connaisse la bourgeoisie capitaliste.

Le trouble que les financiers et leurs spéculations jetèrent dans la société du xvur siècle permit aux encyclopédistes — (plusieurs étaient des banquiers, d'Holbach, Helvétius, etc.) — d'attaquer les privilèges de la noblesse, qui avaient perdu leur raison d'être. La critique philosophique venait après la révolution économique et allait ctre suivie par la révolution politique,

qui débarrassa les traitants du cauchemar des lits de justice1,

La Révolution, qui dégagea l'agriculture, l'industrie et le commerce des liens féodaux et corporatifs qui gênaient leur essor, délivra aussi la finance des incertitudes dans lesquelles elle vivait sous les rois de l'ancien régime et ouvrit à son activité de nouveaux champs d'exploitation.

Le chancelier Duprat, eu créant en 1322 des rentes perpétuelles sur Ffitat au titre de 3 0/0, jetait les bases de la dette publique, que déjà Venise et Gênes avaient instituée dans leurs petites républiques commerciales et industrielles. Mais les rois de France, encore imbus des idées féodales sur le prêt à intérêt, dans les moments d'embarras réduisaient d'un quart et de moitié les rentes des emprnn ts qu'ils avaient contractés, et parfois sus-

1, La corruption des magistrats qui siégeaient à la dernière chambre de justice de 1716 permît à Samuel bernard de s'en tirer pour lu bagatelle de sis millions, aux frères Grozat et à. d'autres à beaucoup moins; cependant le châtiment infligé a Paul Poisson répandit la terreur, Ce Poisson, dit Hauvalais, fils d'un paysan bas breton, d'abord domestique, puis fournisseur des armées, s'enrichit au poiut de placer 34 millions dans les banques étrangères. Ou eoufisqua tous aes bieus, ou prit son bel hôtel de In place Veuilùttm et on le jeta en prison. — Quand Le deuxième empire, inquiet des colères qu'amassaient les fllbu^teries des liuancïcrs, voulut sévir, son magistrat, Oscar de Vallée, n'eut pas même le courage de formuler un réquisitoire; il copia piètrement ceuï des chambres de justice de l'ancienne France, et tout se termina par la pose du tourniquet a la Bourse. — Le Pauama, la plus colossale escroquerie du s iécle, ne valut a Charles de Lesseps qnequelques mois de prison, qui brent verser des larmes a la pressa bourgeoise, qu'il avait si grassement soudoyée. Eiffel, décoré de toute la ferblanterie de la Légion d'honneur, rcrut à sa tour les hôtes de J a France, Tarn irai Àvt-Han et ses Russes, enchantés de fraterniser avec un homme qui avait fait un coup de ;J0 millions.

pendaient entièrement leur payement. Les autres souverains d'Europe se conduisaient avec le même sans-géuc envers les rentiers de l'ËlaL Celte aristocratique manière de payer l'intérêt entravait le complet développement de la finance moderne, qui repose tout son système de spéculations sur la solidité du crédit public. Un des première et des plus révolutionnaires actes des bourgeois de 1789 fut de déclarer sacro-sainte la dette publique et de la placer au-dessus de toutes les révolutions politiques etdetousles changement qui surviendraient à l'avenir. La delte publique « renferme en soi un germe de progression automatique... Les emprunts qui mettent les gouvernements en mesure de faire face aux dépenses extraordinaires, sans que les contribuables s'en ressentent sur-le-champ, entraînent à leur suite un surcroît d'impôts ; de l'autre côté, celte surcharge d'impôts causée par l'accumulation des dettes successivement contractées contraint les gouvernements, en cas de nouvelles dépenses extraordinaires, d avoir recours à de nouveaux emprunts» » « La dette publique, dit encore Marx, opère comme un des agents les plus énergiques de l'accumulation primitive. Par un coup de baguette, elle donne a l'argent improductif la vertu reproductive et le convertit ainsi en capital, sans qu'il ait à subir, pour cela, les risques et les troubles inséparables de son emploi industriel et même de l'usure privée. Les créditeurs publics, à vrai dire, ne donnent rien à l'Etat, car leur principal, métamorphosé en effets publics, d'un transfert facile, continue à fonctionner entre leurs mains comme autant de numéraire1, »

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