CHAPITRE VII
La propriété de l'eau.
Le puits de Zamzacu. — Le père de Mahomet. — La valeur est en raison de l'utilité et de la rareté. — « Abady. * — L'eau dans la culture tropicale. — Les communautés de villages indiens. — La djessa javanaise, — Les puits du Sahara, — « Le pied dans reauf la tête dans le feu. » — Capter l'eau est une forme effective de l'appropriation.
M. Lafargue s1 imagine qu'il n'y a que deux sortes de propriétés, la propriété foncière et la propriété dea objets mobiliers : et un homme qui reproche aux économistes de n'avoir pas étudié révolution de la propriété, croit que la propriété se compose toujours d'un lopin de terre qui ne diffère que par son étendue- Tous les Faits démentent cette conception simpliste et ignorante.
Voici un récit, histoire ou légende, qui montre qu'il peut y avoir une propriété plus précieuse que celle de la terre.
Au ve siècle de noire ère, la Mecque était le rendezvous général de toutes les tribus arabes T leur entrepôt et leur temple. Elles y venaient, à certaines époques, chacune pour prier ses dieux préférés, et toutes pour m voir, sTentendref s'occuper de leurs affaires communes. Elle était capitale religieuse et commerciale : quel-
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veté ; en réalité, ils se livrent a la besogne qui leur importe le plus : chacun d'eux surveille son eauT il ea prend la quantité à laquelle il a droit et empêche ses voisins de la dérober à leur profit, car le palmier pousse « le pied dans l'eau, la tête dans le Feu ». Si vous interrogez l'un d'eux sur les conditions de la propriété, il vous répondra: « Ce n'est pas le sol qu' on achète, c'est l'eau. »
Par sa nature, l'eau parait échapper à la propriété individuelle, et cependant capter l'eau est une des formes d'appropriation les plus effectives.
L'irrigation, nécessaire aux rizières, fait la djessa javanaise : mais, a côté de la propriété commune, chaque famille s'efforce d'avoir une propriété individuelle.
M. Lafargue parle des communautés de village de Tlnde ; mais il oublie que Sumner Maine a bien soin de constater que la culture de l'Europe centrale et septentrionale n'a aucun rapport avec la culture de Tlnde» parce que « le grand agent de production dans les contrées tropicales est l'eau* ». On n'aménage d'irrigations que par un travail collectif. Puis la distribution se fait entre les habitants du village. Il déclare que les régies qui y président n'émanent point d'une décision personnelle ; qu'elles ne sont point dictées par l'équité; qu'elles reposent toujours sur une sorte de fiction qui suppose qu'elles ont ainsi existé de toute antiquité.
Dans ce système, nous trouvons une propriété commune; mais elle est répartie entre des propriétés particulières. Sumner Maine croit que, parmi les Àryas, il n'y a pas d'alloteinents périodiques : la propriété reste toujours à la même famille. Il ajoute qu'au fur et a
1< Villa f/e coTmnunities, p. iOâ.
mesure que «le sentiment du droit personnel grandit »t la règle intérieure de la communauté disparaît- Les frères d'une famille réclament toujours plus ardemment la division. Enfin, dans sa maison, chaque Hindou s'isole et vit dans le mystère.
Les pharaons ont fait de grands travaux d'aménagement du Nil ; l'empereur de la Chine a aménagé des canaux d'irrigation : nous verrons que ni en Egypte ni en Chine, on n'a essayé d'imposer l'exploitation commune de cet outil commun : l'administration a remis à des individus le soin d'en tirer le meilleur parti possible.