‹ La propriété, origine et évolution; thèse communisteChapitre 25 sur 149 · Évolution de la propriété, p · texte numérisé non relu

Évolution de la propriété, p

périodiques, par allonger la durée des périodes, puis un finit par accorder la jouissance viagère. »

Le code de Manou reconnaît la propriété familiale de la maison, d'un jardin, d'une pièce d'eau; la famille est despotiquement gouvernée par le père ou le fils aîné î les enfants ne possédaient rien en propre du vivant deleurs pores. Le code de Manou réglait le partage après la mort du père, qui n'avait pas le droit de tester; rindivîsion était sa règle. Cette propriété familiale ne pouvait être hypothéquée, elle ne pouvait être vendue qu'avec l'autorisation des habitants ut des voisins. I/impot était collectif, et même aujourd'hui, en fait, tl garde ce caractère. La communauté du village continue de subsister; les fonctions de cordonnier, de corroyeur, de charron, sont exercées de père en fils; ils reçoivent des lots de terre, comme le prêtre, et on les cultive pour eux. Renfermée sur elle-même, n'admettant que difficilement des étrangers, elle est régie par le conseil des anciens, qui, pour justifier ses décisions, n'invoque que la coutume : « Nos pères l'ont fait »

Aujourd'hui elle se détraque, non pas seulement au contact des Anglais, mais, ainsi que la fait observer Sumner Maine, sous l'effort de la conscience individuelle des générations modernes; et même, dans cette communauté, il y a toujours eu des allotemcnts qui n ont pas cessé de se consolider*

Dans le Penjaub, chaque habitant détient une étendue de terres dont retendue est exprimée « en charrues *•

Le code de Manou prescrit seulement de laisser au-

tour d un village» pour pâture, un espace inculte, large de quatre cents coudées ou de trois jets de bâton, et trois fais cet espace autour d'une ville,

Les Anglais, dans leurs rapports avec les indigènes, n'ont pas cessé de constater que si ce code de Manou était écrit, ce n'était pas lui qui inspirait la pratique.

Les Afghans sont répartis en clans exogames; tous les cinq ou six ans il y a redistribution du domaine public, nouvel alîolement entre les clans, déplacement de villages entiers, A défaut du parfait communisme, c'est 1'aïïïrmatïon du domaine éminent de l'État. L'agriculture des Afghans en est-elle meilleure ?

Le mir russe, quoique ancien, a été une découverte précieuse, quoique moderne, pour les socialistes delà chaire, les patriarcaux et les socialistes révolutionnaires. Trouver en Europe une organisation communiste, comprenant trente millions de paysans, quelle bonne fortune I Seulement l'évolution du mir russe est une aflïrmation individualiste. Survivance d'une civilisation pastorale, il a passé par les phases suivantes :

i° Terre cultivée en commun; récolte répartie entre les familles proportionnellement au nombre des travailleurs que chacun avait fournis ;

2* Puis allotements périodiques, d'abordannuels, puis triennaux, ensuite de six ans, de douze ans, de quinze ans; actuellement, ils sont en moyenne de neuf ans, et d'autres se sont consolidés d'une manière définitive.

Dana l'ancien mir, il n'y avait ni partage, ni testament, ni legs; mais M. Lelourneau constate, toujours avec mélancolie, que les partages deviennent plus fréquents et que les paysans achètent des terres.

Comme les lots étaient répartis selon les « âmes »,

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c*est-à*dire selon le nombre des hommes, le père mariait ses filles avec des enfants en bas âge pour avoir plus de lots; mais ses fils trouvaient qu'il menait une vie trop patriarcale avec ses belles-fîlles-

Maintenant, le fils marié veut avoir sa demeure à lui. Il se soustrait au pouvoir de l'ancien, et il ne reconnaît plus que « là où sont les "cheveux blancs, là est ta raison, là est le droit ».

Le chef du mir, le staroste, juge les contraventions, prononce les amendes jusqu'à concurrence d'un rouble, exerce la police, fixe les époques des semailles, des moissons, de la fenaison, refuse ou autorise, sans appel, les travaux et les absences : « Dieu seul est le |uge dumir! * Sous Ivan le Terrible, il pouvait infliger la peine de mort.

M. de Laveleye constatait avec regret que le sentiment de « l'indépendance individuelle mine et détruit» l'organisation du rnir, qui, depuis l'émancipation des serfs, tend à disparaître. Le paysan serf, en sortant du mir, sortira de son ignorance et de la routine agricole qui ne lui fait pas obtenir d'un sol riche plus de troisou quatre fois sa semence. Nous retrouvons encore le mir en Serbie, en Croatie, en Slavonie, en Bulgarie, enBalmatie, dans l'Herzégovine et le Monténégro; mais lorsqu'un chemin de fer approche, il disparaît.

lin Germante, il y avait la mark du village, la mark arable, la mark commune ou inculte- On laissait la mark arable en friche pendant trois ans, on procédait ensuite par allutement* L'allod était la propriété de la famille1. Ce système survit encore enNéerlande,

t. SlîMNKH M AIME.

danslaDrenthe, dans le pays de Bade, dans les cantons de Saint-Gall, Claris, la vallée de Schwitz de la Suisse allemande» Par périodes variant de dix ans à quarante ans, on procède à des ailotements, auxquels ont seulement droit les descendants des familles usagers Chez les Celtes, si on s'en réfère aux survivances perpétuées en Irlande, la tribu, divisée en clans, était la molécule sociale. « La terre est un homme qui ne meurt pas, » La tribu y était attachée. La terre arable était divisée en ailotements et cultivée daprès des rites traditionnels. Les pâturages et les tourbières restaient en commun. Les ailotements se transformèrent en propriétés familiales héréditaires. Le chef s'empara de la propriété non allotie et absorbâtes pâturages par ses troupeaux.

Les chefs écossais devinrent aussi propriétaires du domaine commun dont ils avaient eu tout d'abord l'administration.

D'après ces faits, nous pouvons conclure <jue la culture et la propriété individuelle sont si bien liées Tune à l'autre que les communautés ne laissent en commun que les pâturages ou les terres en friche ; que, pour les terres arables, elles procèdent par ailotements.

L'allotement ne donne pas l'égalité. Nous l'avons constaté à Sparte. Tous les Chinois ont-ils dans toutes les provinces, peuplées et non peuplées, exactement la même quantité de terres? Le lot de chaque âme, c'està-dire de chaque paysan mâle, est-il le même en Russie? ne va-t-il pas, selon la densité de la population, de dix hectares dans les districts peuplés, à des zones illimitées dans le gouvernement d'Oloneti?

Dans les contrées de la llussie ou se fait lalloteinent, les bandes sont longues de 200 et 300 mètres,

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larges de 5 à 10. C'est commode pour la distribution du terrain. En est-il de même pour La culture?

L allotement tend toujours a se consolider en propriété individuelle et perpétuelle.

Partout les communautés agricoles se désagrègent quand l'homme prend une conscience plus nette de sa personnalité.

Résultat du besoin de fixité et de stabilité si puissant chez Ja plupart des hommes, la propriété familiale aide au défrichement du sol, à la subsistance des groupes plus ou moins nombreux; mais elle les soumet au despotisme de l'ancien et les immobilise dans la tradîlion. Elle attache l'homme à une glèbe déterminée et lui interdit de regarder au delà de son horizon. Au lieu de penser, d'agir, de se décider par lui-même, il est habitué à l'obéissance passive envers le chef de famille. Il est enraciné au sol comme un végétal, et sa vie ainsi immobilisée est végétative,

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