CHAPITRE XI
L'immobilisation familiale*
Essai de fiaation de la propriété. — Le matriarcat. — La caste.
— Terres nobles et terres plébéiennes. — Droit d'aînesse. — Pour ïo garçon et la fille, — Au Japon et chez les Basques. — La propriété familiale en Chine. — L'alïotement viager se transforme en propriété héréditaire. — Partout la terre est allotie. — La djessa javanaise. — Désagrégation générale. — Communauté de village hindoue. — Pouvoir de la tradition.
— AHotement. — Roulement de la propriété chez les ÀFghans.
— Le mir russe. — Pouvoir du staroste. — Résultats. — Lu. mark germanique. — La tribu celtique. — Conséquences de la propriété familiale. — Stagnation,
Quand l'homme est arrivé a constituer la propriété, il cherche à la fixer.
La polyandrie est un des moyens qu'il emploie : chez les Naïrs du Malabar, chez les Bhots de l'Himalaya, la femme représente le domaine: la tradition de la propriété individuelle, concentrée sur sa tête, est certaine à Tégard de l'héritier du sang,
C'est pour ce motif qu'en Malaisie, de Paban à Sumatra, comme chez les Thlinkits de l1 Alaska, les Haïda de la Colombie britannique, la propriété est immobilisée dans le clan maternel.
Les Arabes sont passés aussi par le régime de la filiation maternelle : la polyandrie fraternelle y était habituelle jusqu'au v° siècle.
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En Espagne, chez les Cantabres,d après Strabon, les filles héritaient et mariaient leurs frères. Ce besoin de fixité constitue les castes infranchissables que nous Irouvons dans des civilisations polynésiennes, chez les Muysins de Colombie, dans l'antique Egypte , dont les tumbeaux révèlent des généalogies de vingt-cinq générations d'une famille immobilisée par la même profession.
Au Mexique, les terres de la noblesse étaient aliéna- Mes, mais seulement entre membres de la caste T à l'exclusion des plébéiens.
Partout nous constatons le droit d'aînesse, non établi dans l'intérêt du fils ainn, mais dans l'intérêt de la consolidation delà propriété. Le régime des majorais n'est pas propre à l'Europe ; il est propre à toutes les civilisations de castes.
Ce souci du maintien de la propriété par l'aîné existe avec une égale intensité au Japon et chez les Basques : l'aîné doit rester, quel que soit son sexe, à demeure dans la maison de la famille ; aussi un fils aîné ne peut épouser une fille aînée, parce que chacun a pour devoir de conserver de son côté le domaine familial- Le mari de la fille aînée prend son nom.
En Chine, l'empereur est théoriquement le propriétaire de tout le sol de l'empire, mais il Ta réparti etalloti, à diverses reprises et selon divers modes- En483»unédit de l'empereur llia-Wouti attribue à tout homme âgé de quinze ans une part de « 10 meous », qu'il devait exploiter d'après des rites obligatoires, puis restituer k l'Etat* . Mais la maison et le domaine des ancêtres avaient
i LrrouRRKAiF, p, 216.
déjà été déclarés inaliénables et incessibles. L'étendue de ce domaine immobilisé atteignait trente hectares; quoique cette surface ait dû être réduite dans certaines régions, au fur et à mesure de l'augmentation de la population, jusqu'à trois quarts d'hectare, il y avait 70 ou 75 millions d'hectares sur 33 constituant le territoire de la classe soumise à ce régime.
L'allotement viager a abouti à la constitution d'une propriété immuable, à laquelle le Chinois reste attaché si loin qu'il aille. Il ne part pour San-Francisco qu'en s'assurant qu'on rapportera son cadavre dans le caveau de ses ancêtres.
La djessa javanaise cultive le riz, qui exige des travaux d'irrigation faits en commun. L'héritier est un administrateur, mais là encore on trouve de l'inégalité et de l'individualisme. Les inégalités s'établissent d'après les fortunes. La maison d'habitation avec le clos attenant est propriété privée ; les défrichements, faits aux risques de l'individu, la culture du riz, constituent des propriétés privées. M. Letourneau1 est obligé de reconnaître avec tristesse qu'à Java, à Sumatra, à Célèbes, les terres cultivées sont des propriétés privées ; que, sauf les rizières qui exigent une culture en commun, on n'a gardé dans l'indivision que les bois et les terrains vagues : en un mot, ce qui ne vaut rien. M. Letourneau le déplore, mais il le constate : « Bien ailleurs qu'à Java, nous rencontrerons la communauté de village, et partout nous la verrons incliner peu à peu de la même manière vers l'appropriation individuelle. Toujours on commence par espacer de plus en plus les allotements